Auteur : kitsu34

Origine : Saint Seiya (série d'origine)

Couples : un certain nombre, mais essentiellement ceux des jumeaux : Aiolos x Saga donc et Rhadamanthe x Kanon.

On aura aussi du Milo x Camus, du Shion x Dohko, du Marine x Aiolia, du Shura x Aphrodite et du Deathmask x Mû

Disclaimers : Rien à moi dans l'univers de Saint Seiya, par contre, vu l'inscription du Sanctuaire dans notre monde, des personnages originaux et m'appartenant apparaîtront de ci de là. Le nom des îles du Sanctuaire, Iéranissia, est à moi. Il signifie « les îles sacrées ».

Note : Merci Athéna pour ta review sur le prologue ! Je suis bien content de t'avoir fait plaisir et j'espère qu'il durera avec ce premier chapitre. Oui, tu es optimiste, car les choses ne vont pas s'arranger d'un coup de baguette magique ^^, tu commences à me connaître. Leur évolution ira vers le positif, mais comme tu l'as souligné, on part de loin… De très loin… Donc il va falloir encore un peu de temps^^.

Merci aux fidèles de me suivre, bienvenue dans l'univers de Iéranissia aux autres ^^ et bonne lecture à tous !

I Pano Volta / Ascension

Chapitre 1 – Retour à Iéranissia

Yanis contemplait la mer que fendait le bateau, accoudé au bastingage du pont. Le soleil se levait doucement sur la mer Égée, caressant la crête blanche des vagues de ses rayons d'or. La radiance forte du petit matin d'été grec s'amorçait et avec lui la chaleur. Yanis inspira fortement les embruns qui volaient dans l'air vibrant de l'aurore aux doigts de rose. Avec délices, il s'enivra du sel et de cette senteur si particulière, annonciatrice pour lui des vacances au village, près de Yiayia et de la famille. Le jeune homme secoua la tête et sourit à l'astre du jour qui apparaissait, triomphant, à l'horizon. Il était heureux et la joie étant communicatrice, il se retourna pour sourire au premier à portée. Juste pour partager son bonheur de revenir chez lui après la longue année universitaire à Athènes.

Il n'y avait pas grand monde de si bon matin sur le pont supérieur. Les voyageurs dormaient encore dans les salons intérieurs ou sur les bancs de bois, à l'étage d'en-dessous. Yanis embrassa du regard le pont désert et constata qu'ils n'étaient que deux. A l'autre bout du pont, presque à la proue du bateau, un homme était lui aussi perdu dans la contemplation de la mer. Ses cheveux un peu longs s'enroulaient dans le vent en volutes brunes qui tranchaient sur le ciel clair et sa longue silhouette était courbée vers l'horizon. Une silhouette puissante et harmonieuse, aux muscles qui se dessinaient doucement sous une peau ambrée et évoquaient la force d'un félin au repos.

Yanis plissa les yeux dans la lumière violente du matin. Il eut un temps d'arrêt, saisi par il ne savait quelle impression indéfinissable qui le fit légèrement frissonner. L'étudiant secoua la tête pour chasser cette sensation étrange et ce frémissement soudain, qui ne pouvait pourtant pas venir de l'air déjà chaud coulant sur lui. L'apparition d'un membre d'équipage le détourna de sa contemplation et il reporta son attention sur l'arrivant. Celui-ci alla droit à l'homme accoudé à la proue et lui dit quelques mots à voix inaudible pour Yanis puis il lui montra quelque chose au loin et l'homme hocha la tête. Le marin quitta le pont supérieur et, distrait un instant par son passage, le jeune homme reporta machinalement son attention sur l'autre homme. Sans pouvoir se contrôler, il eut un hoquet quand il rencontra le regard attentif et intense de deux yeux vert sombre, ourlés de longs cils noirs. L'étrange impression déjà ressentie s'aviva sous le feu du regard de jade et Yanis demeura immobile, en contemplation, sans pouvoir se détourner, tout en étant conscient de son impolitesse à dévisager ainsi un inconnu. C'était plus fort que lui. Une puissance mystérieuse, magnétique, quasiment hypnotique, le retenait. Il ne pouvait détourner ses yeux du visage de cet homme.

C'était un homme jeune, à peine plus âgé que lui. A peu de choses près la trentaine. Il était brun, de cheveux, de peau, et même ses yeux étaient foncés, d'un vert d'eau sombre et opaque, aux secrètes profondeurs dissimulées. Et pourtant. Malgré cette palette de couleurs obscures, il irradiait. Une lumière dorée soulignait ses traits et les ciselait, comme ceux d'une statue d'or antique. Une luminescence radieuse semblait le nimber entièrement, comme si elle émanait de lui. L'esprit de Yanis se figea avec incompréhension sur ce surgissement lumineux surprenant… Les rayons du soleil levant devaient être responsables de ce phénomène incroyable… Un peu comme une illusion d'optique, sans doute...

L'étudiant inspira avec urgence, comme s'il s'était abstenu de respirer pendant plusieurs minutes. La sensation étrange s'accentua, presque à devenir pénible et il sentit ses yeux s'humidifier sans bien comprendre pourquoi. L'inconnu, de l'autre côté du pont, le fixa avec étonnement semblait-il et il eut soudainement un sourire complice. Et tout disparut. La peine dans sa poitrine. La lumière étrange autour de l'homme. Le frémissement indéfinissable de l'air matinal autour d'eux. L'autre sourit à nouveau puis sur un clin d'œil amusé, se retourna vers la mer. Yanis se sentit rougir sous le regard de jade amusé et se retourna lui aussi d'un seul mouvement gêné et rageur. Il détestait ressentir cela et ne comprenait pas bien d'où lui étaient venues toutes ces émotions bizarres.

Il jeta un coup d'œil à la dérobée vers la silhouette sombre. Bon d'accord, l'inconnu était d'une beauté saisissante. Même s'il n'était pas gay, il devait bien le reconnaître. Mais ce n'était pas la cause de ce qui venait de se passer ! Enfin, pas entièrement. Il avait été surpris, c'était vrai. Mais comment expliquer ce trouble puissant qui s'était abattu sur lui et avait disparu en une fraction de seconde ? Vaguement irrité par il ne savait quoi au juste, et encore plus irrité d'être irrité sans raison, le jeune homme s'appliqua consciencieusement dans la contemplation lui aussi de l'étendue miroitante. Bientôt, il arriverait à Rhodes et retrouverait les siens. Photini aussi serait là. Elle avait dû arriver la veille normalement. A la pensée de son amie de toujours, l'humeur de Yanis s'allégea et il oublia tout ce qui venait de se passer pour sourire à la mer Égée. Aurait-il le courage de lui parler cet été ? Elle lui avait tellement manqué… Perdu dans ses douces pensées, Yanis oublia le temps.

Soudain, il sentit le bateau obliquer sur la gauche et les moteurs ralentir. Étonné, l'étudiant se retourna et à sa grande surprise, constata que le bateau amorçait l'approche d'une île. Il fronça les sourcils. Il connaissait bien cette ligne pour l'avoir prise régulièrement depuis le début de sa vie athénienne : il n'y avait pas d'arrêt normalement prévu à cette heure… Il leva les yeux vers l'île et l'impression étrange s'empara à nouveau de lui. Mais cette fois la sensation le heurta presque avec violence. L'île vers laquelle se dirigeait le bateau était effrayante. Elle se présentait comme une mince plage de galets ceinturée par de hautes falaises abruptes plongeant droit dans les flots agités. Un unique ponton de bois sombre s'avançait dans l'eau. Il n'y avait pas âme qui vive. Le lieu était désert et nu. Hostile et cruel. Yanis cilla. D'où lui venait une telle caractérisation pour une île ? C'était absurde ! Il ne s'agissait pas de quelqu'un…

Les moteurs se mirent à gronder, signe qu'ils immobilisaient le bâtiment à l'arrêt. Un ou plusieurs passagers allaient donc descendre ? Ce lieu inhospitalier, que Yanis, pourtant natif d'une île non loin d'ici, ne connaissait pas, était habité ? C'était invraisemblable ! Il n'en n'avait jamais entendu parler et jamais l'un des bateaux qu'il empruntait depuis plusieurs années à présent n'avait fait escale en cet endroit…

L'étudiant se crispa soudain et poussa un cri aigu, qui le fit rougir à nouveau instantanément, de honte cette fois. Une main venait de se poser sur son épaule. Légère mais assurée et ferme. Et avec le contact, une douce chaleur se répandit en lui. Yanis se retourna et leva les yeux vers l'inconnu qui lui faisait face à présent.

« Ne t'appesantis pas sur ce que tu viens de voir, mon garçon, cela vaut mieux pour la paix de ton esprit. Poursuis ta route et oublie cette île. Elle ne te ferait aucun bien, crois-moi.»

L'homme se détourna et entreprit de descendre du pont supérieur. Avant de disparaître complètement de la vue de Yanis, il lui jeta un regard complice et amusé, à nouveau.

« Et tu devrais te déclarer à cette jeune fille. Elle t'a assez attendu. Ne passe pas à côté des belles choses de la vie, saisis-les de toutes tes forces. »

Yanis ne put s'empêcher de glapir une seconde fois, avec stupéfaction et indignation. Un rire chaud, qui le fit frissonner, lui répondit. Le jeune homme, ébahi, contempla un instant l'escalier qui descendait vers les entrailles du bateau, d'un œil aveugle. Avait-il parlé tout haut ? Il était presque sûr que non, pourtant… Presque, oui… Mais il ne pouvait y avoir aucune autre explication…

Sonné, l'étudiant s'accouda à nouveau au bastingage, laissant errer son regard sur les contreforts rocheux acérés de l'île. Et à nouveau cette idée de cruauté s'imposa dans son esprit. Comme un être fantastique, à la mâchoire impitoyable, prêt à dévorer les malheureux qui passaient son enceinte terrible. Comme un lieu différent, hors du monde normal, animé d'une vie propre et indicible.

Son regard, suivant la falaise, tomba sur le ponton et la plage et Yanis poussa un léger cri d'étonnement. Sur l'avancée de bois, d'un pas souple, l'inconnu du pont supérieur gagnait la terre hostile et dure de cette île monstrueuse. Le bateau s'éloignait à présent rapidement et le jeune homme perdit de vue la silhouette sombre de l'homme étrange qui disparut soudainement comme par magie. Comme si Yanis avait rêvé. Comme si l'inconnu s'était volatilisé. Comme si, habitant d'un lieu hors du monde, il venait de quitter la réalité et de regagner son univers.

Yanis secoua fortement la tête et prit à son tour l'escalier. Il avait besoin d'un café. Il faisait de stupides rêves éveillés… Vivement qu'il arrive à Rhodes. Soudain, saisi par une urgence vitale, il devait parler à Photini...

oOoOo

Arrivé au sommet de l'enceinte naturelle de Iéranissia, baigné de la lumière sans concession du soleil impitoyable, Aiolos se redressa de toute sa taille, inspira à pleins poumons l'air chargé de sel venant de la mer et jeta un regard en contrebas. Le bateau qui l'avait amené disparaissait à l'horizon, et avec lui, le curieux jeune homme qui l'avait surpris en décelant son cosmos enflammé à l'approche de L'Île Sacrée. Un sourire affectueux se dessina sur les lèvres pleines du Chevalier d'Or du Sagittaire. Les êtres humains étaient décidément pleins de surprises. Il se retourna et contempla le chemin qui serpentait en contrebas, plongeant vers Rodorio, avant de conduire à l'enceinte du Sanctuaire, en arrière-plan.

C'était pour eux, ces êtres humains surprenants, capables de tant de choses en bien comme en mal, qu'il avait accepté de revenir à Iéranissia. Pour eux, qu'il avait décidé finalement au bout de deux ans d'errances et de voyages de ré-endosser l'armure du Sagittaire et de reprendre sa place au Sanctuaire. Pour que d'autres jeunes hommes pleins d'espoir et de rêves puissent déclarer leur amour à d'autres jeunes filles.

Un instant songeur en contemplant cette terre sacrée qui signifiait tant pour lui, qui avait été le théâtre de tant de choses, qui avait vu ses plus grands instants de bonheur comme sa plus grande souffrance et sa mort, Aiolos releva la tête avec détermination. Il ne regrettait rien. Il avait fait le bon choix, hier comme aujourd'hui. D'un pas décidé, il amorça la descente vers le village de son enfance.

Arrivé sur la place centrale du village aux petites maisons de pierres, le chevalier du Sagittaire constata qu'il débarquait en plein marché. Les habitants semblaient tous de sortie et circulaient entre les étals, plaisantaient, se saluaient, tâtaient légumes et produits de l'artisanat local en parlant fort et en riant. Légèrement étourdi, Aiolos promena son regard de jade étonné autour de lui. Il ne se rappelait pas d'avoir vu le village aussi vivant ni les habitants aussi insouciants et heureux. Les choses semblaient avoir considérablement changé sur l'île.

Se plongeant lui aussi parmi la foule et progressant doucement en évitant les gestes et les personnes, le Sagittaire constata qu'il recevait un nombre surprenant de sourires et que les visages qui se tournaient vers lui s'éclairaient à sa vue. Les hochements de tête et les saluts se multipliaient. Certains, un peu plus âgés, semblaient le reconnaître parfois, mais les plus jeunes n'identifiaient sans doute qu'un chevalier d'Athéna. Et l'ensemble montrait respect et reconnaissance à leur ordre, avec une chaleur qu'Aiolos n'avait que peu expérimentée jusque là à Iéranissia à l'égard du Sanctuaire et de ses guerriers.

Avec un intense sentiment de joie et de certitude quant à son retour, le chevalier du Sagittaire acheva de traverser la place bigarrée et animée et s'enfonça avec émotion dans la ruelle qui menait à l'extérieur de Rodorio et conduisait au Sanctuaire. Le cœur léger, il entama la montée vers l'enceinte de pierre millénaire séparant le lieu sacré du village des descendants des compagnes et compagnons des premiers chevaliers d'Athéna. Son cosmos et son âme chantaient. Il était de retour chez lui.

Son regard suivit un instant un chemin de traverse qui s'enfonçait sur sa gauche à la sortie du village et une émotion à la fois douloureuse et douce l'étreignit. Il n'avait pas le temps maintenant et devait avant tout rendre ses devoirs au Grand Pope, mais il reviendrait se promit-il. Il reviendrait voir cette maison et saluer Chrysos (1). Curieusement, il n'avait jamais pu se recueillir sur sa tombe et était naturellement venu lui parler dans ce qui avait été leur foyer. Un sourire nostalgique erra sur son visage, puis il se détourna et reprit sa route vers son devoir.

Il arriva bientôt aux portes de la muraille première du Sanctuaire. Les gardes et chevaliers affectés à la surveillance de l'enceinte l'attendaient déjà, prévenus par la bouffée de cosmos qu'il avait chargé d'annoncer sa venue. Les hommes et femmes qu'il rencontra lui étaient tous inconnus, mais il vit à leurs regards qu'eux le connaissaient. Ils le saluèrent profondément, avec respect, et Aiolos ne put les empêcher de s'agenouiller devant lui, à son passage. Un peu gêné, le chevalier du Sagittaire poursuivit néanmoins sa route en leur rendant leur salut et leur vœu de bienvenue.

Il traversa alors les bâtiments de la cité antique, dans les rues de laquelle Saga et lui avaient joué, quand ils le pouvaient, dérobant un peu de temps à leurs rudes entraînements et échappant à la surveillance de leurs maîtres. Le sourire affectueux que ces souvenirs d'enfance faisait naître se teinta de regrets et d'amertume à l'évocation du nom et du visage qui lui étaient associé. Saga… Il allait enfin le revoir. Le revoir vraiment. Pas comme la brève entrevue qui avait eu lieu durant ces quelques semaines affreuses après leur retour à tous à la vie. Et il lui parlerait, cette fois, Kanon ou pas Kanon !

Traversant l'agora déserte et longeant le bouleuthérion, il parvint bientôt aux arènes d'entraînement bordées par les dortoirs des apprentis. A peine arrivé sur l'esplanade qui s'ouvrait devant le complexe de bâtiments, le bruit et les cris lui apprirent que les chevaliers ainsi que les apprentis étaient bien à l'entraînement. De son pas paisible et assuré, le chevalier du Sagittaire se fraya un passage au milieu des combattants, recevant parfois un salut, en rendant un d'un simple hochement de tête quand soudain un mouvement rapide des gens autour de lui se fit.

« Aiolos ? C'est bien toi ? Tu es donc de retour parmi nous ! »

Un homme d'une taille impressionnante et d'une carrure de stentor venait à sa rencontre, un large sourire sur son visage aux traits puissants et tranchants. L'individu en question dégageait une force brute terrible et pourtant il n'était pas effrayant. Son cosmos chaleureux et bienveillant empêchait la peur. Et aux visages souriants des apprentis qui accompagnaient sa progression dans la foule, Aiolos put effectivement constater qu'il était aimé et respecté. Il tendit la main, happé par celle du géant qui l'attira contre lui, dans une étreinte étonnamment douce pour une telle masse.

« Bonjour Aldébaran. C'est bien moi et en effet je suis de retour, comme tu le vois. Comment vas-tu ? A ce que je vois, tu fais profiter ces jeunes gens de ton talent ?

- Ah, ah, oui, je les entraîne un peu. Tu es de retour ou de passage parmi nous ?

- De retour, Aldébaran. Définitivement.

- J'en suis bien heureux, vraiment. J'espère que tu as trouvé ce que tu cherchais. Je te souhaite la bienvenue chez toi, Chevalier d'Or du Sagittaire ! »

Un murmure de profonde admiration et de respect s'éleva autour d'eux et tous les combattants encore en action s'immobilisèrent et les regardèrent. Le nom et le titre d'Aiolos circulaient à voix basse entre les apprentis et beaucoup le regardaient avec des yeux ronds, emplis d'étonnement. Ainsi, il existait vraiment, le héros du Sanctuaire ? Il ressemblait donc à cela ? Certains gamins semblaient réfréner difficilement l'envie de le toucher pour s'assurer qu'ils ne rêvaient pas. La gêne initiale d'être le point de mire de tous de cette façon céda vite la place à l'amusement dans le regard de jade et croisant le regard rieur d'Aldébaran, Aiolos lui rendit son sourire de connivence.

« Tu exagères. Tu n'étais pas obligé de me jeter en pâture ainsi à tes gamins !

- Il va falloir t'y faire, tu sais. Pour beaucoup, tu es un héros et un exemple. Tu risques d'avoir souvent ce genre d'accueil quand la nouvelle de ton retour se sera répandue.

- Un héros ? Rien que ça ! Allons, je compte sur les esprits raisonnables, comme le tien, pour rétablir la vérité !

- Compte sur moi ! Je raconterai avec plaisir à tout le monde comment Saga et toi, vous aviez réussi à cambrioler le garde-manger du réfectoire pour nous nourrir alors que nous étions consignés au lit sans manger pour nous être battus.

- Ah ah ah ! Par exemple, oui. Cela devrait dessiller les yeux des gens et leur remettre les idées en place.

- Je ne suis pas sûr, mais cela vaut le coup d'essayer.

- Désolé de te fausser ainsi compagnie, Aldébaran, mais le Grand Pope m'attend et tu sais comme moi que nous ne devons pas le faire attendre. Je reviendrai avec plaisir discuter avec toi et échanger quelques coups amicaux à l'entraînement, promis.

- Ça marche ! Hmm, Aiolos ?

- Oui ?

- Lors de ta montée, tu risques d'être surpris par certains d'entre nous. Désagréablement, j'entends.

- Ah. Oui, je m'en doute. Revenir et reprendre le cours normal des choses n'a rien d'une partie de plaisir. J'en sais quelque chose. Merci de m'avoir prévenu. A plus tard ! »

Sur un dernier salut de la main, Aiolos quitta l'aire d'entraînement sous les chuchotements, les saluts et les yeux brillants de fierté et de curiosité. Il se passa la main dans les cheveux avec embarras. Il n'était pas sûr d'accepter et de supporter une telle adulation au quotidien. Il faudrait mettre les choses au clair sur ce point…

La double enceinte se dessina rapidement, à mesure qu'il montait vers le chemin des douze maisons. L'émotion l'étreignit à nouveau à cette vue. Il arrivait enfin chez lui, dans cet escalier innombrable dont il avait si souvent dévalé les marches avec son meilleur ami. Avec l'homme qu'il avait aimé. L'homme qui l'avait trahi. Celui qui l'avait fait tuer et qui lui avait menti si souvent, à commencer sur l'existence de son frère jumeau. Et pourtant, avec cet homme, il avait partagé les plus grandes joies de sa vie, les élans les plus purs et intenses qu'il avait ressentis. Il n'avait plus jamais été aussi heureux que lors de ces quelques années à ses côtés… Il avait pourtant bien cherché à le remplacer dans son existence au cours des deux années qui venaient de s'écouler.

En vain.

Dans son être, dans son corps comme dans son cœur, il régnait pleinement. Il n'y en avait pas d'autre. Aujourd'hui, il le savait, l'avait accepté. Il l'aimait. Encore et toujours. Il était aussi revenu pour lui, il devait l'admettre. Et leur temps était venu.

Enfin.

Passant le dernier poste de garde, le Chevalier d'Or du Sagittaire posa le pied sur le premier degré de l'escalier sacré, aux marches innombrables, aux temples doriques de marbre blanc, demeures des douze plus puissants guerriers d'Athéna, qui menait jusqu'au cœur du Sanctuaire. Embrassant du regard ce lieu minéral, à la beauté hiératique imposante et à l'énergie millénaire, il déploya puissamment son cosmos doré, chaleureux, d'une lumière radieuse et d'un élan vital impressionnant pour prévenir ses pairs de son retour et leur demander le passage.

L'ascension commençait.

Aussitôt, les cosmos des guerriers présents vinrent à sa rencontre et s'invitèrent aux portes de son esprit. Mû du Bélier, premier gardien, lui adressa un salut poli et sec qui l'étonna légèrement. Shaka de la Vierge, dans le cinquième temple, lui souhaita la bienvenue avec détachement. Dohko de la Balance, au palais, accompagné de la vibration bien connue du Grand Pope, se réjouit de son retour. Mais Aiolos fronça les sourcils en recevant les énergies suivantes. Les vibrations qui l'atteignaient étaient instables, traversés de trop de choses négatives, non exprimées, qui les rongeaient sournoisement. Deathmask du Cancer au quatrième temple lui jeta avec brutalité un salut brusque. Milo du Scorpion et Camus du Verseau, ensemble au huitième temple, le saluèrent brièvement avant de reprendre une dispute apparemment. Shura du Capricorne, qui semblait presque fuir son contact, l'effleura à peine avant de se retirer à toute vitesse. Aphrodite des Poissons, à l'autre bout du chemin, semblait absent. Sa vibration était presque inexistante. Et au troisième temple, il reçût de plein fouet le cosmos rayonnant et puissant de Kanon qui le salua et lui barra immédiatement l'accès à une autre vibration, dissimulée derrière. Un juron de contrariété lui échappa et ses poing se serrèrent brièvement. Mais la réaction qui le heurta le plus, fut celle de son frère. Aiolia lui asséna son énergie comme un cri violent qui traversa brutalement son esprit, lui arrachant un léger cri de douleur.

S'arrêtant dans sa marche, Aiolos poussa un soupir triste. Il s'était attendu à cette réaction de son frère. Il savait qu'il l'avait cruellement déçu. Il l'avait abandonné, laissé seul au moment où tout s'écroulait à nouveau autour de lui, au moment où le rejetait celui qu'il aimait depuis des années, pour un autre (2). Il se remit en marche. Il connaissait cette souffrance. Il savait la peine immense que ces quelques mots de rejet pouvaient créer. Et pourtant, il avait fui. Il était parti, laissant son passé, ses peines, ses errances et ses questions derrière lui. Revenu à la vie à presque trente ans, avec le corps et la construction mentale d'un adulte quand il était mort à quatorze ans avec la psyché en devenir d'un adolescent, il n'avait pas pu reprendre le cours d'une existence ainsi tronquée. La rupture était trop forte. Il ne reconnaissait plus son frère, ni aucun d'entre eux, ni même lui-même. Jusqu'au Sanctuaire qui lui était devenu étranger, en ruines, détruit, défiguré.

Et Saga… Il ne l'avait pas reconnu non plus. Il se souvenait d'un adolescent gracieux, à la beauté envoûtante et au charme enivrant, au cosmos rayonnant, puissant comme le cours d'un fleuve que rien n'arrête. Il se souvenait d'une chevelure d'or pâle glissant entre ses doigts en mèches de soleil et de lèvres douces qui s'offraient à son baiser…(1) Et il avait retrouvé un homme détruit, piétiné, à la lumière éteinte et à la psyché brisée qui vacillait au bord de la folie.

Alors il avait fui la dévastation, cette seconde existence qu'il n'avait pas choisie et qu'on lui avait imposée. Un second soupir s'éleva tandis que le premier temple du chemin des douze maisons émergeait des marches innombrables. Aiolia devait entendre et comprendre ses raisons. Dans l'état où il se trouvait, il ne pouvait aider personne, à commencer par lui-même. Il devait d'abord se construire dans cette nouvelle existence avec ce nouveau lui. Ensuite, il serait en mesure d'aider dans leur reconstruction les autres, pour lesquels le temps avait passé, créant une histoire commune dont il était exclu... Mais à la lumière du puissant cri mental qui l'avait traversé, chargé de colère, de rage et d'une peine infinie, avait-il fait le bon choix ? Les larges épaules se voûtèrent imperceptiblement. Que les choix étaient difficiles à faire quand ils se faisaient seuls…

Les yeux de jade s'abaissèrent vers le sol où ils demeurèrent quelques temps. Puis une voix claqua, et Aiolos redressa la tête pour voir arriver Mû du Bélier sur le parvis de son temple, face à lui.

« Alors c'est vrai. Te voilà de retour. Bienvenue au Sanctuaire, Chevalier du Sagittaire. Tu peux passer, bien entendu. »

Mû s'effaça dans un geste d'invitation mais rapidement lui tourna le dos et pénétra à nouveau dans les profondeurs de son temple. Aiolos fronça le sourcil, étonné du ton mesuré et cérémonieux, dénué de toute chaleur, du chevalier du Bélier. Il ne l'avait connu qu'enfant, bien entendu, mais il se rappelait un jeune garçon calme et doux, au cosmos apaisant. Le Mû adulte qui lui avait fait face semblait éprouver une certaine animosité à son égard, que le Sagittaire ne s'expliquait pas. En sondant le cosmos de son pair, il avait bien senti sa colère, maîtrisée et en retenue, mais présente et profonde.

Troublé, Aiolos s'avança dans l'obscurité et la fraîcheur de la demeure, sur les pas de Mû, qui ouvrit la porte de ses appartements avant de se retourner vers lui.

« Je ne te retiens pas plus longtemps, je sais que le Grand Pope t'attend. Nous nous verrons plus tard. »

Aiolos eut à peine le temps d'acquiescer, que le chevalier du Bélier l'avait quitté, refermant la porte de chez lui, le laissant dehors dans la pièce centrale de son temple, en tête à tête avec son armure. Effaré par le comportement à peine courtois d'un jeune homme qu'il pensait poli et attentif aux autres, le Sagittaire quitta la première maison, un soupçon d'amertume rentrée au fond de la gorge. Il parvint assez vite à l'entrée du second temple dont Aldébaran lui accorda à distance et chaleureusement le passage et qu'il traversa en silence. Il entama alors la montée vers la troisième maison, saisi d'appréhension tout autant que d'une certaine forme d'euphorie douce et incontrôlée.

Serait-il là ? Allait-il le saluer ou l'éviterait-il encore ? Aiolos naviguait entre la crainte et l'espoir à mesure qu'il gravissait les degrés et tâchait de raffermir son esprit et de composer son visage et son cosmos pour présenter une apparence acceptable à l'élu de son cœur. Comme souvent dans les moments importants, le temps sembla se distendre et se tordre. La montée vers le temple des Gémeaux fut à la fois lente et rapide, rythmée seulement par les battements de plus en plus précipités de son cœur. Enfin, il posa le pied sur le parvis et demanda mentalement le passage.

Encore une fois, à son grand déplaisir, la vibration de Kanon lui répondit et le regard de jade s'assombrit. Bon sang ! Le jumeau de Saga avait visiblement décidé de s'interposer entre eux. Encore. Aiolos se mordit la lèvre inférieure fortement. C'était le jumeau de Saga certes, mais il le détestait. Il le détestait viscéralement, avec une intensité qu'il ne cessait de se reprocher. Mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Cet homme s'était dressé entre lui et Saga dès le départ, les avait éloigné l'un de l'autre ! Sans lui, Aiolos aurait décelé que quelque chose n'allait pas chez Saga. Sans lui, Saga l'aurait aimé et le lui aurait dit ! Et tout aurait été différent... Si seulement Kanon des Gémeaux n'avait pas existé… (1)

En pénétrant dans la demeure, il serra les poings en constatant l'affront : aucun des deux gardiens du troisième temple ne daignait venir l'accueillir. Ils étaient pourtant là, tous les deux. Le regard orageux, Aiolos allait poser la main sur la poignée de métal lourde qui ouvrait sur les appartements privés du temple des Gémeaux, quand le battant s'ouvrit brusquement. La gorge étreinte face à la silhouette fière et harmonieuse, à l'opulente chevelure cendrée et aux yeux de mer sans fond, Le Sagittaire marqua un temps d'arrêt. C'était tellement incroyable de se retrouver face à lui… Que l'amour et la haine puissent ainsi avoir le même visage…

Mais il se reprit rapidement : le cosmos de Kanon grondait, déployant sa puissance rayonnante, aussi éclatant et dévastateur que celui de son frère. Un ouragan terrible se levait dans les yeux d'océan et la tension des muscles bandés disait assez la violence contenue de l'homme face à lui.

« T'es de retour au Sanctuaire, Okay. Tu montes voir le Pope, d'accord. Pas de souci, passe. Et épargne moi ta vue. Je crois qu'on se passe très bien l'un et l'autre de se retrouver face à face.

- Bonjour à toi aussi, Kanon des Gémeaux.

- Ouais, c'est ça, c'est ça. Épargne-moi aussi ton numéro de héros parfait, hein. Je te connais, moi.

- Est-ce que Saga…

- Ouais, il est là. Et non, il veut pas te voir. Merci et adieu ! »

La porte claqua et résonna longtemps dans l'espace solennel de la grande salle du temple. Aiolos contempla le battant un instant avant de se mordre à nouveau la lèvre et de reprendre son chemin. Ce faisant, il adressa cependant un message mental aux Gémeaux.

Vous ne pourrez pas m'éviter indéfiniment, tous les deux. Il faudra bien qu'on règle nos comptes un jour ou l'autre, Kanon. Il faudra bien qu'on parle et que tu m'écoutes, Saga…

Le silence et un juron sonore lui répondirent. Avec un soupir de déception et de frustration mêlées, le chevalier du Sagittaire reprit sa route vers la quatrième maison du Zodiaque. Il y fut accueilli par un rire grinçant et amer.

« Hin, le retour du héros !

- Bonjour Angelo.

- Je m'appelle Deathmask, t'es pas au courant ? Tu sais le malade du quatrième, le psychopathe de la bande, le sale type que rejette même son armure…

- Angelo…

- Oh, ça va, dégage de là. Ta lumière fait mal aux yeux et il vaut mieux que le héros évite de se salir les mains ! Allez ! A jamais ! »

Aiolos poussa un autre profond soupir en contemplant à nouveau une porte d'appartement privé qui lui claquait au visage. En effet, heureusement qu'Aldébaran l'avait prévenu… Cette montée n'avait rien d'une partie de plaisir…

Ses pas le menèrent rapidement à l'entrée du temple du Lion. En posant le pied sur le podium, Aiolos sentit brusquement le cosmos rugissant se précipiter vers lui et n'eut que le temps de se préparer sommairement à l'assaut. La salve d'énergie vint s'écraser sur sa garde et le projeta une bonne dizaine de mètres plus loin. Effaré, le Sagittaire se redressa et déploya lui aussi son énergie puissante et chaleureuse, en réponse à la semonce du Lion. Aiolia irait-il jusqu'à l'affronter ? Était-il blessé et furieux à ce point ?

Mais le cosmos grondant se rétracta et se terra sans la partie privée du temple sans livrer de seconde attaque, comme un animal dans sa tanière. Mais il demeura en partie déployé, prêt à repartir à l'assaut, à l'affût de ses moindres réactions. Aiolos hésita et, traversant aux aguets le temple de son frère, esquissa le geste de pousser la porte conduisant à Aiolia. Mais le rugissement sourd enfla immédiatement et il y renonça, la mort dans l'âme. Il quitta la cinquième maison, décidé à parler à son frère dès qu'il le pourrait. Les choses étaient graves entre eux. Il avait sous-estimé sa douleur. (2)

Il traversa paisiblement le sixième temple accompagné d'un bonjour serein et détaché et d'un sourire distant, pour lesquels il remercia Shaka avec ferveur, puis le temple de la Balance dont Dohko, du palais, lui accorda le passage avec bienveillance. Mais arrivé sur le parvis du huitième temple, Aiolos sentit à nouveau deux cosmos négatifs se dresser contre lui. Non, il se trompait. Les deux cosmos étaient armés l'un contre l'autre et non contre lui. Camus et Milo se disputaient. Avec un énième soupir, le chevalier du Sagittaire annonça son arrivée puis il pénétra dans les profondeurs du temple, pour se heurter presque aux deux occupants du lieu.

« Bienvenue Aiolos et bon retour parmi nous. Bien entendu, nous te livrons le passage.

- Camus ! C'est mon temple ici, tu n'as pas à en livrer le passage à ma place !

- Oh ça va, Milo. Tu refuserais le passage à Aiolos peut-être ? Ne te fais pas plus ridicule que tu n'es.

- Ridicule ! Tu me trouves ridicule de protéger mon temple ? C'est la meilleure celle-là ! Et toi tu sais ce que tu es ? Tu veux que je te le dise ?

- Milo, calme-toi. Tu es en train de te donner en spectacle, là.

- Mais je te rassure, on est deux sur ce point, figure-toi ! Exactement comme quand on baise ! On est deux ! JE ne suis pas le seul concerné !

- Je refuse d'entendre ce genre de choses. Encore plus devant témoin.

- Camus ! Camus ! Attends, je n'ai pas fini ! Bordel !

- Moi si.

- CAMUS ! »

Une porte qui claque - encore ! - et un juron grec répondirent à la main levée en salut d'Aiolos, interdit et immobile en face de l'armure du Scorpion, qui luisait doucement, comme si elle riait. Le Sagittaire resta encore sans bouger quelques instants puis un frémissement le parcourut, qui s'intensifia avant de le secouer de part en part tandis qu'un rire inextinguible s'élevait dans la grande salle du temple. Il rit longtemps, pleurant même, évacuant la tension et l'émotion qui ne l'avaient pas quitté depuis qu'il avait mis le pied sur Iéranissia. Allons, songea-t-il en s'essuyant les yeux entre deux derniers éclats de rire, les choses semblaient n'aller pas si mal pour ces deux-là au moins.

Encore secoué par instant de vestiges d'hilarité, Aiolos gagna sa demeure, dont il caressa avec émotion les colonnes doriques, avant de saluer Sagittarius qui émit un son joyeux en retrouvant son porteur. Il s'attarda quelques instants en communion avec son armure avant de la quitter presque à regrets. Il était si heureux de la revoir. Ce lien si particulier et si fort qui les unissait lui et elle lui avait manqué tous les jours de son absence. Sur un dernier effleurement cosmique tendre, il la quitta, lui assurant de revenir vite auprès d'elle. Puis il entama la montée vers les trois derniers temples.

A sa grande surprise, il les traversa sans voir âme qui vive. Pour le temple du Verseau, il ne s'attendait pas à voir quelqu'un puisque Camus se disputait avec Milo au huitième temple. Mais il fut étonné que ni Shura ni Aphrodite ne viennent à sa rencontre. Dans l'obscurité du temple du Capricorne, il lui sembla entendre un claquement et un gémissement mais il eut beau tendre l'oreille et étendre ses sept sens, il ne capta plus rien ensuite. Dans le temple des Poissons, il entendit une mélopée douce et une voix qui monologuait, à l'arrière du bâtiment, dans le jardin et la serre, mais il n'osa pas forcer l'intimité d'Aphrodite et quitta les lieux sans voir le maître de la demeure.

Enfin, il pénétra dans le palais, salué avec déférence par les gardes et guidé par un serviteur vers le bureau du Grand Pope. La porte s'ouvrit sur Dohko de la Balance qui le prit dans ses bras et le serra contre lui en rugissant de joie. Aiolos le remercia vivement de son accueil et savoura le regard vert rieur et le sourire espiègle de ce visage de vingt ans qui recouvrait un esprit de plus de deux cent soixante. Cela faisait vraiment du bien, cette lumière et cet accueil, au milieu du marasme ambiant qu'il venait de traverser.

Sur une dernière claque joviale, le chevalier de la Balance quitta les lieux et Aiolos se tourna vers son souverain, devant lequel il s'agenouilla respectueusement.

« Bienvenue à toi, Aiolos du Sagittaire. Bon retour au Sanctuaire et parmi tes semblables.

- Merci Votre Majesté. Je viens vous présenter mes respects.

- Merci également d'être venu immédiatement, dès ton arrivée. Tu as dû te rendre compte de l'état des choses, lors de ta montée…

- En effet, Majesté. La situation me semble préoccupante.

- Elle l'est. Et je suis on ne plus heureux de ta décision de tenir à nouveau ton rang parmi nous, ainsi que de ton retour. Entre, chevalier, j'ai des nouvelles à t'annoncer.

- Oui, Majesté.

- As-tu trouvé ce qui te faisait défaut il y a deux ans ?

- Oui, Majesté. J'ai eu la chance de trouver des réponses à mes questions et aujourd'hui, je suis apaisé.

- J'en suis profondément heureux pour toi. Tu vas avoir besoin de cette force qui a toujours été tienne et qui m'a fait t'accepter comme chevalier, il y a déjà bien longtemps…

- De quoi parlez-vous ?

- De ta résilience. De cette capacité rare et précieuse de parvenir à se redresser après être tombé, de grandir de ses erreurs, de se reconstruire après les ruines. Tu as toujours eu cette force. Celle dont j'ai besoin, dont nous avons tous besoin, dont le Sanctuaire a besoin.

- Majesté…

- Aiolos, je vais abdiquer.

- Quoi ? Mais pourquoi ?

- Parce que je suis vieux et fatigué. Parce qu'il est l'heure pour moi. Parce que tu es revenu.

- Moi, mais je…

- Tu te souviens de ce jour terrible, le lendemain de la mort de Chrysos, il y a dix-huit ans ? (1)

- Comment l'oublier ?

- Je t'avais choisi comme successeur, à l'époque.

- Par défaut, Majesté.

- En effet, je ne te le cache pas. A l'époque, tu venais d'entamer ton chemin personnel et il te restait encore de la route. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Tu n'es plus un choix par défaut. Tu es celui que je choisis parmi tous les autres. Celui qui est le bon choix, maintenant.

- En êtes vous sûr ? Je ne suis pas certain, moi, d'avoir les qualités requises pour cette charge écrasante.

- Moi j'en suis sûr. C'est le choix que j'aurais tellement voulu faire il y a dix huit ans. Un choix limpide, évident, qui s'impose comme une certitude. Aiolos, Chevalier d'Or du Sagittaire, acceptes-tu d'accomplir ton devoir pour Athéna et pour le Sanctuaire ? Es-tu prêt ?

- S'il le faut, Majesté, je le serai et j'accomplirai mon devoir. »

L'hésitation infime dans la voix grave et chaude n'échappa pas au Grand Pope. Décidément, ce garçon était remarquable. Au sommet des honneurs, il restait humble et dévoué au service des autres. Dans le nouveau Sanctuaire reconstruit, refondé, qu'il laisserait à son départ, Aiolos occuperait une place de choix, la plus importante. Celle que lui seul pouvait remplir, faite à son image, solaire et centrale. Soudain décidé et combatif, Shion se leva et se dirigea vers la porte entrebâillée de son bureau pour la fermer.

« Bien, écoute-moi attentivement à présent. Nous n'avons pas trop de temps : dans trois jours Athéna et les chevaliers divins arriveront et je désignerai mon successeur... »

Le lourd battant de bois sculpté se referma et le silence retomba sur le palais popal, un instant agité et troublé par le retour du douzième chevalier d'or. La garde sacrée d'Athéna était désormais au complet.

Enfin.

oOoOo

(1) Les passages notés font référence à la fic qui précède celle-ci dans l'histoire de Iéranissia et qui relate l'arrivée au Sanctuaire d'Aiolos, sa rencontre et sa vie avec Saga avant la prise de pouvoir de celui-ci.

(2) Les passages mentionnés font référence à la fic Réminiscence centrée sur l'amour fou d'Aiolia pour Milo et son rejet final lors de la résurrection de Camus.