Salut à vous les Moustics !

Avant de commencer, je conseillerais à tous ceux qui ont lu le petit teaser de retourner lire le chapitre précédent, car celui-ci s'est transformé en un vrai prologue de plus de 2000 mots avec quelques petits clins d'œil que certains observateurs reconnaitront peut-être !

Je dois avouer que je ne pensais pas publier la suite de sitôt (comment ça ça fait déjà presque un mois ?!), mais vous avez été nombreux à me laisser des reviews toute gentille alors voilà, petit cadeau rien que pour vous !

Passons maintenant aux RAR…

Hello Zeidra ! Merci beaucoup pour ta review et tout tout, tmts ! :p

Mouahaha Allan, tu m'as fait légèrement mourir de rire avec ton histoire de dragons. Non, si tu veux un indice, les Chevaliers n'ont pas trois millions de créatures sanguinaires dans leur sous-sol, du coup l'animal est celui décrit dans le prologue… Et c'est bien le collier le portoloin, pas la créature ^^ Et oui, l'autre c** en Bulgarie en 1998… J'ai bien tout revérifié avec le Grand Manitou ! Quant au prénom Slepkava, tu es le seul à y avoir réagi et rien que pour ça, j'ai envie de te faire un gros câlin, chat-ninja ! Mais as-tu compris d'où vient ce joli prénom et ce qu'il signifie ? D'ailleurs, si tu veux t'amuser, son nom de famille signifie aussi quelque chose et en fait… Beaucoup des noms utilisés ont un lien avec le personnage :) Pourquoi les policiers Bulgares attaquent les Chevaliers ? Comment dire… Je crois que le gouvernement Bulgare n'a pas méga apprécié d'apprendre que l'élite de leur armée est en fait une simple bande de mercenaires qui les doublecross depuis des centaines d'années ! Comment ils s'en sont aperçus ? A cause du gros « paquet » que Dominik devait transporter à Voldy…

Ouahou StElia, tu m'as carrément fait rougir avec tous ces compliments, merci bicoup bicoup ! *blush* J'adore les gens barges alors bienvenue par ici ! Par contre je suis rassurée pour les morsures, je suis pas super fan des traces de dents sur ma peau… A part si c'est un vampire qui peut me donner la jeunesse éternelle (surtout s'il ressemble à un Salvatore aux yeux gris…). Brefouille, trève de (mauvaises) plaisanteries, place à l'histoire. Alors non pas d'école dans LFDN, tous mes personnages seront adultes, ce qui est aussi un changement pour moi ( même si entre temps j'ai écrit une fic à 4 mains sur un Cracmol adulte) et c'était un gros challenge que je suis heureuse d'avoir relevé ! J'adore Dominik, mais tu vas voir, mauvaise surprise, l'histoire principale se passe une vingtaine d'année après le prologue du coup… Bah il y aura eu quelques modifications (et pour les noms je te comprends tellement…) ! Domdom est un tout p'tit peu cinglé, mais niveau papa poule, il en a une conception un peu différente de la nôtre comme tu peux t'en douter… J'ai hâte de savoir ce que tu vas penser de ce chapitre ! :)

Je suis super contente que tu sois venue te perdre par ici Kuro no Kage ! J'espère que la suite te plaira !

Et merci aux reviews sur le teaser auxquelles j'ai répondu directement, HisalysRose, jessijed, Ardelone et Chocolate25 ! :D


Chapitre 1 : Faucon et purée


- STOP !

Les quelques personnes encore présentes dans le dojo en cette fin d'après-midi jetèrent un coup d'œil à la scène qui se déroulait sous leurs yeux. Une jeune femme, d'une blondeur presque cendrée aux yeux d'un vert glacial, était étendue sur le sol, grimaçante de douleur.

- Je peux savoir ce que c'était que ça ? postillonna l'entraîneur, visiblement énervé.

- Désolé Branko… J'y suis peut-être allé un peu fort…

- La ferme Lihunik ! s'exclama-t-il à l'encontre de l'homme qui venait de parler. Son regard se dirigea vers la jeune fille au sol.

- Saüser !

Les yeux emplis de rage de la jeune femme se vrillèrent dans les siens. Vert contre noir. La bataille était perdue d'avance.

- Ce n'était pas un combat ! C'était une simple boucherie ! Et tu dis que tu sais te battre ? Tu n'es qu'une gamine inconstante ! s'exclama Branko avant de la regarder, surpris. Tu… Je… Je peux savoir ce que tu fais ?

La jeune femme répondant au nom de Saüser se relevait, retenant la bordée de jurons qu'elle mourait d'envie de déverser. Elle aurait aimé le traiter de sale macho. Croire qu'il ne l'engueulait que parce qu'il pensait qu'elle ne pouvait pas être douée. Malheureusement il n'en était pas un. Il n'était pas en colère parce qu'elle était une fille et que les filles ne savaient pas se battre. Non. La preuve en était de Cïna, la jeune Chevalier, qui se battait de l'autre côté du dojo et qui recevait ses éloges à chaque fois. Aujourd'hui elle n'était juste pas capable de se battre. Et Branko n'acceptait pas qu'elle puisse échouer.

- Je me barre.

- Tu te… Hein ? Reste ici, tu m'entends ?

Puis, voyant qu'elle s'éloignait sans l'écouter, il cria.

- Si tu sors de ce dojo Saüser, je te jure sur la mémoire de ton père que tu le regretteras jusqu'à la fin de tes jours !

Cette fois la jeune femme rougit de fureur. Faisant demi-tour, elle s'approcha à grand pas de l'entraîneur et se redressa de toute sa hauteur.

- Comment oses-tu parler de lui ? cracha-t-elle. Il…

A peine avait-elle commencé à crier que Branko s'était légèrement baissé. Elle ne vit rien venir. Et, d'une simple torsion du poignet, il la projeta de nouveau par terre. Il la maintint d'une clé de bras parfaite tandis que la jeune femme grognait de douleur.

- Je parle de lui parce que je le mérite sans doute plus que toi, répondit-il d'une voix égale. Crois-tu qu'il aurait apprécié de voir sa fille ridiculisée par un simple Ecuyer ?

- Merci pour moi, marmonna l'intéressé.

Les deux autres ne prêtèrent aucune attention à l'interruption et continuèrent leur duel de regard. Comme un peu plus tôt, la jeune femme fut la première à détourner les yeux.

- Ton père voulait que tu deviennes l'une des nôtres et c'est pour cela que tu es là, ne l'oublie pas. Fais tes preuves, comme les autres. Maintenant relève-toi et recommence.

La jeune femme prit appui sur son genou et se leva. Elle avait rarement été aussi humiliée de toute sa vie. Elle ne pouvait pas laisser passer ça.

- Ça va Sly ?

- Toi la ferme.

Lihunik haussa les épaules, se demandant pourquoi il se faisait rembarrer dès qu'il ouvrait la bouche. Il se remit en garde, prêt à la mettre au tapis dès le signal du début de combat. Il l'avait déjà fait une vingtaine de fois depuis le début de l'après-midi et ne voyait pas ce qui pourrait changer cette fois-ci. Persuadé de sa victoire, Lihunik ne prit pas le temps d'analyser le comportement de la jeune femme comme il l'avait fait auparavant. Il ne nota donc pas la garde un peu plus relevée de Sly. Ni son regard chargé de colère et de vengeance.

Branko baissa la main.

Lihunik se projeta en avant, prêt à frapper aux côtes. Il se savait rapide. Assez pour être à chaque fois passé sous ses poings sans qu'elle ne réagisse. Aussi ne comprit-il pas ce qu'il lui arrivait quand sa main ne trancha que le vide. Cette seconde d'inattention lui fut fatale. Un puissant coup de pied dans le dos le projeta au tapis.

- Faudra-t-il que je mentionne ton père à chaque fois pour que tu finisses enfin par te battre correctement ? demanda Branko d'un ton cynique.

Sly lui jeta un regard meurtrier avant de tourner les talons et de sortir du dojo sans un mot. Elle attira sa baguette à elle d'une main et une serviette sèche de l'autre. Elle avait besoin de se détendre. Il fallait qu'elle apprenne à gérer ses sautes d'humeur. Travailler son Occlumancie. Elle n'avait que trop tardé à approfondir son apprentissage dans ce domaine et il était temps pour elle de se rattraper.

Resté dans le dojo, Branko sourit au départ furieux de la jeune femme. Oui. Elle finirait par devenir un bon élément.

Après avoir hésité entre rentrer prendre une douche chaude ou aller grignoter, Sly opta finalement pour le sauna. Elle profita des vestiaires pour se déshabiller entièrement et revêtir un peignoir. La nudité lui importait peu mais elle avait vite compris que ce n'était pas le cas pour tous les hommes qui constituaient la guilde des Chevaliers. Arrivée devant le sauna elle vit qu'elle était seule et décida d'ôter le peignoir et de garder sa serviette avec elle.

Installée, Sly posa sa tête contre le haut du banc en bois. La serviette étendue sur le siège pour ne pas se brûler, elle se relaxa et ferma les yeux, laissant son esprit vagabonder.

Pourquoi s'énervait-elle à chaque fois qu'elle entendait parler de son père ? Elle n'en savait strictement rien. Ce n'était pas comme s'il l'avait entourée d'amour et qu'elle voulait protéger son souvenir. Elle n'en avait d'ailleurs quasiment aucun de lui. Elle était toujours passée loin derrière son travail. Quand les Chevaliers de Nurmengard étaient encore des gardiens de prison respectés par toute la population. Aujourd'hui ils n'étaient plus qu'une rumeur qui courait encore dans les beaux quartiers des villes sorcières. Une information que les parents transmettaient aux héritiers. Si un jour vous vous retrouvez devant quelque chose d'impossible à réaliser, trouvez les Chevaliers. C'était fou comme en vingt ans les choses pouvaient changer. Comme une mauvaise décision pouvait tout faire basculer. Et son père en avait payé le prix. Les Chevaliers avaient été obligés de se cacher un moment, avant de trouver un endroit reculé en Bulgarie. Après tout, quoi de mieux que se cacher à l'endroit même où ils étaient le plus recherchés ? Le canyon de Melnik. La partie la plus reculée du pays. Aucun individu sain d'esprit n'aurait imaginé une seule seconde que quelqu'un puisse venir s'y installer. Le lieu était bardé de sorts de Repousse-Moldu et d'anti-intrusion en tout genre. Seuls les animaux pouvaient les franchir, histoire de recevoir les propositions d'embauche. Mercenaire à plein temps avait ses avantages et ses inconvénients.

La hiérarchie chez les Chevaliers était très importante. Seuls l'âge et l'expérience permettaient de gravir les échelons, c'est-à-dire qu'un mercenaire qui avait fait de nombreuses missions et s'en était sorti vivant (blessé ou non, cela n'avait pas d'importance tant qu'il n'était pas diminué physiquement sur le long terme), méritait de passer à l'échelon suivant. Sly et les trois autres nouveaux, Lihunik, Tarik et Féhim, étaient donc tout en bas de la hiérarchie sous le nom d'"Ecuyers". Une réussite à leur première mission et la validation du Chevalier sous la protection duquel ils étaient soumis pour ce laps de temps était nécessaire pour obtenir la promotion suivante. Le premier grade, celui que tous les mercenaires possédaient, était connu sous le terme "Chevalier". Le second grade, les "Paladins", distinguait les meilleurs Chevaliers, l'élite des Mercenaires. Leur chef était appelé le "Capitaine" et Sly n'avait aucune idée de son nom réel. Il n'apparaissait que rarement à la vue de tous, trop occupé à gérer un nombre incalculable de choses depuis son bureau. Les "Eons" désignaient les agents sous couverture, ceux qui permettaient à la guilde d'avoir des yeux dans toutes les grandes institutions, qu'elles soient politiques, magiques ou éducationnelles. Il existait enfin un dernier titre, caractérisant des anciens Paladins : les "Parangons". Ceux-ci étaient très peu nombreux, une dizaine tout au plus, et, même s'ils acceptaient parfois de retravailler pour la guilde si la mission leur paraissait digne d'eux, ils ne reconnaissaient plus l'autorité du Capitaine. C'était cette hiérarchie qui les différenciait d'autres groupes de mercenaires. Ça et le fait qu'ils ne tuaient quasiment jamais leur cible. Bien souvent, une simple intimidation était suffisante. C'était cette même hierarchie qui leur permettait de mépriser l'Agence, une bande d'assassin qui leur était opposée en tout point. Travaillant dans l'underground, ils n'avaient aucun honneur et, pour les intégrer, il fallait que la recrue commette un meurtre suffisamment grave pour lui valoir la peine de mort. Aucune classe, aucune réflexion, aucun plan.

Sly faisait partie des dernières recrues avec Lihunik et avait été intégrée quelques mois auparavant. Les Chevaliers de Nurmengard avaient ratissé large, dans toute l'Europe de l'Est, pour trouver leurs Ecuyers. Cette année, ils n'avaient été que quatre à réussir les premiers tests. Sly Saüser avait été récupérée en Lettonie et Lihunik en Pologne. Les deux autres Ecuyers venaient de Turquie. Tous avaient déjà tué avant de croiser la route des Chevaliers et étaient prêts à recommencer s'il le fallait. La guilde leur avait offert un toit où dormir et un avenir. Sly avait eu de la chance. Elle n'avait vécu que quelques semaines dans la rue avant qu'ils ne la trouvent lors d'un combat avec un clodo Moldu. C'était ce qui leur avait plu, qu'une sorcière sache se servir de ses poings. Mais elle n'en tirait aucune gloire.

C'était uniquement grâce à ce père si peu présent qu'elle savait se battre. Et qu'elle savait prendre les coups. Il l'avait entraînée depuis son enfance. Ses premiers souvenirs avec lui étaient ses entraînements à l'aube. Course, combat, duel de magie, musculation, gymnastique. Son petit corps d'enfant de cinq ans avait eu du mal à suivre le rythme les premiers temps. Puis il s'était habitué. En avait redemandé. Parfois elle rentrait dans l'appartement qu'elle partageait avec sa mère avec un œil au beurre noir, la mâchoire violacée et en boitant. Les séances de combat ressemblaient plus à un règlement de compte de la part de son père. Il était froid et sec. Mais parfois elle entrevoyait dans ses yeux de la même teinte que les siens une lueur de fierté. Alors elle s'accrochait et continuait à encaisser dans l'espoir qu'un jour elle serait capable de lui rendre coup pour coup. Elle avait pris goût à tout ça. Et même lorsqu'il n'était pas là, elle continuait à s'entraîner. Seule. Elle ne voulait surtout pas finir comme sa mère. Femme au foyer à s'occuper d'une gamine. Elle, elle voulait la gloire et la célébrité, sentir l'adrénaline courir dans ses veines. Elle voulait vivre le danger et plonger dedans. Elle rêvait à travers ce que son père lui racontait. Les exploits qu'il traversait.

A son entrée chez les Chevaliers, elle avait fait une croix sur ses rêves de gloire, mais elle avait embrassé sa liberté. Abandonnant sans regret un foyer déserté, partie avec un baluchon sur l'épaule, Sly ne s'était jamais inquiétée de son futur. Son père lui avait dit un jour que les Chevaliers la trouveraient. Alors elle les avait attendus. Gagnant de l'argent dans des combats du côté Moldu comme du côté sorcier. Elle n'en avait pas perdu un seul. Et, lorsqu'elle avait grossi les rangs de la guilde, elle n'avait eu aucun doute sur ses capacités. Après tout, elle s'était entraînée toute sa vie pour ça.

La chute avait été dure. L'humiliation de se faire battre par les autres recrues.

Perdue dans ses pensées, Sly faillit ne pas entendre la porte du sauna s'ouvrir. Surprise, elle se releva à demi, hésitant à s'enrouler dans sa serviette.

- C'est moi. J'ai vu tes affaires au vestiaire.

Lihunik. Celui qui lui avait fait mordre la poussière aujourd'hui. Comme bien souvent ces derniers temps. Il avait énormément progressé depuis quelques mois alors qu'elle s'était contentée de se laisser porter par le talent qu'elle possédait. C'était à elle de rectifier le tir.

- Fais comme chez toi.

La voix sèche, dure. Sly se demanda un instant quand elle avait souri pour la dernière fois avant de chasser cette pensée de sa tête. Quelle importance ?

Lihunik s'installa à ses côtés, caressant ses cheveux collés par la sueur. Il n'était pas juste son adversaire. C'était aussi son amant. Pas dans le sens biblique du terme du moins. Disons qu'ils avaient tous deux des besoins et qu'ils les assouvissaient ensemble. Ce n'était rien de plus. Et Branko avait été limpide. Il se fichait pas mal de qui pouvait coucher avec qui. Mais la guilde passait avant tout.

Et Sly, qui avait tant pleuré et haï les Chevaliers quand elle était petite pour lui avoir volé son papa, ne vivait à présent que pour eux.

Lihunik se pencha en avant pour l'embrasser et la jeune femme se laissa faire.

Attablée au réfectoire en face de Branko et aux côtés de Lihunik et des deux Turcs, Sly sonda la pièce du regard en fronçant les sourcils. Une table vide avait attiré son regard.

- Ils sont où Pietr et Rosalind ?

- Une petite mission en Autriche. Ils devraient rentrer demain ou après-demain si tout se passe bien.

- Une mission ? Pourquoi personne ne nous en a parlé ?

- Parce que tu n'es qu'une Ecuyère Saüser. Tu iras lorsqu'un Chevalier décidera de s'embarrasser d'un poids mort comme toi.

- C'est pas juste ! J'en ai assez d'être coincée ici !

Sly repoussa son assiette à moitié pleine et soupira. Quand allait-on la considérer comme un vrai Chevalier ?

Quelques mois avaient passé depuis ses défaites répétées contre Lihunik et elle s'était reprise en main. Avait intensifié ses entraînements, se levant parfois avant l'aube et se couchant bien après le soleil. Avait travaillé son Occlumancie, diminuant par là-même ses colères. Même si son tempérament restait de feu.

Branko avait visé juste. Sly Saüser était en passe de devenir une des meilleures recrues depuis longtemps. Mais il ne lui aurait fait ce compliment pour rien au monde. Tout juste avait-il salué d'un hochement de tête appréciateur son combat contre Tarik, un des Ecuyers turc. Un fugace sourire étira ses lèvres avant de disparaître. Il aimait la mettre en colère. C'était dans ces moments-là qu'elle se réveillait entièrement, devenant la combattante qu'il devinait en elle. Il savait qu'elle avait appris l'Occlumancie parce qu'elle pensait que cela l'aidait à gérer ses sautes d'humeur. En réalité cela lui permettait seulement de canaliser toute l'énergie qui la traversait dans un seul but. Réduire son ennemi en charpie. Il lui manquait un peu de rigueur et de discipline mais Branko ne s'en faisait pas. Elle avait encore le temps d'apprendre.

Lihunik et un des deux turcs (Sly n'arrivait jamais à savoir lequel était Tarik et lequel était Féhim) hochèrent gravement la tête. Eux aussi voulaient sortir. Ils avaient vécu une bonne partie de leur vie dans les rues des différentes villes qu'ils avaient traversées et n'étaient jamais restés en place aussi longtemps. Ils avaient hâte de pouvoir aller se dégourdir les jambes.

Et pour une guilde soit disant inexistante, les Chevaliers avaient beaucoup de missions.

Branko allait se lever de table après avoir envoyé son plateau se poser magiquement sur la pile sale lorsqu'un oiseau fit une entrée tonitruante dans le réfectoire. Il passa la porte au moment où l'un des Chevaliers allait sortir et fonça droit sur une table pleine de plateaux avant de s'écraser lamentablement dans la purée de citrouille qui était servie ce jour-là. Comme tous les autres jours de la semaine.

Lorsqu'un des Chevaliers tenta de le soulever, l'oiseau l'attaqua.

- Mais t'es malade ? J'essayais juste de t'aider moi hein ! grogna Kowalczyk en suçant son index d'où perlait une goutte de sang. L'oiseau avait été rapide pour le toucher.

- Pas sûre que lui parler résoudra le problème, se moqua Cïna, une des meilleures Chevaliers de la guilde.

Brune, les cheveux arrivant à hauteur des épaules et attachés en arrière par de fines tresses pour ne pas la gêner, la jeune femme avait un visage volontaire marqué d'une grande cicatrice sur chaque joue. Un cadeau laissé par des poignards jumeaux lors d'une de ses premières missions.

- Ah oui ? Et si t'es si maline, tu ferais comment hein ?

Cïna désigna la patte de l'animal d'un geste du menton.

- Vu que cet « oiseau » est un faucon gerfaut, je parierais qu'il transporte un message provenant d'Allemagne.

- Et ?

Kowalczyk ne voyait absolument pas où elle voulait en venir.

- Et, grand nigaud, il ne doit vouloir livrer son message qu'à la personne à laquelle il est destiné.

Le Chevalier accepta l'insulte sans broncher, ne voulant pas se faire humilier un peu plus dans un combat qu'il était sûr de perdre.

- Alors quoi ? On le laisse nous bouffer un doigt jusqu'à ce qu'il trouve une personne qui lui plaise pour vérifier à qui il est adressé ? demanda un autre Chevalier répondant au nom de Dany.

Cïna soupira. Heureusement qu'ils étaient censés représenter la fine fleur des mercenaires… Certains Chevaliers étaient d'excellents combattants mais avaient le cerveau du niveau d'un poulpe apathique. Elle allait parler à nouveau quand une voix se fit entendre dans son dos.

- Ça doit être pour moi.

Cïna fronça les sourcils en se retournant, faisant face à Sly Saüser. Elle n'aimait pas cette gamine. Trop froide et impérieuse. Impétueuse et imprévisible. Cela ne faisait jamais bon ménage. Cependant elle acquiesça à la phrase prononcée, étant elle-même arrivée à cette conclusion. Tout en étant bien en peine de savoir pourquoi quelqu'un décidait d'écrire à Sly justement ce jour-là.

- Vas-y, dit-elle en lui laissant la place qu'elle occupait devant la table.

Sly tendit les mains vers le faucon qui se releva difficilement pour s'y nicher, faisant peu de cas de la purée qu'il étala sur le débardeur de la jeune fille. Celle-ci fit la grimace mais ne dit rien, remarquant tous les regards qui convergeaient vers elle.

- Viens avec moi.

Branko venait de se matérialiser à ses côtés et l'entrainait déjà vers la sortie, empêchant les autres Chevaliers de se montrer trop curieux. Ils traversèrent rapidement l'esplanade déserte du centre de leur base d'opération et entrèrent dans la pièce qui lui servait de bureau.

- Je me suis dit que tu voudrais un peu d'intimité pour lire cette lettre et pas rester parmi tous ces curieux, indiqua-t-il en s'asseyant confortablement dans son siège.

Apparemment il ne se comptait pas comme un « curieux », songea Sly en hésitant à sortir du bureau. Elle laissa finalement le faucon se poser sur la table et détacha la lettre qui était attachée à sa patte.

Retournant l'enveloppe pour la décacheter, elle avisa le cachet de cire qui la fermait. Représentant un joueur de flûte, Sly identifia rapidement de qui elle provenait. La famille Saüser.

- Que peut-elle me vouloir ? demanda-t-elle en relevant la tête vers Branko, toujours installé dans son fauteuil, les coudes reposant sur la table et les mains sous le menton.

- Comment veux-tu que je le sache ? Je n'ai pas encore le pouvoir de lire à travers une enveloppe. Ouvre-la donc.

Obéissant pour une fois sans opposer de résistance, Sly décacheta le document et en sortit une lettre parfaitement calligraphiée. Une petite ficelle rouge glissa du papier plié et la jeune recrue se baissa pour la rattraper.

A l'intention de Slepkava Bruņinieks, dite Sly Saüser,

Des rumeurs sont arrivées jusqu'à nous. Nous savions que ton père était un des Chevaliers de Nurmengard. Il semblerait que tu aies toi aussi choisi cette voie.

Cette missive ne peut tomber entre de mauvaises mains. Détruis-là quand tu l'auras lue. La Maison Niafasen recherche des mercenaires pour un travail que nous dirons particulier. Nous avons été chargés de trouver les meilleurs.

Le prix est de 10 000 Gallions.

Présente cette offre à qui de droit.

Si la réponse est positive, renvoyez-nous le faucon avec la ficelle rouge ci-jointe et nous conviendrons d'un rendez-vous pour définir les modalités de ce travail.

M. Saüser

- Et c'est tout ? Même pas un, « on est contents que tu sois vivante » ? Quelle bande de radins ! râla Sly à la fin de sa lecture.

Branko soupira. La jeune fille avait lu la missive à haute voix et l'entraîneur réfléchissait déjà à tous les impacts que pourrait avoir ce travail sur les Chevaliers.

De toute façon ils n'avaient pas le choix. Ils porteraient l'offre au Capitaine et Branko aurait pu parier sa main droite qu'il allait accepter l'argent. Ils ne pouvaient se permettre de laisser passer 10 000 Gallions.

- Pourquoi m'adresser la lettre personnellement, plutôt qu'aux Chevaliers de Nurmengard comme habituellement ?

- Je suppose que cela doit avoir un lien avec ce travail. Une affaire personnelle.

- Et pourquoi utiliser le nom de mon père pour me saluer alors ? On dirait qu'ils ne veulent pas de moi mais qu'ils se forcent à avoir l'air polis…

- Je ne sais pas Saüser. Mais je te promets que si tu continues à m'abreuver de questions je te fous dehors par la peau du cul.

Sly n'eut même pas la décence de paraître inquiète, trop habituée aux menaces et promesses de l'entraîneur.

- Allez viens. On va voir le grand chef, soupira Branko.

- Alors ? Alors ?

Sly venait quasiment de se jeter sur Branko à peine celui-ci sorti du bureau du Capitaine. Le visage dur, Branko était à nouveau entré dans la peau du mercenaire impitoyable.

- Alors tu viens avec moi Saüser.


Et voilàààààà !

Alors, alors ? ça vous donne envie de continuer l'aventure avec moi ?