Salut salut !

Voilà, il paraît que c'est la rentrée des classes, la fin des vacances, le début de la pluie, toussa toussa. Un peu triste comme semaine non ? Du coup je me suis dit que je pouvais bien publier un nouveau chapitre, même si je suis pas très en avance niveau écriture (je sais pas si vous avez essayé de partir de l'autre côté du globe tout en écrivant une fic, mais je vous promets que c'est plus compliqué que ce que je pensais XD)

Enfin bref ! Passons aux choses sérieuses, les RAR ! (Et merciiii pour votre mobilisation sur le chapitre précédent !)

Hello IceQueen38 ! Je suis super contente que cette fic te plaise, j'espère que ce chapitre continuera dans la même lancée ^^

Encore merci Zeidra pour ta review, je ne crois pas l'avoir remodifiée depuis, mais par contre j'ai un super correcteur/relecteur qui me motive et me rappelle de pas trop me dispercer pour pouvoir continuer à avancer ;) Alors merci ! Je te rassure, je continue de découvrir Sly aussi au fur et à mesure, et j'ai l'impression qu'elle me réserve encore quelques surprises…

DreamerInTheSky :O je suis troooooooooop contente de savoir que tu lis ma fic ! :D Et ouais, Sly est une p'tite badass ! ça m'aurait fait bien rire qu'elle rencontre la tienne tiens ^^ on aurait eu droit à de belles étincelles non ? Ou alors elles se seraient trop bien entendues pour la survie du reste du monde :p

Coucou Kuro no Kage ! Merci bicoup pour ta review et ravie que le chapitre te plaise! T'inquiète, j'adore les redites, surtout quand c'est pour dire des trucs positifs ;) Alala la famille… C'est toujours compliqué ça non ?


Chapitre 5 : le Lys et le pigeon


Sly titubait légèrement sur le chemin du retour, accrochée au bras d'Ewald Rosengart. Le jeune homme la regardait en souriant, prêt à la soutenir en cas de chute.

- Je te l'avais bien dit, qu'une petite fleur fragile ne supporterait pas autant de Vodka du Dragon… lui susurra Ewald dans le creux du cou.

Sly ne put retenir un gloussement. Comme presque tous les soirs, ils étaient sortis parier sur des combats sorciers illégaux. Et comme presque tous les soirs, Ewald avait essayé de la noyer dans l'alcool. Sly ne savait toujours pas quoi penser de ce garçon. Un jour charmeur et attentionné, l'autre à la limite de l'enfant pourri gâté. Mais le principal, c'était que sa couverture fonctionnait. Ewald pensait qu'elle venait d'une branche un peu éloignée des Saüser et que ses parents étaient morts de la Dragoncelle. Manfred Saüser avait alors décidé de l'accueillir sous son toit puisque cette famille éloignée était la seule qui lui restait. A quelques détails près, l'histoire était presque vraie.

Ils s'arrêtèrent enfin devant la grande demeure des Saüser. Le manoir était impressionnant bien que légèrement plus petit que celui des Rosengart (et sans parler de celui des Niafasen bien sûr !). Pour avoir observé les deux de près, Sly savait que les Saüser avaient préféré miser sur la beauté et le charme des immenses jardins attenants au manoir tandis que les Rosengart avaient parié sur une architecture imposante, à la limite de l'écrasement. Le but était simple : rabaisser n'importe quel invité au rang de quelconque et les faire jalouser leur richesse. Enfin, alors que Sly commençait à s'agiter, le portail s'ouvrit sans un bruit.

- Au revoir petit lys, essaye de retrouver le chemin de ton lit sans ameuter toute ta maisonnée… D'après les ouï-dire, Manfred Saüser est plus proche de l'Eruptif que du Boursouf quand il est réveillé en plein milieu de la nuit…

Sly ne put retenir un éclat de rire en imaginant son grand-père sous les traits de cet animal disgracieux. Ewald l'embrassa chastement sur le front et l'Ecuyère grogna de frustration. Un sourire taquin fusa sur les lèvres du Rosengart qui joua un instant avec les longs cheveux blonds de son amie.

- Je ne voudrais pas que l'on pense que je profite de toi, lui murmura-t-il en désignant une fenêtre du manoir d'où émanait une lumière tremblotante permettant de discerner une ombre aux formes humaines. Manfred Saüser. Son grand-père. Il avait autorisé les Chevaliers de Nurmengard à utiliser la maison familiale à la demande de sa sœur, mais il avait posé comme règle de ne jamais atteindre la porte d'entrée.

Sly le frappa légèrement à l'épaule, manquant trébucher par la même occasion. Ewald la rattrapa en se moquant doucement et la poussa vers le portail.

- Allez oust, au dodo demoiselle !

L'Ecuyère le regarda s'éloigner en agitant la main, jusqu'à ce qu'il tourne à la fin de la rue. Sly savait qu'Ewald n'aimait pas spécialement le transplanage, aussi, toute vapeur de l'alcool envolée, elle se faufila discrètement hors de la demeure des Saüser et parcourut d'un pas léger et rapide l'espace qui la séparait du bout de la rue.

Elle repéra rapidement la silhouette de sa victime et entreprit de se fondre dans les ombres pour se rapprocher. Elle espérait toujours en apprendre plus sur lui et sa famille en le suivant mais commençait à désespérer. A croire qu'elle était tombée sur le seul Rosengart qui se fichait éperdument de ses titres de noblesse… Ce qui était sûrement le cas après réflexion. Sly rangea dans un coin de sa tête cette conclusion pour se concentrer sur la filature.

Elle ne sut jamais quelle erreur elle avait pu commettre. Manquant cet instant crucial, elle passa en une fraction de seconde du statut de chasseur à celui de chassé.

Un coup au tibia la fit plonger. La surprise qu'elle ressentit à la douleur dans sa jambe disparut presque instantanément pour laisser place à son apprentissage. Rester au sol et profiter de son inertie pour rouler et se mettre hors de portée de l'assaillant pendant au moins quelques secondes le temps d'analyser la situation. Se redresser, un genou sur le sol pour gagner en stabilité. Sly eut à peine le temps de croiser les bras devant elle pour parer le deuxième coup qui arrivait. Un homme. Seul. Puissant. Le troisième coup fusa vers sa gorge découverte. Sly s'effaça et frappa un coup sec du coude dans le creux poplité gauche. L'homme plia la jambe et Sly se redressa d'un bond. Elle profita d'être derrière l'homme pour lui asséner un terrible atemis qui le mit K.O.

Sly se frotta le tibia en grimaçant. Elle aurait un énorme bleu demain matin… Elle allait repartir sans plus de cérémonie quand deux autres hommes sortirent de ruelles perpendiculaires à la sienne. L'Ecuyère jura. Comment avait-elle pu ne pas les sentir ? Qui étaient-ils pour avoir des capacités au moins équivalentes aux siennes ? Juste pour être sûre de ne pas se retrouver face à des collègues qu'elle ne connaîtrait pas, Sly fit discrètement le signe de reconnaissance des Chevaliers de la main. Aucune réponse ne lui parvint.

Cette fois elle se mit en position de combat, loin de l'homme à terre. Elle ne voulait pas trébucher sur le corps en reculant à un moment du combat. Sly était parfaitement au fait de ses capacités. En un contre un, elle aurait eu sa chance contre chacun des hommes qui lui faisaient face. Présentement, elle n'avait aucun espoir d'en sortir vivante.

Le pigeon qui picorait un morceau de pain de l'autre côté de la ruelle sombre s'envola à tire d'aile, abandonnant son butin. Il avait dû sentir que l'ambiance avait changé. Sly l'envia un instant avant de se reconcentrer sur les deux hommes qui s'étaient avancés. Ils étaient rapides. Et silencieux. Sly révisa son jugement. Ils étaient meilleurs que l'homme qu'elle venait de mettre à terre. Même en un contre un elle aurait eu du mal… Refusant de laisser le désespoir l'envahir, l'Ecuyère lança sa première attaque. Son pied fusa en direction de la gorge du plus petit des deux hommes, parfaitement ajusté. Il ne l'effleura même pas. Si sa situation n'avait pas été aussi critique, elle se serait arrêtée pour applaudir.

L'homme n'avait toujours fait aucun geste pour démarrer le combat et Sly changea de tactique. Puisqu'ils étaient plus forts qu'elle, fini de jouer. Il fallait prendre le taureau par les cornes comme disaient certains Moldus. Et elle fonça droit sur le petit homme.

Celui-ci fronça les sourcils, cherchant à déterminer la nouvelle tactique de la jeune femme. Elle allait sûrement changer de direction au dernier moment… Sly continua tout droit. L'homme mit un quart de seconde de trop à réagir et il s'effondra au sol, le souffle coupé, touché au plexus solaire. Sly grimaça, portant la main à ses côtes. Elle saignait. L'homme avait réussi à la toucher. Elle lui jeta un coup d'œil et jura de nouveau. Il tenait un couteau dans sa main droite. Comment avait-elle pu le rater ?

Ce début de combat n'avait eu qu'un seul but : déterminer le niveau de son adversaire. Maintenant que tout le monde savait à quoi s'en tenir, Sly se replaça loin du corps toujours à terre de son premier assaillant. Cette fois les deux hommes s'élancèrent en même temps. La jeune femme bloqua le coup de couteau d'une main et frappa du talon dans le genou du plus grand homme qui grogna. Mais le coup qu'il lui avait destiné la toucha, à peine dévié de sa trajectoire et Sly ressentit une douleur fulgurante dans le tibia, là où son premier assaillant l'avait déjà frappée.

Le reste du combat, Sly n'en garda qu'un souvenir flou. Elle se souvint qu'elle avait quasiment rendu coup pour coup, mais qu'elle avait fini par tomber au sol, vaincue. Ses yeux, gonflés par les chocs répétés, l'empêchaient de voir correctement ce qu'il se passait, pourtant elle aurait juré apercevoir la silhouette d'une quatrième personne dans la ruelle avant de s'évanouir pour de bon…


- Tu devrais la renvoyer tout de suite en Bulgarie. Je t'avais dit qu'elle n'était pas prête.

- Aucun d'entre nous ne s'attendait à ce que ça se passe comme ça.

- Elle est trop exposée. Tu n'aurais jamais dû l'autoriser à enquêter sous couverture. Elle n'a pas assez d'expérience.

- Et comment est-elle censée accumuler de l'expérience si on ne la laisse pas essayer ?

- Je t'aurais prévenu Branko. S'il lui arrive quoi que ce soit, tu ne pourras t'en prendre qu'à toi-même. Et tu le paieras au centuple.

Ce fut tout ce qu'entendit Sly avant de replonger dans un sommeil lourd et cotonneux.


Son deuxième réveil fut plus net et cette fois l'Ecuyère papillonna des yeux sous la lumière crue. Une main se posa immédiatement sur la sienne.

- Sly ? Tu es réveillée ?

Lihunik. La jeune femme laissa échapper un grognement que son compagnon interpréta comme une réponse positive.

- Branko ! cria-t-il, faisant vibrer les oreilles de Sly juste à côté. Elle n'eut même pas la force de râler avant que la porte ne s'ouvre et que de nouveaux pas se fassent entendre.

- Elle est réveillée.

- Merci, je ne suis pas aveugle. Laisse-nous un instant.

Lihunik se leva sans faire d'objections et sortit de la pièce. Branko s'installa sur le lit, à hauteur de ses jambes.

- Tu peux parler ? lui demanda-t-il doucement.

- Oui… Je pense.

- Il faudra que tu lui dises un jour tu sais. Tu le fais inutilement espérer pour le moment et il a besoin d'être concentré sur ce qu'il fait…

L'esprit encore brumeux, Sly ne comprit pas un mot de ce que le Paladin lui dit et ne put qu'hocher la tête en espérant que ce fut la réponse qu'attendait Branko.

- Tu parlais avec qui ? croassa la jeune femme lorsqu'elle put enfin rassembler ses pensées deux par deux.

- Avec Lihunik… Sly tu es sûre que tu vas bien ?

L'Ecuyère secoua rapidement la tête avant de s'interrompre, prise de vertige. Mauvaise idée.

- Avant, pendant que je dormais…

- Tu ne devais pas dormir tant que cela si tu nous as entendu discuter… Mais tu dois parler de Cïna, soupira-t-il.

- Pourquoi elle... ne m'aime pas ?

Nouveau soupir du Paladin.

- Ce n'est pas à moi que tu devrais poser la question Sly. Et ce n'est certainement pas à moi d'y répondre. Est-ce que tu te souviens de ce qui s'est passé ? demanda-t-il pour changer de sujet.

L'Ecuyère réfléchit quelques instants avant d'acquiescer.

- J'ai été… attaquée, répondit Sly avec difficulté, d'abord par… un homme, puis deux autres…

- Est-ce que tu te rappelles d'un signe distinctif ?

La blessée fronça les sourcils puis secoua doucement la tête, dépitée.

- Ils étaient tous… habillés en noir… ils n'ont pas dit un mot… il faisait sombre… pas vu les visages… Est-ce que tu sais… Qui ils sont ?

- Non, il n'y avait plus personne dans la ruelle quand nous sommes arrivés Sly. Uniquement toi, allongée sur le béton. On a eu peur que tu sois déjà morte.

L'Ecuyère grimaça face au tact légendaire du Paladin. Puis un détail la chiffonna.

- Je suis sûre… qu'il y avait quelqu'un d'autre… C'était pas toi ?

- Que veux-tu dire ?

- Les deux hommes… avant que je m'évanouisse, ils étaient toujours là.

Branko laissa le silence envahir la pièce pendant qu'il analysait cette nouvelle information.

- Peu importe comment tout s'est terminé. Les Rosengart savent qu'on est là. Il va falloir accélérer les choses, répondit-il finalement avant de se lever. Profite bien du confort de cette chambre, dès demain tu retournes dans le dortoir avec ton équipe ! Et ensuite nous verrons la marche à suivre…

Sly ouvrit la bouche pour lui demander de quoi il pouvait parler mais le Paladin était déjà hors de vue et largement hors de portée de sa voix abîmée.

Est-ce qu'il allait vraiment la renvoyer en Bulgarie comme Cïna le lui conseillait ? Il avait toujours été proche de la Chevalier, peut-être qu'il allait l'écouter encore une fois ? Sly commença à paniquer. Si elle était renvoyée à la base, cela signifierait qu'elle avait échoué. Il faudrait qu'elle attende une nouvelle embauche des Chevaliers pour avoir une autre chance, et encore, ça c'était si quelqu'un acceptait de la prendre sous son aile alors qu'elle avait déjà raté une mission.

Non. Branko n'avait pas le droit de lui faire ça. Pas après qu'il lui ait promis de ne jamais l'abandonner.

L'Ecuyère voulut sortir de son lit pour le rejoindre, mais une exclamation douloureuse la convainquit de ne pas plus bouger. Tout doucement elle attrapa les pans de la couverture qui la recouvrait et la souleva. Elle voulait voir l'étendue des dégâts.

- … Ah oui quand même…

Quelques gros hématomes sur les côtes, un bandage qui lui ceignait le ventre, sans doute pour protéger la plaie causée par le coup de couteau, et de nombreux petits bleus sur les jambes. Ses assaillants ne l'avaient pas ratée. Elle tenta de remuer ses doigts de pied et fut rassurée de les voir bouger sans problème. Bon, au moins elle ne semblait rien avoir de cassé, c'était déjà ça ! Les hématomes allaient vite disparaître, il y avait bien quelqu'un qui avait pensé à prendre des potions en cas d'urgence médicale non ?

Comme elle méditait sur la possibilité que personne n'ait pu penser à une telle chose et qu'elle soit obligée de se soigner à la moldu (ce qui n'avait pas que des désavantages, elle l'avouait sans problème, mais dans le cas présent elle n'avait pas le temps d'attendre que ça se soigne "naturellement"), Lihunik revint dans la pièce, armé d'une petite fiole, d'un miroir et de son sourire ravageur. Sly ne sut pas de quoi elle devait avoir le plus peur.

- Avant de te donner la potion revigorante, je voudrais que tu vois ta tête dans ce miroir, lui dit justement le jeune Ecuyer avec ce sourire supérieur que Sly exécrait.

Elle savait qu'elle aurait dû parier sur son sourire. Il approcha lentement le miroir de la tête de la jeune femme qui ne put retenir une grimace de dégoût. Pouah ! Ce qu'elle était moche ! Deux énormes yeux au beurre noir lui mangeaient la figure tandis que sa lèvre inférieure fissurée laissait voir deux dents manquantes. On aurait dit qu'elle revenait d'un champ de bataille… Ce qui, à bien y réfléchir, était exactement le cas.

- Je voulais prendre une photo de toi pendant que tu dormais pour immortaliser ce moment, mais Branko m'en a empêché, soupira théâtralement Lihunik. Allez tiens, prends la potion, tu devrais être sur pied d'ici demain matin… Par contre tu dois faire attention à la plaie que tu as à cause du couteau, elle est profonde et la potion ne sera pas assez puissante pour la refermer totalement. Tu devras lui laisser le temps de cicatriser tranquillement, ordre du médecin.

Sly eut un geste d'impatience, comme s'il lui importait peu les conseils que lui prodiguait son amant occasionnel.

- Donne-moi cette fichue potion et qu'on en finisse ! grogna-t-elle en tendant la main.

- Toujours aussi pressée, s'amusa Lihunik un instant avant de lui mettre la fiole dans les mains.

Il ne voulait pas risquer de finir en crapaud une fois que la jeune femme aurait récupéré toute son énergie. Cela lui était arrivé une fois et le souvenir de s'être fait pourchassé toute la nuit par les chats présents sur la base et d'avoir dû se cacher dans la chambre de Cïna, dans son bac à linge sale précisément, était encore cuisant. Mais finalement, c'était surtout le réveil qui avait été douloureux, lorsqu'il s'était rendu compte à peu près au même moment que la Chevalier qu'il était redevenu humain. Et nu. Il n'avait jamais couru aussi vite sur deux jambes.

Secouant la tête pour chasser de mauvais souvenirs, Lihunik prit cette fois un visage grave et s'assit à hauteur des épaules de l'alitée.

- Je te l'avais bien dit, Sly.

L'Ecuyère, qui venait d'avaler la dernière goutte de potion, se redressa légèrement sur ses coussins et le regarda d'un air interrogateur.

- Que ta couverture était grillée, précisa-t-il d'un ton impatient.

Aussitôt Sly se renfonça dans son lit et tourna la tête vers le mur de l'autre côté.

- N'importe quoi. Ils auraient très bien pu me tomber dessus par hasard.

- Ne sois pas stupide, même toi tu sais que c'est totalement improbable ! Ils savent que tu es une mercenaire !

- Non, répondit Sly, butée.

Il fallait qu'elle le convainque. Qu'elle les convainque tous que sa couverture était toujours intacte. Sinon comment allait-elle pouvoir rester en Allemagne ?

- Non, reprit-elle, ils savaient juste que je suivais Ewald. Ils ne savent pas qui je suis.

- C'est pareil. Tu crois vraiment qu'ils ne vont pas rapporter ta description aux Rosengart ?

- Ça ils le feront uniquement s'ils sont toujours vivants…

- Que veux-tu dire ?

- On ne laisse jamais de témoins derrière nous non ?

- Tu les a tués ? demanda Lihunik, incertain.

- Moi ? Non, bien sûr que non voyons ! Vu l'état dans lequel j'étais quand vous m'avez trouvée, la personne que j'avais le plus de chance de tuer dans cette ruelle, c'était moi-même !

- Alors comment tu sais qu'ils sont morts ?

- Parce que sinon, tu ne crois pas que les Saüser auraient déjà reçu une Gueulante de la pire des espèces ? Et même s'ils avaient voulu la jouer fine, je connais Ewald. S'il avait découvert que je lui ai menti pendant ces dernières semaines, tu peux être sûre qu'à l'heure qu'il est, il aurait déjà essayé de me tuer. Façon de parler ! rajouta-t-elle précipitamment en voyant la mâchoire de Lihunik se contracter violemment et les jointures de ses mains blanchirent.

- Tu te berces d'illusion Sly, il serait temps que quelqu'un t'apprenne à grandir, lança Lihunik en sortant de la chambre en de grandes enjambées.

- Pardon ?

Seul le silence du manoir lui répondit. Mais qu'est-ce qu'ils avaient tous à lui balancer des phrases sans aucun sens avant de disparaître sans qu'elle ait la moindre chance de leur demander des explications ?

Sly poussa un soupir à fendre l'âme et se recala dans ses coussins. Autant prendre des forces pour sa prochaine confrontation avec Branko, vu qu'elle ne pouvait toujours pas sortir de son lit. Forte de cette résolution, elle tenta de trouver une position la moins inconfortable possible et ferma les yeux. Elle s'endormit dans la seconde.


Lors de son troisième réveil, le lendemain matin, Sly se sentit en pleine forme. Elle sortit du lit et se tâta précautionneusement pour vérifier qu'elle n'avait plus mal puis elle entreprit de s'étirer doucement pour remettre en marche ses muscles froids.

Une fois qu'elle fût certaine qu'aucun de ses muscles n'allait la lâcher sur le chemin du bureau de Branko, elle sortit de la chambre et s'y dirigea d'un pas décidé quoique pas tout à fait sûr.

L'Ecuyère frappa trois coups et attendit l'invitation à entrer qui ne tarda pas. Heureusement que la pièce n'était pas très éloignée de sa chambre, car même en connaissant la disposition de chaque pièce, Sly avait failli se tromper de porte et frapper à celle de Magda Saüser.

- Vous ne pouvez pas me renvoyer en Bulgarie, attaqua directement Sly, à peine entrée dans le bureau de son supérieur hiérarchique.

- Mais je n'y compte pas…

- Je suis sûre que ma couverture n'est pas grillée, j'en ai même la preuve ! Si les Rosengart savaient que c'était moi je ne… Hein ? coassa-t-elle de manière fort peu élégante quand les mots que Branko avait prononcé atteignirent enfin son cerveau.

Beaucoup auraient payé très cher pour voir le sourire moqueur qui s'étalait sur le visage du Paladin.

- Je ne compte pas te renvoyer en Bulgarie. Je ne pense pas non plus que ta couverture ait été grillée, ajouta Branko en voyant la tête ahurie de son Ecuyère.

- … Ouahou, souffla Sly, et moi qui avait préparé tout un discours pour te convaincre… Mais… Pourquoi me croire ? demanda-t-elle, soudain suspicieuse.

Le Paladin haussa les épaules.

- Sans doute pour les mêmes raisons qui te poussent à croire que tu peux encore remplir ton rôle. D'ailleurs, le Patronus d'Ewald Rosengart est venu hier, il s'inquiétait que tu ne lui donnes pas de nouvelles. Manfred Saüser a accepté de mentir pour nous en disant que tu étais alitée à cause d'une mauvaise fièvre. Mais tu devrais le rassurer maintenant que ce n'est plus le cas.

Sly acquiesça, songeuse. Quelque chose la dérangeait dans le discours de son entraîneur, mais elle était incapable de mettre le doigt dessus. Bah ! Elle finirait bien pour trouver ! En attendant, elle avait un prétendant à rassurer...


Sly regarda autour d'elle, appréciatrice. Elle n'avait aucune idée d'où pouvait l'avoir amenée Ewald, mais l'endroit était superbe. Des étendues d'herbes, quelques cultures éparses et deux ou trois petites maisons. C'était tout ce qui les entourait.

Le jeune Rosengart avait installé une nappe de pique-nique et elle se retrouvait à déjeuner comme ces amoureux dans les films, profitant de l'ombre discrète d'un arbre pour se bécoter. Le jeune homme ne voulait pas trop la bousculer après sa brusque maladie et avait choisi une activité tranquille pour qu'elle puisse se remettre tranquillement. Si seulement il savait… Parfois Sly se sentait un peu mal de lui mentir. Puis elle se rappelait de l'importance de sa mission et ses remords disparaissaient. Ewald était gentil, et beaucoup moins encombrant que Li', mais ce n'était qu'un pion pour atteindre la famille Rosengart dans son ensemble et plus particulièrement Alberich Rosengart, directeur de Mighty Adler de son état.

Après avoir dévoré le déjeuner, les deux jeunes gens s'allongèrent sur la nappe rouge et s'abîmèrent dans la contemplation des nuages.

- Je ne comprends pas le rêve de tous ces gens d'être riche ou d'être noble, dit soudain Sly d'une petite voix, si j'avais de l'argent, je le donnerai à ceux qui en ont besoin et si j'avais des titres, je les brûlerai pour être à nouveau libre de mon avenir… Je ne veux pas finir comme toutes ces filles des familles Anciennes, bonnes à marier dès qu'elles sortent de l'école…

Ewald émit un petit rire et se plongea dans un silence contemplatif pendant quelques secondes.

- C'est pour ça que je t'ai apprécié dès le départ Sly, parce que tu ne connais ni les conventions, ni les bonnes manières et, crois-moi, dans mon monde c'est rafraîchissant. Si j'ai ri, ce n'est pas parce que je me moque de toi, mais parce que j'imagine la tête du chef de famille, cette vieille bique d'Alberich s'il me prenait l'envie de mettre le feu à ses titres chéris alors qu'il les aime plus que tout. Je te jure qu'il en a plus pris soin que de ses propres enfants, termina-t-il dans une tentative ratée de dédramatiser la situation.

- T'es sérieux, rebondit Sly, il aime tant ses titres que ça ?

Eux qui cherchait depuis des jours ce qu'ils pourraient utiliser pour faire pression sur le chef des Rosengart… Et la réponse était aussi simple ?

- Tu n'imagines même pas ! Je crois bien qu'il en mourrait si un jour on les lui volait… Bien que cela ne risque pas d'arriver d'ici un moment, ils sont vraiment très protégés !

- C'est pour ça que tu n'as pas encore réussi à les brûler en fait, ce n'était pas parce que l'envie t'en manquait, blagua l'Ecuyère pour continuer à le faire parler.

- Tu ne crois pas si bien dire. Tu sais qu'il a même fabriqué des faux papiers qu'il a encadré dans une vitrine pour protéger les vrais, à l'abri des regards ?

Sly se redressa sur un coude pour détailler Ewald et tenter de cacher l'accélération subite de son rythme cardiaque. Si ça ce n'était pas de l'information croustillante… Elle allait pouvoir clore le bec de Cïna et de Li' avec ça. Et Branko serait fier d'elle. Peut-être même qu'il pourrait la laisser s'occuper de la récupération de ces titres si elle arrivait à la jouer finement...

- Il est carrément extrême ce vieillard ! fit-elle mine d'être choquée.

Ewald hocha la tête, tout à fait sérieux.

- Et je ne t'explique même pas la tête de son coffre-fort… C'est le genre de truc complètement inviolable…

Sly resta songeuse une petite minute et un sourire mutin étira soudain ses lèvres.

- Et si on reprenait une discussion un peu moins sérieuse, proposa-t-elle en embrassant tendrement le jeune homme qui lui faisait face.

- Tu es sûre que tu veux discuter ? lui demanda-t-il, enserrant la taille de Sly de ses mains.

L'Ecuyère ria doucement et l'embrassa encore, faisant abstraction de la douleur lancinante qui pulsait dans son flanc.

Elle avait obtenu plus d'informations que ce qu'elle avait espéré… Ewald Rosengart ne lui serait bientôt plus d'aucune utilité.


Et voilààààà :D

J'ai hâte de savoir ce que vous avez pensé de ce chapitre !

A bientôt les loulous