Kikou tout le monde !
Bonne année, bonne santé, toussa toussa (comment ça je suis à la bourre ?). Sachez qu'un(e) auteur(e) n'est jamais en retard, ce sont les autres qui sont en avance.
Je ne vais pas m'éterniser, depuis le temps que je vous dois ce chapitre, j'espère qu'il reste encore des gens pour le lire xD
RAR :
Coucou Kuro no Kage ! Moi aussi je suis triste pour Ewald. Il ne mérite pas d'être traité de cette manière… Mais Sly s'en fout, elle ne pense pas aux autres. Quant à ce qu'Ewald sait ou ne sait pas… On finira bien par le savoir un jour :p Merci pour ta review, elle me fait toujours autant plaisir ! :D
Wesh HisalysRose ! ça baigne ou bien ? Aha ! Que de questions sur Ewald ! On finira bien par le savoir un jour je pense… Ou pas ! :p ça dépend, tu me payes combien en chocogrenouille ? Bah oui, c'est normal que Sly soit magique, c'est une sorcière ! (ouijesorsc'estdel'humourhein). A bientôt j'espère, zoub's !
Merci Zeidra pour ta review ! :D La relation entre Ewald et Sly est compliquée oui… Sly est persuadée d'être une brute insensible et ne se rend pas compte que des gens l'apprécient et qu'elle est aussi capable de les aimer. Je me demande comment tout ça va se terminer… En tout cas, merci encore pour tout ces compliments, un jour j'aurais confiance en moi, c'est promis !
Chapitre 6 : Le voyage du prospectus
Sly se promenait dans le Berlin moldu, heureuse de sa liberté conditionnelle obtenue pour quelques heures. Ewald ne devait la retrouver qu'en début d'après-midi et, encore convalescente suite à sa blessure au couteau, personne n'avait voulu d'elle pour les différentes missions d'espionnage, de surveillance ou de protection de la matinée. Les médecins ne savaient pas de quelle mixture la lame avait été enduite, mais sa plaie ne cicatrisait pas aussi vite que prévu, l'empêchant de reprendre une part active dans la chasse aux informations contre les Rosenwald. Branko avait été formel. Tant qu'elle ne serait pas entièrement opérationnelle, il n'y aurait aucune chance pour qu'elle retourne sur le terrain avec eux. Haussant les épaules, la jeune femme chassa ces sombres pensées de sa tête. Passer le peu de temps qu'elle avait gagné à être seule pour juste ruminer ne servirait à rien... Autant en profiter pour travailler sa couverture, devenir la parfaite petite touriste et découvrir un peu plus la capitale allemande. La ville de sa famille maternelle.
Son premier instinct avait été de retourner dans le quartier des artistes qu'elle avait tant apprécié lors de sa première visite, mais elle s'était ravisée. Mieux valait ne pas revenir deux fois au même endroit, au risque d'être reconnue et suivie. Ses lunettes d'aviateur posées sur le nez, Sly rejeta machinalement quelques mèches derrière ses épaules. Il faudrait qu'elle pense à les couper en revenant en Bulgarie parce que se battre avec les cheveux dans la figure n'était pratique que dans les films moldus qu'ils avaient regardé dans l'avion avec Lihunik… Pourquoi les filles portaient-elles toujours des chaussures à talon pour courir dans la jungle et les hommes, tous parfaitement musclés, se retrouvaient-ils "malencontreusement" à moitié à poil devant la caméra ? En bref, la jeune femme avait trouvé ces films d'action particulièrement stupides et irréalistes, tandis que Lihunik était resté scotché, bavant devant des filles à la poitrine proéminente. Tous les mêmes. Et non, aucune jalousie ne parlait pour elle. Elle n'aimait même pas le jeune homme. Tout juste était-il un jouet ou un passe-temps qu'elle utilisait quand le maelstrom d'émotions qui la contrôlait devenait trop puissant. Il était son échappatoire, ce qui lui permettait de rester maîtresse d'elle-même le reste du temps. Il ne lui était pas nécessaire en tant que personne mais en tant que réceptacle...
Jetant un coup d'œil autour d'elle, Sly remarqua la foule bigarrée qui se mouvait dans la rue en ce lundi matin. Certains, pressés, regardaient leur montre d'un air inquiet et accéléraient le pas. D'autres, l'œil encore peu vif, traînaient leurs chaussures sur le bitume des trottoirs, comme pour retarder le plus possible l'imminent retour au bureau après un week-end passé avec leur famille. D'autres encore, leur téléphone vissé à l'oreille et le costume parfaitement ajusté, semblaient n'avoir jamais arrêté de travailler. Sly aimait marcher dans cette foule matinale, une étrangère parmi des inconnus et pouvoir se fondre dans le nombre. Des hommes la regardaient passer, charmés par l'aura d'assurance et de liberté qu'elle dégageait. Et pourtant, à peine détournaient-ils le regard qu'ils l'oubliaient. Elle n'était qu'un rêve, un fantasme qui reviendrait parfois les hanter lors de nuits esseulées...
Loin de toutes ces considérations, Sly regardait les devantures de magasins moldus, admirant les grandes robes échancrées de célèbres couturiers et les différents accessoires exposés pour compléter les tenues des mannequins. Elle s'arrêta pour observer plus attentivement une paire de lunettes d'aviateur, légèrement plus rondes et aux bords plus dorés que les siennes. Un instant et deux sorts de confusion plus tard, l'échange était réalisé. Satisfaite de sa nouvelle acquisition, elle reprit sa marche et déambula sous le soleil berlinois. Elle récupéra sans faire attention plusieurs prospectus clamant l'efficacité d'une crème contre les rides et d'un régime à base de carottes et de céleri qu'elle fourra négligemment dans la poche de sa veste en cuir, les oubliant tout aussi rapidement.
Après plus d'une heure de promenade assidue, elle dû néanmoins s'arrêter pour souffler un peu et s'assit sur le banc d'un jardin public. Passant la main sur son flanc, elle grimaça de douleur. Saloperie de couteau. Ramenant sa main devant son visage, elle poussa un nouveau soupir. Au moins le sang n'avait pas encore imbibé l'énorme pansement. Elle le sentait pourtant, pulsant dans sa plaie, comme un deuxième battement de cœur, un écho douloureux et humiliant lui rappelant sans cesse sa défaite contre ces hommes.
Fermant les yeux quelques instants pour se reposer, Sly se laissa aller contre le dossier du banc. Lorsqu'elle les rouvrit, un pigeon un peu plus aventureux que les autres grignotait des miettes à ses pieds. Par réflexe, elle tenta un coup de pied pour le chasser et le manqua d'une bonne dizaine de centimètres. Le pigeon était plus agile que prévu et, l'espace d'une seconde, elle eut l'impression qu'il lui jetait un regard lourd de reproches.
- Quoi ? Tu vas pas te mettre à me faire la morale non plus ? Spèce de piaf, marmonna-t-elle en tournant la tête pour ne plus le voir.
Un mouvement à l'extrémité de son champ de vision la fit se retourner. Debout, elle tendit le cou pour essayer de trouver son origine, peu sûre de ce qu'elle pensait avoir vu. Pendant quelques secondes, elle aurait été prête à parier qu'elle venait de voir la vieillarde étrange qui lui avait parlé de l'Institut de Salem il y avait plusieurs semaines de cela, lors de sa première venue à Berlin. Secouant la tête, elle soupira. Voilà qu'elle se mettait à avoir des hallucinations…
Décidant qu'elle s'était assez promenée et surtout, ayant perdu la sérénité qu'elle avait durement acquise pendant sa petite escapade, elle rejoignit une ruelle sombre pour transplaner.
Lorsque Sly se réveilla, la douleur qu'elle ressentait habituellement dans son flanc avait presque disparu. Remontant sa chemise de nuit, elle put constater que la taille de la plaie avait diminué de moitié. Elle sourit en rabaissant son vêtement. Au moins elle n'aurait plus à se barder de sorts avant de retrouver Ewald pour qu'il ne s'aperçoive pas de sa blessure. Ils étaient très précis et spécifiques, ce qui rendait d'autant plus compliqué leurs exécutions à répétition.
Ce matin, c'était grande réunion. Après ses révélations sur les titres des Rosengart et leur cachette, Cïna et deux autres Chevaliers avaient repris les documents des banques sous un œil neuf. Ils allaient faire le point sur tout ce qu'ils avaient appris depuis qu'ils étaient arrivés et allaient sans doute préparer un plan d'attaque pour voler ces documents.
Sly avait hâte. Elle prit pourtant soin de se brosser les cheveux et d'enfiler sa veste en cuir préférée avant de descendre rejoindre les autres mercenaires. Elle voulait prouver aux autres qu'elle était capable de patience. Qu'elle n'était pas toujours dirigée par ses sentiments et qu'elle pouvait être quelqu'un de confiance. Quelqu'un à qui on confierait une importante mission…
Elle prit son petit-déjeuner en face de Kowalczyk, un Chevalier qu'elle n'appréciait pas forcément, manquant cruellement d'humour, mais qui avait plus d'une fois fait preuve de sa maîtrise des différentes formes de combat. C'était un homme qu'il valait mieux avoir dans sa poche que derrière son dos, et Sly s'appliquait à garder une relation cordiale avec quiconque pouvant servir ses intérêts. Si l'on exceptait Cïna. L'Ecuyère n'avait aucune idée de pourquoi la Chevalier l'avait pris en grippe et cela faisait longtemps qu'elle avait cessé de chercher une réponse. Elle avait décidé qu'elle non plus ne pouvait plus voir la Chevalier et les deux femmes se fusillaient du regard à chacune de leur rencontre. Lihunik et les deux autres Ecuyers avaient vite compris que, pour leur survie, elles ne devraient jamais rester seules dans une même pièce.
Sly se demanda un instant si Tarik et Féhim avaient pu eux aussi partir en mission ou s'ils étaient toujours coincés en Bulgarie. Elle haussa finalement les épaules en décidant que cela lui était bien égal. Kowalczyk la regarda d'un air interrogateur mais l'Ecuyère ne prit pas la peine de lui répondre. Elle finit rapidement son déjeuner et le salua avant de se diriger vers la salle de réunion. Elle ne voulait pas faire partie des premiers arrivés, mais elle voulait tout de même avoir une bonne place. Elle suivit donc Lihunik lorsqu'il entra dans la pièce et s'installa dans un fauteuil à ses côtés.
La jeune femme ne lui avait pas vraiment pardonné sa crise de jalousie de la dernière fois, mais elle ne voulait pas non plus rester fâchée éternellement. C'était trop épuisant. Et puis, dans leur ligne de travail, personne ne savait de quoi le lendemain était fait. Il valait mieux ne pas être trop rancunier au risque de le regretter pour le restant de ses jours.
Branko et Cïna saluèrent tout le monde en entrant et refermèrent la porte après le passage des derniers arrivants. La réunion pouvait débuter. Branko commença par quelques informations de faible importance et l'impatience de Sly augmentait de façon exponentielle à mesure qu'il exposait les habitudes des membres de la famille Rosengart. Sincèrement, qui pouvait trouver important de savoir si la mère d'Ewald préférait partir au marché le vendredi à 10h ou à 10h30 ou si son oncle préférait porter des mankini ?
Enfin, alors que l'Ecuyère commençait à désespérer et que Lihunik lui jetait de fréquents coups d'œil pour qu'elle arrête de gigoter, Branko arriva au sujet qui l'intéressait particulièrement.
- Voilà les plans de la maison des Rosengart que Cïna a réussi à récupérer…
- Maison ? Tu voulais dire château plutôt non ? ne put s'empêcher d'interrompre Lihunik avant de se faire fusiller du regard par Cïna et Sly.
- … Les documents qui nous intéressent sont ici, dans le bureau du directeur, continua Branko comme si de rien n'était, en indiquant une position centrale sur la carte.
- D'après les informations fournies par Sly, nous pensons qu'ils ont une vitrine avec alarme magique de type WarLock, dont on retrouve des traces sur les documents de leur banque. Pour le coffre-fort, l'achat était mieux dissimulé, ce qui corrobore l'hypothèse d'un leurre pour la vitrine. Néanmoins, nous avons pu déterminer que ce coffre a été acheté dans le monde moldu et qu'il a ensuite été modifié magiquement, reprit Cïna en étalant un certain nombre de feuillets sur la table.
- Notre principal problème, ajouta Branko, c'est d'entrer dans le manoir. Un sort d'anti-transplanage est actif toute la journée et nous empêche d'entrer discrètement. Après reconnaissance du terrain, nous avons relevé un premier sort détecteur de mouvement au niveau du portail et de l'enceinte extérieure. Celui-ci est facile à tromper et ne devrait pas nous poser de problèmes. Mais cela se complique pour rentrer dans la bâtisse, c'est une véritable forteresse. Des Charmes et des Runes protègent chaque porte d'entrée et chaque fenêtre d'une possible infraction. Nous pourrions en venir à bout, mais pas en une seule nuit et le majordome vérifie régulièrement ces protections. Et oui Lihunik, la cheminée est aussi protégée, dit-il en voyant que l'Ecuyer allait ouvrir la bouche.
Celui-ci se renfonça dans son siège, boudeur, et Sly ne put retenir un petit rire moqueur.
- Pourquoi discute-t-on de ces problèmes alors que je peux passer la nuit dans ce manoir si je le demande à Ewald ?
- Pour plusieurs raisons Sly. Premièrement parce qu'une fois que tu y seras et que tu auras volé les documents, ta couverture sera grillée… Les Rosengart sauront que les Saüser sont après eux et il ne leur faudra pas longtemps pour faire le lien avec les Niafasen. Deuxièmement parce qu'on aura peut-être encore besoin d'Ewald et de ta relation avec lui si quelque chose tourne mal.
- Et si on se fait passer pour quelqu'un d'autre ? proposa Lihunik.
- Développe.
- Je reprends juste l'idée de Sly. Si on ne peut pas y entrer de force, alors il faut qu'on se fasse inviter. Choisir quelqu'un en qui les Rosengart ont confiance et prendre sa place.
- Polynectar ? Il faudrait prendre le temps de connaître la personne, ses tics, ses habitudes… Cela prendrait beaucoup de temps, pointa un des Chevaliers qui était resté silencieux jusque-là.
- Sauf si on connaît déjà quelqu'un qui correspond à ce critère..., insista Sly.
- … Comme Ewald Rosengart, termina Lihunik en hochant la tête.
Sly fut surprise de le voir abonder dans son sens, sachant l'antipathie qu'il éprouvait à l'encontre du jeune homme. Elle fut presque aussitôt rassurée sur ce point par la suite de son argumentaire.
- Vu que l'allemand et moi on fait quasiment la même corpulence, et que je fais partie des Chevaliers les plus discrets, je devrais être celui qui va prendre sa place, ajouta Lihunik après un instant de silence.
Sly n'eut même pas le temps de bondir pour clamer son désaccord que Branko avait déjà émis un non catégorique.
- Tu ne le connais pas assez. Tu ne pourrais pas imiter sa gestuelle. Non. Si on choisit d'agir de cette façon, il n'y a qu'une seule personne qui pourrait être apte à prendre la place de Rosengart, dit Branko en se tournant vers Sly, mais tu ne retourneras sur le terrain que lorsque ta blessure sera guérie. Ce qui devrait nous laisser assez de temps pour optimiser le moyen d'ouvrir le coffre. Cïna ?
La jeune Chevalier au visage balafré s'avança d'un pas et agita sa baguette pour faire flotter une feuille au-dessus de la table. Un dessin représentant le coffre moldu y était représenté.
- Le coffre a été modifié de telle sorte qu'aucune magie ne puisse l'ouvrir. Il faudra donc y aller à la manière moldue.
Sly ne put s'empêcher de grogner. L'ouverture des serrures était son point faible. Cïna dut l'entendre car elle se tourna vers l'Ecuyère, les yeux noirs.
- Si c'est toi qui est choisie pour la mission, je t'entraînerai personnellement pour le crochetage du coffre.
Cette fois, Sly réussit à retenir le gémissement qui avait failli franchir ses lèvres. Son hochement de tête put paraître un peu raide, mais la Chevalier ne parut pas s'en émouvoir et continua son explication.
- Et on n'oublie pas, conclut Branko, que le but est d'être invisible. On ne veut pas de dommages collatéraux. L'objectif de cette mission est de faire pression sur les Rosengart pour qu'ils abandonnent leur vendetta sur les Niafasen, d'accord ?
Tous les Chevaliers acquiescèrent bruyamment avant de se lever dans un concert de raclements et de grincements de chaise.
Alors que Sly allait atteindre la porte du grand bureau, celle-ci s'ouvrit à la volée sur Magda Saüser. La surprise laissa l'Ecuyère clouée sur place pendant quelques secondes. Un toussotement dans son dos la ramena à la réalité et elle s'effaça pour laisser passer la matriarche Saüser qui ne lui jeta pas un regard.
Magda Saüser était froide, sèche et hautaine. Parfois Sly se demandait comment son mari pouvait encore la supporter après tant d'années. Peut-être la force de l'habitude... La vieille bique ne lui avait pas adressé la parole depuis qu'elle avait débarqué dans son manoir. Et la jeune femme lui en voulait. Elle lui en voulait de faire comme si elle n'existait pas. Elle lui en voulait d'avoir renié sa mère. Elle lui en voulait pour l'enfance qu'elle n'avait jamais eue. Elle lui en voulait de lui refuser l'accès à une famille. Sa famille. Même si Sly n'aurait jamais accepté d'en faire partie. Elle en voulait à Magda Saüser pour un millier de raisons et seuls le respect qu'elle avait pour Branko et la mission la retenait de plaquer la matriarche contre un mur pour lui faire cracher son pardon.
Il les avait prévenus pourtant, que c'était une très mauvaise idée. Aucune personne saine d'esprit n'aurait mis Cïna et Sly dans la même pièce pendant une demi-journée entière. Ou pire, pendant toute une semaine. C'était comme si vous souhaitiez que la fin du monde arrive prématurément.
Personne n'avait écouté Lihunik, et les cris qui résonnaient d'un bout à l'autre du couloir depuis maintenant deux jours avait fait fuir le moindre Chevalier depuis longtemps. Même s'il fallait faire un long détour pour éviter cette partie de la maison, ils avaient décidé d'un commun accord que cette zone était à bannir. Et alors que l'après-midi débutait, il ne fallut pas attendre très longtemps pour que de nouveaux hurlements retentissent. Mais cette fois, un bruit de pas retentit à l'entrée du couloir maudit, bien vite suivi par un froissement de robe. Lorsque Lihunik aperçut la matriarche Saüser, il choisit bien sagement de disparaître de l'étage et de se confiner dans la salle d'entraînement que les Chevaliers avaient réquisitionnés, au sous-sol.
Magda Saüser ouvrit la porte à la volée, découvrant un spectacle pour le moins insolite. Une Chevalier et une Ecuyère s'invectivant comme des charretiers devant un coffre bardé de chaînes et de cadenas en tout genre, les outils du parfait petit cambrioleur posés juste devant. Son entrée eut au moins le mérite de faire taire les cris incessants.
- Je peux savoir ce qu'il se passe ici ?
- Ça ne…
Un seul geste de la main et Sly se tut. La matriarche ne l'avait pas regardée depuis qu'elle était entrée et attendait une réponse de Cïna. La Chevalier s'inclina dans une profonde révérence qui ne parut pas émouvoir Magda Saüser.
- Nous travaillons sur...
- Vous travaillez ? les interrompit la vieille bique, vous moquez-vous donc de moi Chevalier ?
- Je ne me permettrais pas madame, répondit Cïna, raide, tandis que Sly résistait difficilement à la pressante tentation de dire oui.
Sérieusement qu'est-ce qu'elle voulait encore celle-là ? Ils avaient répondu à son appel pour sauver les fesses de son mari, elle n'allait pas non plus leur faire la morale alors qu'elle ne lui avait jamais adressé la parole ? Apparemment si…
- Je ne sais ce que vous faites ici, et à vrai dire cela ne m'intéresse pas. Peu m'importe si vous vous entre-tuez, mais faites-le en silence ! Faites donc un peu honneur à votre réputation mesdemoiselles, leur intima-t-elle en regardant la Chevalier d'un oeil noir.
C'est que la vieille bique pouvait en imposer si elle le voulait, songea Sly en se mordant la lèvre pour ne pas lui répondre. Cïna ne put que s'incliner et Magda Saüser sortit de la pièce la tête haute, ses talons claquant sur le sol pourtant recouvert d'un tapis.
Lorsque la porte se ferma, Sly soupira.
- Quelle plaie, marmonna-t-elle.
Cïna la fusilla du regard.
- Un peu de respect s'il te plaît ! C'est la femme de notre employeur.
- Et la femme qui a fait renier ma mère ! J'ai tous les droits de lui en vouloir !
- Tu ne connais rien de sa vie. Ne te permet pas de la juger ainsi, répliqua Cïna en se détournant pour reprendre le travail.
- Oh, parce que toi tu as appris à me connaître avant de me juger peut-être ?
Les épaules de Cïna se raidirent et elle se retourna lentement pour jauger l'Ecuyère. Elle ouvrit la bouche puis la referma. Sans s'en rendre compte, Sly s'était mise en position de défense, tel un animal blessé mais farouche, prêt à protéger sa vie contre tous.
- Je ne te juge pas, répondit la Chevalier plus calmement.
-Ah non ? Alors pourquoi ne m'as-tu jamais laissé le bénéfice du doute ? Je n'étais même pas arrivée que tu me détestais déjà !
- Parce que tu me fais penser à Elena.
La réponse prit Sly de court. Elle s'attendait à tout sauf à ça. Qui était Elena ?
Cïna soupira et s'assit lourdement sur le coffre en se prenant la tête dans les mains.
- Quand je suis arrivée au sein des Chevaliers, nous étions deux Ecuyères. Elena et moi. Inséparables. Partout où j'allais, elle était. Et où qu'elle aille, je suivais. Elena était imprudente, frondeuse et questionnait tous les ordres. Elle était exactement comme toi. Moi j'étais plus calme et plus réfléchie. C'est pour ça qu'on est restée ensemble lors de notre première mission. Nos Chevaliers référents savaient que j'étais la seule à vraiment pouvoir la canaliser.
Sly ne disait rien. Elle s'était assise à même le sol et se tenait silencieuse, écoutant l'histoire de Cïna avec attention.
- La mission a été un fiasco. Elena a désobéi à un ordre direct et elle s'est mise en danger. Elle a mis toute l'équipe en danger. Elle m'a mis moi, sa meilleure amie, sa sœur, en danger. Tout ça parce qu'elle ne supportait pas de rester en arrière. J'y ai gagné mes cicatrices et elle y a perdu la vie, termina Cïna en se touchant les joues.
Son regard froid et distant ne trompa pas Sly. La Chevalier souffrait encore de la mort de son amie, des années après. L'Ecuyère ne pouvait s'empêcher de ressentir de la compassion… Mais elle n'était pas Elena.
Cïna eut un rire bref.
- Tu n'es peut-être pas Elena, dit-elle, mais ton comportement s'en rapproche de plus en plus. Un jour tu causeras la mort d'un proche, simplement parce que tu penseras mieux savoir que d'autres ce qu'il faut faire.
Sly voulut lui répondre, démentir ses propos, mais la Chevalier lui coupa la parole.
- Retourne ouvrir ce coffre. Ton temps est toujours aussi mauvais.
Sly se tenait devant le manoir des Rosengart, doutant pour la première de la génialité de leur plan. Et s'ils se rendaient compte de quelque chose ? S'ils voyaient clair dans son jeu ? Une petite voix lui souffla que si elle restait plantée là, devant le portail, comme un balai moldu, ils allaient effectivement commencer à se poser des questions.
Sly avait profité d'une soirée bien arrosée avec Ewald pour lui prélever quelques mèches de cheveux deux jours auparavant et la potion de Polynectar avait été acheminée discrètement depuis la Bulgarie la veille. Tout était en place et la jeune femme se retrouvait sous couverture pour la première fois de sa vie. Soit elle réussissait cette mission et recevrait des éloges, soit elle faisait capoter toute l'enquête. Absolument aucune pression songea-t-elle.
Elle s'obligea à prendre quelques secondes pour se calmer et ouvrit le portail d'une main qui ne tremblait plus. Elle traversa les jardins sans regarder les magnifiques fleurs qui s'y épanouissait (elle aurait de toute façon été bien en peine de dire ce que c'était) et se retrouva beaucoup trop vite à son goût devant la grande porte qui menait au manoir. Elle prit une grande inspiration et s'apprêtait à ouvrir la porte lorsque celle-ci s'ouvrit sans un bruit, laissant place au Majordome de la maison Rosengart.
- Si Monsieur veut bien se permettre, dit-il en s'inclinant avant de libérer le passage.
Sly passa devant lui sans lui adresser un regard, sachant parfaitement qu'Ewald avait une certaine tendance à mépriser les gens qu'il considérait comme lui étant inférieur. Elle traversa sans hésiter une première pièce, qui aurait pu être un salon s'il n'avait pas été aussi immense, et se retrouva dans un couloir faiblement éclairé et rempli de vieux tableaux. Les ancêtres Rosengart.
- Bien le bonjour jeune Ewald, comment va ?
Sly hésita une fraction de seconde avant de prendre un ton désinvolte.
- Niquel, et toi papi ?
Le portrait resta silencieux pendant un instant et Sly eut peur d'avoir manqué de tact.
- Toujours aussi peu respectueux à ce que je vois. Tu as de la chance qu'Alberich Rosengart ne soit pas ici, sinon il t'offrirait la correction que tu mérites, petit insolent.
Le faux Ewald balaya négligemment l'air de sa main.
- Comme si j'en avais encore quelque chose à faire depuis le temps. Bon c'est pas tout ça, mais moi j'ai des choses utiles à faire, et malheureusement je ne suis pas encore assez mort pour avoir toute la vie devant moi pour les réaliser… A plus papi !
Les imprécations du vieux tableau résonnèrent comme une douce musique à ses oreilles le temps qu'elle finisse de traverser le corridor et Sly déboucha dans une autre pièce, immense mais moins fastueuse que le salon qu'elle venait de quitter et qui servait principalement à impressionner la galerie.
Sly la traversa rapidement pour atteindre une nouvelle porte qui cachait un petit escalier. Elle allait actionner la poignée quand un souffle d'air la fit se retourner. Une jeune femme se précipita vers elle, bras en avant. Le faux Ewald ne put que la réceptionner, son flanc prenant le plus gros de l'impact tandis que les gros seins de l'inconnue lui écrasaient la poitrine. Elle n'eut même pas le temps de reprendre ses esprits que la demoiselle écrasait ses lèvres contre les siennes.
Hein ? fut la seule pensée cohérente qui traversa son esprit tandis qu'elle tentait de mettre fin au baiser sans avoir l'air malpolie. C'était quoi ce bordel ? Et elle qui pensait qu'Ewald ne sortait qu'avec elle… Pour un peu elle en aurait été vexée. Pas jalouse, après tout elle ne l'aimait pas, et puis elle aurait été mal placée de lui en vouloir alors qu'elle voyait aussi quelqu'un d'autre de son côté… Même si ce n'était que Lihunik. Elle réussit à repousser de manière plutôt efficace et discrète l'inconnue qui semblait ne plus vouloir la lâcher et celle-ci la retint par le bras.
- Je sais que tu ne veux pas de cela avant le mariage, Ewald, mais j'en avais tellement envie… Cela faisait longtemps que tu n'étais pas passé me voir… Parce que tu es là pour ça non ? demanda-t-elle en papillonnant des yeux.
Encore une histoire de mariage arrangé, songea Sly en essayant de récupérer son bras pris en otage. Comment est-ce qu'elle allait pouvoir s'en sortir ? L'inconnue ne sembla même pas attendre de réponses à ses questions et continua à babiller sur un sujet que Sly n'écouta absolument pas. Le cerveau fonctionnant à plein régime, elle réfléchissait à un moyen de se libérer de la sangsue sans que sa couverture ne vole en éclat.
Elle se laissa guider, plutôt mal gré que bon gré, jusque dans un divan où l'inconnue continua de bavasser tout en posant une main sur sa cuisse. Sly avait beau ne pas être extrêmement coutumière des us et coutume de la Haute Société Sang-Pure, elle était à peu près sûre que le comportement de la jeune femme aurait été considéré comme outrancier si quelqu'un s'était tenu à leur côté. Et les Chevaliers qui avaient justement choisi ce jour parce que quasiment personne n'allait être présent dans la demeure des Rosengart… Le faux Ewald se retint de soupirer et offrit un sourire hypocrite à son inconnue qui manqua d'hyperventiler. Il ne manquerait plus que ça… Quoique, si elle tombait dans les vapes, cela permettrait à Sly de lui fausser compagnie…
Et cette pensée lui donna une idée. Ce n'était sans doute pas la meilleure, loin de là même. Mais cela devrait lui donner une marge de manœuvre assez large pour couvrir le vol et son escapade. Alors le faux Ewald se pencha vers l'oreille de la jeune femme, le visage faussement hésitant, et murmura quelques mots qui semblèrent la ravir.
- Laisse-moi juste le temps de me doucher et de me préparer, d'accord ?
L'inconnue acquiesça et disparue de la pièce avec un grand sourire.
Sly se laissa aller contre le dossier du fauteuil et poussa un long soupir de soulagement. Est-ce que pour une fois, le plan ne pouvait pas se passer sans anicroches ? Elle prit le temps de vérifier que l'inconnue n'allait pas revenir soudainement avant d'enfin gravir l'escalier derrière la petite porte. Celui-ci déboucha devant un nouveau couloir du deuxième étage et Sly se dirigea sans hésiter jusqu'à la porte du bureau d'Alberich Rosengart.
- Alohomora, murmura-t-elle, tout en sachant que cela avait de grandes chances de ne pas aboutir.
N'entendant aucun déclic, elle tenta tout de même d'ouvrir la porte en priant tous les dieux qu'elle connaissait pour que cela fonctionne. Elle n'avait pas envie de rester dix minutes à découvert devant la porte du bureau en train d'essayer tous les sorts de déblocage qu'elle connaissait. A sa grande surprise, la porte s'ouvrit. Le Patriarche était-il si certain de ses protections extérieures qu'il en négligeait de protéger ses pièces intérieures ? Ou alors considérait-il que les protections entourant ses papiers étaient déjà suffisantes ? Peu importait la réponse en vérité, tant que cela faisait les affaires de Sly. Elle disparut rapidement à l'intérieur et referma doucement la porte pour n'alerter personne.
L'Ecuyère balaya la pièce du regard, le coffre qui l'intéressait était dissimulé quelque part tandis que la vitrine avec les faux papiers était placée bien en évidence à côté de la grande bibliothèque qui tapissait un mur entier du bureau.
Au vu des dimensions du coffre et des films d'espionnage qu'elle avait visionné, Sly se dirigea sans hésiter vers un grand tableau, heureusement sans habitant, et le souleva. Bingo ! Le coffre était bien là, encastré dans le mur, comme dans tous les films. Elle vérifia qu'aucun sort ne l'entourait et le fit léviter jusqu'au milieu de la pièce pour pouvoir l'ouvrir tranquillement, le cadenas étant caché sur le couvercle. Grâce à son entraînement intensif de la dernière semaine, Sly réussit à l'ouvrir en moins d'une minute, ce qui relevait presque de l'exploit pour elle. Elle prit bien soin de remettre tous ses outils dans sa petite trousse de cambriolage avant de soulever le couvercle. Une fois ouvert, elle récupéra tous les titres qui se trouvaient à l'intérieur et mit à la place, les quelques prospectus qu'elle avait récupéré en ville lors de son dernier passage. Elle aurait tellement aimé voir la tête du vieux Rosengart, lorsqu'il trouverait de la pub pour une crème anti-rides à la place de ses précieux titres.
La jeune femme remit tout en place et s'apprêtait à quitter le bureau quand ses yeux se posèrent sur la vitrine. Et si… ? Cela ne lui prendrait que quelques minutes de plus… Pouvait-elle se le permettre ?
Avant même de répondre à cette question, Sly sut qu'elle le ferait. Juste pour s'amuser.
Alors, jetant des sorts pour contrer ceux déjà mis en place et en prenant mille précautions, elle ouvrit la vitrine pour s'emparer des faux documents qu'elle fourra avec les bons, dans l'élastique de son slip.
Lorsqu'elle sortit du bureau, satisfaite d'avoir rempli sa mission, elle ne remarqua pas la petite, oh toute petite, goutte de sang qui avait glissé de son bandage pour atterrir au pied de l'imposant bureau du directeur de Mighty Adler. Sa plaie, à peine cicatrisée, s'était rouverte sous le coup que lui avait inconsciemment mis l'inconnue en se jetant dans ses bras un peu plus tôt.
A peine de retour au manoir Saüser, elle s'empara d'un parchemin et écrivit à la va vite un petit message qu'elle accrocha à la patte d'un jeune hibou.
Pardonne-moi, je n'ai finalement pas eu le courage de te rejoindre dans ton lit. Je crains trop pour nos deux réputations. Par pitié, si quelqu'un te pose la question, dis seulement que tu m'as vu rentrer dans ma chambre pour ne plus en ressortir avant la nuit.
Je t'embrasse,
Ton dévoué Ewald
Et voilà, c'est la fin de ce chapitre ! Alors, vous en avez pensé quoi ? :)
Il paraît que des reviews peuvent sauver la vie d'une thésarde…
A bientôt,
Tiph
