- Nous voilà de nouveau tous réunis, mes amis.
La voix douce et glaciale de Lord Voldemort résonna dans la salle aux hauts plafonds. Ils étaient une douzaine assis autour d'une grande table d'ébène. Le lustre qui se tenait plusieurs mètres au dessus d'eux se reflétait contre la surface vernie du bois sombre. Draco se concentrait sur ce reflet, et il n'était pas le seul. Tous avaient les yeux baissés en signe de respect alors que le seigneur des ténèbres glissait gracieusement derrière eux, laissant courir l'une de ses mains sur les dossiers sculptés des chaises assorties à la table.
Il ne faisait presque aucun bruit en se déplaçant. Il se mouvait comme un serpent, le froissement de sa robe et le son étouffé de ses pieds nus arpentant le marbre étaient les seuls bruits trahissant ses mouvements. Quelque chose d'indéfinissable se dégageait de lui. Une force sombre et menaçante qui faisait vibrer l'air qui l'entourait. Lorsqu'il passa pour la première fois derrière Draco, ce dernier dû déployer des efforts surhumain afin de ne pas frissonner et garder une expression la plus neutre possible. Il sentit même les longs doigts griffus de Lord Voldemort effleurer sa nuque.
Cet homme avait-il vraiment été un jour comme eux tous, de simples mortels ? Il n'en était pas sûr. Draco était incapable d'imaginer quoi que ce soit d'humain transparaître de son maître. Il lui était impensable qu'un jour, il y a bien longtemps, Il n'avait peut-être pas été si différent de lui. Cela faisait plus de cinquante ans que Tom Jedusor avait prit le nom de Voldemort. On disait qu'il avait été d'une beauté sans pareille, jadis, et qu'il pouvait obtenir ce qu'il voulait de n'importe qui, simplement en utilisant son charme et son charisme. Etrangement, malgré son physique affreusement inhumain, le mage noir avait gardé son attitude enjôleuse. Son visage pâle était dépourvu de nez, qui avait été remplacé par deux fentes obliques, ses lèvres étaient fines et étirées et ses yeux rougeoyaient constamment d'une lueur indéfinissable. Il était à la fois repoussant, terrifiant et magnifique. Et puis, bien sûr, il y avait Nagini. Son gigantesque python le suivait comme son ombre, glissant dans ses pas et se lovant ça et là contre ses jambes ou sur les pans de sa robe qui traînant au sol, dans un ondoiement de muscles et d'écailles infini.
- Bien, reprit Voldemort de sa voix envoutante. Je vois que tout le monde est là. Remercions de nouveau Lucius pour son hospitalité, voulez-vous ?
Le père de famille tressailli à l'évocation de son nom tandis que quelques mangemorts ricanèrent lugubrement. Draco les observa sans montrer le moindre signe d'agacement. Il reconnaissait presque tous les visages qui se tenaient autour de lui. Bien sûr, il y avait Bellatrix, qui jubilait, le visage tiré dans une expression d'adoration délirante. Il y avait aussi Antonin Dolohov, l'un des plus redoutables d'entre eux et prolifique meurtrier. Fenrir Greyback, le chien fou de la troupe, était assis aux côtés de Theodore Nott senior. Ce dernier lançait un regard noir à Lucius, certainement toujours vexé qu'il ai ordonné son abandon après la bataille du département des mystères. Travers, Selwyn ... Autant de nom que Draco avait déjà entendu sans pour autant connaître leurs propriétaires. Il y avait aussi une poignée de nouvelles têtes, ça et là.
Voldemort se mouva jusqu'au bout de la table dans un flot de robe vaporeuse et s'assit d'un mouvement langoureux. Presque aussitôt, le serpent glissa sa tête sur ses genoux alors que son maître lui caressait doucement les écailles du bout de ses longs doigts.
L'assemblée entière se raidit lorsqu'il reprit la parole.
- Malgré les fâcheux évènements de la semaine dernière, beaucoup d'entre vous avez fournis des efforts considérables lors de vos recherches. Je vous en félicite. Severus n'a pas pu se joindre à nous ce soir, trop pris par son nouveau rôle de Directeur dans notre chère Poudlard, mais les rapports concernant ses activités sont tout aussi satisfaisants. Cependant, beaucoup d'élèves ont pris goût à faire l'école buissonnière. L'éducation de nos jeunes sorciers et sorcières, pour peu qu'ils soient de sang noble et pur, a toujours été l'une de mes priorité, aussi je ne voudrais pas que certains d'entre eux n'aient à rattraper de cours. Cela serait tout à fait regrettable pour leurs études, n'est-ce pas ?
De nouveaux rires rauques retentirent et Voldemort déploya un sourire glaçant.
- De toute évidence, il nous faut nous assurer que nos jeunes puissent retourner étudier dans les meilleurs délais. Aussi, de nouvelles équipes seront formées afin d'assurer leur réussite académique. En outre, un petit oiseau m'a dit qu'une rumeur courait dans les rues de Pré-au-Lard. Quelqu'un aurait hébergé Potter et la petite sang de bourbe récemment. Ne nous emballons pas, il serait très surprenant que notre jeune ami baisse autant sa garde; mais je veux qu'une autre équipe aille s'assurer de la véracité de ces "on-dit". S'il s'agit de quelqu'un qui veut s'octroyer une partie de la récompense, je suis sûr que vous saurez les persuader de ne plus nous déranger inutilement. Voyons voir ... Draco ?
Draco se raidit. Instantanément, ses mains -qu'il avait dissimulées sur ses genoux, sous la table-, devinrent moites.
Il pu sentir ses parents se tendre sur leurs dossiers à côté de lui.
- Oui, maître ? répondit-il d'une voix étonnamment contrôlée.
Voldemort lui souri.
- Il en est hors de question ! s'exclama Hermione.
- Dobby, je suis d'accord avec elle, tu ne peux pas retourner là-bas c'est beaucoup trop dangereux, continua Harry.
Dobby se tenait debout dans le petit salon de la chaumière aux coquillages, devant ses trois amis. L'elfe de maison souriait, les mains jointes devant lui.
- Monsieur et Mademoiselle sont trop gentils de s'inquiéter du sort de Dobby, mais cela n'est pas nécessaire. Dobby connaît le manoir comme sa poche !
- Ce n'est pas que pour ça, Dobby ! Tu n'as pas à faire notre sale besogne pour nous; tu as déjà trop fait, pris trop de risques, argumenta Hermione.
- Tu nous as déjà bien aidé tu sais, je suis sûr qu'on pourra trouver une autre solution, ajouta Ron.
- Dobby sait que c'est le moyen le plus simple et le plus rapide, reprit l'elfe. Dobby veut aider, et Dobby sait se faire discret, n'est-ce pas, monsieur ?
L'elfe se tourna vers Harry, le regard pétillant. Ce dernier se passa une main dans les cheveux et se retourna.
- Dobby veut aider. Et comment monsieur compte t'il faire autrement, hm ? Un cheveux de madame Lestrange sera facile à avoir, ayez confiance !
- C'est vrai que ça serait la solution la plus simple... Murmura Ron
Hermione le fusilla d'un regard outré.
- Comment peux-tu dire ça Ronald ?!
- Quoi ? C'est vrai ! Il peut transplaner à volonté ! Et l'Ordre a dit que Bellatrix était très discrète sur ses déplacements, l'attraper en dehors du manoir serait quasiment impossible. Sans compter qu'elle ne sort jamais sans escorte...
- Monsieur Weasley dit vrai ! se réjouit Dobby.
Hermione ignorait pas quoi répondre. Elle savait bien qu'en théorie l'idée de l'elfe de maison n'était pas mauvaise en soi, mais elle ne voulait pas qu'il risque de nouveau sa vie pour eux. Elle avait l'impression d'être dans la peau d'un dictateur envoyant un soldat en première ligne, et elle était incommensurablement mal à l'aise avec le fait de consciemment le mettre en danger. Et pourtant ... Elle n'avait aucune idée de comment ils s'y prendraient pour se procurer un cheveu de Bellatrix si Dobby n'allait pas le chercher par lui même.
Harry semblait être en proie au même conflit. L'idée d'envoyer son ami dans la gueule du loup ne lui plaisait pas, et ses allées et venues dans la pièce trahissaient son état de nervosité.
Ron, lui, affichait un air contrit. Il avait donné raison à Dobby, mais ne semblait pas plus enclin que ses deux amis à le laisser partir.
- Je ne sais pas, Dobby. souffla Harry. Je n'aime pas ça. Je sais que tu veux aider, mais ...
- Monsieur ne doit pas dire "mais". Dobby est fort ! Dobby vous a sauvé. Laissez Dobby vous aider encore, hm ? dit l'elfe en souriant tendrement.
Harry souffla de nouveau en observant son ami avant de tourner son regard vers Ron et Hermione. La vérité, c'est que le trio n'avait pas beaucoup d'autre choix, et ils le savaient pertinemment. Ron enfoui ses mains dans ses poches en haussant les épaules, et Hermione fronça les sourcils en se détournant légèrement. Harry réfléchit encore, durant plusieurs secondes que seul le silence emplissait, avant de retourner son attention vers le petit elfe de maison.
- Très bien.
- Dépêchez-vous, dit Fenrir, impatient.
La nuit n'était pas tombée depuis plus d'une heure lorsque Draco, Fenrir et son équipe de raffleurs étaient apparus à Pré-au-Lard. L'air était frais et les ruelles étaient désertes. Les volets des maisons étaient tous fermés, et seulement une poignée d'entre elles étaient encore éclairées.
Derrière son masque de mangemort en argent ciselé, les traits de Draco étaient tendus. Il n'avait pas échappé au chaperonnage du loup-garou, comme il s'y attendait. La présence du lycanthrope était une véritable torture. Il empestait le chien mouillé, le sang et la sueur, et était dénué de toute retenue ou même savoir vivre. Il passait son temps à grogner comme un animal sauvage, cracher et il s'était même arrêté devant chez Zonko pour pisser sur le seuil de la boutique. Son équipe n'était pas mieux; une bande de vauriens de basses extractions qui s'exprimait en beuglant et avaient le rire gras. Ils étaient trois. Draco ne s'était même pas donné la peine de retenir leurs prénoms. Leurs noms, en revanche, il s'était efforcé de s'en souvenir, au cas où. Il y avait Pavlosky, un grand maigrichon aux cheveux gras et au sourire édenté. Munbrick, un garçon au physique tout à fait banal qui semblait avoir à peine la majorité et qui avait l'œil hagard. Et Pierce, un grand monté comme une armoire à glace qui ressemblait plus à un échappé d'Azkaban qu'à un apprentis mangemort.
Draco ne disait rien. Il se contentait d'ouvrir la marche avec Fenrir, auquel il n'adressait la parole que lorsque cela était nécessaire. Si le loup-garou ne lui inspirait aucune confiance, et lui faisait même un peu peur, il n'en laissait rien paraître et avançait vers la petite maison d'un pas assuré, la tête haute et la mâchoires serrée. Pourtant, il espérait au fond de lui que la rumeur qui était venue aux oreilles de Lord Voldemort s'avèrerait fausse.
Un homme du nom de Eugene Horne et qui habitait le village avait dénoncé l'un de ses voisins, Rufus Simmons. Ce dernier se venterait auprès de qui veut l'entendre qu'il aurait hébergé Potter, Granger et Ron Weasley dans sa propre maison, et se déclarerait sympathisant des résistants de Poudlard. Chose que, de toute évidence, ils ne pouvaient pas laisser passer.
- Nous y voilà, gronda le loup-garou en souriant, exposant ses dents pointues à la clarté de la lune.
La maison de Rufus Simmons était petite et modeste, au bout d'un chemin qui s'écartait de la rue principale du hameau. En fait, elle tomberait certainement bientôt en ruine. Ces poutres semblaient pliée sous le poids de la toiture, de laquelle quelques ardoises avaient glissées ça et là. Fenrir adressa un coup de menton en direction de l'entrée à Pierce. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, la porte en bois fut défoncée.
Aussitôt, un cri résonna dans l'air. Draco se raidit et s'engouffra à l'intérieur de la maison avec les autres.
- Toc toc ! brailla Fenrir.
En face de la porte se trouvait un petit homme chétif, qui était assis à table, visiblement entrain de souper. Ce dernier tremblait comme une feuille morte et avait renversé son bol de ragoût sous le coup de la surprise, du choc même, de voir sa porte se dégonder devant lui. Il avait levé les mains au ciel.
L'air frais qui pénétrait la petite pièce éteignit toutes les bougies et plongea la maison dans une obscurité presque totale. Le cœur de Draco battait la chamade, ses yeux examinant en une fraction de seconde le plus de détails possibles. Il y avait un petit escalier au fond de la pièce, à côté d'une porte en bois qui donnait surement sur l'extérieur. Une autre porte se trouvait sur la gauche, et une cheminée dont le feu était presque éteins se tenait sur leur droite. Il y avait aussi une odeur de poussière dans l'air, et de poisson.
- Fouillez la baraque les gars, ordonna Fenrir en se dirigeant vers l'homme d'un pas prédateur. Alors alors ... Rufus, c'est ça ? A ce qu'il paraît, on aurait des choses à cacher ?
L'homme se mit à trembler de plus belle, le teint livide et les yeux écarquillés.
- No-Non-Non non. Non, je-je-je ne cache ri-rien du tout, bredouilla Rufus.
Fenrir s'esclaffa. Visiblement, il se délectait de la situation. Draco en profita pour s'avancer aussi, sa baguette pointée vers l'homme. Il devait avoir la quarantaine, peut-être un peu plus. Les yeux gris du serpentard luisirent derrière son masque argenté.
- Comment expliquez-vous qu'on raconte partout dans le village que vous avez caché Potter et ses amis ? demanda t'il d'un ton autoritaire.
A la grande surprise de Draco, l'homme devint encore plus pâle qu'auparavant.
- Je-je-je ne sais pas de quoi vo-vous parlez, messieurs ! Je le jure !
Alors, Fenrir attrapa les rebords de la table et la fit voler en l'air comme si elle ne pesait pas plus lourd qu'une plume. Le loup-garou dégaina sa baguette et se jeta sur Rufus, toutes dents dehors, et le plaqua contre le mur.
- Il va falloir se montrer plus convainquant, monsieur Simmons ! rugit-il. Je me sens d'humeur à casser la croûte, et votre petit jeu commence à m'agacer.
L'homme couina de terreur alors que le lycanthrope approchait ses crocs de son visage larmoyant.
- Ca suffit, aboya Draco.
Fenrir se figea et tourna ses yeux noirs vers le jeune mangemort, qui se tenait à ses côtés; droit et tout à fait calme. En tout cas en apparences. Une poignée de seconde passa alors, durant laquelle seul le vacarme résultant de la fouille qui se tenait à l'étage résonnait dans l'air.
- Qu'est-ce que tu as dis ? articula t'il d'un ton menaçant, et presque incrédule, sans relâcher sa proie.
- Nous sommes ici pour obéir aux ordres et découvrir ce qu'il en est. Pas pour dévorer des témoins. Je m'occupe de lui.
Fenrir observa longuement Draco sans bouger d'un cil, une sorte de roulement rauque s'échappait de sa gorge comme un grognement sourd. Le jeune mangemort ne bougea pas non plus, et l'observait d'un regard égal. Il remercia le ciel pour avoir pensé à porter son masque, bluffer était étonnement simple avec ça sur la figure. Presque amusant, même.
Au bout de plusieurs secondes, durant lesquels les yeux de Rufus allaient et venaient entre lui et Fenrir, ce dernier relâcha sa prise d'un geste violent avant de s'écarter et partir vers le fond de la maison, bousculant au passage Draco de son épaule.
Une vague de colère parcourue ses veines, mais il garda sa contenance et releva sa baguette vers son captif, illuminant au passage ses traits paniqués.
- Pitié, je vous jure que-que je n'y suis pour rien.
- Nous verrons ça, répondit Draco. Votre nom ?
- Mon ... Mon nom ?
- Oui, soupira le jeune mangemort en sortant un rouleau de parchemin de l'intérieur de sa robe.
- Simmons, monsieur.
Draco lui jeta un regard dubitatif avant de reporter son attention sur le papier qu'il tenait entre ses mains. C'était une liste. Une liste de noms fournie par la Commission d''enregistrement des né-moldus. A l'étage, le bouquant continuait, surmonté de rires rauques.
- Votre statut de sang, monsieur Simmons ? demanda Draco d'un ton protocolaire.
- Sang-mêlé, monsieur, répondit l'homme d'une voix tremblante.
Draco plissa les yeux. Rufus avait répondu presque trop rapidement. Son regard larmoyant était fuyant, il oscillait entre lui et la porte défoncée de sa maison. Draco savait qu'il contemplait l'idée de tenter le tout pour le tout et de partir en courant, mais l'homme n'était pas bête et avait très certainement encore trop de choses à perdre, ou serait trop lâche pour aller jusqu'au bout de son idée. Le masque de Draco étincela lorsqu'il reporta son regard sur la liste. Cette situation commençait à le rendre mal à l'aise.
- Vous ne figurez pas sur la liste, M. Simmons, dit-il d'un ton le plus neutre possible.
- Qu-quoi ? Non. Non, non. Vous- enfin je veux dire, il doit y avoir une erreur, monsieur.
De lourds bruits de pas éclatèrent derrière eux alors que Fenrir descendait les escaliers. Rufus se colla plus encore contre le mur, paniqué.
- Qu'est-ce que j'entends Malfoy ? Notre hôte ne figure pas sur la liste ? tonna le loup-garou dans un rire sinistre.
- Non.
- C'est une erreur ! Je-je suis de Sang mêlé !
Alors qu'il s'avançait à grands pas vers le petit homme, Fenrir dégaina sa baguette.
- Endoloris ! rugit-il.
Aussitôt, Rufus tomba au sol et se tordit de douleur en hurlant. Il criait si fort que Draco eu un mouvement de recul. Si fort que tout Pré-au-Lard l'entendait très certainement. Ses lamentations résonnaient contre les murs miteux de la maison alors que son corps était pris de convulsions. L'horreur du moment s'exacerba lorsque les rafleurs éclatèrent de rire, puis Fenrir relâcha l'emprise de son sortilège.
- Un sang de bourbe et un menteur en plus, Simmons ?! aboya t'il. As-tu hébergé Potter, Rufus ?!
Il ne répondit pas tout de suite, trop occupé à reprendre ses esprits en gémissant. Le lycanthrope lui décocha alors un coup de pied dans le ventre.
- ALORS ?!
- Non ! Pitié je ne sais pas de quoi vous parlez ! Pitié ! implora l'homme.
- Endoloris ! rugit Fenrir.
De nouveau hurlements, si fort cette fois que la voix de Rufus dérailla. Les yeux de Draco s'écarquillèrent derrière son masque d'argent ciselé. C'était trop. Ces cris ... il avait l'impression de revenir à ce moment où tout avait basculé. Il n'entendait plus monsieur Simmons, il entendait Hermione. Son pouls commençait à s'accélérer et ses mains à devenir moites.
Fenrir se pencha au dessus de l'homme, dont les muscles s'étaient tétanisés sous la douleur.
- Ce petit jeu commence à m'ennuyer. Tu nous as fait venir pour rien Simmons, et je ne me déplace pas pour rien, ricana t-il.
Fenrir s'accroupit et empoigna la chevelure de Rufus d'une main, exposant son cou alors qu'il se pourléchait les babines; ses dents luisants à la lumières des baguettes des raffleurs.
- Ca suffit ! ordonna Draco.
De nouveau, Fenrir se figea. Draco se tenait derrière lui et le visait de sa baguette. Le loup-garou gronda.
- Attention, petit. J'ai toléré tout à l'heure, mais ne me pousse pas à bout.
- J'ai dis ça suffit, répéta le jeune mangemort.
Pavlosky se rapprocha alors de Draco et le pointa de sa baguette, le torse bombé, un sourire édenté et mutin sur les lèvres.
- Il t'as dis de te barrer, Malfoy. Tu ferais mieux de-
- Stupefix !
Sous le regard ébahi de ses pairs, Pavlosky s'envola, soufflé par le sortilège, et alla s'écraser dans les marches à l'autre bout de la pièce, inconscient. Draco pointa de sa baguette sur Munbrick et Pierce, qui avaient esquissés un geste pour dégainer les leurs, mais qui se ravisèrent et se reculèrent en courbant l'échine.
Les cris de Simmons s'étaient entremêlés avec ceux d'Hermione, si fort dans sa tête qu'il avait cru qu'elle allait exploser. Mais cette fois-ci, il n'avait pas perdu le contrôle. Cette fois-ci, il avait été maître de la situation, et non victime. Pas spectateur, ni lâche. Pas comme son père. Et les voix avaient disparu. A moitié surprit et grisé par cette initiative, le jeune mangemort se tourna de nouveau vers Fenrir. Si ce dernier n'avait pas bronché, une nouvelle lueur brillait au fond de son regard.
- Vous semblez tous oublier à qui Lord Voldemort a confié cette mission, dit sombrement Draco. C'est à moi qu'Il a confié cette tâche, alors vous allez m'obéir.
Fenrir se redressa dans une lenteur prédatrice, toisant rapidement Draco d'un regard furieux, les dents découvertes. Le serpentard plongea son regard dans le sien en relevant plus encore sa baguette.
- Cette mission est sous MA responsabilité. Nous allons suivre la procédure habituelle et conduire monsieur Simmons au Ministère. Est-ce bien clair ?
Fenrir gronda de plus belle, se rapprochant si près du visage de Draco qu'il pu voir son reflet dans le masque du jeune mangemort. Ce dernier serra le poing, sa baguette ne tremblait pas.
- Est-ce bien clair ? répéta t'il plus fort.
Munbrick et Pierce acquiescèrent. De nouveau, Draco planta son regard dans celui du loup-garou. De longues secondes passèrent durant lesquelles il se demanda si l'animal n'allait pas se jeter sur lui pour lui ouvrir la carotide d'un coup de crocs. Mais il n'en fit rien et après un rictus résigné, se détourna et quitta la maison, abandonnant le corps agonisant de monsieur Simmons.
- Amenez-le, ordonna Draco.
- Levicorpus.
Pierce emmena le corps immobile de Rufus en dehors de la maison, suivi de Munbrick, qui avait relevé Pavlosky. Ce dernier passa devant Draco la tête baissée et n'osa pas lui adresser un seul regard.
Une fois que tout le monde fut dehors; le jeune mangemort failli manquer d'air. Les cris de l'homme, qui avait étrangement continué de résonner dans sa tête, cessèrent.
Seul face au silence, il ôta son masque et prit plusieurs minutes pour reprendre son souffle et calmer les léger tremblements qui saisissaient ses mains. Il était magnifique, ce masque. Taillé dans l'argent le plus pur qui soit. Si brillant, si fin, et pourtant si lourd. Il ne s'en était pas rendu compte jusqu'à maintenant. Le métal pesait si lourd au creux de ses mains.
Draco se ressaisit et remit précipitamment son masque, traversé par un éclair de lucidité.
Ma mission n'est pas finie.
