S1-Épisode 2 : Perdus, démunis et forcés de s'entraider
Les deux jeunes gens affichèrent chacun un air stupéfait face au paysage qui s'étendait devant eux. Alors qu'ils étaient sortis de la caverne dans laquelle ils s'étaient réveillés, les deux s'étaient avancé jusqu'au bord d'une falaise pour observer d'immenses plaines qui s'étaient à perte de vue. À l'horizon, mais aussi à quelques dizaines de kilomètres de leurs positions, des reliefs s'élevaient, dont un volcan au loin qui semblait actif.
Le plus frappant était le château qui trônait au milieu des plaines. Epon y trouvait une étrange ressemblance avec le palais royal d'Hyrule qu'elle connaissait. Mais celui de ce monde-ci paraissait partiellement délabré à vue d'œil alors que quatre colonnes sombres, légèrement penchées, l'entouraient. De plus, une aura ténébreuse semblait en émaner. Comme si une malédiction hantait cette demeure.
« C'est bizarre, pensa la jeune fille. Pourquoi je ne ressens aucune énergie venant de là-bas ? D'ailleurs... »
Subitement, elle se tourna vers l'ébène pour tenter de sonder son énergie, afin de savoir si elle avait affaire à une personne mal-intentionnée ou non. Mais pareil : elle ne ressentait absolument rien chez lui non plus.
« J'ai perdu ma sensibilité aux énergies ?! » se demanda-t-elle vivement en soulevant brusquement un pan de sa jupe suffisamment haut pour dévoiler sa cuisse gauche. Habituellement, la marque bleue représentant le symbole de la déesse Nayru se trouvait là, lui conférant le pouvoir de manipuler l'eau et la capacité de ressentir les auras de son entourage. Seulement, ce glyphe, qu'elle possédait pourtant depuis sa naissance, avant disparu aujourd'hui.
« Bordel de merde, qu'est-ce qui se passe ?! » paniqua-t-elle, attirant ainsi l'attention de son compagnon sur elle. Mais ce dernier détourna aussitôt son regard en remarquant sa jupe plissée à moitié soulevée.
« J'ai pas besoin de voir ta culotte ici ni maintenant, espèce d'exhibitionniste ! »
La bleue ne réagit même pas à cette remarque, bien qu'elle avait relâché son vêtement. À la place, elle porta rapidement ses mains à l'arrière de sa ceinture, et l'effroi se dessina instantanément sur son visage. Ses armes... Ses fidèles dagues en forme de tonfas... Elles avaient également disparu !
« Comment ça, disparues ? demanda le garçon d'un air mi-étonné mi-blasé. On t'aurait volé tes armes ? »
L'homme en vert vérifia alors de son côté si ses dagues-pistolets étaient encore sur lui. Mais elles avaient été dérobées, à l'instar des tonfas d'Epon.
« Roh, fait chier ! » grogna-t-il, pendant que la demi-zora tendait sa main dans une direction au hasard, espérant invoquer un sort aqueux. Hélas, aucune goutte d'eau n'apparut. La disparition de sa marque divine avait provoqué la disparition de ses pouvoirs, en plus de celle de sa sensibilité aux énergies.
« Mais c'est pas possible ! râla l'ébène en regardant la plus âgée. Comment on peut voler des pouvoirs à quelqu'un ?
— J'en sais rien, mais les faits sont là ! Je ne peux plus m'en servir pour une raison qui m'échappe ! »
L'homme à la longue chevelure noire croisa rageusement ses bras. Si la jeune femme à côté de lui disait avoir perdu ses capacités magiques, il y avait de grandes chances à ce qu'il soit également privé de son aura surhumaine. Seulement, il ne pouvait pas vérifier tant qu'il faisait jour. Et à en juger par l'emplacement du soleil, la matinée venait tout juste de commencer.
« Est-ce que c'est pas ce gamin aux oreilles pointues qui nous aurait fait le coup ? interrogea le plus grand du duo, visiblement agacé.
— Il n'y avait aucune arme dans la grotte, répondit l'autre d'un air pensif. Et comment il aurait pu nous voler nos pouvoirs en étant endormi ?
— Peut-être qu'il est en train de se les transférer grâce à l'installation dans laquelle il se trouve ? Si c'est le cas, je le jure devant toutes les divinités de Kaärann que je lui fais sa fête à son réveil !
— Kaärann ? »
L'ébène poussa un léger soupir face à la curiosité de la plus âgée. Mais se disant qu'ils étaient tous deux dans la même galère, et que les deux n'avaient actuellement aucun intérêt à nuire à l'autre, il lui répondit :
« C'est le nom du continent d'où je viens. »
Voilà un nom qui ne disait absolument rien à Epon. Mais elle comprenait mieux pourquoi Hyrule et le peuple hylien étaient inconnus pour ce garçon. Alors qu'elle s'interrogeait sur les origines de ce dernier, elle vit les yeux de celui-ci se poser sur la tablette sheikah.
« Ce truc n'arrête pas de s'allumer et de s'éteindre. » fit-il remarquer. Effectivement, l'œil larmoyant clignotait à plusieurs reprises. La demi-zora l'effleura délicatement de son doigt, et l'écran de l'artefact s'ouvrir sur ce qui ressemblait à une carte. Une rose des vents se situait en bas à droit de l'écran. Au côté opposé s'affichaient l'heure, la météo locale et la température ambiante. Aussi, un triangle jaune, représentant leur position actuelle, était présente. Et non loin de celle-ci se trouvait un point. Mais tout le reste, c'est-à-dire la carte en elle-même, semblait complètement vide. Aucune route n'était dessinée, aucun nom de lieu n'y figurait, rien ! Juste des traits formant diverses formes variées. Sans doute les délimitations des régions composant cette nation.
« C'est la carte la plus pétée que j'ai jamais vue de ma vie, rétorqua le jeune homme d'un air complètement blasé.
— J'avoue, enrichit Epon, un peu perplexe. Mais au moins, elle nous indique une direction où aller... »
Apparemment, le duo devait se diriger vers l'est. Et leur destination ne se trouvait pas trop loin de leur position. Cela ne leur coûtait rien d'aller y jeter un œil.
Longeant une route à proximité, ils passèrent non loin d'une église en ruine. Mais là n'était pas l'endroit où il devaient aller, même si la curiosité de visiter cet endroit délabré était forte, aussi bien pour la bleue que pour l'ébène.
« Hey ! interpella ce dernier sans pour autant interrompre leur avancée.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— C'est quoi ton nom ?
— Je m'appelle Epon. Enchantée.
— Epon ? Désolé de te le dire comme ça, mais c'est un peu ridicule, comme nom. »
La concernée afficha un air las devant une telle remarque, mais préféra laisser couler et demander le nom de son interlocuteur.
« Seven, répondit ce dernier.
— Tu oses te moquer de mon nom alors que tu t'appelles littéralement Sept ? C'est quoi le délire ? Tu es né le septième jour du septième mois, pour qu'on te nomme ainsi ?
— Seven n'est pas mon véritable nom. Et avant que tu ne le demandes, non, je ne te dirai pas comment je m'appelle vraiment.
— Pourquoi pas ?
— Je ne te fais pas encore assez confiance pour ça. »
Epon ne savait pas si elle devait se montrer compréhensive ou outrée. Une telle raison était totalement justifiée, mais tout de même ! La demi-zora lui paraissait si louche que ça ? Elle ne se posa pas la question bien longtemps.
Sur leur chemin, les deux tombèrent sur un feu de camp autour duquel semblaient danser quatre monstres rouges armés. Tous possédaient de longues oreilles, une corne posée sur le dessus de leur crâne, et d'énormes groins sur leurs visages. Epon et Seven s'étaient cachés derrière des tonneaux positionnés non loin de ces étranges créatures pour ne pas se faire voir.
« Qu'est-ce que c'est que ces horreurs ? demanda l'homme en vert, partagé entre l'ahurissement et le dégoût.
— C'est la première fois que je vois des monstres pareils, je t'avouerai. Mais leur carrure et leur comportement me font étrangement penser à des bokoblins... »
Ils étaient en supériorité numérique et armés d'épées ou d'arcs, contrairement au duo qui n'avait rien pour se défendre. Se précipiter pour les attaquer sans une stratégie serait risqué.
« Ils m'ont l'air cons comme des balais, murmura cependant Seven. Je pense pouvoir me les faire sans problème.
— Ne les sous-estime pas ! Plus ils sont nombreux, plus ils sont... »
Mais le plus jeune avait déjà bondi hors de leur cachette pour foncer vers le bokoblin le plus proche pour lui coller un violent coup de pied au visage.
« Mais quel abruti ! » grogna Epon alors que les créatures hurlaient de rage face à l'attaque inattendue de Seven. Celui qui avait été touché par le coup de pied était sonné, mais pas mort pour autant. Un autre, armé d'une épée, se précipita vers l'ébène pour le frapper. Mais sa cible, rapide et vive, parvenait à esquiver sans problème, avant de placer un puissant coup de poing en plein dans son museau. Du sang coula de ce dernier, alors que le bokoblin touché sautillait et gémissait de douleur. Seven était sur le point d'aller à l'assaut d'un troisième, mais il se baissa subitement pour éviter de justesse une flèche qui atterrit non loin de la cachette où se trouvait toujours l'hybride.
Celle-ci, en voyant que le plus jeune faisait à présent face à deux archers qui ne le laissaient pas s'approcher, effectua une roulade rapide tout en récupérant la flèche, et fonça vers le bokoblin au sonné par le coup de pied de Seven pour lui planter la pointe de la flèche dans sa gorge, le tuant sur le coup. Puis, après avoir ramassé l'épée de sa victime, Epon courut vers la créature au pif ensanglanté pour l'embrocher au niveau de l'abdomen d'un coup d'estoc. Mais tout à coup, elle se plaça derrière le cadavre embrocher pour éviter une flèche qu'on lui avait tirée. L'un des bokoblins archers restants l'avait prise pour cible et tirait à plusieurs reprises des projectiles. La demi-Zora se servait du monstre qu'elle venait de tuer comme bouclier, qui se retrouvait rapidement criblé de flèches. Mais la jeune femme se doutait qu'elle ne tiendrait pas longtemps ainsi.
Elle vit alors Seven désarmer l'un d'entre eux, avant de lui piquer deux flèches de son carquois, et d'enfoncer leurs pointes dans son crâne pour l'achever. Il ne restait plus qu'un bokoblin à mettre à terre, et celui-ci s'était retrouvé à court de flèches. Tentant de prendre la fuite, il se mit à courir loin du duo. Mais l'ébène s'était saisi de l'arc qu'avait fait tomber le bokoblin qu'il avait éliminé, visa le monstre fuyant avec, et tira un projectile qui le toucha de plein fouet à la jambe. La créature à la peau rougeâtre s'écroula au sol, mais gigota en rampant pour continuer de s'éloigner. Malheureusement pour lui, Epon s'était avancé vers lui, une lame maculée de sang en main, et planta cette dernière dans son dos pour abréger ses souffrances. Les deux jeunes gens étaient ainsi venus à bout de leur quatre opposants.
« Tu vois ? fit Seven en passant sa main sur ses vêtements afin de les dépoussiérer. Ce n'était pas compliqué.
— Tu te fiches de moi ? s'écria Epon en s'approchant vivement de lui, se retenant de lui coller une belle gifle. On aurait très bien pu y rester ! Qu'est-ce qui t'a pris de foncer tête baissée comme ça ?! Tu nous as plus mis en danger qu'autre chose !
— On a réussi à les battre, et on a maintenant de quoi se défendre. De quoi tu te plains ? »
La bleue était visiblement agacée par le plus jeune qui semblait n'en faire qu'à sa tête. Toutefois, il avait raison sur un point : ils pouvaient à présent prendre les armes de leurs opposants. Une épée, un arc et un carquois avec quelques flèches chacun. Ce n'étaient pas les armes avec lesquelles Epon était le plus à l'aise, mais c'était toujours mieux que rien.
« Tu sais te servir de ces trucs, au moins ? » demanda Seven d'un sourire un peu taquin. Mais ne voulant pas entrer dans son jeu, la bleue choisit de reprendre son chemin en direction de la destination que la tablette sheikah leur indiquait. Devant son attitude un peu trop sérieuse, l'homme en vert ne put s'empêcher de lever ses yeux d'exaspération. Mais il suivit la plus âgée tout de même, curieux de savoir où ce mystérieux artefact les emmenait.
