S1-Épisode 6 : Mystère et ingéniosité
Epon et Seven affichèrent tous deux une mine dépitée. Alors qu'ils étaient revenus sur les lieux de leur réveil en espérant voir le mystérieux garçon réveillé, celui-ci dormait toujours, le corps à moitié plongé dans la grande bassine d'eau. Activer les sanctuaires du plateau n'avait donc pas suffi à le sortir de sa léthargie.
« Est-ce qu'il est vraiment en train de dormir ? » questionna Epon pendant que Seven s'approcha du blond pour l'examiner de plus près. L'ébène saisit doucement l'avant-bras de l'adolescent, et plaça deux doigts au niveau de son poignet pour vérifier son pouls. Celui-ci battait si lentement qu'il était à peine détectable. Seven approcha ensuite son visage de celui de l'endormi pour entendre sa respiration, lente mais régulière.
« Il est vivant, c'est sûr, conclut-il. Par contre, il m'a l'air vachement affaibli. Je ne pense pas que ce soit un sommeil normal. Vu tout le dispositif autour de lui, je dirais plutôt qu'on l'a plongé dans un long et profond état d'inconscience. Probablement réparateur. »
Pour appuyer ses dires, il montra à la plus âgée plusieurs cicatrices présentes sur le corps du garçon. S'il fallait plisser des yeux pour en remarquer certaines, d'autres étaient largement visibles et témoignaient de vilaines blessures qu'on lui avait infligées.
« Qu'est-ce qui a bien pu lui arriver ? murmura la demi-zora d'un air penseur.
— De grosses emmerdes, répondit l'autre en la regardant. Et si ce royaume est rempli de machines comme celles qu'on a croisées hier, je suis surpris qu'il soit encore en vie.
— Quelque chose n'est pas net dans cette histoire, confia la bleue en croisant les bras. Admettons qu'il soit arrivé ici en étant gravement blessé. Il serait impossible pour lui de préparer seul toutes ces installations, et de se plonger lui-même dans ce coma. Une ou plusieurs personnes ont dû l'accompagner jusqu'ici.
— C'est aussi ce que je me suis dit. Mais dans ce cas, et logiquement, on aurait dû croiser les personnes en question durant notre exploration de ce plateau. »
Sauf qu'ils n'avaient rencontré personne, si on omettait les quelques bokoblins qu'ils avaient affrontés. Est-ce que les accompagnateurs de mystérieux blond s'étaient faits tués entre-temps ? Est-ce qu'ils l'avaient abandonné ici et quitté le plateau du prélude ? Sachant que ce lieu était fermé à la base, cette seconde supposition était possible. Mais dans ce cas, on pouvait s'interroger sur le nombre de jours qu'il avait passé, enfermé ici.
« Je pense qu'on a plus important que de se préoccuper de ce qui a pu arriver à ce gringalet, affirma Seven en s'éloignant de l'autre homme pour se rapprocher d'Epon. On a fait le tour de ce plateau et on a trouvé que dalle. Il serait peut-être temps qu'on réfléchisse à un moyen d'en descendre.
— Je sais. Mais je ne vois pas comment faire dans l'immédiat. La pente est beaucoup trop haute et abrupte pour tenter une descente à mains nues. À la limite, si on avait une corde suffisamment longue, on aurait pu descendre en rappel. »
Hélas, ils n'avaient rien croisé de tel durant leur expédition à travers toute cette région. Ils devaient donc réfléchir à une autre solution. Au bout de quelques minutes...
« À moins de se transformer en oiseau pour s'envoler, je ne vois franchement pas comment on pourrait se tirer d'ici. » grogna l'assassin, agacé de ne pas trouver de résolution à leur problème. Mais à peine avait-il prononcé ces mots qu'Epon semblait avoir une illumination.
« À défaut de devenir des oiseaux, on peut toujours les imiter !
— Quoi ? fit le plus jeune en haussant un sourcil d'incompréhension.
— Si on avait une toile en tissu suffisamment grande, on pourrait s'en servir pour planer jusqu'en bas avec.
— En sautant dans le vide avec, tu veux dire ?
— Exactement ! Je pense que ça pourrait marcher.
— Encore faut-il trouver le tissu en question. Le seul tissu qu'on a croisé, c'est la couette trouvée dans la cabane abandonnée. Et ça m'étonnerait qu'elle soit suffisamment solide pour une telle manœuvre.
— En fait, j'en avais repéré une autre, pas très loin du dernier sanctuaire qu'on a visité. »
Cette révélation surprit l'ébène, qui lui demanda plus de précisions à ce sujet.
« Un peu en contrebas, j'ai aperçu une construction étrange, comme une sorte de cabane sans murs. Son toit, si on peut l'appeler ainsi, est fait avec un grand tissu rouge. S'il est suffisamment épais, il peut faire l'affaire.
— Donc, t'en es même pas sûre, en fait.
— Là n'est pas le plus grand problème, pour tout te dire. »
Elle expliqua avoir vu des bokoblins occuper cette sorte de base. Elle ignorait cependant combien ils étaient. Mais une chose était sûre : s'ils voulaient s'emparer de l'objet qui leur servirait de ticket de sortie, ils devaient croiser le fer avec ces monstres.
« Dans ce cas, attendons la tombée de la nuit pour passer à l'action, proposa l'assassin. Il nous suffira d'attaquer ces horreurs pendant leur sommeil. »
Face à une telle solution, Epon cligna des yeux à plusieurs reprises.
« Un problème avec ce plan ? demanda le plus jeune devant cette réaction.
— C'est pas un peu vache et lâche, de procéder ainsi ? Je veux dire, ils seront sans défense...
— On s'en fout ! On doit les tuer, de toute façon. Qu'ils dorment ou non pendant qu'on passe à l'action, ça ne changera rien.
— Par principe personnel, si une personne ou une créature doit mourir de ma main, je préfère que ce soit dans un affrontement.
— Avec un principe pareil, tu ferais un piètre assassin. »
La demi-zora ignorait si elle devait prendre cette remarque comme une moquerie ou un compliment. Mais l'attitude de l'ébène la surprenait vraiment. Comment pouvait-il assassiner ses victimes de sang-froid durant leur sommeil ?
« Hey, tu veux qu'on se barre de ce plateau, oui ou non ? questionna Seven qui, de son côté, ne comprenait pas cette réticence. On a atterri dans un monde hostile, et le peu de choses vivantes qu'on a croisé a essayé de nous buter. Pourquoi se soucier des états d'âmes dans un tel contexte ? C'est une perte de temps. Des boko-machin-choses, t'en a déjà tués. Ce n'est pas comme s'il fallait tuer des personnes humaines. »
Voilà un point sur lequel il avait raison. Peut-être qu'Epon réfléchissait trop en cet instant. Même si assassiner des monstres durant leur sommeil n'était pas une tâche qui l'enchantait, il n'existait pas d'autres alternatives pour atteindre leur objectif actuel. Poussant un léger soupir, elle accepta finalement de suivre le stratagème du tueur. Ainsi, le duo patienta jusqu'à la tombée de la nuit.
C'était une soirée calme et bercée par une douce brise qui s'annonçait. Epon et Seven s'étaient téléportés au sanctuaire le plus proche de leur destination, et rapprochés de la base dans laquelle campaient les bokoblins. Leur construction, faite de planches, s'élevait sur deux étages. Et en son sommet, se trouvait le précieux tissu qui servirait peut-être d'issue de sortie pour les deux jeunes gens. Mais pour l'atteindre, ils devaient confronter une quinzaine de bokoblins. Ces derniers étaient majoritairement rouges, mais quelques-uns possédaient une teinte bleue.
« Un peu comme dans l'Hyrule d'où je viens, murmura Epon alors que le duo était perché sur la branche d'un arbre non loin.
— Il y a une différence entre les deux variantes ?
— Les bleus sont plus endurants et intelligents au combat.
— C'est pas un peu raciste, dit comme ça ? s'étonna Seven en la regardant.
— Le royaume d'Hyrule est ainsi fait. Que veux-tu que je te dise ? »
L'assassin, bien que curieux, ne s'attarda pas sur ce détail pour l'instant. Lui et la souveraine à ses côtés devaient se concentrer. Pour réussir à venir à bout de tous ses monstres sans en réveiller aucun, il fallait procéder judicieusement. Étant le plus expérimenté dans le domaine du meurtre discret, l'ébène expliqua brièvement à la bleue comment faire : d'abord s'approcher doucement de sa cible en faisant le moins de bruit que possible, puis viser son cœur avec une lame, et enfin planter cette dernière d'un geste précis et puissant. Telles étaient les trois étapes essentielles pour abattre n'importe plongé dans une profonde léthargie. Cependant...
« Il peut arriver à une victime de gémir de douleur, expliqua Seven. Si ça se produit, plante une autre larme au milieu de son crâne.
— Euh... okay ? acquiesça Epon avec hésitation.
— T'es sûre de pouvoir y arriver ? demanda l'autre d'un air blasé.
— En soi, ce n'est pas compliqué. Je trouve juste perturbant ta façon de m'expliquer la chose. Mais ça va aller. »
Elle lui avait adressé un léger sourire pour le rassurer. Sauf que l'assassin n'était pas du tout rassuré, malgré toute la bonne volonté de la plus âgée. Cependant, estimant qu'il était temps d'agir, Seven sauta de la branche en dégainant son épée. Epon l'imita, et tous deux entrèrent dans la base.
Il était étrange de voir tous ces bokoblins endormis, sans l'un d'entre eux pour monter la garde. Mais le duo ne s'en plaignait pas, car cela leur facilitait la tâche, déjà suffisamment compliquée. Avançant doucement, de manière accroupie pour ne pas faire de bruit, l'humain et l'hybride s'approchèrent de deux bokoblins rouges au pied d'un escalier ascendant. Seven se positionna à côté d'un de ces monstres, sa lame pointée en direction de sa poitrine, et ordonna à Epon, par un signe de tête, d'en faire de même avec le second. De manière simultanée, les deux plantèrent leurs épées dans les cœurs des créatures endormies, les tuant sur le coup. Suite à cela, l'ébène observa la bleue pour voir sa réaction face à un tel geste. Contrairement à ses attentes, il constata que la plus âgée affichait un air déterminé en lui adressant un hochement de tête, signifiant qu'ils devaient continuer.
« Bon, au moins, elle ne nous ralentira pas là-dessus. » pensa l'assassin en prenant les devants pour monter l'escalier, avec la reine derrière lui. Arrivés au premier étage, ils firent face à huit bokoblins. Six rouges et deux bleus, tous endormis. Le plus jeune du duo ordonna silencieusement à l'autre de s'occuper des quatre se trouvant les plus à droite de leur position. Ils s'occuperaient alors des autres. Lentement mais sûrement, Seven et Epon assassinèrent à tour de rôle les bokoblins présents.
Si l'assassin en vert, de son côté, parvenait à tuer ses cibles sans problème, la reine en bleu s'était confrontée à un problème, alors qu'elle était sur le point d'achever un bokoblin bleu. Celui-ci, malgré la lame de la jeune femme qui l'embrochait, n'avait pas immédiatement péri, et était sur le point de hurler pour donner l'alerte. Heureusement pour le duo, Epon eut le bon réflexe de sortir une flèche de son carquois et de la planter dans la tête de la créature pour la faire taire, et la tuer par la même occasion. La demi-zora soupira de soulagement en voyant qu'elle n'avait pas tout fait capoter. Seulement, elle ne remarqua pas qu'un bokoblin rouge, allongé derrière elle, s'était redressé encore à moitié endormi. En remarquant ce fait, Seven dégaina aussitôt son arc et tira un projectile qui se planta dans le ventre de la bête. Celle-ci gémit de douleur en se tordant au sol, mais Epon abrégea aussitôt ses souffrances en plantant son épée dans sa gorge. Un silence pesant s'ensuivit alors que ni l'ébène ni la bleue n'osait bouger. S'échangeant un regard de loin, ils attendirent quelques instants pour s'assurer qu'ils n'avaient réveillé personne en effectuant de telles manœuvres. Finalement, ce ne fut pas le cas, ce qui les rassura. La jeune fille rejoignit rapidement son compagnon et lui murmura :
« On l'a échappé belle sur ce coup. Merci !
— Sois un peu plus sur tes gardes, la prochaine fois. » conseilla l'autre alors qu'il entamait l'ascension du second escalier menant à l'étage supérieur. Mais il se baissa tout à coup, à l'étonnement d'Epon qui constata qu'une flèche enflammée avait volé au-dessus du garçon. On pouvait également entendre du raffut provenant du point qu'ils souhaitaient atteindre.
« Eh merde ! grogna Seven. Ils savent qu'on est là ! »
En effet, un duo de bokoblins mixte, chacun armé d'une épée, dévala les escaliers pour les prendre d'assaut. L'assassin, toujours son arc en main, tira une flèche en direction du monstre à la peau rouge, le touchant à la jambe. La créature tomba et roula sur les marches jusqu'à s'écraser à l'étage du dessous. Profitant qu'il soit au sol, l'homme aux cheveux de jais lui tira encore deux flèches, pour l'achever. De son côté, Epon croisait le fer avec le bokoblin bleu, effectuant une succession de vives attaques. Mais à son étonnement, l'être monstrueux réussissait à parer toutes ses frappes. Il avait même contre-attaqué en tentant un coup d'estoc au niveau de l'épaule de la jeune fille. Mais celle-ci bondit sur le côté pour l'éviter de justesse.
« Il est fort, lui ! » constata l'hybride en se remettant en position de défense. Mais deux autres bokoblins bleus, un lancier et un archer, apparurent à leur tour pour prêter main forte à leur semblable. Le monstre archer visa la demi-zora avec une flèche enflammée. Il fut néanmoins stoppé dans son élan alors qu'une flèche tirée par Seven se planta dans son cou. Le bokoblin s'était immobilisé, ne réalisant probablement pas ce qui lui arrivait. Jusqu'à ce qu'une seconde flèche de l'assassin n'atterrisse au milieu de son front, l'achevant sur le coup.
Pendant que l'ébène s'était chargé du monstre archer, Epon avait esquivé un coup de lance porté par l'un des bokoblins bleus restants. Elle agrippa ensuite l'arme pour immobiliser son ennemi, avant de planter son épée dans son flanc, le blessant mortellement. Son semblable cria de rage et se mit à foncer vers l'hybride en agitant son épée n'importe comment. Mais d'un geste bien placé avec la lance qu'elle tenait encore, la bleue effectua une attaque retournée si puissante qu'elle poussa la créature jusqu'à la faire chuter en contre-bas de la base. Le bokoblin se retrouva étalé au sol, sonné mais encore vivant. Cependant, il ne le resta pas bien longtemps. Epon utilisa sa lance tel un javelot pour l'envoyer se planter dans le corps de son opposant. Ce dernier fut cloué au sol, transpercé au niveau de la poitrine.
Cette action scella l'issue du combat et de l'opération d'infiltration du duo, qui put enfin souffler. Seven s'était rapproché de la plus âgée pour vérifier si elle n'était pas blessée. Visiblement, elle s'en était sortie indemne, tout comme lui.
« Où as-tu appris à te battre comme ça ? lui demanda-t-il, plutôt impressionné par la prouesse de sa partenaire fortuite.
— Je n'ai pas fréquenté d'académie en particulier, répondit celle-ci, haletante, mais en montant les marches restantes pour atteindre le second étage. J'ai juste eu un excellent mentor.
— Je vois. » répliqua simplement Seven en ramassant les flèches du dernier bokoblin qu'il avait abattu. Il remarqua que leurs extrémités étaient composées d'une pointe rouge en forme de flamme, et que celle-ci pouvait s'activer en s'enflammant.
« C'est la première fois que je vois des flèches pareilles, affirma Epon qui s'était retournée pour le regarder faire.
— Ils n'en font pas des comme ça, dans l'Hyrule d'où tu viens ? »
Epon secoua négativement la tête en guise de réponse. Il existait bien des flèches explosives, souvent utilisées par le Link qu'elle connaissait, mais jamais elle n'avait vu ou entendu parlé de flèches magiques enflammées. Le bleue était curieuse de connaître leur origine, mais préféra s'attarder sur le plus important : le tissu pour lequel ils avaient fait le déplacement, et qui composait la toiture de ce repère.
« C'est un peu grand, non ? questionna Seven en jaugeant sa taille. Est-ce qu'on aura besoin de tout ça ?
— On ne sait jamais, affirma sa compagne qui escaladait déjà un poteau à proximité, afin d'en décrocher une partie. Ça ne coûte rien de tout prendre, même si on n'utilisera pas tout. Mais si tu veux mon avis, je pense qu'il peut nous servir à bien plus que de planer en dehors de ce plateau. »
L'assassin voulut demander à quoi elle faisait allusion. Mais il se disait qu'il connaîtrait la réponse en tant et en heure. Il préféra plutôt aider Epon à détacher le précieux tissu pour le descendre. Puis, la jeune fille utilisa la tablette sheikah pour retourner dans la caverne du mystérieux garçon endormi... qui s'appelait le sanctuaire de la renaissance, selon l'artefact mystique.
