S2-Épisode 3 : Un séjour chez un peuple aérien

C'était littéralement une guerre qui se déroulait au-dessus du village dans lequel Epon et Seven venaient de mettre leurs pieds. Alors qu'ils montaient des escaliers ascendants en bois menant vers les différentes habitations, les deux croisèrent divers piafs de toute sorte et de toutes les couleurs. Mâles, femelles, enfants, aînés... Tous avaient leurs yeux inquiets rivés sur leurs semblables qui livraient une lutte acharnée face à l'oiseau mécanique géant. Celui-ci semblait avoir l'avantage malgré la supériorité numérique du peuple volant.

« À ce rythme, parla Seven, si cette bataille s'éternise, il risque d'y avoir pas mal de morts... »

Epon se tourna alors vers le piaf le plus proche d'elle. Il s'agissait d'une femelle au plumage rose très élégant. Elle était accompagnée d'un piaf enfant, dont les plumes étaient majoritairement blanches. La crainte se lisait aisément sur leurs visages, mais la demi-zora passa outre ce détail et leur demanda :

« Excusez-moi, madame. Qu'est-ce qui se passe, ici ? Quelle est cette chose géante dans le ciel ? »

La piaf et celui qui était probablement son enfant furent surpris par la présence d'une personne appartenant à une autre race que la leur. Encore plus d'une personne possédant de telles oreilles et une telle couleur de cheveux singulière. Mais face à l'urgence de la situation, la femme-oiseau répondit en regardant à nouveau le champ de bataille.

« Cette machine, c'est Vah'Medoh. La créature divine sous le commandement du prodige piaf, Revali. Mais depuis la mort de ce dernier il y a quasiment un siècle, Vah'Medoh a commencé à s'attaquer à notre village et à ses environs. Les plus grands guerriers de notre peuple, dont mon époux, tentent par tous les moyens de le mettre hors d'état de nuire. Mais rien y fait : cette créature est invincible.

— Vous voulez dire que votre peuple livre des batailles de ce genre contre cet engin depuis bientôt cent ans, maintenant ? » demanda Seven qui avait tout écouté et qui était stupéfait par ce fait. La dame aux plumes roses hocha tristement la tête pour confirmer cette information.

« Regardez ! Ils battent en retraite ! » s'écria un autre piaf un peu plus loin. Les yeux de tous se levèrent en direction de Vah'Medoh pour constater que ses opposants abandonnaient le combat les uns après les autres. Chacun leur tour, ils s'éloignèrent de la créature divine pour venir se poser à différents points du village. Si certains s'en étaient sortis indemnes, d'autres étaient plus ou moins gravement blessés. Certains avaient même atterri violemment au sol, tant ils ne parvenaient même plus à voler correctement.

« Papa ! » cria l'enfant de la piaf rose tandis qu'il se précipitait vers un piaf mâle au plumage majoritairement blanc. Celui-ci grimaçait de douleur alors qu'on pouvait voir des brûlures sur son aile gauche.

« Déesse ! » fit la piaf femelle en suivant le petit. Ne sachant pas quoi faire d'autres sur le moment, Epon et Seven les rejoignirent également. Le piaf blessé, malgré ses blessures, semblait bien se porter. Il était même parvenu à se remettre rapidement debout.

« Chéri, tu vas bien ? demanda la femme-oiseau en lui tenant doucement son aile intacte.

— On peut dire que oui, contrairement à d'autres... » répondit-il alors que son regard se tournait vers certains autres piafs qui avaient perdu connaissance. On pouvait entendre des violents pleurs de la part de l'entourage de deux d'entre eux, qui avait découvert avec horreur que leurs corps étaient dépourvus de toute trace de vie.

« Bon sang... grogna le combattant piaf auprès duquel Epon et Seven s'étaient rapprochés.

— Papa ? fit son enfant, terrorisé à la vue des piafs morts. Est-ce qu'ils...

— Ne regarde pas, Babil ! » lui ordonna la piaf rose en le serrant tout à coup contre elle pour l'empêcher de regarder les cadavres. L'assassin et la souveraine zora s'échangèrent un regard désemparé. Ils ne pensaient pas assister à une telle tragédie en se rendant en ces lieux.

« Asarim nous avait pourtant raconté que les créatures divines devaient combattre le gros cochon ténébreux qui entoure le château, non ? murmura Seven, confus. Pourquoi celui-là s'attaque à ces hommes-oiseaux ?

— Crois-moi, j'aimerais bien le savoir... » répondit la bleue à voix basse alors qu'elle tournait sa tête en direction du piaf blanc blessé, qui les regardait également.

« Je ne m'attendais pas à voir des étrangers dans notre village, parla-t-il. Désolé pour cet accueil... désastreux.

— Après ce qu'on vient de voir, recevoir un accueil chaleureux de votre part est bien la dernière de nos préoccupations, affirma l'ébène en croisant les bras.

— Il a raison, enrichit Epon. Que s'est-il passé, exactement ? Pourquoi ce Vah'Medoh vous attaque-t-il de la sorte ? »

Leur interlocuteur demeura silencieux quelques instants, observant ses semblables se remettre difficilement de cette éprouvante épreuve. Mais il estima qu'il n'était pas le mieux placé pour expliquer la situation. De plus, il souhaitait se rendre auprès du chef et doyen du village, afin de lui raconter l'issue de cette bataille.

« Si vous souhaitez en savoir plus, vous n'avez qu'à me suivre. » proposa le piaf avant de se tourner vers son épouse et son enfant.

« Dézelle, Babil, retournez à la maison, leur conseilla-t-il. Je reviendrai tout à l'heure. »

Si sa femme acquiesça sans trop d'hésitation, le petit piaf se montra hésitant alors qu'il fixait Epon et Seven d'un air interrogateur. Mais sa mère le prit doucement par la main et s'éloigna du groupe, laissant son mari avec le duo humain.

« Par ici. » les invita-t-il alors qu'il s'avançait vers des escaliers ascendants, prenant un peu plus d'altitude à chaque marche. Durant cette ascension, les présentations furent rapidement faites. Le piaf qui les escortait s'appelait Teba. Il était réputé dans ce village pour être l'un des meilleurs guerriers de sa génération, si ce n'était le meilleur. Beaucoup plaçaient ses espoirs en lui pour arrêter Vah'Medoh. Malheureusement, et même avec l'aide des autres combattants du village, il avait du mal à tenir tête à cette créature mécanique.

« En même temps et vu la taille de cet engin, ce n'est pas étonnant que vous vous fassiez ratatiner, affirma Seven. Je vous trouve complètement fous pour vous attaquer à elle en étant aussi peu nombreux. »

Epon ne releva pas. Son compagnon avait raison. Mais elle se disait aussi que Teba et ses frères d'armes n'avaient probablement pas d'autres options pour empêcher leur village de se faire détruire.

Ce fut sur cette réflexion qu'ils arrivèrent dans la demeure du doyen, qui se révélait être le point culminant de ce lieu. Celle-ci, à l'instar de toutes les maisonnettes devant lesquelles ils étaient passés, était assez petite mais bien emménagée. Elle n'était pas faite pour accueillir beaucoup de personnes. Le chef des piafs s'y trouvait, assis sur un grand siège en bois. Plus imposant que tous les autres piafs, qui étaient déjà bien élancés et costauds pour la plupart, le doyen avait la particularité d'avoir une tête rappelant celle d'un hibou. Sa barbe, si on pouvait l'appeler ainsi, était tressée sous son menton. Malgré sa carrure qui pouvait en intimider plus d'un, de la sagesse et une certaine bienveillance émanait de cet individu.

« Teba ! s'exclama-t-il à sa vue. Que la déesse soit remerciée, tu es en vie !

— J'aimerais pouvoir en dire autant de ceux qui n'ont pas eu la même chance... » répliqua tristement le concerné tandis que son regard s'était tourné vers un autre piaf également présent. Il avait le même gabarit que Teba à la différence que son plumage était sombre, dans des tons s'approchant du noir. Il n'avait pas l'air d'avoir autant souffert durant la bataille, mais l'épuisement se voyait clairement dans sa façon de se tenir debout, et dans ses yeux qui restaient difficilement ouverts.

« Je suis venu faire le rapport de l'affrontement au chef... informa le piaf noir au blanc. Malheureusement, il s'est soldé par un échec comme les précédents. Et cette fois, nous avons des pertes dans nos rangs.

— Voilà qui est vraiment malheureux, soupira le chef. Le moral des nôtres va encore baisser à cause de tout cela. »

Son regard et celui de piaf noir se tournèrent alors vers Epon et Seven qui n'avaient rien dit pour les interrompre.

« Qui sont ces jeunes enfants ? demanda le doyen des piafs, intrigué par leurs physiques singuliers.

— Ils se nomment Epon et Seven, répondit Teba. D'après ce que j'ai compris, ils ne sont pas du pays et ne savent pas comment ils se sont retrouvés ici. Ils cherchent à retourner chez eux mais ne savent pas comment faire.

« Jeunes enfants ? » répéta intérieurement l'assassin d'un air blasé, n'appréciant visiblement pas d'être appelé ainsi. Mais tout à coup, il sentit une main à l'arrière de sa tête, qui le força à lentement se pencher vers l'avant. C'était Epon, qui s'était inclinée devant le chef des piafs et qui avait forcé le plus jeune à en faire de même par politesse.

« C'est un honneur de vous rencontrer. Sire ? demanda l'hybride, réalisant qu'elle ne connaissait pas son identité.

— Mon nom est Kaï, jeune fille. Je suis également ravi de faire vos connaissances. Il est inutile de vous montrer aussi formels à mon égard, surtout en cette période de crise. »

Tandis que le duo non-ailé se redressait, les yeux avertis de Kaï se posèrent sur la tablette sheikah accrochée à la ceinture de la demi-zora.

« Cet objet... parla-t-il en le pointant du bout de son aile. Serait-ce la tablette sheikah ? »

Seven et Epon furent surpris de voir que ce piaf connaissait cet objet.

« Nous ignorons s'il se nomme ainsi, mais étant donné le symbole sheikah qui y figure, nous l'avons appelé ainsi.

— Cela est très étrange... répliqua alors Kaï, perplexe.

— Pourquoi ? demanda l'assassin qui ne comprenait pas.

— Cet artefact que vous possédez appartient à l'un des prodiges qui avaient pour mission de défaire le Fléau qui nous envahit depuis presque un siècle, répondit Teba en croisant les bras.

— Le prodige hylien pour être plus précis, affirma le piaf noir en s'approchant d'eux pour observer la tablette et celle qui la possédait de plus près. Tu n'es visiblement pas hylienne, et tu ne sembles pas posséder la carrure, ni le talent d'un prodige. Comment une telle relique a-t-elle pu atterrir entre tes mains ? »

Epon se fit violence pour ne pas afficher un air blasé face à une telle remarque qu'elle trouvait assez vexante et déplacée de la part de quelqu'un qui ne la connaissait pas.

« Tu exagères un peu, Harfor, tempéra Teba en remarquant la mine peu réjouie de la demi-zora suite à cette parole. Mais il est vrai que ta question est légitime. »

Les regards des trois piafs se tournèrent donc vers Epon et Seven, attendant une réponse de leur part. Préférant laisser parler la plus âgée, l'assassin ne dit rien et se contenta de la regarder à son tour. La jeune femme aux cheveux bleus réfléchit un instant à la meilleure façon de raconter leur mésaventure. Mais plutôt que de répondre concrètement à la question d'Harfor, elle posa une autre question à la place :

« Ce prodige hylien dont vous parlez... Est-ce qu'il s'appelle Link ?

— Si mes souvenirs sont exacts, il s'agit effectivement de son nom, confirma Kaï.

— Seriez-vous sa... descendante ? interrogea Harfor. Ou son héritière, peut-être ? »

Si Seven se demandait la raison d'une telle question qui lui paraissait complètement absurde, Epon secoua la tête pour répondre non.

« Je n'ai aucun lien avec ce Link. Je l'ai trouvé endormi dans un sanctuaire situé sur le plateau du prélude. »

Cette révélation provoqua la stupéfaction quasi-générale.

« Ce prodige serait encore en vie ? demanda Teba qui avait du mal à y croire.

— Quand bien-même, intervint Harfor, également sceptique, sachant que l'espérance de vie d'un hylien est beaucoup plus courte que la nôtre, il serait actuellement trop vieux pour remplir son rôle de prodige.

— Euh... se risqua Seven qui semblait de plus en plus largué. Si on parle bien du même bonhomme, physiquement parlant, il est plus jeune que nous. Mais je ne comprends pas : vous voulez dire qu'il serait en réalité âgé de plus d'un siècle ? »

Epon se posait exactement la même question. Voyant que les deux jeunes gens étaient ignorants au sujet des événements ayant ébranlé à tout jamais leur nation, Kaï se lança dans un bref récit explicatif :

« Il y a presque cent ans maintenant, cinq prodiges, chacun issu d'un peuple d'Hyrule, ont été choisis par le roi pour défendre le royaume du Fléau Ganon. Quatre d'entre eux étaient destinés à piloter les quatre créatures divines, et le cinquième, Link, était le manieur de l'épée de légende, pourfendeuse des forces maléfiques. Ensemble et avec le soutien de la princesse Zelda, ils devaient enrayer ce mal qui nous ronge actuellement. Mais celui-ci nous a pris par surprise, prenant le contrôle des créatures divines. Les pilotes de ces dernières périrent en ce même jour, y compris le grand Revali, le prodige piaf qui contrôlait Vah'Medoh. »

Son regard et ceux de Teba et d'Harfor se tournèrent simultanément vers l'oiseau mécanique qui semblait s'être calmé et qui s'était éloigné du village. Mais pour combien de temps ?

« Qu'est-il advenu de la princesse ? demanda alors Epon. Quatre prodiges sont morts, et Link a été plongé dans un sommeil semblant réparer ses blessures. Mais qu'en est-il de Zelda ? Est-ce qu'elle est... ? »

Ce fut un terrible silence qui lui répondit. Pas parce que l'héritière de ce royaume avait péri, mais parce que personne dans cette pièce ne savait ce qui lui était arrivé exactement. Peut-être était-elle encore en vie, à l'instar de Link ? Peut-être qu'elle n'était plus de ce monde depuis bien longtemps ?

« Ne nous éloignons pas du plus important, intervint Seven qui souhaitait recentrer la conversation sur Vah'Medoh. Donc, si j'ai bien compris, l'entité que vous appelez le Fléau Ganon, est actuellement en train de contrôler votre engin, et c'est à cause de lui si votre village est attaqué ?

— C'est cela, acquiesça Teba en le regardant. Et étant donné sa puissance, il est difficile pour nous de le contenir. Au final, nous ne faisons que retarder le jour de la destruction de notre lieu de vie. Il finira par tous nous tuer à l'usure si nous ne parvenons pas à l'arrêter.

— Nous pourrions toujours partir vivre ailleurs, affirma Harfor en croisant les bras. Mais la plupart de nos semblables, en particulier nos aînés, refusent de quitter ce village dans lequel ils ont vécu toute leur vie.

— C'est compréhensible. » murmura la demi-zora en serrant ses poings avant de se tourner vers Vah'Medoh. La situation dans ce village était vraiment critique et la jeune fille désirait aider ce peuple en détresse. Mais étant privée de ses pouvoirs et ne pouvant pas voler comme un piaf, que pouvait-elle bien faire ?

« Pardonnez-nous, parla alors Kaï en voyant la frustration dans le regard d'Epon. Nous aurions préféré vous accueillir dans des circonstances plus joyeuses.

— Ne vous excusez pas pour ça. » répliqua la concernée en se tournant vers lui. Elle observa ensuite Teba, puis Harfor, avant de finalement se tourner vers Seven. Celui-ci savait déjà où voulait en venir la bleue :

« Si les piafs eux-mêmes n'arrivent pas à tenir tête face à cette machine, je ne vois pas comment on pourrait, lui fit-il remarquer.

— On peut toujours analyser cette créature pour repérer ses points faibles, et ainsi permettre aux guerriers piafs d'avoir enfin l'avantage sur lui. »

Tous les autres s'échangèrent des regards perplexes suite à cette proposition. Bien que l'intention d'aider était louable et appréciable, Kaï, Teba et Harfor ignoraient si cela s'avérerait vraiment utile. Ils avaient déjà essayé pas mal de stratégies durant toutes ces dizaines d'années écoulées, et aucune ne s'était montrée efficace. Mais peut-être qu'une idée venant d'un étranger pourrait fonctionner ? De toute façon, au point où ils en étaient, ils n'avaient rien à y perdre. Toutefois, ils préférèrent attendre un peu avant de se rapprocher une nouvelle fois de Vah'Medoh, le temps de se remettre de cet assaut qu'ils avaient livré avant l'arrivée d'Epon et de Seven. Ces deux derniers, compréhensifs, approuvèrent. Ils en profiteraient pour se reposer et aider à soigner les blessés.