S2-Épisode 4 : Soins et stratégie militaire
Les heures défilaient suite à la bataille ayant opposé les piafs à Vah'Medoh. Après leur entrevue avec Kaï, Epon et Seven parcouraient le village en compagnie de Teba et de Harfor. Ils avaient activé au passage un sanctuaire se trouvant en hauteur, non loin de certaines habitations. S'ils devaient s'absenter de ce village pour diverses raisons, ils pouvaient désormais y revenir instantanément en utilisant la tablette sheikah. Mais pour l'heure, ils souhaitaient réfléchir à la meilleure stratégie possible pour espérer vaincre la créature divine. Harfor s'était d'ailleurs séparé du groupe pour rassembler les guerriers qui s'étaient sortis indemnes du dernier affrontement.
Pendant ce temps, la demi-zora, l'humain et le piaf blanc passèrent devant plusieurs demeures, voyant les piafs blessés qui se faisaient soigner. Ceux qui n'avaient pas survécu avaient été emmenés en dehors du village pour y être enterrés, sous les airs attristés ou sous les pleurs de leurs proches. Une malheureuse ambiance régnait au sein de ce village, qui était le premier dans lequel Epon et Seven mettaient les pieds depuis leur arrivée dans cet Hyrule chaotique.
« Je ne m'attendais vraiment pas à un tel paysage de guerre... » pensa Epon alors que ses yeux se posaient sur une enfant piaf tentant de bander maladroitement l'aile de son père. Ce dernier, en piteux état, grimaçait de douleur tandis que sa fille essaya désespérément de le soigner. Mais on voyait clairement qu'elle avait du mal à le faire correctement.
Poussant un léger soupir devant un tel spectacle, Seven s'avança vers eux avant de s'accroupir près du piaf blessé, à son étonnement et à celui de son enfant.
« Je viens juste aider. N'ayez pas peur. » assura l'assassin alors qu'il prenait le tissu dans les mains de la petite piaf pour panser les blessures du guerrier lui-même.
« Est-ce que vous avez des plantes médicinales, ici ? demanda l'ébène à l'adresse de Teba. Ou même des décoctions permettant de soulager les douleurs ?
— Il faudrait voir avec notre médecin. Il doit être très occupé en ce moment, mais si tu souhaites le trouver, sa hutte se situe à la partie inférieure du village. Si tu veux, je peux t'y conduire.
— Ce ne sera pas nécessaire. J'irai le trouver moi-même. Allez plutôt retrouver vos guerriers et discuter avec eux pour savoir comment abattre cette foutue machine au-dessus de nos têtes. »
Cette proposition de sa part étonna Epon.
« Tu ne souhaites pas participer à cette réunion ? lui demanda-t-elle.
— En tant que reine, tu t'y connais mieux que moi en stratégie militaire. Tu seras la plus utile de nous deux pour ça. Quant à moi, étant quelqu'un qui s'y connaît en médecine, je pense être plus utile aux blessés qu'on voit autour de nous. »
L'hybride aux cheveux bleus paraissait surprise d'apprendre que Seven était calé dans le domaine du soin. Mais si tel était réellement le cas, il pouvait effectivement être d'un grand secours aux piafs meurtris par la bataille.
« Dans ce cas, on se retrouve plus tard, parla Epon en souriant légèrement. Bon courage à toi, Seven. »
En guise de réponse, le concerné se contenta de lever sa main à son adresse avant de se concentrer sur le piaf blessé à côté de lui. Durant ces quelques instants, Teba n'avait rien dit de son côté. Tout comme la demi-zora, il était également surpris par les connaissances de l'assassin en matière de médecine. Mais une chose avait particulièrement frappé le guerrier à plumes : le fait que cet homme avait appelé son amie ''reine''. Alors que ses yeux se posaient sur Epon, plusieurs questions défilèrent dans sa tête : cette jeune femme était réellement une reine ? De quel pays ? De quel peuple ? Il voulut interroger la bleue à ce sujet, mais celle-ci lui avait demandé de la conduire au lieu de la concertation avec les guerriers en état de combattre. Chose que Teba fit. Les deux laissèrent ainsi Seven seul avec les piafs qu'il soignait.
Sous une habitation de ce village légèrement plus large que la moyenne, Epon se trouvait, avec Teba, Harfor, et quelques autres piafs mâles, autour d'une longue table. Sur celle-ci était posée une grande carte où figurait à l'encre noir un croquis de Vah'Medoh. À l'encre rouge, des flèches et des ronds pointaient ou entouraient certaines parties de la créature divine. Était-ce un positionnement stratégique des piafs au combat pour cibler ce qu'ils pensaient être les points faibles de la machine géante ? La demi-zora préféra entendre ce que les personnes présentes en ce lieu avaient à dire à ce sujet, avant de tirer des conclusions.
« Teba, parla l'un des piafs qui fixait Epon avec étonnement. Qui est cette petite créature à la crinière bleue ?
— Voilà une hylienne bien singulière, murmura un autre à son voisin. En plus d'avoir les cheveux de cette couleur peu commune, elle possède également des oreilles rondes.
— Les hyliens ont les oreilles pointues, normalement, répondit son camarade d'à côté. Est-ce que cette jeune fille en est vraiment une ?
— En tout cas, elle m'a l'air un peu jeune, enrichit un autre de ces guerriers-oiseaux. Qu'est-ce qu'elle fait ici ? Elle sait se battre ? Elle s'y connaît en combat de guerre ? »
En entendant tous ces chuchotements qui la mentionnaient, Epon afficha un air légèrement las. Ces piafs réagissaient exactement comme la plupart des gens qu'elle et Seven avaient rencontré la veille au relais. Même si elle était consciente que son physique était singulier pour toute personne vivant dans cette version d'Hyrule, elle ne pouvait pas s'empêcher d'être légèrement irrité par de telles réactions. Elle avait l'impression d'être une bête de foire et n'appréciait pas vraiment ce fait. Heureusement pour elle, Teba racla sa gorge pour attirer l'attention sur lui, faisant taire ses semblables.
« Cette jeune fille ici présente se nomme Epon, parla-t-il solennellement en croisant les bras. Il s'agit d'une étrangère quelque peu perdue depuis sa venue dans notre nation. Mais si elle est présente ici, c'est pour nous aider à lutter efficacement contre Vah'Medoh. C'est en partie à elle qu'on doit cette réunion. »
Silencieusement, tous s'échangèrent des regards surpris. Certains d'entre eux désiraient poser des questions, souhaitant en savoir plus sur l'hybride et sur comment un être non-volant comme elle pourrait les aider. Mais Teba leur fit comprendre à travers un simple regard qu'il y avait plus urgent en cet instant. Ainsi, tous se concentrèrent sur la carte face à eux.
« Avant toute chose, se risqua Epon qui souhaitait mettre les choses au clair, que représentent ces signes dessinés autour de Vah'Medoh ? Est-ce le plan d'attaque que vous avez utilisé lors de votre récent combat face à lui ?
— C'est le cas, en effet, confirma Harfor en pointant certains points précis du dessin. Cette créature est protégée par une barrière infranchissable qui nous empêche de l'atteindre. Mais à force d'affrontement, nous avons remarqué qu'elle était générée par quatre canons en particulier qui l'entourent. »
L'un de ces canons était positionné devant le bec de Vah'Medoh, un second se trouvait derrière sa queue, et les deux autres se situaient aux extrémités de chacune de ses ailes.
« Notre stratégie était donc de les détruire à coup de flèches explosives, afin de faire tomber son bouclier et ainsi l'attaquer de front, reprit le piaf au plumage noir.
— Malheureusement pour nous, ce n'est pas aussi simple qu'on le croyait, expliqua Teba. Ce ne sont pas les seuls canons qui nous tirent dessus en plein vol. Il est donc très compliqué d'atteindre nos cibles et de les toucher. Même en nous mettant à plusieurs, nous ne parvenons pas à défaire le bouclier de Vah'Medoh, tant sa vitesse et sa puissance de frappe dépasse l'entendement.
— Je vois... » répliqua Epon qui ne lâchait plus le dessin du regard alors qu'elle méditait sur ce qu'on venait de lui apprendre. Ce n'était donc pas pour rien qu'on qualifiait cette machine de créature divine. Si elle a été conçue pour venir à bout du fléau Ganon, sa force et sa résistance face aux assauts des piafs n'avaient rien de surprenant.
« Si je me fie aux flèches dessinées sur ce dessin et à leurs orientations, pensa silencieusement l'hybride, ils ont probablement tenté la technique de l'appât en utilisant certains piafs pour attirer l'attention des canons, et d'autres pour attaquer les générateurs de la barrière. Si cette machine n'était pas armée jusqu'aux dents, un tel stratagème aurait pu fonctionner sans problème. »
Quelques voix s'élevaient dans la salle. Plusieurs guerriers ailés prenaient à tour de rôle la parole, exposant diverses observations qu'ils avaient pu tirer de leur tout dernier combat. La jeune fille demeura attentive, espérant pouvoir en tirer quelque chose. Les intervalles de temps entre chaque tir de canon, la distance à laquelle on pouvait se tenir hors de portée des attaques, le nombre de flèches explosives approximatif qu'il fallait pour venir à bout d'un générateur du bouclier... Telles étaient les précieuses informations que les piafs présents pouvaient apporter, en plus de ce qu'ils semblaient déjà savoir.
« Est-ce qu'il est possible d'atterrir sur la barrière ? leur demanda Epon.
— Ceux qui ont tenté de le faire ont été gravement blessés, répondit Harfor en soupirant. Une puissante onde de choc frappe tout ce qui touche cet étrange bouclier.
— Est-ce qu'il existe un angle mort en dessous de cette créature, qui nous permettrait alors de l'attaquer sans craindre ses frappes ? questionna la demi-zora.
— Vah'Medoh semble pouvoir toucher n'importe quel point autour de lui dans un périmètre proche. » affirma Teba. Epon ne put s'empêcher de tiquer. Cette créature divine n'avait donc aucune faiblesse ? La seule façon de défaire sa barrière protectrice serait de foncer dans le tas et détruire les quatre canon qui l'invoquaient ?
« Il y a forcément un moyen moins risqué d'y arriver, tout de même ! » se dit-elle en serrant ses dents de frustration. Mais aucune idée viable ne lui vint à l'esprit. Elle, qui pensait pouvoir aider ce peuple, se rendit compte que les choses étaient bien plus complexes que ce qu'elle imaginait.
À l'extérieur, Seven soignait les piafs blessés du mieux qu'il pouvait. Certes, il avait des connaissances en médecine, mais celles-ci ne s'appliquaient qu'aux humains. Les piafs ne possédaient pas du tout la même physionomie que ces derniers. Ils étaient bien plus grands et robustes. Toutefois, avec l'aide du docteur du village qui était venu le voir pour l'aider, l'assassin parvint à se débrouiller, apprenant au passage plusieurs choses sur le fonctionnement d'un corps piaf. Le médecin lui avait également donné un livre listant les plantes médicinales présentes à Hyrule, ainsi que des recettes permettant de confectionner divers remèdes.
« Au moins, je saurais à peu près comment soigner nos blessures si on rencontre des problèmes. » pensa-t-il alors que son regard se tournait vers Vah'Medoh qui volait un peu plus loin.
« Je me demande comment Epon se débrouille de son côté. Si elle parvient à monter un plan capable d'abattre cette chose, je m'incline de respect... »
Étant perdu dans ses pensés, il ne remarqua pas le petit Babil qui s'était rapproché de lui, tenant entre ses mains plumées un gobelet en bois rempli d'eau.
« Monsieur Seven ? » l'appela-t-il alors. L'ébène se retourna en baissant sa tête pour le regarder.
« Ma maman m'a dit de vous apporter un peu d'eau pour vous donner plus de forces. »
L'homme en vert cligna des yeux à plusieurs reprises, étonné par cet acte de générosité à son égard. Mais finalement, il esquissa un léger sourire avant de saisir le gobelet en remerciant l'enfant.
« Tu diras à ta mère que c'est sympa de sa part. » dit-il ensuite avant de boire une grande gorgée d'eau. La fraîcheur de celle-ci faisait un bien fou à la gorge sèche de l'assassin, en plus de lui redonner une bonne dose d'énergie nécessaire pour continuer ses interventions de soin. Même s'il s'était occupé de pas mal de blessés avec l'aide du docteur, il restait encore quelques piafs à soigner.
« Avec Madame Epon, vous allez nous aider à combattre Vah'Medoh ? questionna alors Babil.
— C'est ce qui est prévu, oui. Mais je ne sais pas encore comment. »
Tout dépendrait de la réunion à laquelle participaient l'hybride, Teba, Harfor, et plusieurs autres guerriers piafs. Le jeune homme regrettait un peu de ne pas pouvoir y participer, mais se disait qu'il n'aurait pas pu y assister l'esprit tranquille en laissant derrière lui autant d'individus meurtris. Étant originaire de la nation de Vegario, situé sur le continent de Kaärann, c'était dans sa nature de soigner les blessures d'autrui, la médecine étant la spécialité de l'ethnie Vegarionne.
« Mais vous n'avez même pas d'ailes ! fit remarquer le garçon piaf, curieux. Comment vous aller faire pour nous aider, si vous ne pouvez pas voler ? »
C'était une excellente question que venait de poser le fils de Teba. Vouloir aider les piafs face à cette créature divine était une chose. Mais si Seven et Epon ne pouvaient pas voler avec autant d'agilité que ces individus ailés, les deux ne leur seraient pas d'une grande utilité. Dans un sens, cela arrangeait l'assassin car il n'aurait pas à se confronter une fois de plus à son problème avec le vide. Mais d'un autre côté, il trouvait dommage d'être venu ici en espérant accomplir quelque chose qui lui permettrait de savoir comment enfin rentrer chez lui. Lui et Epon étaient-ils venus dans ce village pour rien ?
En parlant de la demi-zora, l'assassin l'aperçut en compagnie de Teba se diriger en sa direction.
« Papa ! » s'exclama Babil en se précipitant vers son père, qui s'était abaissé à sa hauteur pour lui caresser le haut de la tête en souriant légèrement. Seven s'approcha alors d'Epon pour lui demander comment s'était passé la réunion. Mais la réponse lui parvint en remarquant la mine complètement dépitée qu'affichait la jeune femme.
« Euh... Championne ? l'appela l'ébène devant son regard perdu dans le vide.
— J'ai l'impression qu'elle s'en veut de ne pas avoir pu trouver de solution à notre problème, parla Teba en la regardant. Suite à notre entrevue, nous sommes toujours au même point. Nous n'avons pas pu mettre en place un stratagème meilleur que celui que nous utilisions déjà.
— Je... vois. » dit simplement l'assassin, dont la déception se faisait sentir. Mais ce n'était rien comparé à la frustration que semblait ressentir l'hybride. Celle-ci avait levé les yeux en direction de Vah'Medoh en serrant ses points.
« Il n'y a vraiment rien qu'on puisse faire pour calmer définitivement cette machine volante ? demanda-t-elle.
— Hey, ne te casse pas trop la tête avec ça, lui conseilla Seven en croisant les bras. Vous n'avez pas trouvé de solution pour l'instant, mais peut-être qu'elle viendra plus tard.
— Et si on ne la trouve pas ? » demanda Epon en le regardant enfin. Le plus jeune fut surpris par ce pessimisme de sa part. Jusqu'à maintenant, la demi-zora était du genre à trouver moyen de dédramatiser une situation compliquée. Mais aujourd'hui, ce n'était plus le cas. Pourquoi ce changement soudain d'attitude ?
De son côté, Teba s'était relevé pour s'adresser aux deux jeunes gens.
« À défaut de mettre au point un nouveau plan d'attaque, nous pouvons toujours perfectionner celui que nous avons déjà mis en place. Et pour cela, nous devons devenir encore plus forts. »
Le duo étranger se tourna vers le piaf, qui détailla un peu plus sa pensée.
« De l'entraînement. C'est ce qu'il nous faut dans l'immédiat. Et si vous souhaitez vraiment nous aider, vous devriez le faire, vous aussi.
— Nous entraîner à quoi ? demanda Seven, pas très convaincu. À voler alors qu'on n'a pas d'ailes ?
— Je pensais plus au maniement de l'arc dans votre cas, affirma Teba. Votre absence d'ailes ne sera peut-être pas un problème. Même, je pense qu'on pourrait tourner cette caractéristique à notre avantage.
— Vous avez quelque chose en tête ? questionna Epon, surprise par cette proposition.
— Peut-être bien. Si vous avez cette fameuse tablette sheikah en votre possession, je ne pense pas que ce soit pour rien. Peut-être que celle-ci nous aidera à reprendre le contrôle de Vah'Medoh. Mais si nous voulons l'atteindre, nous devons déjà l'affaiblir en faisant disparaître la barrière qui la protège. »
Sous les yeux d'un Babil curieux, Epon et Seven s'échangèrent un regard. Un entraînement au maniement de l'arc... Il était vrai que la totalité des piafs s'étant attaqués à la créature divine utilisait exclusivement cette arme à distance, car ils ne pouvaient pas trop s'approcher de cette machine. Un tel entraînement pouvait être bénéfique pour les deux jeunes gens, qui n'étaient actuellement pas des archers accomplis. Mais est-ce que cela suffirait ? Et puis à quoi Teba faisait-il allusion, en disant qu'ils pouvaient tourner leur incapacité de voler à leur avantage ? Désirant connaître la réponse à cette question, la demi-zora et l'humain acceptèrent de se plier à cet entraînement.
