Les enfants grandissent (6/7)

Les jours suivants se passèrent bien, ils firent un tour sur le chemin de traverse, ils retrouvèrent à la ménagerie magique, où Rina pu prendre tout ce qu'il faut pour s'occuper des petits oisillons toujours dans leurs œufs. A la librairie, elle trouva deux livres sur l'éducation d'oiseaux. Toma ajouta un livre sur la magique druidique.

Quelques jours avant Noël, Charles reçut le livre de sa mère.

- On va s'installer dans le salon pour vous écouter, proposa Nora. Allez-y les enfants, je vais chercher le thé, et Wiskhey.

- Attends, maman, c'est moi qui fais le thé, dit Anora, je connais tout maintenant, ajouta-t-elle fièrement en préparant le thé sous l'œil vigilent de sa mère.

Elles revinrent toutes les trois, Wiskhey posa le thé sur une petite table. Charles fut surpris de voir la petite elfe, rester, et même s'asseoir aux côtés de la petite fille, Rina et l'elfe levèrent le nez vers lui, avec le regard plein d'étoiles, assises sur le sol.

- Elles aimaient les histoires tous les deux, commenta Nora avec le sourire en prenant place sur le canapé derrière elles, tenant Doriana sur ses genoux.

Toma prit place dans un fauteuil, et Ano dans celui d'en face. Charles avait donc pris la place en face de Nora.

- Bien je commence. Il y a bien longtemps dans la forêt de Brocéliande, vivait le peuple de Dana. Les druides de ce peuple consacraient leurs vies à venir en aide à leur prochain. Sept druides sortirent du lot, ce sont nos sept histoires. Il y a Cerridwen, gardienne du chaudron de la connaissance, Manawyddan, gardien du chaudron de l'inspiration, Cuchulainn, le plus grand chevalier, Dazda, le chef des sept druides, Hermés Trismegisle, le scribe des druides, Dian Cecht, le docteur des druides, Brandwen, la plus belle sorcière du monde. Ce sont nos sept héros, chacun à sa légende. Par laquelle, on commence ce soir ?

- Celle de Cuchulainn, le plus grand guerrier, décida Ano.

- Très bien.

« Il était une fois, un chevalier du nom de Séadanda, c'était le fils du dieu Lugh, et d'une princesse humaine, Deichtine, la sœur d'un roi. Il fut élevé par plusieurs pères « terrestres », Ainsi, il est éduqué par son père adoptif le poète Amairgin. L'historien Sencha lui enseigne la sagesse, Fergus l'art de la guerre, le druide Cathbad la magie et tandis que les guerrières Aifa et Skatha lui offrent aussi leur savoir.

L'histoire d'un gamin, encore jeune fougueux,
à peine 7 ans, il a déjà le feu dans le bleu de ses yeux.

Son premier exploit fut de tuer le chien de Culann, qui avait la force de toute une armée, a seulement 5 ans. Pour réparer la perte, l'enfant propose de prendre la place de l'animal, jusqu'à ce qu'un autre soit dressé. C'est à ce moment que le druide Cathbad rebaptise l'enfant en Cúchulainn, c'est-à-dire le chien de Culann.

Prendre les armes avant sa majorité,
il deviendrait le plus grands des guerriers que cette terre ait portés.

Cúchulainn sait pour en avoir été averti par des signes prémonitoires et par des visions, qu'il est voué à une existence brève mais intense. Il se préparera tout de même à combattre l'inéluctable, afin d'accomplir héroïquement son destin.
Mais éphémère serait sa vie,
devenir héros de guerre, mourir, avoir son nom dans les écrits.

Le gamin n'hésita pas une seule seconde.
Que ça doit être bon d'être le plus grand guerrier du monde.

Sa force physique, ses pouvoirs magiques et ses soutiens divins en font un homme extraordinaire, capable de tout. L'une de ses armes favorites est le gae bolga, le « javelot-foudre », mortel à tous les coups : quand il pénètre dans le corps d'un ennemi, l'extrémité ferrée se déploie en de nombreuses pointes – c'est lors de son séjour en Écosse, chez Scáthach, que Cúchulainn en apprend le maniement. Il est parfois appelé le « contorsionniste », car il a la faculté de prendre toutes les apparences. La chaleur de son corps fait bouillir l'eau et fondre la neige. Il incarne aussi le Savoir et sa tête irradie la Connaissance.

Sa vie était faite de défis, de conquêtes.
Chaque soleil levé faisait de lui un nouvel être à abattre,
combattre mais dangereux en fait,

Car tel était le fruit de ceux qui voulaient trouver la défaite.

Il est le seul homme à échapper au « sortilège de Macha » et à défendre l'Ulster face aux armées de Medb, la reine du Connaught. Il se bat continuellement et tue ses ennemis, jusqu'à ce que la malédiction cesse. Au cours d'un combat, sa fureur est telle que son physique s'en trouve atteint. Ainsi, ses cheveux se dressent et une goutte de sang ou une étincelle apparaissent au bout de chaque mèche. Des flammes sortent de sa bouche. Une bosse de la taille d'un poing se forme alors sur son front. Un jet de sang noir sort du haut de son crâne et peut atteindre la hauteur du mât d'un grand navire. Un œil est enfoncé dans son orbite tandis que l'autre devient gros et globuleux. Il brandit alors une lance barbelée, la gae bolga qui, dit-on, ne rate jamais sa cible. On dit aussi que pour le calmer, il faut le baigner dans trois bains successifs d'eau glacée.

Cúchulainn souhaite épouser Emer, fille de Forgall Manach. Mais celui-ci n'y tient pas et lui impose d'aller séjourner chez Domnall le belliqueux. La fille de Domnall tombe amoureuse de lui mais il la repousse parce qu'elle est horriblement laide. Pour laver l'affront, Domnall l'envoie chez Scáthach dans une île orientale. Il y passe un an et réalise divers exploits dont deux meurtres d'ennemis triples.

Scáthach étant en guerre contre la reine Aife, il part la combattre, la vainc par ruse et lui impose de lui engendrer un fils - Conlæ. Ceci fait, Aife lui promet que son fils viendra le rejoindre en Irlande dans sept ans. Cúchulainn repart alors enlever Emer. Mais Emer ne lui donne pas d'enfant.

A sept ans, Conlæ débarque en Irlande et défie les guerriers ulates. Malgré les avertissements d'Emer, Cúchulainn se laisse emporter par sa fureur guerrière et le tue.

De bataille en batailles, personne ne peut comprendre.
Le chemin de sa destinée était d'entrer dans la légende.

Un jour, la reine Medb de Connacht se querelle avec son mari Ailill. Enervée, elle décide d'aller voler le Taureau brun de Cualngé qui appartient à Dare, le roi d'Ulster. Il faut souligner qu'à cette époque, les razzias de bétails sont fréquentes. Avant de partir, Medb passe en revue son armée. Chaque section de cette armée lui parait meilleure encore que la précédente. Elle termine par celle de son champion, Cornac. Enfin, les troupes partent. Elles avancent rapidement. En effet, les hommes d'Ulster ne peuvent offrir qu'une faible résistance : ils sont soumis au sortilège de la déesse Macha qui les rend faibles comme des femmes en couches pendant cinq jours et quatre nuits. Cependant, Cuchulainn possède assez de force pour combattre et arrive à se positionner sur un gué avec son conducteur de char de manière à repousser les troupes de Medb et à défendre l'Ulster.

Medb décide alors d'envoyer ses meilleurs guerriers pour vaincre Cuchulainn, mais tous périssent. Elle envoie alors Ferdia, le frère de Cúchulainn. Celui-ci refuse tout d'abord de combattre, mais la reine use de son pouvoir de persuasion et le fait changer d'avis en jouant sur son honneur. Ferdia ayant reçu la même éducation par Scatach que son frère Cuchulainn, il a sensiblement la même force. C'est pourquoi les deux frères se combattent trois jours durant. A la fin des deux premières journées, ils s'embrassent, mais au troisième jour, Cuchulainn est pris de fureur et blesse mortellement Ferdia avec sa lance barbelée (gae bolga). Il embrasse alors une dernière fois son frère avant de l'emporter avec ses armes de l'autre côté du gué, en Ulster.

Le combat n'est pas pour autant terminé ! Il reprend sur le gué. Pendant que les Ulstériens dorment, les hommes de Connacht pénètrent en Ulster et volent le Taureau brun de Cualngé. Le roi Conchobar et ses hommes se réveillent, mais il est trop tard : la reine Medb et ses hommes ont déjà regagné leur territoire. Fière d'avoir capturé le Taureau brun, elle le contemple, lorsque celui-ci est pris de fureur. Il s'attaque alors au Taureau blanc de Connacht. La reine se retrouve sans taureau, les deux ayant péri. La paix est alors rétablie, tout du moins pour une courte période.

De tout l'Ulster, il en était le champion,
gardien de l'île verte, il en est devenu patron.

S'il représente la magie guerrière, c'est vainement qu'il tente, à plusieurs reprises, d'obtenir la souveraineté. La pierre de Lia Fáil, la pierre du destin qui est censé danser de joie en présence du Roi.

Les druides lui ont prédit un drôle d'avenir,
un choix à faire, la conséquence de son devenir.

Un jour, les dieux ordonnent de faire un choix. Il doit choisir entre une longue vie ou la renommée. Il opte pour la renommée, mais se trouve alors lié à une obligation permanente (geis) : il ne devra jamais passer devant un foyer sans en goûter la nourriture et ne jamais manger de viande de chien. Ainsi, il lui est prédit que son dernier acte sera, comme le premier, le meurtre d'un chien, et qu'alors il saura que sa mort est proche.

Il meurt le jour de Samain, et Morrigan se pose sur son épaule sous la forme d'une corneille. Il a aussi pour épée Cruaidin Calcidheann.

Cuchulainn est l'archétypique de la vaillance. C'est le défenseur de la tribu, celui qui n'utilise des pouvoirs magiques que pour faire le bien de son peuple et combattre le mal. »

- Fin, fit Charles avec le sourire.

Rina s'endormit avant la fin de l'histoire tout comme Doriana, mais bon la petite fille était trop petite pour comprendre l'histoire de Cuchulainn, ce héros celte. Nora le trouvait vaillant, mais particulièrement volage quand même, à moins que ça soit « normal » pour les celtes. En même temps, elle n'était pas mariée avec Tom, mais jamais il ne lui viendrait jamais à l'esprit de laisser un autre homme la toucher. Son cœur était déjà plein d'amour pour lui, il n'y avait pas de place pour un autre, de toute façon, elle ne le voulait pas.

- Au lit ! dit-elle aux deux enfants avec douceur.

Toma et Anora se regardèrent tous les deux, hésitant à réclamer plus de l'histoire, mais finir par hocher la tête. Ils souhaitèrent une bonne nuit à Charles. Rina fut réveillée et marcha en fermant à moitié les yeux pour rejoindre son lit, où elle tomba directement dans le sommeil.

Toma et Ano ne firent pas les compliqués et se glissèrent dans leurs lits. Doriana fut installée dans son berceau, et Nora sourit. Elle avait de la chance, ses enfants étaient si mignons, et si gentils. Pourtant, il y avait des moments, des mots qui arrivaient à lui faire peur, mais cela ne changeait rien à l'amour, qu'elle ressentait pour eux. Elle ne réagirait pas comme ses parents, à les abandonner comme si c'était des monstres.

- Les paroles en gras viennent de la chanson de Manau -