Cette nouvelle prend place durant l'arc 1 d'Au-delà des étoiles, quelques mois avant la fête du chapitre 46
Amanda Strauss, harnachée dans son équipement tactique, rejoignit le reste de son équipe qui attendait le signal de départ pour la mission du jour dans la salle d'embarquement.
Le sergent Garcia, qui dirigeait la mission, était occupé à réprimander le soldat Thompson à cause de la sangle défectueuse de son casque pendant que le Dr Faris donnait pour la dixième fois au moins ses recommandations à propos de son précieux télescope, rangé dans deux grosses mallettes, à un soldat Williams exaspéré. Elle sourit : tel était son quotidien depuis son arrivée sur la cité quelques mois auparavant. Supporter les marines grossiers et joviaux qui la traitaient comme une espèce de petite sœur, tout en escortant des scientifiques aux quatre coins de la galaxie, les protégeant des dangers de ces mondes étranges. Elle n'avait croisé des wraiths qu'à deux reprises, dont la première fois de très loin, alors qu'ils observaient un village se faire sélectionner. Assister impuissante au morbide spectacle l'avait révulsée, mais pour rien au monde elle n'aurait voulu se retrouver au milieu des maisons incendiées, survolée par les Darts hurlants, pourchassée par les terribles aliens verts. La seconde fois avait été pire encore. Son équipe avait été chargée d'escorter en compagnie du groupe du sergent Schuller le traqueur wraith qui travaillait pour la cité.
Elle avait croisé à quelques reprises le grand alien dans les couloirs, ou dans la salle d'entraînement qu'il semblait tant affectionner. Il la terrifiait et elle s'était toujours bien gardée de se mettre sur son chemin, se contenant de se pousser en baissant les yeux chaque fois qu'il la dépassait dans une envolée des pans de son grand manteau noir.
L'alien ne semblait s'intéresser à aucun des humains de la cité en dehors du Dr Weir, à qui il obéissait avec une déférence effrayante, de Ronon Dex qu'il semblait avoir élu comme seul adversaire valable au combat, et de Rosanna Gady, la seule artiste de la cité, qui ne paraissait qu'en compagnie de l'alien, ou en train de dessiner quelque chose fébrilement dans ses carnets.
Lorsqu'on lui avait annoncé que son équipe serait chargée d'accompagner le wraith dans une mission de traque d'un espion Genii, son estomac avait fait un grand bond avant de se loger non loin de ses talons.
Le wraith, que tout le monde appelait Markus - ce qu'Amanda trouvait terriblement perturbant au vue de l'immense silhouette musculeuse et féline du prédateur - les avait tranquillement attendus en salle d'embarquement, fixant un point dans le lointain jusqu'à ce que le Dr Weir leur donne le feu vert pour traverser. Il s'était alors enfoncé dans le vortex, sans se préoccuper si les marines le suivaient ou non.
Sur place, de sa voix rauque il avait ordonné à l'équipe de Schuller de garder la Porte, et à la sienne de le suivre en silence. Il s'était ensuite enfoncé dans le sous-bois, progressant avec rapidité et sans bruit, s'arrêtant de temps à autre pour examiner une trace ou écouter un son.
Lorsque Thompson avait demandé s'il savait où il allait, l'alien l'avait simplement fixé en grondant un avertissement, avant de poursuivre sa traque.
Une demi-journée plus tard, le wraith accroupi derrière un gros rocher leur désignait une petite hutte de trappeur à quelques dizaines de mètres de là, leur laissant le soin de capturer l'espion qui devait être interrogé.
Ils avaient pris d'assaut la maison, capturant après une brève fusillade l'homme qui se rendit dès l'instant où il sentit la présence écrasante du wraith, qui s'était glissé silencieusement derrière lui, le dominant de toute sa hauteur, un sourire sadique aux lèvres.
Markus leur avait laissé le soin de menotter l'homme et de le prendre en charge pour le retour, se contentant de marcher de son pas rapide à quelques mètres devant eux, faisant mine d'ignorer leur présence durant de longues heures. Puis il avait disparu, comme évaporé dans le sous-bois. Moins d'une minute plus tard, ils essuyaient des tirs wraiths, qui les forcèrent à se réfugier derrière une vieille souche pourrie, alors que trois alphas les noyaient sous un feu nourri, les empêchant de répliquer.
Il y avait eu un rugissement, un bruit sourd, et les tirs s'étaient faits moins nombreux : puis un second bruit de choc, d'autres rugissements, et les tirs s'étaient momentanément interrompus, permettant à Garcia et Williams d'abattre le dernier guerrier qui s'était effondré, criblé de balles, au côté de ses deux congénères éventrés. Markus se tenait debout au milieu des cadavres, une dague ensanglantée ridiculement petite pour lui dans la main, feulant la joie de son combat, indifférent à la profonde blessure déjà en train de cicatriser en travers de son épaule.
Alors que le cœur de la guerrière battait encore à cent à l'heure de terreur suite à l'escarmouche, le wraith avait repris sa route, abandonnant le cadavres de ses victimes aux charognards.
Elle savait qu'il partait pour de telles traques presque chaque semaine, aussi fut-elle très surprise lorsqu'elle le vit arriver, équipé de pied en cape, d'un pas rapide, suivi de près par un Dr McKay essoufflé et encombré de plusieurs mallettes qu'il déposa au sol en pestant.
Que venait faire là le tueur alien, alors qu'ils ne partaient que pour une paisible mission d'observation du ciel nocturne sur une planète proche d'une singularité stellaire - fascinante selon le Dr Faris?
Ce fut McKay qui répondit à sa question muette, avisant l'air interrogateur des militaires.
« Markus vient de m'apprendre la présence de ruines d'un très ancien avant-poste wraith sur cette planète. Nous pourrions y trouver d'antiques technologies datant d'avant la guerre contre les Anciens, qui nous permettraient de mieux comprendre l'évolution de leurs sciences. » expliqua-t-il d'un air enjoué. « Et il a accepté de me servir de guide et d'assistant. » ajouta-t-il en voyant l'air dubitatif des soldats.
« Strauss, Thompson, prenez les caisses du Docteur » ordonna le sergent Garcia en haussant les épaules avant de faire signe aux techniciens qui composèrent l'adresse.
P7X-212 était un petit planétain paisible, à l'atmosphère plutôt sèche, sur lequel régnait une chaleur torride la journée, mais dont les nuits exceptionnellement claires révélaient le ballet élégant de deux comètes prisonnières de l'orbite de sa géante gazeuse de voisine. La vue des deux météores incandescents qui traversaient lentement le ciel en une danse immuable était à couper le souffle, mais elle n'eut guère le temps d'en profiter, le sergent Garcia lui ordonnant d'escorter McKay en compagnie de Thompson et du wraith. Lequel semblait les attendre à quelques mètres de là, perdu dans la contemplation du ciel nocturne.
C'est donc les bras chargés des mallettes du scientifique qu'elle se mit en marche, suivant l'alien qui leur montrait le chemin, s'arrêtant de temps en temps pour leur permettre de ne pas le perdre de vue.
En moins d'une heure, ils avaient rejoint une petite élévation de forme étrange, qui s'avéra être un avant-poste wraith laissé à l'abandon, rongé par les millénaires et les tempêtes de sable.
Il leur fallut encore une heure supplémentaire pour creuser à l'endroit que leur indiqua l'alien, afin de dégager l'entrée enfouie sous près de deux mètres de sable.
Lorsque McKay avait demandé au wraith s'il ne voulait pas les aider, ce dernier l'avait fixé d'un air impénétrable jusqu'à ce que le scientifique se remette à son travail de terrassement, en bougonnant.
Il avait en revanche mis sa force titanesque à leur service, s'arque-boutant sur le panneau de la porte afin de l'ouvrir.
Thompson était resté à l'entrée du complexe afin de monter la garde et de servir de relais radio, l'épaisseur des murs risquant de compromettre la liaison.
C'est donc sans aucun enthousiasme qu'Amanda suivit le scientifique le nez rivé à ses détecteurs et le wraith qui avait consenti, dans un élan de générosité extraordinaire, à porter une mallette.
Les heures passaient à une vitesse ridicule, et elle luttait contre la fatigue qui la prenait alors qu'elle observait le scientifique s'acharner sur les consoles antédiluviennes qui refusaient de s'activer, ordonnant à Markus de toucher un bouton, ou de triturer un câble, lui arrachant un sifflement d'agacement à chaque fois.
« Je vais faire un peu de reconnaissance . » déclara-t-elle avant de s'endormir debout, alors que McKay, le bras à moitié enfoncé dans une console, pestait sous le regard perplexe de Markus.
Elle marchait dans les sombres couloirs ensablés depuis une dizaine de minutes, le son de ses pas se répercutant dans les longs passages vides, lorsqu'une faible lueur jaunâtre attira son attention.
Son arme prête, elle s'avança prudemment, jusqu'à découvrir une petite pièce de forme ovale, au centre de laquelle se trouvait une étrange machine organique. La face avant était constituée d'un grand pentagone lisse incrusté dans une sorte de matrice rosâtre qui entourait tout la section de la machine, de près de trois mètres de longueur.
Deux des cinq triangles qui composaient la face avant brillaient faiblement, émettant la lueur qu'elle avait vue, alors que les trois autres étaient sombres et opaques.
Elle tenta de contacter par radio le Dr Mckay afin qu'il vienne étudier cette machine, qui semblait être la première en état de marche de l'avant-poste, mais elle n'obtint que des parasites en retour. C'est donc avec un soupir qu'elle fit marche arrière pour aller en personne le prévenir.
Le scientifique s'avéra ravi de sa découverte et il la suivit à pas pressé, le wraith sur ses talons.
« Soldat, à quoi ressemblait cette machine ? » demanda Markus de sa voix à double timbre.
« Cinq grands triangles en cercle, dont deux qui émettent une lumière jaune » expliqua-t-elle alors qu'ils arrivaient près de la pièce.
Le wraith gronda, leur faisant signe de s'immobiliser, avant de s'avancer prudemment, se glissant dans la pièce tel une panthère en chasse.
« Markus, tout va bien ? » demanda McKay après quelques instants.
« Il y a deux wraiths affamés qui se promènent dans le complexe. » grinça-t-il en réponse.
« Vous pouvez répéter, j'ai cru comprendre qu'il y avait deux wraiths affamés à nos trousses ? » murmura le scientifique d'une petite voix.
« C'est précisément ce que j'ai dit. » grogna Markus en ressortant de la pièce.
«Génial ! » geignit l'homme.
« D'où sortent-ils ? Il n'y avait personne tout à l'heure » demanda Amanda, perdue.
« Des deux cocons de stases encore intacts. » grommela le wraith en lui désignant la machine, dont les deux triangles lumineux avait été ouverts, révélant la cavité gluante qu'ils contenaient.
« Il y avait des wraiths là-dedans ? » bafouilla-t-elle.
« Oui, et visiblement c'est votre arrivée à proximité de la machine qui les a réveillés. » ajouta le scientifique en examinant la console de l'engin.
« Et les trois autres ? » demanda Amanda, inquiète.
« Morts » siffla l'alien en déchirant la membrane d'un caisson éteint, révélant le corps desséché d'un de ses congénères.
«D'après ce que je vois ici, le générateur qui alimente l'unité à perdu de sa puissance, et la machine buguée a éteint petit à petit ses caissons, tuant certains occupants afin de préserver les autres, plutôt que de les réveiller. » expliqua McKay, qui étudiait toujours les cocons.
« Mais pourquoi y a-t-il des wraiths en stase ici ? » demanda la guerrière, perdue.
« Ce sont les gardiens des lieux. Ils ont dû entrer en stase il y a des millénaires, attendant un ordre de leur ruche pour reprendre leur travail, mais pour une raison inconnue, personne ne les a réveillé avant vous. » répondit l'alien tout en fouillant négligemment le cadavre desséché, s'emparant sans scrupule d'un brassard de cuir et d'une petite bourse dont il transféra le contenu dans la sacoche qu'il portait à la ceinture.
« Ne devrions-nous pas sortir d'ici rapidement ? » demanda-t-elle, inquiète.
« Il vaut mieux les tuer. » gronda l'alien, aux aguets.
« Super, vous voulez qu'on parte à la chasse au wraith ! » chouina McKay.
« Pas vous, la porte de cette pièce est encore alimentée, enfermez-vous et n'ouvrez pas avant mon retour. » gronda Markus en s'enfonçant dans l'obscurité profonde de l'avant-poste.
Lorsqu'ils furent seuls, Amanda s'autorisa un frisson de peur.
« Il me file vraiment les jetons. Il est tellement froid, c'en est inhumain. » murmura-t-elle.
« C'est normal, c'est un wraith, il n'est pas humain ! » fit remarquer McKay, occupé à connecter sa tablette à une console dans un coin de la pièce.
« Oui, mais on dirait qu'on n'existe pas pour lui, que nous lui sommes parfaitement indifférents. » précisa-t-elle.
« Strauss, c'est un fait, nous lui sommes parfaitement indifférents. Il ne collabore avec nous que car cela lui permet d'être en compagnie de Mme Gady. Le jour où elle part, il partira aussi. J'ignore ce qui peut bien lui plaire autant chez cette femme qui n'a même pas de doctorat, mais ce sont les faits » expliqua le scientifique, s'interrompant dans son travail.
« Alors il va nous laisser mourir ? » demanda-t-elle.
« Non, en aucun cas il ne vous laissera mourir sans agir. Il a un... sens de l'honneur très développé, pour un wraith. Il a donné sa parole de défendre et protéger Atlantis, et le Dr Weir lui fait confiance, alors je pense qu'on peut compter sur lui quand il s'agit de se battre, de tuer ou de traquer. Après, je ne ferais pas appel à lui pour mettre de l'ambiance à un goûter d'anniversaire... » répondit-il, mi-figue mi-raisin.
« Super... » grommela-t-elle en faisant les cents pas, oppressée par le silence pesant.
Durant près d'une demi-heure, seules les petites exclamations de joie ou de dépit de McKay - qui avait entrepris de reconnecter une console de la pièce et qui fouillait dans le système de l'antique base - furent les seuls sons qui troublèrent le silence.
Thompson avait été prévenu par radio, et il s'était un peu éloigné de l'avant-poste afin de ne pas être une cible facile, tout en maintenant le contact visuel avec l'entrée afin de pouvoir prévenir Schuller si les aliens tentaient de quitter le complexe.
Strauss, quand à elle, n'avait rien d'autre à faire que de tendre l'oreille dans la semi-obscurité angoissante de la salle de stase, espérant avoir des nouvelles de Markus.
« Nous devrions aller voir, ça fait presque une heure. Il est peut être en difficulté » finit-elle par suggérer.
« Se promener dans une base wraith abandonnée pour peut-être y croiser deux de ces monstres, très peu pour moi ! Markus va très bien, j'en suis sur. De toute manière, Garcia devrait bientôt arriver en renfort avec le reste de l'équipe, on n'a qu'à les attendre sagement ici, nous y sommes en sécurité au moins. » répondit le scientifique d'une petite voix.
« Restez là si ça vous chante, moi je vais voir ce qu'il se passe. Pas question que je reste ici à attendre qu'un de ces vampires stellaires me dévore, sans tenter de lui faire la peau avant ! » grommela-t-elle, son arme en joue, en s'approchant de la porte.
« Très bien, mais je vous préviens : je referme derrière vous, et je ne viendrais pas vous chercher ! » grommela McKay en déverrouillant le passage.
« Je ne vous le demande pas » répondit-elle en se faufilant dans le couloir.
Les corridors lui parurent encore plus menaçants qu'auparavant. Le moindre murmure la faisait sursauter, et il lui semblait voir partout des formes fugitives qui disparaissaient dès qu'elle tentait de les regarder en face.
La piste des aliens était aisée à suivre, trois ensembles de grandes empreintes de bottes qui s'enfonçaient dans le complexe, la menant dans les tréfonds du centre.
Deux niveaux plus bas et plusieurs changements de direction plus tard, Amanda découvrit une vaste zone de sable retournée et tachée de sang vert, indiquant un combat tout récent.
Une trace sanglante s'écartait de là, disparaissant dans une pièce à peu près épargnée par le sable, dont la porte entrouverte avait été récemment forcée.
La soldate s'y glissa, son arme braquée, inspectant méticuleusement le moindre recoin de ce qui semblait être une sorte de hangar souterrain.
Alors qu'elle venait de tourner au coin d'une pile de grosses caisses, une imposante silhouette noire apparut à moins d'un mètre d'elle. Serrant les dents, elle vida son chargeur dessus en pur réflexe. Le corps, malmené par les impacts de balles, s'effondra avec un bruit mat.
Incrédule, elle observa l'immense cadavre livide et famélique, le torse déchiqueté de ses balles, et la tête presque tranchée d'un coup de lame d'une puissance inouïe.
Elle comprit alors avec horreur qu'elle avait tiré sur un cadavre inoffensif, révélant ainsi sa position à l'autre wraith, si il vivait tojours.
Paniquée, elle tenta de contacter un de ses coéquipiers par radio, mais seuls des parasites lui répondirent.
Il fallait qu'elle remonte ! Elle serait plus en sécurité auprès du Dr McKay, et peut-être Markus était-il enfin revenu victorieux et l'attendait-il là bas, songea-t-elle avec espoir.
Elle ressortit donc de la pièce, s'enfonçant à nouveau dans l'obscur labyrinthe.
Un imperceptible crissement derrière elle la fit se retourner, mais en dehors de la fine poussière omniprésente, elle ne vit rien dans le faisceau de sa torche.
Respirant profondément pour se calmer, elle se remit en route, mais à peine eut-elle parcourut vingt mètres qu'un autre bruit la fit se retourner. A nouveau, sa torche n'éclaira que le vide.
Au bord de la panique, sa formation militaire ne l'ayant jamais préparée à lutter contre des prédateurs intelligents en voulant à sa force vitale, Amanda se remit en chemin.
Ce n'est que mon imagination, il faut que j'avance ! se morigéna-t-elle au troisième minuscule son dans son dos, alors qu'elle arrivait presque en vue de la salle de stase où s'était enfermé McKay.
Alors qu'elle avançait aussi vite que la prudence le permettait, un frisson prémonitoire la fit se retourner, juste à temps pour voir un wraith famélique se jeter sur elle d'une pièce voisine, toutes griffes dehors.
Avec un hurlement de terreur, elle tenta d'interposer son P90 entre elle et le monstre, mais un violent choc l'envoya bouler à près de deux mètres de là.
Alors qu'elle se relevait, galvanisée par l'adrénaline, elle découvrit Markus, grognant de rage et de douleur, la main de l'autre alien plaquée sur son torse, sa dague plantée dans l'épaule de son adversaire.
Avec horreur et répulsion, elle vit la vie de Markus se faire absorber, son teint devenant crayeux, et ses os commençant à saillir sous sa peau.
D'un geste lent, rendu difficile par la douleur et l'affaiblissement, le wraith renégat retira sa lame de l'épaule de son ennemi, avant de la lui planter entre les deux yeux.
Les deux aliens restèrent figés ainsi durant quelques instants, puis tous deux s'effondrèrent au sol.
« Vous n'auriez pas dû sortir ! Retournez immédiatement vous enfermer, et n'ouvrez sous aucun prétexte ! » gronda Markus, qui chancelait à genoux.
« Il vous a ponctionné ! » s'exclama-t-elle faisant un pas vers lui en réflexe.
« Oui, et si vous ne partez pas immédiatement, c'est ce qui va vous arriver ! » siffla-t-il, un regard avide fixé sur elle.
Avec horreur, elle comprit, et c'est en courant de toutes ses forces qu'elle partit dans le couloir.
Un rugissement affamé derrière elle lui donna littéralement des ailes, et c'est hors d'haleine qu'elle se jeta par la porte que McKay avait ouvert sur ses appels radio paniqués.
« Où est Markus ? » demanda le scientifique, l'air inquiet.
« Juste derrière » souffla-t-elle.
« Ah bien, j'ai cru entendre le cri d'un wraith en chasse, il va nous en débarrasser. » déclara-t-il avec un air satisfait.
« C'est lui, le wraith affamé ! » grinça-t-elle.
« Que s'est il passé ? » demanda McKay incrédule.
« Il restait un des autres wraiths, et il allait me... vider, quand Markus s'est interposé. L'autre l'a ponctionné avant qu'il n'arrive à le tuer. » expliqua-t-elle, navrée.
« Oh non... » gémit le scientifique
« Il va bien finir par trouver quelque chose à manger, non ? » demanda-t-elle d'une petite voix.
« A part nous, il n'y avait que ces deux wraiths sur cette planète. Les seules choses comestibles pour lui qu'il reste ici, c'est nous ! » couina le scientifique d'une petite voix.
« Oh non... Il faut prévenir les autres ! » réalisa-t-elle soudain.
« Impossible, Thompson s'est éloigné du bunker et les communications ne passent plus. » lâcha McKay.
« On est coincés ici sans aucun moyen de savoir ce qu'il se passe hors de cette pièce ? » demanda Amanda avec désespoir.
« Non, on ne pourra pas communiquer avec l'extérieur, mais j'ai découvert qu'ils avaient un système de détecteurs de signes vitaux incorporé à l'avant-poste. Si j'arrive à le réactiver, on pourra voir ce qui se passe dans le bâtiment et ses alentours directs. » maugréa-t-il, agitant les doigts dans un geste inconscient tout en se précipitant sur la console.
L'homme tripota quelques instant la machine, puis sur l'écran s'afficha un genre de plan.
« Ici, les deux points bleus c'est nous. Ici, dans les dunes ce doit être Thompson, et là les trois points qui s'approchent c'est Garcia et le reste de l'équipe. » expliqua-t-il en lui désignant l'écran.
« Et Markus, c'est le point vert ? » demanda-t-elle angoissée.
« Oui, d'ailleurs je me demande bien ce qu'il fabrique. » s'étonna le scientifique en observant le petit marqueur vert qui suivait les murs méthodiquement, explorant pièce après pièce.
« Je crois qu'il cherche une éventuelle source de nourriture. » murmura-t-elle.
A ces paroles, le scientifique se mit à parcourir frénétiquement des lignes de textes wraiths sur son écran.
« Si j'arrive à réactiver le courant... Allez, fonctionne... Oui ! Allez, dis-moi que tu as d'autres chambres de stases. Allez gentil avant-poste, montre-moi tes secrets...Voilà... Maintenant si je court-circuite ce système, et que je reroute le courant par là... » baragouina McKay, concentré sur sa tablette.
Amanda l'observait, n'osant pas le déranger.
Le point vert qui avait fait le tour du premier niveau de l'avant poste se dirigeait à présent droit sur la sortie.
« Markus est en train de foncer vers la sortie ! » prévint-elle, inquiète.
« Ne me stressez pas comme ça ! Je fais déjà de mon mieux, il me faut quelques secondes ! » rouspéta le scientifique.
« Vous avez quinze seconde, après il sera dehors ! » hurla-t-elle, alors qu'ils l'entendaient passer en grognant devant la porte de la salle.
« Attendez, attendez...Voilà, porte verrouillée ! » exulta l'homme, son sourire triomphant se transformant en rictus terrifié lorsque Markus s'écrasa contre la porte de la salle en grognant, tentant de les atteindre.
Livide de peur, il se recentra sur son ordinateur. Une alarme retentit sur la console, McKay fixant la porte avec inquiétude, puis le wraith affamé s'éloigna, le silence retombant lourdement.
« Qu'avez vous fait ? » demanda la militaire.
L'homme, en guise de réponse, fit apparaître la carte à l'écran.
Markus se précipitait à présent dans les tréfonds de la cité, où étaient apparus trois points bleus, dans une minuscule pièce en sous-sol, coincée entre une salle technique et ce qui semblait être un genre de recycleur.
Le point vert qui représentait le wraith s'immobilisa au côté d'un premier marqueur bleu, qui disparut quelques instants plus tard. Le phénomène se répéta encore à deux reprises, puis Markus se remit en route, d'un pas rapide, remontant vers la surface.
« Que s'est il passé ? » demanda-t-elle, craignant de connaître la réponse.
« Il y avait d'autres chambres de stase, avec des humains dedans. Je les ai réactivées d'ici » murmura le scientifique d'une petite voix, lui jetant un regard coupable.
« Strauss, McKay, vous me recevez ? » grésilla la radio les tirant de leurs cauchemars.
« Oui, on vous reçoit Sergent. » répondit-elle avec soulagement
«Quelle est la situation ?» demanda l'officier.
« Les deux wraiths sont morts, mais Markus est dans un état inconnu, il est peut-être dangereux. McKay et moi sommes enfermés dans une salle, en sécurité. » résuma-t-elle.
« Je vais bien, tout danger est écarté. Je vais remonter à la surface, ne me tirez pas dessus, sergent ! » grésilla la voix à double timbre de l'alien.
« Strauss, McKay, restez en position jusqu'à nouvel ordre. » conclut le sergent.
Quelques minutes passèrent durant lesquelles ils purent observer, sur le terminal, Markus rejoindre l'équipe devant l'avant-poste, avant que leur radio grésille à nouveau.
« Tout est OK, vous pouvez remonter. » annonça le sergent Garcia, alors que McKay poussait un profond soupir de soulagement.
« Tout cela ne serait pas arrivé si j'avais suivi ses ordres » soupira Amanda, qui se sentait aussi coupable que le scientifique.
« C'est moi qui ai réactivé les caissons, il ne les aurait jamais détectés sinon. » grinça-t-il. « Et si on venait à apprendre ce qui s'est passé, Markus aurait de gros problème, alors qu'il n'a fait que nous protéger » poursuivit il.
« Que suggérez-vous ? » demanda Amanda, surprise par le sous-entendu de l'homme.
« Qu'on fasse comme si rien ne s'était passé. Les deux wraiths affamés ont sans doute eu le temps d'aller se rassasier sur leurs adorateurs en stase avant que Markus ne les neutralise, voilà tout ce que l'on peut estimer. L'hypothèse est plausible » déclara-t-il.
« Je vous remercie. » dit-elle avec sincérité.
« C'est le risque à fréquenter des wraiths... on risque de finir en plat de résistance.» conclut-il, philosophe, alors qu'ils émergeaient sous le ciel nocturne.
Le scientifique fit un rapport en tous points exact au sergent soupçonneux, oubliant simplement de parler du détecteur de signes de vie, des autres caissons de stase, et de ce qu'ils y avaient vu. La guerrière ne put que corroborer ses propos, profondément reconnaissante.
« Soit, l'incident est clos, mais nous avons eu assez de frayeurs pour aujourd'hui. Nous allons retourner près de la Porte, le Dr Faris va terminer ses observations, et on va tous rentrer dormir. Le Dr Weir décidera si cela vaut la peine d'organiser une expédition spécialement pour cet avant-poste ou pas. Markus, passez devant » conclut le sergent Garcia en faisant demi-tour.
Markus les précéda donc silencieusement, l'air sombre, jusqu'à leur retour à la Porte des étoiles.
Le Dr Faris reprit ses observations, McKay se plongea dans l'étude des données qu'il avait récupéré, et Garcia ordonna à ses hommes de monter la garde, ignorant le wraith.
Alors qu'elle faisait une énième ronde autour de la petite plaine qui entourait la porte, elle avisa le wraith, assis morose au sommet d'une dune voisine.
Elle se dirigea vers lui d'un pas tranquille, observant sa réaction afin de pouvoir réajuster sa trajectoire si l'alien montrait le moindre signe de mécontentement à son approche.
Markus ne broncha pas, la fixant d'un air neutre tandis qu'elle escaladait la pente glissante.
« Je ne vous dérange pas ? » demanda-t-elle en arrivant à sa hauteur.
« Je n'ai rien à faire, alors vous ne pouvez pas me déranger. » grinça-t-il.
« Je voulais vous remercier pour tout à l'heure, vous m'avez sauvé la vie. » dit-elle avec sincérité.
« J'ai fait mon travail. » répondit-il simplement.
« Vous n'étiez pas obligé de vous faire ponctionner à ma place. Si je vous avais obéi, rien ne serait arrivé et vous n'auriez pas été obligé d'aller... » répondit-elle avant de brusquement s'interrompre, détournant le regard avec gêne.
« Le scientifique geignard y est pour quelque chose. » remarqua le wraith presque pour lui-même.
« Oui, et je suis désolée que par ma faute, trois personnes soient mortes. » murmura Amanda.
«Ils étaient en piteux état, presque morts, rongés par le temps. Ils n'auraient pas survécu longtemps hors des cocons. Mais vous auriez dû m'obéir, soldat Strauss, c'est un fait. » gronda-t-il.
« Vous connaissez mon nom ? » demanda-t-elle, estomaquée.
« Je connais le nom de chacun des humains d'Atlantis, soldat Strauss. » répliqua-t-il le regard perdu dans le vague.
« Je croyais que vous ne nous attachiez aucune importance... » dit-elle à mi-voix.
« Individuellement, aucun de vous ne compte, pas plus que moi, ce qui compte, c'est la communauté, c'est Atlantis. » grogna l'alien.
« Pas même Mme Gady ? » demanda la soldate en repensant à la remarque de McKay.
Le wraith la fixa longuement, les yeux étrécis, comme s'il tentait de percer le secret de son âme.
« Vous savez, on s'attache tous plus ou moins aux autres, c'est normal. C'est même très sain. » ajouta-t-elle alors qu'il la fixait toujours.
Le wraith ne répondit pas, son regard pensif posé sur elle, de plus en plus gênant.
Amanda sortit une barre chocolatée de sa veste tactique, la déballant et mordant dedans sans même y penser, camouflant sa gêne derrière la théobromine bienfaisante.
Elle mâchonnait sa deuxième bouchée lorsqu'elle remarqua que le wraith la regardait à présent avec curiosité, un air interrogateur sur le visage.
« J'ai quelque chose sur le visage ? » demanda-t-elle.
« Non, mais que mangez-vous ? » répondit il.
« Oh ! Ça, c'est une barre énergétique au chocolat, ça fait partie des rations standards. Vous voulez goûter ? » demanda-t-elle, farfouillant dans sa poche pour trouver une seconde barre.
Le wraith eut l'air si surpris qu'elle interrompit son geste.
« Je suis désolée, c'était indélicat de ma part ! J'ignore si vous pouvez manger de la nourriture, humaine ou pas. » s'exclama-t-elle soudain.
« Je peux manger tout ce que vous consommez, cela ne me nourrit simplement pas. » répondit-il en tendant la main dans sa direction.
Lentement, la soldate déposa le petit emballage dans la main de l'alien, qui examina le paquet argenté très soigneusement avant de déballer la barre, qu'il observa également de près avant de la renifler, pour finalement la goûter.
Il mâcha quelques instants avant de se figer, l'air abasourdi.
Amanda l'observait dans l'expectative, alors qu'il jetait un étrange coup d'oeil à la barre de chocolat avant d'en prendre une seconde bouchée.
« Si vous n'aimez pas, pas besoin de vous forcer à finir. » dit-elle.
« Je ne sais pas ce que vous mettez là-dedans, mais c'est délicieux ! » grommela l'alien la bouche pleine.
« Si vous les aimez tant, prenez donc la mienne. » répondit Amanda en lui tendant sa demi-barre.
« Vous êtes sûre, soldat Strauss ? » demanda Markus, en enfournant ce qu'il restait de sa barre, fixant la sienne d'un air avide.
« Je ne les aime pas tant que ça, et c'est trois fois rien pour vous remercier de m'avoir sauvée la vie et de ne pas m'en vouloir pour la suite !» répliqua-t-elle alors que le wraith, l'air immensément heureux, se saisissait de la confiserie qu'il engloutit tout aussi vite que la première.
« Je vous remercie, soldat Strauss, cet aliment est absolument extraordinaire !» dit-il après avoir poussé un soupir de contentement, lui adressant le premier sourire qu'elle ait vu sur son faciès carnassier, alors que le sergent Garcia les rappelait par radio pour rentrer sur Atlantis.
