Cette nouvelle se passe au alentour du 20ème chapitre de l'arc 3 d'au-delà des étoiles, en suisse, sur terre.


Comment était-ce possible?! Comment tout ceci avait-il pu se produire ?!

Véronique, la vue brouillée de larmes, fixa l'écran de sa télévision et l'image dessus d'une femme brune à l'air désolée.

Loïc serra fort sa main avant de relancer le DVD.

« ...Son sacrifice à permis à près de cinquante personnes de survivre. Votre fille, Monsieur et Madame Gady, était un véritable rayon de soleil pour nous. Rosanna avait une manière unique et... lumineuse de voir le monde. Elle voyait le meilleur en chacun, nous poussant tous à révéler cette part de bonté en nous. Je ne puis vous exprimer toute ma peine de devoir vous annoncer cela. Je ferais en sorte qu'elle reçoive les honneurs qu' elle mérite. Toutes mes condoléances... »

Condoléances, sacrifice, honneurs : autant de mots qui n' avaient aucun sens, qui n' en avaient plus.

La femme à l' écran baissa la tête un instant, visiblement gênée, puis l'image disparut.

Le Dr Reinhard, qui était resté silencieux près de la porte, toussota légèrement.

« Je vous présente mes sincères condoléances » murmura-t-il tristement.

« Quand pourrez vous nous rendre son corps ? » demanda Loïc atone, prenant les choses en main, sa femme totalement débordée par l'horreur de l'instant.

« Je suis désolé, malgré plusieurs semaines de recherche, le corps de votre fille n'a pas été retrouvé. »

« Elle n'est peut-être pas morte alors! » s'exclama Véronique avec espoir.

Le Dr Reinhard eut l' air gêné.

« Mme Gady, comprenez-moi bien : vous n'avez pas les accréditations nécessaires pour que je puisse vous révéler les circonstances exactes de sa mort. Mais elle s'est sacrifiée, restant en arrière pour retenir plusieurs dizaines d'ennemis pendant que les autres otages fuyaient. Elle n'a eu aucune chance de survie. Je suis désolé, sa balise sous-cutanée n'émet plus. »

« Otages? Ma fille à été prise en otage Dieu sait où au Moyen-Orient ?! » s'insurgea Loïc

À nouveau le Dr Reinhard sembla gêné.

« Je ne devrais pas vous révéler cette information, mais oui, votre fille à été retenue en otage pendant plusieurs semaines avec d' autres membres de l' expédition, qui lui doivent leur liberté. »

« Mais personne n'en a parlé à la télé, cinquante otages, on en aurait forcément parlé... » murmura Véronique, perdue.

« C'est une mission top secret, Madame. Personne ne sait, et les médias n'en parlent pas. D'ailleurs, vous ne devrez pas non plus en parler. »

« Ma fille est morte aux mains de terroristes et je ne devrais rien dire! Tout le monde saura que les Américains envoient des civils européens innocents se faire tuer en Syrie ou Dieu sait où ! » rugit Loïc, furieux.

Véronique retint son mari par le bras, s'y accrochant de toutes ses forces. Hurler ne ramènerait pas sa Rosie, son bébé.

Le vieil homme devait se tromper, il ne pouvait que se tromper. C'était ça, il parlait d'une autre Rosanna Gady. Il devait y avoir une autre femme qui portait ce nom sur Terre, c'était plausible, non ? Sa petite Rosie était quelque part en train de dessiner quelque chose dans un de ses innombrables carnets. Elle allait se réveiller et réaliser que ce n'était qu'un horrible cauchemar... Oui, elle allait se réveiller.

Véronique se pinça le bras, de toutes ses forces, mais même lorsqu'une petite goutte de sang perla sous ses ongles manucurés, tout était toujours pareil : le salon, atrocement vide, Loïc qui hurlait sur le vieux monsieur qui le fixait, l'air désolé.

Rien n'avait changé, et pourtant, tout avait basculé. Plus rien ne serait jamais pareil.

Sa Rosie, son petit miracle, son enfant, était morte.

Soudain, Véronique se sentit débordée par la montagne de choses que cela impliquait. Elle allait devoir prévenir la famille, organiser une cérémonie, liquider le garde-meubles où reposaient toutes les affaires de sa fille, fermer ses comptes bancaires, et tant d'autres choses stupides.

Puis une pensée la frappa, violente, brutale et inhumaine. Camille.

Camille était à l'université. Elle ne savait pas. Elle était en train de suivre un cours de... quoi, déjà ?

Véronique fouilla un instant dans sa mémoire. Un cours d'économie de marché, c'était bien ça ! Camille, la studieuse Camille, qui avait toujours adoré sa grande sœur, la rêveuse Rosanna. Comment allait-elle pouvoir expliquer ça à sa fille, comment allait-elle pouvoir expliquer à son enfant une telle horreur ?

Loïc dut la secouer pour qu'elle sorte de ses pensées.

« Le Dr Reinhard a deux autres vidéos pour nous. Une est le dernier message de Rosanna, qu'elle avait enregistré pour nous avant sa... avant la... avant. L'autre est... »

Il ne parvint pas à terminer sa phrase, fixant le plafond dans l'espoir de retenir ses larmes.

« Il s'agit de son testament vidéo » expliqua le Dr Reinhard. « Tous les membres de l'expédition sont encouragé à en faire un. »

« Un testament ? Mais pourquoi ? Rosanna est juste partie dessiner des vieilles ruines, non? » demanda Véronique, à nouveau hébétée.

« Votre fille dessinait des vieilles ruines, et beaucoup d'autres choses très importantes, c'est vrai, mais dans une région très dangereuse. Elle a été prévenue des risques avant de partir. Elle savait aller en zone de guerre, Madame. »

« C'est pas possible, Rosanna a toujours eu peur des scènes de fusillades à la télé, elle ne serait jamais allée en zone de guerre ! Que lui avez-vous raconté pour la convaincre ?! »

« La vérité, Mme Gady, la vérité. Et cette vérité lui a paru valoir la peine » murmura le vieil homme.

« C'est impossible... Rosanna n'était pas comme ça... » murmura Véronique, désespérée.

« Je ne peux imaginer votre souffrance. Vous avez beaucoup à digérer. Je vais vous laisser. Voici ma carte, si je peux faire quoi que ce soit pour vous, n'hésitez pas » conclut le Docteur, posant ostensiblement une carte sur la grande table à manger à côté de deux boîtiers plats, avant de se diriger vers la porte sous le regard hagard des Gady.

Véronique baissa les yeux, sur les deux petits étuis noirs, contenant chacun un DVD. Ils semblaient irradier un feu mortel, et pourtant, il fallait qu'elle les voit. Ils étaient les derniers témoignages de Rosanna. Tout ce qu'il restait d'elle.

Elle en prit un au hasard et le glissa dans le lecteur.

Il s'agissait du testament.

Sur l'écran, Rosanna, livide, couchée dans un lit d'hôpital apparut, lui arrachant un sanglot compulsif, alors qu'elle s'effondrait sur le canapé.

Cette vidéo datait de presque deux ans. Dans un tiroir du bureau se trouvaient d'autres DVD avec des messages de leur fille, dont un où elle leur parlait depuis ce même lit d'hôpital, leur expliquant qu'elle avait eut un accident grave- un éclatement de la rate- mais qu'elle allait s'en remettre.

« Papa, maman, Camille, si vous regardez ça, c'est que les choses ont mal fini pour moi. J'en suis désolée. Je ne veux pas vous faire de peine. Je sais que vous n'avez pas les accréditations, mais sachez que ce que je fais ici, est réellement la plus grande opportunité de ma vie. Il y a des tas de choses atroces, et terribles ici, mais aussi tellement de merveilles, et de mystères, que vous ne pourriez même pas imaginer ! Tellement de gens extraordinaires que j'aimerais vous présenter !

« Enfin, peu importe. Sachez simplement que je ne regrette pas un seul des instants que j'ai vécus depuis que j'ai accepté cette mission. Ce matin encore, j'ai appris quelque chose d'extraordinaire depuis ce lit ! J'ai vu quelque chose d'incroyable depuis mon lit d'hôpital !

« Je vous aime, plus que tout, alors s'il vous plaît, ne vous morfondez pas ! Poursuivez votre vie. Faites-moi un bel enterrement, avec de la musique, et plein de fleurs, tout ce que vous voulez, et dites-moi adieu une bonne fois pour toute, puis reprenez votre vie ! Je ne veux pas être un fardeau de tristesse dans vos conscience, mais un éclair de joie et de bonheur. Souvenez-vous de moi, dans nos meilleurs moments, et pas dans les pires.

« Pour mes affaires, gardez ce que vous désirez, et donnez le reste à des bonnes œuvres. Ça ferait le bonheur d'autres personnes. Pour l'argent, mon compte en banque devrait être très bien rempli à présent. J'aimerais qu'il serve en priorité à Camille. Pour que tu puisses faire toutes les études que tu veux, comme j'en ai eu la chance, puis que tu puisses te lancer confortablement dans la vie. Ma petite sœur adorée, j'espère que tu aura un bel avenir, plein d'amour, d'amitié et de belle réussite. Tu es une des personnes les plus extraordinaires que j'aie jamais rencontrées, avec tante Ginette - même si elle ce n'est pas forcément dans le bon sens - et Mar... Zut, confidentiel, désolée... Tu es quand même la plus fantastique petite sœur de la Terre. Prends soin de toi. »

« Prenez tous soin de vous. Je vous aime. »

A l'écran, Rosanna envoya un bisou en direction de la caméra et l'image disparut.

Une main plaquée sur la bouche comme pour retenir ses sanglots hystériques, Véronique fixait l'écran noir, tandis que Loïc, l'air vide et gris, observait un point sur le grand mur blanc en face de lui.

Les minutes s'écoulèrent, puis mécaniquement, il se leva, et inséra le second DVD.

Rosanna, souriante, dans son vieux T-shirt Led Zeppelin qui lui servait de pyjama depuis des années, apparut assise à un bureau, dans ce qu'ils avaient fini par déduire être sa chambre.

Elle agita la main en guise de salut.

« Hello, j'espère que vous allez bien. Comment s'est passée l'opération de la hanche de Grand-mère ? Dites-lui que je lui souhaite un excellent rétablissement ! Demain, je pars pour une mission très importante, qui devrait nous permettre de mettre la main sur du matériel clé.

« On sera très nombreux, des scientifiques, des experts et plein de militaires pour nous protéger. Ça va être sportif, mais comme d'habitude, nos supers marines vont faire un super boulot, et tout va bien se passer. Je compte ensuite demander un congé de quelques semaines pour pouvoir revenir vous voir.

« Ça fait presque deux ans qu'on ne s'est vus que par l'intermédiaire de ces caméras... J'aimerais vous serrer dans mes bras ! Et ce sera bientôt chose faite ! Maman, je compte sur toi pour me faire plein de ta sublime tarte aux abricots, il n'y en a pas un seul ici, et ça me manque terriblement !

« Faut encore que j'aille préparer quelques trucs pour demain, alors bonne nuit. Je vous aime. Et Camille, je te dis merde pour tes partiels ! Bisous. »

L'image se coupa sur un de ses doux sourires.

Voilà le dernier message de sa fille au monde, un message d'amour et de joie pour ses proches.

Dans son désespoir, Véronique sentit un sourire éclairer son visage. Rosanna, fidèle à elle-même. Gentillesse et bonté simple, même dans sa dernière empreinte sur le monde.

Rosanna serait toujours sa fille chérie, son petit miracle, apparu en elle comme par magie, alors qu'elle avait renoncé à enfanter, suivie quelques années plus tard par son autre petit miracle, Camille.