N'hésitez pas à me faire part de vos remarques et critiques ( positives et négatives) sur les formats courts que sont les nouvelles. J'essaie de rendre ces histoires aussi intéressantes que mes longs récits, mais j'ai beaucoup de peine à synthétiser mon propos. ^^'

Merci à tout ceux qui me lise!

Bonne lecture.


Humiliation :

Ce court récit se passe peu avant le chapitre 61 de l'arc trois d'au-delà des étoiles.

Filymn, son héros est déjà brièvement apparu dans chien fidèle aux côtés de Venn'kan.


Grelottant de froid, il montait la garde devant le petit feu depuis qu'ils s'étaient arrêtés pour la nuit.

Avec un sifflement haineux, il fusilla du regard l'autre wraith qui dormait profondément, enroulé dans leurs deux manteaux.

Depuis près d'un an et demi, il devait subir l'irascibilité de celui qui avait été autrefois le commandant de la ruche de Silla, Dô'mar, et qui n'était plus que Chan'kan, le traqueur. Le puissant wraith l'avait coincé dans une coursive lorsqu'il était revenu sur la ruche pour apprendre qu'avec Elky'kan, il était le seul traqueur à avoir trouvé grâce aux yeux de sa reine et à être donc encore vie. Il avait alors découvert que Silla, après avoir abattu le gros de ses effectifs de traqueurs, s'était empressée d'en nommer un autre, en la personne de son ancien commandant. Il n'avait pas compris tout de suite pourquoi elle ne l'avait pas simplement tué pour avoir laissé s'échapper près de cinquante prisonniers, dont certains de très grande valeur, mais au fil des mois, il avait saisi. L'humiliation était mille fois plus grande ainsi, alors que, jour après jour, il devait porter le lourd fardeau du tatouage identique au sien qui ornait à présent son œil.

Pour lui, Filymn, les choses étaient simples. Il n'avait jamais été autre chose que traqueur, courbant l'échine devant tout le reste de la ruche, et passant sa vie en solitaire dans la galaxie, mais pour Chan'kan, c'était une véritable torture. Lui qui avait été le wraith le plus important de la ruche et l'un des reproducteurs de la reine, être réduit à moins que rien, à peine plus qu'un esclave, était à la limite du soutenable.

Chan'kan désirait ardemment se venger du traqueur renégat et Ju'reyn, le nouveau commandant, lui avait fait comprendre des mois auparavant que Silla avait mis son tout nouveau croiseur de bataille en jeu, et qu'elle n'avait aucune envie de s'en séparer. Venn'kan et son humaine étaient donc la cible prioritaire pour les trois derniers traqueurs de Silla.

Et parce qu'il était particulièrement chétif pour un wraith, Filymn n'avait eu d'autre choix que de se soumettre à son congénère plus puissant et de chasser pour lui. Ce qui ne l'aurait pas dérangé outre mesure, si Chan'kan n'était pas aussi agressif et colérique, se défoulant de son humiliation sur lui, par des coups, mais aussi des insultes et mille petites méchancetés, comme le forcer à monter la garde nuit après nuit alors que lui-même dormait, confortablement roulé dans leurs deux manteaux.

Sans doute l'aurait-il tué dans son sommeil, s'il n'avait craint le courroux de Silla et de son commandant, à qui un simple interrogatoire télépathique auraient suffi pour découvrir le meurtre.

En revanche, c'était certain, si Chan'kan se mettait stupidement en danger de mort, il n'allait pas risquer sa vie pour lui !

Filymn fut tiré de ses rêveries par le bip discret de son bracelet de traqueur, qui lui signalait avoir reçu de nouvelles données de localisation.

Il consulta le petit écran. Les nouvelles données lui apprirent que, sur les cinq coureurs de la galaxie - six s'il comptait Venn'kan et son humaine comme deux coureurs -, quatre avaient changé de planète au cours des heures précédentes. Il désactiva tous les signaux, sauf celui des balises jumelles qui, depuis quelques semaines, semblaient se volatiliser des jours durant. La première fois, il avait cru que ses proies avaient été capturées, mais quatre jours après la disparition du signal, personne n'était venu réclamer la prime et, le lendemain, les signaux avaient reparu. Trois jours auparavant, ils avaient disparu une seconde fois, or le traceur venait de recommencer à émettre.

Il se leva et secoua son congénère, qui se contenta de le chasser d'un vague coup de poing accompagné d'un grognement.

Il ne voulait pas se réveiller ? Qu'il dorme donc comme un bienheureux, il lui serait plus simple de pister Venn'kan et son humaine seule, comme il avait pris l'habitude de le faire depuis quelques temps.

Chan'kan était bien trop aveuglé par la rage pour pouvoir résister à l'envie d'une attaque frontale s'il en avait l'opportunité, lui en revanche n'était pas aussi impliqué émotionnellement et voyait donc avec lucidité la dangerosité de leurs proies.

Il sourit : c'était Venn'kan lui-même qui lui avait conseillé, alors qu'il était encore tout jeune, d'observer ses proies d'autant plus longtemps qu'elles étaient dangereuses, avant de les approcher pour les capturer. Quelle ironie. Depuis des semaines, il suivait le conseil de sa proie, les observant discrètement de plus ou moins loin.

Il pensait d'abord simplement étudier leurs habitudes, leurs armes et leurs stratégies, mais bien vite il s'était surpris à remarquer d'autres choses.

Il observait avec une sorte de fascination pernicieuse, l'être qu'était devenu le meilleur traqueur que Silla ait jamais eu.

Il avait connu le grand guerrier sombre et efficace, d'une précision mortelle et glacée, droit et indifférent. Or, malgré le nouveau tatouage de traqueur qu'il arborait, il ne le reconnaissait plus derrières les traits familiers.

Il était toujours autant, si ce n'est plus, dangereux qu'auparavant, mais son aura de prédateur s'était diluée, altérée par quelque chose de terriblement humain, dans ses expressions, ses attitudes, et même son odeur qui s'était si intimement mêlée à celle de l'humaine qu'elles en étaient devenues identiques.

Il n'avait jamais vu un wraith se comporter ainsi. Si Venn'kan veillait avec un soin pervers sur l'humaine comme il aurait dû le faire avec sa reine, ce qui le fascinait le plus chez le traqueur renégat était cette intimité contre-nature qu'il partageait avec elle. Les humains pouvaient être d'excellent serviteurs, soumis et obéissants. Ils étaient intelligents et pouvaient rendre mille services à leurs maîtres, et la proximité anatomique entre les deux races permettait même à certains mâles d'assouvir leurs pulsions sexuelles sur des humaines. Il avait d'abord cru que Venn'kan, au détriment de toute rationalité, s'était trouvé une adoratrice, mais il avait vite réalisé qu'il avait été bien plus loin dans la folie. Il la traitait comme son égale, l'appelant sa compagne, et écoutant son avis avec plus d'attention et de respect qu'il ne l'avait jamais vu en accorder à aucun de leurs semblables.

Et il y avait ces gestes, ces contacts d'une tendresse déconcertante, d'une faiblesse pathétique.

Il avait ressenti du dégoût, puis de la pitié pour le chasseur qu'il avait admiré, mais depuis quelque temps, c'était autre chose.

Après avoir laissé son irascible compère à côté de leur petit feu, il avait rejoint au trot la Porte et, se barricadant mentalement, il avait traversé le vortex, avant de filer droit sur le point qui s'éloignait lentement.

Discret comme une ombre, il suivit de loin la grande silhouette sombre du wraith qui, à sa grande surprise, semblait escorter un petit homme, qu'il quitta à proximité d'un hameau avant de faire demi-tour pour retourner vers la Porte en courant. Il eut tout juste le temps de se jeter derrière une souche pourrie, que Venn'kan passait à sa hauteur, aussi silencieux qu'un fantôme.

Il attendit quelques secondes, puis se redressant, il partit à fond de train sur les traces du renégat, arrivant à la porte juste à temps pour voir les glyphes briller sur le DHD avant que le vortex ne se referme.

Il les reconnut instantanément. Une planète prohibée. Tous les wraiths apprenaient ces adresses par cœur, pour ne jamais y aller, sous aucun prétexte. La cachette idéale.

Son bracelet bipa à nouveau, lui indiquant une nouvelle mise à jour. Le traceur de Venn'kan s'était à nouveau volatilisé, mais il n'avait plus besoin du gadget pour suivre sa proie.

Avec un feulement satisfait, il composa les coordonnées interdites.