Cette nouvelle se passe environ 35 ans après au-delà des étoiles, dans Pégase.


Martin Lüthi s'assit sur la chaise de bois clair assortie à la table, observant en silence la petite pièce proprette. Le gros fourneau de fonte, quelques torchons pendus au dessus, le buffet qui laissait voir une vaisselle de solide porcelaine blanche, les rideaux de toile beige et le gros évier face à une fenêtre donnant sur la rue. Simple, rustique, et pourtant cela ne différait pas tant de ce qu'il aurait pu trouver sur Terre.

La femme lui servit une boisson bleutée dont le parfum amer lui rappela vaguement le café, tout en rajustant pudiquement le voile qu'elle portait sur la tête, dissimulant à moitié ses traits.

« Hum, c'est très gentil à vous de m'avoir invité chez vous, Madame. »

« A la maison du don, vous avez dit que vous vouliez voir comment nous vivions vraiment. » répondit-elle avec une petite courbette polie.

« Oui. J'ai été envoyé par les miens pour voir comment vivent les Ouman'shii, puisque mon pays envisage de plus en plus de rejoindre la Fédération. »

« Je croyais que la Terre faisait partie des protectorats. » nota la femme, qui s'assit en silence.

« C'est un protectorat sous régime spécial, en effet. Mon pays envisage de rejoindre l'Empire en tant qu'Etat de Terre. Nous sommes déjà une confédération, alors je ne pense pas que politiquement, nous serions trop dépaysés, mais justement à cause de ce régime spécifique, nous ignorons tout de la vie dans le reste des protectorats et États fédérés. C'est précisément pour cela que je suis ici. »

« Je comprends. Que voulez vous savoir ? » acquiesça-t-elle.

« Et bien par exemple...Je ne veux pas vous insulter ni juger, mais je ne vois aucune trace d'électricité dans votre appartement... » demanda-t-il posant son dictaphone sur la table.

« De l'électricité ? Vous voulez dire de l'énergie pour les machines ? Nous avons une pompe qui monte l'eau dans la citerne sur le toit de l'immeuble et, mon mari étant employé des acheminements sanitaires publics, nous avons une connexion au réseau neural de la ville dans son bureau.» expliqua-t-elle.

« Ce doit être très dur... » compatit-il.

« Oh non ! Là où je suis née, nous vivions dans des maisons tout en bois, et l'hiver, il faisait si froid que nos draps gelaient sur nous et qu'il nous fallait nous tortiller pour sortir du lit. Ici, grâce au poêle et à la bonne isolation, il ne fait jamais froid. Les enfants peuvent aller à l'école à pied, et grâce aux transports publics, il est facile d'aller au marché ou n'importe où d'autre. C'est une très bonne vie. »

« Vous avez des enfants ? » demanda-t-il curieux.

« Oui, j'ai eu beaucoup de chance. Beaucoup de chance, Monsieur. Là d'où je viens, une femme qui a déjà eu trois enfants... plus personne n'en veut. Ses enfants ne sont que des bouches inutiles à nourrir et... elle-même ne vaut pas mieux. »

Martin ne put retenir un moue tordue.

« Donc, vous avez trois enfants ? »

« Non, quatre en fait. Mallia, l'aînée, a quatorze ans, Jak en a douze, Talie huit et Kippit, mon benjamin, vient tout juste d'en avoir cinq. »

« Vous avez eu trois enfants d'un précédent mariage, et un autre ensemble ? »

La femme rougit et rajusta nerveusement son châle.

« Non, Monsieur. J'ai eu trois enfants avec mon premier mari avant qu'il ne meure, et Jak est le fils adoptif de mon époux. »

« Sur ma planète, on appelle ça une famille recomposée. » expliqua-t-il avec un sourire, espérant la détendre un peu, ce qui sembla presque marcher.

Il prit une gorgée de l'étrange boisson, dont le goût acidulé lui rappela davantage un tonic que du café, avant de poursuivre.

«Vous me dites si je vais trop loin avec mes questions, mais depuis combien de temps êtes-vous mariés ? »

« Le mois prochain, cela fera trois ans, Monsieur. » répondit-elle avec un petit sourire.

« Félicitations ! Mais je vous en prie, appelez-moi Martin. »

La femme acquiesça.

«Vous pouvez m'appeler Vielma. »

« D'accord, Vielma. Les enfants sont à l'école ? »

« Oui. Ils vont tous bientôt rentrer, à part Mallia qui va aller à son travail. »

« Votre fille travaille ? »

« Oui, trois heures par jour, huit jours par cycle. Elle a bientôt fini l'école obligatoire et a eu la chance de trouver un post de pré-apprentissage dans une station de défense. Depuis que nous sommes arrivés ici, elle a toujours été fascinée par toute cette technologie. L'an prochain, elle rentrera en apprentissage sur la station et dans cinq ans, si tout va bien, elle sera technicienne assermentée. Et si elle le désire, elle pourra rentrer dans une grande école et devenir ingénieur, et construire toutes ces machines extraordinaires. » expliqua Vielma, la voix tremblante d'émotion.

« Vous n'avez pas fait beaucoup d'études... » devina-t-il.

La femme secoua la tête d'un air triste.

« Les miens pensent qu'éduquer une femme est une perte de temps. Que ce qu'elle doit savoir, c'est tenir une maison et faire des enfants. »

« Vous ne savez pas lire ? » demanda-t-il, choqué.

Comment un peuple qui voyageait entre les galaxies, entretenait une flotte spatiale et maîtrisait des technologies impensables pouvait-il avoir des gens illettrés en son sein ?

« Pas très bien... Mais mon mari m'a inscrite à des cours dans un centre d'intégration. Il dit que c'est une honte que je ne sache pas lire. Il dit que ce sont les créatures insignifiantes qui ne savent pas lire, et qu'il refuse que je sois dépendante de lui ou des enfants pour ça. »

Martin ne trouvait pas les propos très gentils, mais sur le fond, il ne pouvait être contre.

« Donc il existe des écoles pour adultes ? »

« Oui, beaucoup. »

« Beaucoup d'adultes ne savent pas lire ? »

« Les immigrés surtout... ou les gens comme moi. Beaucoup de peuples n'ont plus d'écriture, ou ne savent plus lire celle de leurs ancêtres. »

« Donc l'Etat lutte contre l'illettrisme et la pauvreté ? »
« Oui. Il y a les centres d'intégration, mais aussi les maisons de quartier, les centre de don, les hôpitaux... Beaucoup d'endroits où on peut trouver de l'aide et du soutien. »

« Et est-ce... » commença-t-il avant d'être interrompu par le claquement de la porte d'entrée, à l'autre bout du couloir et par une dispute sauvage à propos d'un certain Lomak.

Vielma, avec un sourire d'excuse, se leva pour aller séparer les belligérants.

Martin attendit calmement en sirotant sa boisson, et moins d'une minute plus tard, une fillette à l'air effronté et un gamin avec un pansement en travers du nez débouchèrent en courant dans la cuisine, curieux de découvrir leur visiteur.

« Bonjour les enfants. Vous devez être Talie et Kippit. Je m'appelle Martin.» les salua-t-il avec un geste de la main.

« Tu as des cadeaux pour nous ? » demanda la fillette, avec espoir.

Sa mère la reprit sèchement, mais il lui fit signe que tout allait bien.

« Je ne savais pas que j'allais rencontrer une jeune demoiselle aussi maligne, alors je n'ai rien prévu de spécial, mais attends... As-tu déjà goûté un chewing-gum ? » demanda-t-il, fouillant dans son pantalon à la recherche desdites gommes.

Les deux enfants frétillèrent de joie, les yeux brillants d'excitation.

Il se bagarrait avec l'emballage lorsqu'il avisa deux yeux d'or qui le fixaient avec curiosité depuis l'ombre du couloir.

« Tu ne veux pas de chewing-gum ? » demanda-t-il en tendant un des petits emballages argentés.

Il avait déjà vu des wraiths adultes, et instinctivement il s'en était méfié, mais cet enfant ne l'impressionnait pas autant.

« Jak ! Ne soit pas impoli ! » le tança Vielma, alors que l'adolescent reculait dans l'ombre.

Lentement, comme à contrecœur, le jeune wraith s'avança dans la cuisine, le visage caché derrière ses longs cheveux blancs. Il se demanda si l'alien n'avait pas plus peur de lui que lui n'avait peur de ses congénères adultes.

« Salut Jak, je m'appelle Martin.» le salua-t-il, ignorant soigneusement les deux enfants qui tentaient toujours de s'emparer de la friandise.

Le jeune alien le salua d'un grondement sourd.

« Tiens, prends-en un aussi. Faites très attention, ça se mâche mais ça ne s'avale pas. C'est bien compris ? » précisa-t-il, se penchant à hauteur de Kippit pour être certain que le garçon ait bien reçu le message. « Vous en voulez un aussi, Vielma ? » offrit-il ensuite en se relevant.

« Merci, monsieur Martin. »

«Pitié ! Martin, juste Martin. »

« Maaartin juste martin ! Martin jusssste Martin ! » se mit à chantonner Talie tout en improvisant une danse à travers toute la cuisine, poursuivie par sa mère qui tentait de la faire taire.

Remarquant que le jeune wraith avait précautionneusement déballé la gomme pour la renifler mais ne l'avait pas touchée, le Terrien s'approcha d'un pas.

« Tu ne veux pas goûter ? »

L'alien eut un geste de recul instinctif.

« Je vais le garder pour Père.» répondit-il en verdissant.

« Mais non, regarde, j'en ai encore. Tiens, je t'en donne un pour lui ! »

Un feulement lui répondit.

« Bon les enfants, ça suffit ! Allez dans votre chambre tout de suite ! » ordonna Vielma, d'un ton doux mais ferme, qui eut une efficacité redoutable. En moins d'une minute, le silence était retombé sur la cuisine.

« Vous ne m'aviez pas dit que votre fils adoptif était un wraith. »

Vielma prit le temps de se rasseoir avant de répondre.

« Jak était tout petit à l'époque. Mon époux l'a emmené avec lui lorsqu'il a quitté sa ruche, et il s'en est depuis occupé comme s'il était son propre enfant. »

« Votre mari est un wraith ? » murmura-t-il, estomaqué.

La femme opina.

Il n'en crut pas ses oreilles. Il savait que de telles unions étaient légales, mais il n'aurait jamais pensé pouvoir parler à quelqu'un l'ayant vécu.

Il avait vécu « le contact » comme tout le monde. Il avait vu les vaisseaux spatiaux s'affronter sans le ciel, puis l'annonce terrifiante de cette alien qui s'était présentée comme l'impératrice Ilinka, souveraine des Ouman'shii et protectrice et amie de tous les Terriens. Il se souvenait encore du sentiment de fascination terrifiée alors que tous les écrans, absolument tous - de télévision, d'ordinateur ou de smartphone - retransmettaient le message de la souveraine, leur annonçant qu'ils étaient ses protégés, et qu'elle et son peuple les aideraient à reconstruire et à panser leurs blessures.

Il avait vu les grands vaisseaux-hôpitaux descendre partout, et des aliens de la même race que ceux qui les avaient attaqués en sortir aux côtés d'humains et de gigantesques insectes, pour aller aider les blessés. Mais il ne les avait pas approchés de près. Il avait appris à la télévision que les aliens s'appelaient des wraiths et se nourrissaient d'énergie vitale humaine. Et que si ceux qui les avaient attaqués étaient venus en chasseurs dont ils étaient le gibier, les autres étaient « gentils ».

Puis la vie avait repris son cours. Les visiteurs étaient repartis, tout le monde - politiciens, philosophes, voisins - avait donné son avis sur toute cette histoire, et le cours des choses avait repris. Il fallait toujours travailler, la guerre au Moyen-Orient n'était pas finie, et le trou dans la couche d'ozone n'allait pas mieux. Alors les gens avaient un peu oublié. Même s'il y avait toujours des documentaires sur les événements, des interviews de victimes, de survivants, mais aussi parfois d'aliens ayant participé à la défense de la Terre, le quotidien avait repris ses droits.

Puis, il avait vu l'annonce sur un site de journalisme spécialisé, et Martin avait postulé et - à sa plus grande surprise - été pris. Donc, il avait fait ses bagages, et était parti à bord d'un vaisseau spatial à destination d'une autre galaxie. Là, il avait eu le temps d'observer les quelques wraiths de l'équipage. Les grands aliens l'impressionnaient, tout en muscles et en feulements. Et pour rien au monde il ne se serait retrouvé seul avec l'un d'entre eux. Il ne pouvait oublier ce qu'ils étaient. Il ne pouvait oublier les images des cadavres desséchés de leurs victimes. Et un requin, même gentil, restait un requin.

Cependant, c'était une opportunité unique de comprendre.

« Vous pourriez m'expliquer ? Je veux dire... Comment vous êtes-vous rencontrés ? »

« Je... je ne sais pas si je peux vous raconter ça.» hésita-t-elle.

« Vielma. Je suis ici précisément pour ça. Vous savez, sur ma planète, on n'avait jamais entendu parler des wraiths, ni même d'autres êtres vivants venus d'ailleurs, avant qu'ils ne nous attaquent. Ça a été un grand choc. Il y a eu des milliers de morts. Il y en aurait eu plus sans l'intervention des Ouman'shii, et de ça nous vous sommes infiniment reconnaissants. Mais nous avons besoin de comprendre. Je pense que tout le monde peut saisir les bénéfices de l'échange énergie vitale contre protection, mais j'ai cru comprendre qu'être Ouman'shii, c'est bien plus que ça. Et c'est cette différence que mes concitoyens ont besoin de comprendre. Pourquoi épouser un wraith ? Pourquoi désirer vivre avec lui ? Pour être tout à fait honnête, tous ceux que j'ai rencontrés me terrifient... donc... »

Vielma opina doucement.

« Je comprends. Mon grand-père et la moitié de sa famille ont été pris par les wraiths avant ma naissance. Même au cœur de l'empire, il est rare de ne pas avoir connu quelqu'un qui ait été pris par les wraiths. Et je conçois tout à fait votre répugnance. Vous n'êtes pas le seul, croyez-moi. Ici, c'est un quartier très... mixte, alors personne ne trouve rien à y redire, mais il y a des endroits où ce n'est pas le cas... »

« On vous y agresse ? »

La femme haussa les épaules.

« Peu d'humains ont le courage d'attaquer un wraith, mais si on a le malheur d'être vus ensemble, les langues se déchaînent... mais il y a des quartiers, c'est vrai que ni moi ni mon époux ne nous risquerions à y aller ensemble. »

« Quel genre de quartier ? »

« Ceux à majorité wraith. Ils n'ont rien contre un de leurs congénères, ni contre des humains entre eux, mais pour beaucoup d'entre eux, la seule relation possible entre nos deux races est celle de maître et serviteur. En aucun cas de mari et femme. Beaucoup d'humains pensent la même chose, mais eux n'oseraient pas s'attaquer à mon époux. »

« Mais d'autres wraiths, si ? »

Elle acquiesça.

« Donc vous avez peur quand vous sortez dans la rue ? »
« Non ! Pas du tout ! Les rues sont très sures, mais il ne faut pas chercher les ennuis non plus. »

A son tour, il opina.

« Hum... excusez ma question, mais je n'ai pu m'empêcher de remarquer que vous n'êtes pas vêtue comme la plupart des Ouman'shii. C'est votre mari qui vous demande de vous couvrir ainsi ? » demanda-t-il, désignant le voile et le long manteau assorti qu'elle portait par-dessus ses vêtements, un peu à la manière d'un hijab et d'une abaya.

« Pourquoi demandez-vous ça ? »

« Eh bien, sur ma planète, certaines femmes portent des vêtements similaires pour des raisons religieuses, et certaines y sont contraintes par leurs époux... (1) »

« Non. Mon mari ne croit en aucun dieu... et il ne m'a jamais demandé de m'habiller ainsi. Mais sans mon kalammaz, je me sens nue. Je sais que la plupart des gens vont tête nue et les bras découverts, mais je n'ai pas été éduquée ainsi, et je n'aime pas m'exhiber plus que nécessaire. »

« Oui, je comprends. Donc, vous venez d'une autre culture ? Vous n'êtes pas née Ouman'shii ? »

« Je ne suis pas née Ouman'shii, mais le suis devenue tout petite. Ma planète, Iutad, a rejoint l'empire quand j'avais trois ans. Je me souviens encore de ma terreur la première fois que j'ai vu un wraith. Jusqu'alors, ils n'avaient été que les monstres des contes que me racontait ma mère. Imaginez l'impression que ça a fait à la fillette que j'étais ! »

« Justement. Comment passe-t-on de fillette terrifiée à épouse d'un wraith ? »

Vielma sembla réfléchir un petit moment.

« Je ne suis personne. Je n'ai jamais rien fait de remarquable, alors ce que je vais vous dire ne compte que pour moi. Ce n'est que ma parole et mon vécu et il ne doit être pris que comme cela. D'accord ? »

« D'accord. »

« Sur Iutad, les femmes sont appelées « perles du foyer ». Elles sont le bien le plus précieux d'une famille. On les garde en sécurité derrières les murs épais des maisons. On les cache comme des joyaux précieux et on les utilise comme tels, pour forger des alliances ou troquer des biens. Mais pour qu'une femme ait de la valeur, il faut qu'elle soit vierge. Qu'elle n'ait jamais appartenu à aucun autre homme que son père et n'ait jamais porté d'enfant. Sinon, comment savoir si ses enfants sont ceux de son époux ou d'un autre ? »

« Nous avons des traditions semblables sur Terre. »

« Alors vous comprenez. »
« Non. Sur Terre, il y a de nombreux peuples différents, et le mien pense qu'un homme et une femme doivent se marier par amour, pas par intérêt, et que les femmes sont les égales des hommes. »

« Beaucoup de peuples de Pégase pensent pareillement, mais pas les Iut. J'ai été une bonne fille. Respectueuse de la volonté de son père, polie avec ses oncles, et aidant sa mère et ses sœurs à tenir le foyer. Lorsque j'ai eu treize ans, il m'a mariée à un marchand de bestiaux en échange d'un troupeau entier de Rans. Il était très heureux. Selon lui, je ne valais pas la moitié du troupeau, mais pourquoi cracher sur plus de bêtes ? »

Voyant qu'il n'allait pas répondre, elle poursuivit.

« Rasnig, mon premier mari, n'était pas un mauvais homme. Il ne me battait jamais sans raison, et me laissait toujours un peu d'argent pour aller acheter à manger avant d'aller parier aux courses de Horel. La nuit de noces, il a été très patient avec moi. Il m'a expliqué ce qu'il allait faire, et m'a même laissé un peu de temps avant de faire... la chose. Cette nuit-là, les Ancêtres ont été généreux, car ils m'ont béni de mon premier enfant. Ma grossesse a été célébrée avec un grand banquet, mais j'ai trahi mon mari. J'ai dû fauter quelque part, car au lieu du fils qu'il désirait, je lui ai donné Mallia. Mais il a été généreux. Au lieu de m'ordonner de l'abandonner dans les bois, il m'a battue pour faire sortir la malédiction de mon corps, et m'a pardonnée. Il... »

« Vielma, excusez-moi, mais vous savez que le sexe de l'enfant est déterminé par l'homme ? Par la qualité de son sperme ? Que vous ne pouviez rien y faire ? »

« Non. Vous vous trompez. C'est la femme, par ses prières et sa vertu, qui détermine le sexe de l'enfant. Si elle est assez vertueuse, ce sera un garçon... sinon une fille. »

Inutile d'essayer de la détromper. Il soupira, avala encore une gorgée de boisson, et lui fit signe de continuer.

« Mallia a grandi, et j'ai essayé de donner un fils à mon époux. Mais pendant six longues années, mon ventre est resté aride. J'ai essayé tous les secrets de femme, mais rien ne fonctionnait. Puis Tallie est née. Cette fois, il ne m'a pas pardonnée. Mais il ne m'a pas non plus demandé de l'abandonner, parce qu'il savait que ce n'était pas de sa faute à elle, mais de la mienne. Durant deux ans, il ne m'a plus touchée, puis un jour, il a décidé qu'il me donnerait une dernière chance. Alors j'ai prié encore plus fort, fait tous les rituels possibles, et cette fois, les Ancêtres m'ont récompensée en me donnant Kippit. Mon mari a oublié toute sa colère, et il m'a à nouveau respectée. Puis, il y a eu la peste rose, et il est mort. Kippit n'avait même pas un an. La maison et l'affaire de mon époux sont revenues à son frère, qui m'a jetée à la rue avec mes enfants pour y installer sa maîtresse et ses enfants illégitimes. J'aurais pu retourner dans ma famille, mais je n'aurais été pour eux qu'un poids jusqu'à ma mort. Personne ne veut d'une femme usagée, qui n'arrive à engendrer un fils qu'une fois sur trois. Alors je suis partie. J'ai quitté mon village. Puis mon pays. Puis ma planète. Je suis arrivée ici, où je ne connaissais rien ni personne. J'ai été effarée de voir tant de gens, dont la moitié sont à peine couverts, de voir tant de grands bâtiments, et toutes ces choses technologiques... J'ai erré dans les rues. Mais mes enfants avaient faim, et je n'avais pas de quoi leur acheter le moindre quignon de pain. Alors j'ai demandé si quelqu'un pouvait me faire la charité. Imaginez ma honte ! Mais j'ai demandé, car mes enfants étaient plus importants, et quelqu'un m'a emmené à la maison du don la plus proche. Là, il y avait aussi une soupe populaire et on a pu manger. Un vrai repas, chaud et consistant. Mallia en a pleuré de bonheur ! Nous sommes restés là pour cette nuit, puis une gentille femme du centre nous a envoyés dans un autre centre, réservé aux femmes et aux enfants. C'était dans un autre quartier, et dans un bâtiment bien plus grand. Il y avait de vraies chambres, avec de vrais lits, et juste à côté, une école. On nous a donné une chambre, et offert trois repas par jour, et mes filles ont été inscrites à l'école le jour même. Elles qui n'avaient jamais été à l'école avant ni même n'étaient sorties de la maison... On est resté dans ce centre presque six mois, mais j'ai été bien éduquée, et je ne pouvais pas rester à ne rien faire alors qu'on me faisait tant de charité. Alors j'ai commencé à nettoyer les lieux, à aider à la préparation des repas, et quand on m'a dit que je pouvais devenir donneuse à la maison du don du centre, je n'ai pas hésité, même si ça me terrifiait. J'ai appris comment faire, et j'y ai été, tous les jours, au coucher du soleil. C'est là-bas que j'ai rencontré mon mari. Il venait tous les deux ou trois jours, avec son bel uniforme. Au début, je n'ai pas fait très attention, puis un peu par accident, on a commencé à discuter. Au début, on discutait dans un coin de la salle de don, puis un jour, il m'a proposé de le faire devant un verre ! Si ç'avait un homme, je n'aurais jamais accepté, ça aurait été indécent... mais je suppose que le fait qu'il soit un wraith changeait les choses. Non ? »

Il haussa les épaules en signe d'ignorance.

« Quand il a appris que j'avais des enfants, il s'est mis à me poser plein de questions. Comment je les convainquais de manger des légumes ? Comment je les faisais aller au lit à une heure décente ? Tous les combien de temps fallait-il les laver ? C'est ainsi que j'ai appris qu'il avait un fils adoptif. »

« Jak ? »

« Oui. Jak était encore petit, et il était un peu débordé, mais qui ne l'aurait pas été dans sa situation ? C'est dur de travailler à plein temps et de s'occuper d'un enfant... surtout quand on n'a jamais eu de parents pour nous apprendre comment faire... » souffla-t-elle.

« Votre mari est orphelin ? »

« Non, il est wraith. Il est né sur une ruche et a été élevé dans la pouponnière avec le reste de sa couvée. Il n'a jamais eu de parents. Du moins pas au sens où on l'entend. »

« Mais il est le père de Jak ? »

« Oui et non. Jak est à la fois son demi-frère et son neveu, mais comme c'est lui qui l'élève et est responsable de lui, oui c'est son père. »

« Son demi-frère et son neveu ? »

« Ils ont tous deux la même mère, bien qu'ils soient nés à presque quatre millénaire d'écart, et un des frères de sang de mon mari est le géniteur de Jak, donc il est aussi son oncle. »

« C'est très... incestueux. »

« C'est wraith.» nota philosophiquement Vielma.

« Si vous le dites. Mais continuez donc votre histoire. Vous disiez qu'il était un peu débordé ? »

« Oui. Surtout qu'à l'époque, Jak lui causait bien du souci à l'école. Je lui ai proposé qu'il l'amène, pour qu'il puisse jouer avec mes filles. Ça a tout de suite été le grand amour entre eux. Il est devenu comme un frère pour elles presque immédiatement. A chaque fois qu'ils devaient rentrer, c'était le drame. Alors, les minutes sont vites devenues des heures, qui sont devenues des après-midis entiers. Au début, il n'osait pas laisser Jak seul. Je n'ai jamais su s'il avait peur qu'il fasse du mal à Mallia et Tallie ou s'il avait peur qu'il ne lui arrive quelque chose, mais un jour, il est venu me demander, l'air tout désolé, si je pouvais garder Jak pour la nuit. Il avait un séminaire et ne pourrait pas rentrer avant le lendemain, et même si le petit était habitué à passer beaucoup de temps seul... Une nuit complète, ça n'était jamais arrivé. J'ai bien sûr accepté. La nuit s'est très bien passée, même si je pense que les enfants ont mangé un peu trop de biscuits. Mais lorsqu'il est revenu chercher son fils, Jak m'a remercié d'une profonde révérence comme seuls les wraiths le font, et il s'est tourné vers son père et a demandé, avec toute l'innocence d'un enfant : « Est-ce que Vielma peut devenir ma mère ? » Si vous n'avez jamais vu un wraith verdir, vous ne pouvez pas imaginer la tête de mon époux ! On aurait dit qu'il allait exploser. Il m'a suppliée d'excuser son fils et est vite parti.

Mais le lendemain, il est revenu, et m'a demandé ce que je comptais faire. Je ne pouvais pas rester pour toujours dans le centre. Je lui ai dit la vérité : que je n'en savais rien, et vivais au jour le jour. Alors, il m'a dit ceci : « Vielma, vous avez entendu mon fils hier. Il vous apprécie beaucoup, et vous et vos enfants avez une excellente influence sur lui. Je pense qu'il ne pourrait que bénéficier de grandir à vos côtés. Quant à moi, je gagne un salaire plus que convenable, et je pourrais sans mal vous offrir un train de vie digne, à vous et à vos petits, si cela vous convient. » Imaginez ma surprise ! J'ai tout d'abord cru qu'il me proposait un travail de nourrice, naïve que j'étais. Je lui ai demandé ce qu'il attendait de moi exactement si je devenais sa servante. Il a eu l'air horrifié, et m'a dit qu'il n'oserait jamais traiter un humain autre qu'un adorateur comme un serviteur. Ça a été mon tour d'être horrifiée ! Une telle proximité avec un mâle, même s'il n'était pas humain, n'était pas imaginable pour moi. Ça ne l'a pas démonté, et il m'a demandé ce qu'il me fallait pour que j'accepte. Je lui ai expliqué que chez moi, les hommes et les femmes ne vivent ensemble que s'ils font partie de la même famille. S'ils sont parent et enfant, frère et sœur, mari et femme. Cousins à la limite. Ça l'a beaucoup fait rire. Il m'a donc demandé quelle était la marche à suivre pour m'épouser ! Comme ça, sans ciller. Sans verdir. Le plus calmement du monde. Je lui ai rappelé que j'avais déjà eu un époux, que j'étais usagée. Et à nouveau, ça l'a fait rire. Il a répliqué qu'il s'en doutait un peu, puisque j'avais eu trois enfants, et que c'était justement parce que j'avais des enfants et que je savais si bien en prendre soin qu'il désirait s'allier à moi et que si pour cela il fallait passer par le mariage, il le ferait.

Je vais vous dire, Martin. Je n'ai pas hésité longtemps. Il m'offrait la possibilité de donner à nouveau un foyer à mes enfants, et je n'étais pas sûre qu'une telle opportunité s'offre un jour à moi. Comme aucun docteur Iut n'aurait jamais accepté de célébrer le rite pour nous unir, il a tout organisé au temple des unions. Il a insisté pour que je lui explique ce que j'attendais de lui. Alors je lui ai dit comment les choses se passait chez moi. Lui, il ne m'a demandé qu'une seule chose : que je prenne soin de Jak comme de mes enfants. Il ne m'a pas demandé de lui être fidèle. Il ne m'a pas demandé de lui être soumise. Il ne m'a même pas demandé que je porte un de ses enfants, ce qui serait possible avec la science, puisqu'il est citoyen. Il m'a juste demandé de prendre soin de Jak. Non seulement, il ne m'a demandé que ça, mais le jour de la cérémonie, devant l'officiant et quelques invités, il s'est agenouillé devant moi, a sorti une grande dague noire, et s'est entaillé la paume jusqu'à l'os en me jurant respect, protection et soutien aussi longtemps que notre accord tiendrait. J'ai appris après la cérémonie que ce qu'il avait fait, c'était une promesse plus que sacrée. Qu'un wraith ayant juré ainsi se liait à sa parole à vie. Voilà comment on est devenu mari et femme, et depuis je tiens ma parole aussi soigneusement que lui. »

« Mais vous l'aimez ? »
« C'est mon mari, monsieur Martin. » répliqua-t-elle comme si ça expliquait tout.

« Juste Martin. Et vous pourriez être mariés sans pour autant vous aimer. » grinça-t-il en faisant la grimace.

« M... Martin, avez-vous déjà élevé l'enfant de quelqu'un ? Partagé son lit ? Vécu à ses côtés jour après jour ? »
« J'ai déjà été en couple, oui. »
« Alors vous savez que c'est impossible de ne pas aimer cette personne. »
« Vous aimiez votre premier mari ? Malgré le fait qu'il vous battait ? »
« Oui, je l'ai aimé. Il m'a donné trois merveilleux enfants, et pour cela, je lui en serai toujours reconnaissante. »
Il ne comprenait pas, mais qui était-il pour juger ?
« Et donc... »

Il fut interrompu par le bruit de la porte d'entrée et Vielma se leva prestement.

Il entendit sans la comprendre une conversation chuchotée, puis vit les trois enfants sortir en trombe de leur chambre.

Une minute plus tard, il se figeait sur son siège, une goutte de sueur glacée lui coulant de le dos, alors que le maître de maison le toisait de haut en bas d'un air critique.

« Vous êtes Terrien ? » demanda le wraith, venant s'asseoir en face de lui.

« Oui. J'ai été envoyé pour en apprendre plus sur la manière de vivre des Ouman'shii. »

« C'est ce que Vielma m'a que vous avez appris jusqu'ici vous plaît-il ? » gronda l'alien.

« Oui, oui, beaucoup ! » souffla-t-il, avec l'impression d'être une souris face à un chat.

Le wraith sembla satisfait de sa réponse, car il sourit, découvrant des dents bleutées bien trop aiguës et coupantes.

« Bien, que vous ne puissiez pas dire que les Ouman'shii ne sont pas accueillants... Vous êtes notre hôte ce soir ! »

« C'est très gentil, mais je ne veux pas déranger... vraiment ! »

Le wraith rit, une sorte de rauquement sourd qui le fit frémir.

« Vous ne dérangez pas ! Vielma garde constamment de quoi nourrir un petit régiment ici. Préparer une assiette de plus ou de moins ne changera pas grand-chose. N'est-ce pas ? »

La femme acquiesça avec empressement.

« C'est donc réglé ! » statua-t-il avant que Martin n'ait pu objecter.

L'alien le fixa durant de longs instants gênants.

« Qu'avez-vous donc appris sur nous, Terrien ? »
« Votre, heu... femme m'a raconté votre rencontre. »

« Bien. Et qu'en pensez-vous ? »

« Heu... c'est intéressant ? » tenta l'homme.

« C'est une question ? »

« Oui ? Non ? Heu... vous me rendez un peu nerveux, Monsieur... heu ? »

« Mon épouse ne vous a pas donné mon nom ? » demanda le wraith.

« Non. C'est mal ? »

« Non... au contraire. J'apprécie sa délicatesse, comme toujours.» susurra l'alien. Vielma rougit au compliment.

« Bon... très bien... Mais vous avez un nom, n'est-ce pas ? »

« Oui. »

Apparemment, c'était une réponse complète pour lui.

« Et, heu... quel est-il, si ce n'est pas trop demander ? »

« C'est trop demander. Mais vous pouvez m'appeler Da'al. Certains me nomment ainsi. »

« Très bien. Merci, Monsieur Da'al. Je m'appelle Martin Lüthi. »

« C'est un plaisir de vous rencontrer, Martin Lüthi de la Terre. »

« De même... de même. »

Profitant de la diversion bienvenue de Vielma qui lui proposait un nouveau verre de boisson bleue, Martin s'empressa d'en avaler une longue gorgée.

Un peu ragaillardi, il osa a nouveau se tourner vers l'alien.

« Vous accepteriez de répondre à quelques questions ? »
« Oui. »

« Super. Merci beaucoup ! Donc, heu... que faites-vous exactement dans la vie ? »

« Je sers l'empire et je veille au bien-être des miens. »

« Je pensais plutôt, comme emploi. »
«Ah. Je planifie les réseaux de canalisations d'évacuation des eaux usées. »
« Oh. Ça l'air fascinant. »

« C'est une tâche importante pour la salubrité publique. Je suis honoré de la responsabilité qui m'est confiée. »

« Je n'en doute pas. Heu... Vielma m'a dit que vous avez adopté Jak. Pourriez-vous me raconter comme ça s'est passé ?»

« Oui. A mon arrivée dans le centre d'insertion, j'ai manifesté mon désir de m'occuper de lui. Un agent des services de l'enfance m'a interrogé et j'ai dû remplir des formulaires pour obtenir sa garde provisoire. Lorsqu'une inquisitrice a pu valider la sincérité de mes vœux de devenir Ouman'shii, j'ai obtenu sa garde permanente. »

« D'accord... mais... j'ai cru comprendre que les wraiths n'étaient pas très... famille. Comment vous est venue l'idée de l'adopter ? »

« Avant de devenir Ouman'shii, j'ai entendu des histoires sur ce peuple. Sur leur mode de vie, sur leurs manières de faire. Les femelles wraiths sont rares, et avec elles, les chances d'avoir une progéniture. Mais j'ai toujours eu envie de transmettre quelque chose. J'aimais avoir des apprentis. J'aimais leur inculquer leur future tâche. J'aimais les voir devenir adultes sous ma gouverne. Comme j'étais un des rares mâles à ne pas fuir le contact des larves, j'avais mes entrées dans la pouponnière. Quand l'idée de trahir ma reine a fleuri en moi, j'ai décidé que je ne partirais pas seul. Alors j'ai cherché une larve. Une larve un peu trop petite, ou un peu trop douce. Une de celle qui ne survivrait pas à son premier siècle. Une qui ne manquerait pas à la ruche, mais qui, je n'en doutais pas, aurait sa chance parmi les Ouman'shii. Jak n'est pas petit, mais il est trop gentil pour une ruche. Alors je l'ai emmené. Maintenant, il est mon fils aîné. »

« Votre fils aîné ? »
« Oui. Kippit est plus jeune que lui. »

« Vous les avez aussi adoptés ? »

« Bien sûr. Nous sommes une famille. Lorsque j'ai épousé Vielma, je lui ai demandé de veiller sur Jak comme sur ses propres enfants. Il est normal que je fasse de même avec les siens. »

« Oui, évidemment. Ça n'a pas été trop compliqué ? »
« Je ne comprends pas votre question, humain. »
« Je veux dire... les familles recomposées, c'est toujours compliqué... alors... »

« Je ne vois pas ce que ça a de compliqué. J'ai juré de veiller sur eux et de les protéger, et je le fais. Il n'y a rien de complexe en cela. »

« Non, mais, heu... Comment dire... hum... Vielma m'a dit que vous n'avez jamais eu de parents au sens... humain du terme... Donc comment faites-vous, si vous n'avez jamais eu d'exemple ? »

« Qu'insinuez-vous ? Que je ne puis pas être un bon père parce que je suis wraith ? » siffla l'alien, mauvais.

« Non ! Non, absolument pas ! »

« Je préfère ça. »

Vielma qui s'était attelée à la préparation du repas en silence, s'approcha, posant une main apaisante sur le bras du wraith.

« Je crois que tu lui fais peur... et qu'il a un peu de mal à passer outre tes grands airs de prédateur, mon époux. » souffla-t-elle.

L'alien se détendit sensiblement.

« Bien sûr ! J'oubliais que tous les humains ne sont pas habitués à vivre avec les miens. Je vais vous dire ce que je fais pour ma famille. Je m'assure que Kippit comprenne bien ses mathématiques. Chaque matin, je peigne et coiffe les cheveux de Tallie pour qu'elle ait une coiffure digne de la princesse qu'elle est. Je veille à ce que Jak apprenne que pour faire le bien, il est parfois nécessaire de recourir à la violence, mais qu'elle n'a jamais sa place entre deux amis. Et je fais en sorte que chaque jeune mâle qui approche ma fille aînée, quelle que soit sa race, sache qui si jamais il lui fait le moindre mal, ou lui cause la moindre peine, je serai le pire de ses cauchemars. Enfin, je fais en sorte qu'ils ne manquent de rien, et j'offre la meilleure vie qu'il m'est possible d'offrir à leur mère, car c'est elle qui est le précieux tuteur sur lequel ils s'appuient pour croître.» expliqua Da'al, parfaitement solennel.

« Je suis désolé si je vous ai insulté. Il est évident que vous prenez grand soin d'eux et tenez beaucoup à eux. »

« C'est évident. C'est ma famille. »

« Oui, évident. » approuva Martin avec empressement.

Le silence retomba, bientôt brisé par le retour de Mallia, qui se montra plus que ravie de lui raconter son quotidien. Puis le repas fut servi, attirant les trois cadets, et sans même l'avoir voulu, Martin se retrouva assis en bout de table, face au wraith qui, bien que ne mangeant pas, partagea le moment de convivialité avec eux, écoutant avec attention l'échange joyeux entre les enfants dévorés de curiosité et le journaliste.

Même Jak, visiblement le plus timide, finit par oser lui poser des questions et Martin se retrouva à expliquer le principe de la barbe-à-papa ainsi que des autos-tamponneuses sans avoir compris comment il en était arrivé là.

Il était tard lorsqu'il prit congé.

« Merci encore de m'avoir ouvert votre porte et montré votre intimité. Vos témoignages seront très précieux. » les remercia-t-il sur le pas de la porte.

« Cela convaincra-t-il votre gouvernement du bien-fondé de notre nation ? » demanda le grand alien, qui l'avait raccompagné comme tout le reste de la famille.

« Je ne sais pas. Je ne fais que récolter des informations. J'ignore quelles conclusions ils en tireront. »

« Mmh. Quelles conclusions en tirez-vous, Martin Lüthi ? »

Il hésita un instant, observant le tableau qu'ils lui offraient sans s'en rendre compte. L'alien, un pas derrière la femme, une main protectrice sur son épaule, tenant contre lui le petit Kippit somnolent de l'autre. Mallia debout à côté, poussant discrètement en avant le jeune wraith timide tout en retenant par le col sa jeune sœur un peu trop intrépide.

« Pour les Ouman'shii, je ne sais pas encore. Mais s'ils sont tous comme vous, nous avons beaucoup à apprendre de vous sur la famille et l'amour, car il est évident que vous vous aimez tous, et que vous êtes une vraie famille.» répondit-il avec un sourire.

Un grondement sourd qui résonna dans tout son corps lui répondit.

« Mon peuple et ma famille seront ravis de vous apprendre, à vous, Martin Lüthi de la Terre, et aux vôtres.» approuva Da'al.

« Heu, merci ? »

« Notre porte vous sera toujours ouverte. Bonne nuit, Martin, et que votre mission soit un succès. » salua à son tour Vielma.

« Merci. Bonne nuit à vous tous. Prenez soin de vous ! »

« Vous aussi, humain.» conclut le wraith avec douceur, un sourire carnassier semblant démentir la gentillesse de ses paroles.


(1) Les clichés ont la vie dure...


Cette nouvelle a une histoire un peu particulière car je l'ai commencé il y a plus d'un an, puis l'ai laissé de côté à mi-chemin. Il me manquait quelque chose.

Je l'ai reprise et terminée, il y a quelque quatre mois et depuis, elle dors sur mon ordinateur, attendant paisiblement que je la publie.

La voici donc.

J'espère qu'elle vous a été aussi agréable à lire qu'elle l'a été pour moi à crée.

Merci.