Cette nouvelle se passe quelque part entre les chapitres 32 et 33 de « Par-delà le destin 4 ».
Irina Popodov, bien qu'essayant de toutes ses forces de maintenir l'illusion d'une professionnelle posée, ne pouvait s'empêcher de sourire. Après six interminables semaines d'entraînement non-stop sur Oumana, Selk'ym leur avait donné deux jours de repos et Oillym, avec qui elle s'était liée d'amitié - s'il était seulement possible de devenir ami avec un wraith - lui avait proposé d'aller visiter un village d'adorateurs de Silla qui, il l'assurait, avaient des traditions maritales tout à fait surprenantes.
Ils avaient obtenu l'accord d'un des officiers de Zil'reyn et du capitaine Giacometti, ainsi qu'un créneau d'ouverture de Porte.
Le lieutenant Strauss lui avait proposé de l'accompagner, mais Irina n'avait pas spécialement envie d'avoir une militaire trépignante d'ennui qui l'empêcherait de se plonger pleinement dans ses observations et, aussi étrange que cela puisse paraître, elle ne se sentait absolument pas en danger.
La planète sur laquelle ils se rendaient faisait partie du territoire de Silla, et elle serait accompagnée d'un wraith. Les locaux ne seraient pas une menace. Quand audit wraith, après l'avoir vu faire un bond terrifié en poussant un cri tout à fait indigne en découvrant un énorme mille-pattes dans un coin du dortoir, elle n'avait plus réussi à le prendre au sérieux lorsqu'il tentait d'arborer ses airs de prédateur apex. Après tout, c'était elle qui avait chassé le gros insecte avec un bol et une feuille pour le mettre dehors, et lui qui avait feulé avec l'air d'un chat qui voit un aspirateur quand elle était passée devant lui avec son bol.
Il avait juré avoir été simplement surpris de la présence de la bestiole, mais il avait suffi qu'elle fasse mine de manquer lâcher le bol pour qu'il se recule avec un air épouvanté.
Oillym était définitivement un wraith de salon. Une créature d'intérieur, et un scientifique vraiment heureux seulement au milieu de ses recherches dans un bureau bien tranquille.
Et pourtant, c'était lui qui lui avait suggéré d'aller observer ces gens. Peut-être se donnait-il ainsi du courage. Après tout, ils étaient tous les deux anthropologues. En quelque sorte. Oillym avait passé sa vie à observer les comportements des ruches et de leurs habitants afin de pouvoir les prédire et donc les contrôler. Il était donc à peu près anthropologue. Du moins selon ses critères à elle qui étaient devenus très larges depuis son arrivée dans Pégase. En tout cas, il lui avait assuré trouver leurs échanges sur leurs recherches respectives très enrichissants, et apprécier ses capacités d'observation et de déduction. Et il lui avait proposé d'aller sur cette planète, ce qu'elle avait très vite accepté, mais non sans prendre ses précautions. Elle avait emmené tout son équipement standard de mission Stargate. Le sac à dos avec rations, trousse de secours, radio, ordinateur et tout le petit bordel d'une scientifique rattachée au SGC, plus son uniforme, et bien sûr son arme. Parce qu'elle n'avait pas peur d'Oillym, et pas non plus des gens qu'ils allaient voir, mais elle se méfiait de tout ce qui pourrait mal tourner d'autre, et elle avait vu Oillym tirer. Il était mauvais. Désastreux même. Pour s'être entraînée au tir avec lui et avec le Dr McKay, elle en était venue à se demander très sérieusement lequel des deux était le plus mauvais tireur. Sans doute le wraith. Alors elle avait pris son arme, et un blaster wraith en plus dans son paquetage.
Parce que rien de mal n'allait se passer, mais elle préférait être trop prudente que pas assez.
Le trajet jusqu'à la Porte avait été rapide. D'autant plus rapide qu'Oillym en avait profité pour lui dire tout ce qu'il savait de ce peuple et de la planète. Il ne s'agissait malheureusement que d'informations rapportées. Mais elles étaient plus que réjouissantes, et elle traversa la Porte avec le sourire.
La planète ressemblait beaucoup à Oumana, si ce n'est qu'ils débouchèrent non pas dans une forêt mais en plein milieu d'une plaine herbeuse, sur laquelle paissaient tranquillement des sortes de petits moutons beiges qui levèrent à peine la tête pour les observer. En revanche, le petit pâtre qui les surveillait sauta sur ses pieds et s'éloigna en courant, bondissant comme un cabri sur la route de terre serpentant paresseusement jusqu'à un village de fermes blanches très semblables à ce qu'avait été Estain avant l'arrivée des Ouman'shii.
Elle jeta un coup d'œil vaguement inquiet au wraith, qui se contenta d'avancer tranquillement, le nez au vent et les yeux pétillants. Pour Oillym chaque jour était une nouvelle découverte. Après plus de trois millénaires à vivre cloîtré sur sa ruche, la vie planétaire était pour lui un grand changement et un immense émerveillement. Irina ne pouvait qu'espérer qu'une de ses premières visites sur un autre monde ne se passerait pas mal. Peut-être aurait-elle finalement dû accepter la proposition du lieutenant Strauss.
Elle se tendit un peu quand des silhouettes apparurent sur la route, mais se relaxa bien vite, dégainant sa caméra alors que les villageois s'approchaient avec l'air de croyants en pleine extase.
Voir des gens s'incliner, priant et pleurant de joie devant l'alien était à la fois personnellement très dérangeant et professionnellement tout à fait fascinant, et elle s'assura de ne pas en perdre une miette.
Lorsque Oillym leur expliqua le but de leur visite, on leur proposa immédiatement de les conduire au Telator, sorte de prêtre-sage-juge-médecin de la communauté.
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Elle s'était attendue à un vieil homme, ou du moins à quelqu'un d'un certain âge, et certainement pas à être reçue par un jeune garçon de douze ans seulement. Pourtant Jaluoï, le Telator d'Assam'kabul - le village qui les accueillait -, venait de tout juste fêter ses douze ans.
L'enfant leur expliqua que son prédécesseur l'avait désigné comme successeur avant même sa naissance, couvrant sa famille d'honneur et que, le jour de sa naissance, alors que sa mère entrait dans les affres de l'accouchement, l'ancien Telator était venu s'agenouiller auprès d'elle et s'était tranché la gorge, afin que l'affianchi, la partie sacrée de son âme qui le reliait aux Ancêtres, lui soit transmise.
Il leur expliqua ensuite qu'en tant que Telator, c'était son rôle que de voir les liens qui unissaient les êtres et de s'assurer que chacun soit lié à la bonne personne au bon moment. C'était lui qui décidait quel homme allait prendre quelle femme pour épouse. Quels adultes seraient les meilleurs parents pour un enfant tout juste né, et qui deviendrait le frère ou la sœur de qui. Ces liens n'avaient rien d'immuable, et c'était son rôle de s'assurer ponctuellement qu'ils étaient toujours tels qu'ils devaient être, ou le cas échéant de les dissoudre afin de permettre aux personnes impliquées d'être liées à une nouvelle personne leur convenant mieux.
L'échange avait duré de longues heures, Jaluoï se montrant plus qu'heureux de satisfaire la curiosité d'un seigneur à propos de son peuple.
Puis les villageois avaient insisté et supplié pour qu'ils restent assister au grand banquet qu'ils avaient organisé en leur honneur, et bien sûr, ils avaient accepté. Quelle meilleure opportunité pour observer la culture de ces gens ?
On leur avait offert de séjourner dans la plus belle maison du village, et deux chambres avaient été préparées à leur attention. Il était quatre heure de matin, heure d'Oumana sur sa montre, lorsqu'elle partit enfin se coucher, laissant Oillym seul devant le grand feu de joie avec les villageois ravis de son sincère intérêt pour eux.
La chambre était simple mais très belle, chaque meuble décoré avec soin de motifs végétaux ou animaux, et elle prit soin de tout filmer avant d'aller s'effondrer dans le lit délicieusement moelleux.
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Le soleil était déjà haut quand elle s'éveilla, et lorsqu'elle sortit de sa chambre, ce fut pour être accueillie par une table couverte d'un impressionnant petit déjeuner champêtre et un village tout entier qui semblait n'attendre qu'elle. Apparemment, quelqu'un avait parlé d'un vieux site sacré à Oillym, et le wraith avait manifesté son intérêt pour l'endroit, mais avait également refusé d'y aller sans elle. Touchée par son attention, elle s'était dépêchée d'engloutir quelque chose avant de suivre leur escorte.
Escorte qui s'était bien réduite alors qu'ils approchaient du site, une série de pierres levées dans la plaine. Apparemment, ce site était tabou pour une certaine partie de la population. Pas pour eux, de toute évidence, ni pour la demi-douzaine de villageois qui les accompagnait toujours, Jaluoï en tête.
Sa caméra au poing, elle se mit à tout filmer, posant questions et formulant hypothèses de conserve avec Oillym, qui effleurait chaque pierre gravée avec révérence. Comme elle le comprenait. Elle se souvenait comme si c'était hier de sa première fois sur le terrain. Durant un stage d'été au Kenya.
Il y avait quelque chose de magique à étudier un peuple directement, et pas à travers les observations d'autrui.
Pourtant, le wraith se figea soudain, la main à quelques centimètre du bas-relief qu'il s'apprêtait à toucher, la tête penchée de côté, un sifflement méfiant résonnant dans sa poitrine.
Elle tourna sur elle-même, cherchant ce qui avait pu le faire réagir de la sorte, en vain.
« Oillym, un problème ? »
L'alien ne répondit pas tout de suite, puis secoua la tête comme pour s'éclaircir les idées, et se remit à son observation tactile.
« Rien du tout. J'ai cru sentir d'autres wraiths, mais ce doit être mon esprit qui me joue des tours. Je n'ai pas l'habitude d'être seul. »
Elle avait déjà entendu parler de ça. Apparemment, chaque wraith avait au moins une histoire à raconter sur un congénère devenu fou à cause du silence de l'Esprit. A en croire les grands aliens, ce silence était une des choses les plus terrifiantes qui soit.
Elle s'approcha de lui, inquiète.
«Ça va aller ? Vous voulez qu'on rentre ? »
Il gronda, vexé.
« Tout va bien, Dr Popodov. Je peux supporter quelques heures de silence. »
« D'accord. Mais dites-moi si vous voulez qu'on rentre, OK ? »
Un grognement mauvais lui répondit et elle préféra aller étudier une autre pierre levée.
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Tout avait basculé très vite. Le soleil avait atteint son zénith, et ils avaient décidé qu'il était temps de revenir au village. Elle désirait encore filmer quelques détails à l'intérieur des maisons et poser quelques questions aux habitants, et ils étaient censés être de retour sur Oumana dans à peine cinq heures.
Ils avaient donc rebroussé chemin quand un sifflement vibrant avait résonné. Puis, des hautes herbes, des filets et des bolas avaient jailli.
Elle avait tenté de fuir, pliée en deux, comme à l'entraînement, mais une des cordes lestées s'était enroulée autour de ses chevilles et elle était tombée.
Elle avait dû se cogner la tête, car lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle était très douloureusement attachée à une perche, pieds et poings liés ensemble autour de l'épaisse barre de bois en compagnie de deux villageois.
Tournant la tête pour essayer de voir qui étaient leurs ravisseurs, elle découvrit avec horreur que la perche était tenue à chaque extrémité par un wraith à l'air dur, leurs longs cheveux ornés de perles de bois et de métal cliquetant à chaque pas.
Elle paniqua un peu, puis tenta de se calmer. Paniquer ne l'aiderait pas à se sortir de là.
Elle prit le temps de les observer de plus près et de réfléchir.
Les aliens étaient pour le moins singuliers. Déjà, ils ne les avaient pas attaqué avec des blasters ou des Darts, mais avec des filets et des bolas. Des armes primitives. Et ensuite, leur allure était étrange.
Irina se tordit le cou pour tenter d'apercevoir les autres aliens qu'elle entendait parfois marcher. Ils étaient cinq en tout. Cinq guerriers qui avançaient en silence, leurs armes tantôt à l'épaule, tantôt à la ceinture. Dague, filet, bolas et une lance. Pas de blaster, pas d'empaleur et pas de manteau de cuir noir. Les cinq wraiths étaient torse nu, des tatouages noirs et des peintures corporelles blanches se détachant sur leur peau pâle.
Elle détailla les tatouages. Elle avait un peu étudié cet art très codifié. Aucun d'entre eux ne portaient d'insigne de ruche sur le visage, mais elle reconnut quelques symboles qui ornaient leurs corps. Les pointes aiguës des grands guerriers, la spirale oblongue d'un esprit agile, et deux lignes parallèles, récompense pour avoir tué un ennemi redoutable sur le champ de bataille.
En tout cas, ils ne faisaient pas partie des fils de Silla et certainement pas des Ouman'shii.
D'ailleurs, où était Oillym ?
Il ne faisait pas partie des captifs. Soit il s'était échappé, soit les autres wraiths l'avaient tué.
Pitié, que ce soit la première option, pria-t-elle.
En attendant, ces aliens là empiétaient sur un territoire qui n'était pas le leur.
Elle pouvait tenter le coup.
« Heu... Bonjour, messieurs. Savez-vous que vous êtes sur un territoire ouman'shii ? » demanda-t-elle, essayant d'être polie afin de ne pas froisser leur susceptibilité sûrement chatouilleuse.
Aucune réponse. Elle ne s'était pas attendue à grand-chose d'autre.
« Hum... non seulement cette planète est sous leur protection, mais ses habitants également. Heu... On leur appartient, si vous préférez. »
Un des wraiths qui la portait secoua un peu la perche et elle glapit de douleur en même temps que ses deux camarades d'infortune.
S'il y avait bien une chose qu'elle avait appris de son séjour initial sur la ruche de Silla, c'était de ne surtout pas dire qu'elle venait d'Atlantis. Même si tout dans son uniforme le criait.
« Quand ils vont apprendre ce que vous avez fait, on vas venir nous chercher. Vous allez être traqués. Vraiment, ça ne vaut pas le coup. Vous mettre à dos la grande Delleb et tous ses wraiths pour, heu... sept humains. Je doute que le jeu en vaille la chandelle. Non ? »
Aucune réaction.
Mais à quoi s'attendait-elle ? A ce qu'ils la posent et s'excusent ?
Elle sentit la peur la glacer un peu plus, mais elle continua à essayer de les raisonner. Doucement, poliment. Finalement, la perche qui la soutenait fut lourdement posée au sol et elle fut détachée et jetée dans une cage de bois plus large que haute.
Gémissant, elle tenta de ne pas bouger alors que le sang revenait dans ses membres. Puis lorsque les atroces lancées s'apaisèrent enfin, elle se redressa autant que le lui permettait la cage, appuyant son visage entre les barreaux.
Elle avait été enfermée avec un des autres villageois, tandis que Jaluoï et les quatre autres locaux étaient répartis dans deux autres cages.
« Est-ce que tout le monde va bien ? » demanda-t-elle.
Quelques pleurs et quelques prières lui répondirent.
« Dr Popodov, qu'est-ce qu'on a fait pour déplaire aux seigneurs ? Nous n'avons pas été assez dévoués ? Assez respectueux ? » demanda le jeune Telator, tentant tant bien que mal de retenir des larmes.
Elle essaya de lui offrir un sourire réconfortant.
« Non, Jaluoï. Vous n'avez rien fait. Rien fait du tout. Ces wraiths ne sont pas vos seigneurs. Ce sont des voleurs. De sales braconniers, n'est-ce pas ? » répliqua-t-elle, haussant un peu le ton histoire que les aliens qui rangeaient leurs affaires non loin l'entendent.
Si la gentillesse et la politesse ne marchaient pas, elle avait d'autres registres à disposition.
Et visiblement, une certaine agressivité était plus efficace, ce qu'elle regretta instantanément alors qu'elle se reculait précipitamment en couinant tandis qu'un des aliens qui l'avait portée s'approchait, secouant les barreaux avec un sifflement mauvais.
« Si tu ne veux pas être la première à mourir, femelle, tu devrais te taire. » cracha-t-il avec une dernière secousse avant de retourner à son filet.
Elle obéit, trop terrifiée pour faire autrement. Mais se taire ne signifiait pas ne rien faire, et après avoir méticuleusement testé la solidité à toute épreuve de sa prison, elle se mit à observer ses ravisseurs et son environnement immédiat à la recherche d'une échappatoire.
Ce qu'elle découvrit intéressa suffisamment l'anthropologue en elle pour lui faire un peu oublier sa peur et, après quelques minutes, elle revint s'appuyer contre les barreaux pour observer.
Le soleil poursuivit sa course dans le ciel, et allait se coucher lorsqu'elle recula précipitamment alors qu'un wraith à la carrure plus fine que les autres s'approchait de sa cage avec une lance dans une main et une gourde dans l'autre.
Il ouvrit prudemment la porte, la lance brandie, menaçante, puis tendit la gourde.
« Buvez. » ordonna-t-il.
« C'est quoi ? » demanda-t-elle.
« De l'eau. Buvez. »
Elle ne fit aucun geste pour prendre la gourde, pas plus que l'homme recroquevillé derrière elle, prostré en une pose suppliante.
« Pourquoi nous donner de l'eau si vous aller nous manger ? »
« Parce qu'un gibier en mauvaise santé ne vaut rien. » siffla l'alien, agitant impatiemment la gourde.
Elle s'en saisit avec prudence et l'ouvrit, renfilant le contenu.
Ça sentait le cuir tanné.
Elle en prit une minuscule gorgée. Ça avait un goût infâme, mais c'était de l'eau. Réalisant combien elle avait soif, elle en avala de grandes goulées avant de la tendre à l'homme qui s'en saisit d'une main tremblante.
Elle se retourna vers le wraith.
« Vous êtes quoi ? Des rebelles ? »
Le wraith siffla.
« Je veux dire... Vous n'avez pas de tatouages de ruches et je n'ai jamais vu des wraiths vivre comme vous. Avec les tentes, l'argile blanche, les filets, tout ça. Vous êtes des genres de rebelles ? »
« Les proies n'ont pas besoin de savoir qui va les tuer. »
Elle frémit mais poursuivit sur sa lancée.
« Je... je fais aussi partie d'une sorte de rébellion. Les Ouman'shii. Vous en avez peut-être entendu parler ? On a une reine avec nous. Delleb ! Vous avez entendu parler d'elle ? »
Son voisin de cellule avait fini de boire et l'alien lui arracha la gourde des mains avant de claquer la porte de la cage pour aller s'occuper de la suivante.
« Si vous nous relâchez, je suis sûre qu'on pourra trouver un terrain d'entente. Il y a d'autres moyens de survivre pour vous que de chasser. De tuer des humains ! »
Elle continua, radotant encore et encore. Pour finir, ce fut l'alien qui était déjà venu la menacer qui revint, faisant rater plusieurs battements à son cœur.
Mais il n'ouvrit pas la cage pour la saisir par le col. Il ne frappa même pas les barreaux et se contenta de s'agenouiller devant elle, un sourire mauvais découvrant ses dents translucides.
« Tes Ouman'shii, on en a entendu parler, femelle. Mais ce n'est qu'une immonde décadence de plus. Les wraiths sont nés pour être les prédateurs parfaits, les êtres suprêmes de cette galaxie. Nous sommes faits pour traquer, débusquer et tuer nos proies. Pas pour les élever en troupeaux dociles et soumis et encore moins pour vivre au milieu d'eux. Au milieu de vous. En faisant de vous du bétail, nos semblables ont oublié les anciennes voies. Les vraies voies. Ils sont devenus des bergers impotents et vaniteux. Et maintenant ça. Même plus des bergers, mais des chiens de troupeau dociles et gentils. C'est répugnant ! »
Il cracha à ses pieds, sifflant comme un serpent prêt à mordre.
Elle se recroquevilla un peu plus sur elle-même.
« Vous voulez dire que tout ça, c'est volontaire ? » demanda-t-elle d'une petite voix.
Le wraith grogna un assentiment, se relevant avant de s'éloigner sans un autre regard.
Elle s'avachit. Il n'y avait qu'à espérer que les secours arriveraient vite.
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Les secours étaient arrivés trois heures plus tard. Deux Darts, Filymn, Selk'ym, et la moitié des guerriers wraiths que Naiu'reyn entraînait. La douzaine de wraiths en face n'eut aucune chance. Pendant que les troupes ouman'shii réduisaient à l'état de tas de cendres ou de momies desséchées les étranges aliens, Oillym, son sac à dos sur les épaules et l'air sombre, avait ouvert les cages.
Son premier réflexe avait été de le serrer dans ses bras. Elle avait vraiment fini par craindre qu'il ne soit mort. Mais elle se retint juste à temps, et transforma son mouvement un peu maladroitement en posant ses mains sur ses épaules.
« Oillym ! Vous êtes vivant ! »
Le wraith verdit, misérable.
« Malheureusement oui, Dr Popodov. J'ai fui. Comme le lâche que je suis. » siffla-t-il avec une mine dégoûtée.
Elle le secoua un peu.
« Mais non, vous n'avez pas fui ! Vous avez su opérer un repli stratégique afin de pouvoir aller chercher des secours ! Et ça, c'est très courageux ! » tenta-t-elle de le consoler.
Le wraith feula, se dégageant d'un geste sec avant de lui tendre ses affaires qu'elle épaula machinalement.
« Inutile de mentir, Dr Popodov, j'ai été lâche, c'est une réalité. »
Elle souffla, croisant les bras.
Il voulait la vérité, il allait l'avoir.
« Ben, je vais vous dire une chose, Oillym. Je suis ravie que vous soyez lâche. Parce que vous êtes le pire tireur que j'aie jamais rencontré, et que je ne connais pas un seul wraith qui ne soit pas capable de vous mettre au tapis. Alors si vous étiez brave, à présent, vous seriez mort, et moi, je serais toujours dans cette foutue cage à attendre ma mort ! »
Le wraith semblait se tasser un peu plus à chaque mot qu'elle disait.
La bataille était finie et la petite troupe se préparait à repartir. Fouillant dans son sac, elle découvrit avec soulagement que sa caméra s'y trouvait, et intacte.
Plantant là le scientifique déprimé, elle s'empressa de documenter aussi vite que possible le petit campement et tout ce qu'elle avait découvert.
Selk'ym, qui s'était assuré que les villageois allaient tous bien, donna enfin le signal du retour.
Elle suivit le mouvement à regret, contrairement à Oillym qui resta sombrement planté là où elle l'avait laissé un peu plus tôt.
Marchant toujours, elle se retourna.
« Je suis contente que vous soyez toujours en vie, Oillym. »
Il gronda.
« Vous l'avez déjà dit, sinon personne n'aurait pu envoyer de secours. »
« C'est vrai, mais je n'aurais aussi plus personne pour m'écouter déblatérer sur les wraiths amish que je viens de découvrir.» répliqua-t-elle en tapotant sa caméra.
L'alien la fixa, perplexe.
« Amish ? »
« Allez venez, je vais vous expliquer. »
Il la rattrapa en quelques enjambées.
