Désolée de ne pas l'avoir publiée plus tôt, j'avais oublié l'avoir écrite celle-là.
Bonne lecture.
Cette rumeur se passe environ 50 ans après au-delà des étoiles, sur terre.
« Monsieur ! Monsieur ! »
Soupirant, le pimpant quadragénaire détourna les yeux de son écran et de son livre de comptes numérique.
« Quoi, Constance ? N'ai-je pas demandé à ne pas être dérangé à moins que la reine d'Angleterre en personne ne vienne nous rendre visite ? »
« Oui, Monsieur, mais il faut vraiment que vous descendiez. »
« Pourquoi ? La reine d'Angleterre est en bas ? »
« Pire. »
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Un sourire charmeur aux lèvres, il décrocha sous le comptoir un coup de pied bien senti à sa gérante. La garce aurait pu le prévenir.
« Heu... »
Il détailla les huit hautes silhouettes drapée dans de longues capes sombres obscurcissant leurs traits. qui semblaient attendre sur le tapis carmin de sa boutique.
Un homme aux temps grisonnantes qu'il n'avait pas remarqué avant, vêtu d'un long manteau de cuir noir orné de triangles bleu nuit, s'avança les mains dans le dos, dans une pose très formelle.
« Sa Très Grande Majesté Impériale Ilinka, souveraine absolue des Ouman'shii, Reine bienveillante des quatre races, désire requérir vos services. » annonça ce dernier, s'inclinant tout en désignant d'un geste élégant la plus petite et frêle des silhouettes, dont le voile non pas noir comme il l'avait d'abord cru mais vert très sombre s'ornait de sublimes mais discrètes broderies argentées.
Ce n'était pas la première fois que des têtes couronnées les honoraient d'une visite, même si leur rayonnement étaient bien moindre et qu'ils étaient a priori tous humains.
Le personnel était formé, et toutes les vendeuses inclinèrent la tête respectueusement.
L'impératrice s'avança.
« Si cela ne vous dérange pas, bien entendu. » murmura-t-elle d'une voix douce dont les notes chaudes résonnaient de la plus inhumaine des façons.
Les riches et les têtes couronnées ne se souciaient pas de déranger. Un coup de pied de Constance le secoua.
« B-bien sûr que non, Votre Majesté. Soyez la bienvenue avec votre, Heu... suite ? »
«Merci. Il ne s'agit que de mes gardes du corps. Ma suite ne m'a pas suivie. »
Ne sachant que répondre, il se contenta d'acquiescer, l'invitant à découvrir les vêtements artistiquement exposés.
Constance hésita un instant, puis opta pour la solution la plus sécuritaire et se tourna vers l'homme en manteau qui semblait suivre l'impératrice à un pas en arrière dans ses moindres mouvements.
« Est-ce que, hum... l'impératrice désire boire quelque chose ? »
L'homme s'avança pour s'en enquérir, seulement pour être arrêté par la reine voilée.
« J'ai entendu, Finesse, merci. Si vous avez du thé vert, cela ravirait mon palais. Sinon, une eau gazeuse sans glaçons, je vous prie. »
« Tout de suite, Majesté. » acquiesça sa gérante, envoyant d'un geste une vendeuse chercher la boisson.
Heureusement, son équipe était compétente, car il était comme pétrifié derrière son comptoir.
« Puis-je ? » demanda l'impératrice, se tournant vers lui, levant une main interrogative vers le voile qui dissimulait ses traits.
Il parvint à acquiescer avant de se rappeler l'impolitesse d'un tel geste si peu protocolaire.
« Bien sûr, Votre Majesté. »
D'un mouvement délicat, elle retira les longs gants qui dissimulaient ses mains et ses avant-bras à la peau verte, puis d'un long doigt griffu, dégrafa une boucle invisible, faisant retomber le voile brodé qui dissimulait ses traits et révéla un visage doux mais néanmoins terrifiant, au milieu duquel brillaient - comme animés d'une lueur propre - deux yeux d'or liquide.
Il sentit sa vessie le lâcher et parvint à se reprendre avant d'avoir fait plus que vaguement humidifier son caleçon.
Suivant le geste de leur souveraine, les sept gardes du corps retirèrent leurs propre voile, des sortes d'écharpes épaisses qui dissimulaient des visages féroces et altiers.
Les fentes respiratoires sur les joues de l'impératrice palpitèrent imperceptiblement.
« Nous pouvons les remettre, si cela vous rassure. A moins que vous ne préfériez que nous quittions la boutique ? »
En un instant, il vit défiler devant lui les conséquences désastreuses d'un tel incident pour sa carrière. Si la plus puissante et probablement la plus riche souveraine de deux galaxies quittait sa boutique parce qu'elle y avait été mal reçue, sa carrière dans le monde du luxe et de la haute couture serait terminée.
« Non. Tout va bien. C'est un véritable plaisir de recevoir une aussi auguste visite, Impératrice. »
L'alien le détailla, semblant percer son âme à jour.
« Vous mentez avec courage. Mais ne vous en faites pas, je n'en prends pas ombrage. Les wraiths sont les prédateurs naturels des humains, on ne peut pas vous reprocher d'avoir un minimum d'instinct de préservation. Si vous le désirez, vous pouvez partir. Vos deux vendeuses ici présentes n'ont pas aussi peur de nous que vous, et je ne doute pas qu'elles sont très compétentes dans leur domaine. » déclara la souveraine, désignant Constance et Gladys, qui rougirent à l'unisson.
« Non, ça ira... »
« Partez, votre peur et votre urine empuantissent l'atmosphère. »
Le ton avait changé et, de doux et chaud, était passé à une autorité glaçante et absolue alors qu'une rangée de dents de prédateurs apparaissait.
Avec un couinement terrifié, il battit en retraite dans son bureau, tandis que la moitié des vendeuses semblaient s'évaporer dans l'arrière-boutique.
Constance, le cœur battant la chamade, regarda son patron s'enfuir. Elle s'assurerait personnellement que les pontes de la maison mère soient au courant du déroulement exact des événements.
En attendant, c'était à elle de prendre les choses en mains.
Se raclant la gorge, elle s'avança.
« Cherchez-vous quelque chose de précis, Majesté ? »
La reine se tourna vers elle, son expression à nouveau douce et poliment curieuse.
« Pas exactement. J'ai toujours admiré les créations de votre marque. Une robe de soirée, peut-être ? »
« Bien sûr, elles sont par ici. » indiqua-t-elle, la guidant vers un coin de la vaste boutique.
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L'impératrice avait passé deux heures à essayer différentes tenues sous le regard de marbre de son escorte et les conseils ampoulés de l'homme grisonnant, puis s'était finalement décidée pour trois robes, un manteau et une paire de chaussures. Constance avait proposé les services de leur tailleur, mais l'homme en manteau lui avait assuré que le tailleur impérial saurait s'en charger, puis s'était occupé de payer, proposant à choix une impressionnante liasse de billets, trois petits lingots d'or massif et une carte de crédit sans plafond. Constance avait pris la carte, qui était le moyen le plus sécuritaire, tout en se demandant qui pourrait bien accepter des lingots.
Gladys remit ensuite à l'homme les achats soigneusement emballés dans du papier de soie et des boîtes.
L'impératrice, qui avait patiemment attendu, observant calmement la boutique s'avança alors, inclinant la tête avec douceur.
« Merci pour vos excellents services, Mesdames, ma visite a été des plus agréables. Je reviendrai lors de ma prochaine visite sur Terre, si mon agenda le permet. » salua-t-elle, remettant en place le voile qui dissimulait ses traits.
Comme un seul homme, les gardes du corps qu'elles avaient presque oublié tant ils étaient immobiles firent de même.
« Merci de nous faire un tel honneur, Majesté. Nous espérons vous revoir bientôt ! » salua-t-elle en retour, s'inclinant profondément - comme ce qu'il restait de l'équipe de vente.
La reine se mit en marche, son assistant chargé des achats derrière elle et sa garde tout autour.
Constance jeta un regard coulis à la caméra au-dessus de la porte qui filmait le comptoir principal.
Si avec ça, elle n'était pas promue directrice à la place de ce couard, autant se reconvertir professionnellement.
