Cette nouvelle se passe cinquante ans après au-delà des étoiles.
J'avoue que cette nouvelle deviendra potentiellement "anachronique" avec le développement de l'histoire principale. L'avenir seul le dira.
Bonne lecture.
Le bureau ovale avait subi de subtiles altérations au fil des siècles, mais ses différents occupants avaient toujours veillé à y conserver l'ambiance de classicisme tout-puissant voulu par les pères fondateurs. La plupart des invités qui y entraient étaient impressionnés par la décoration, riche d'une longue histoire. La plupart des invités s'asseyaient avec précaution et respect sur les fauteuils et le canapés anciens en chintz. La plupart observaient avec soin le tapis bleu arborant l'aigle et la devise nationale. Et la plupart attendaient que le président des États-Unis d'Amérique, un des plus puissants hommes de la Terre, leur dise de s'asseoir avant de s'installer.
Mais la plupart étaient humains et moins puissants que lui. Ce qui n'était absolument pas le cas de la noble silhouette à présent occupée à lisser les pans de sa jupe bleu nuit qui formait une élégante corolle à ses pieds.
Le président déglutit, et se retint de grincer des dents face à cette entorse flagrante au protocole.
« Madame Ilinka... » commença-t-il, mal à l'aise.
« Ce sera Majesté pour vous, monsieur le président David James Johnson. » répondit-elle d'un ton parfaitement neutre, fixant avec désintérêt un point quelque part derrière son épaule gauche.
« C'est-à-dire que le protocole... »
« Votre protocole prétentieux prescrit que tous les partis soient traités d'égal en égal. Je le sais parfaitement. (L'alien braqua son regard sur lui avec une intensité rare.) Mais je ne suis en rien votre égale et je ne suis pas ici pour une visite de courtoisie, ni pour le protocole. »
Elle n'avait pas bougé, toujours assise très droite dans le canapé de gauche, les mains délicatement posées sur ses cuisses alors que lui était debout devant son bureau, et pourtant, David se sentit en très nette position d'infériorité. Le problème, c'était que ce n'était pas qu'une impression. Lui et tout son pays étaient en totale infériorité face à l'empire. Et ils le savaient tous les deux.
Tout ce qu'il pouvait faire, c'était tenter de limiter la casse. Commencer par adoucir les angles.
Il vint s'asseoir sur le canapé d'en face.
« Alors pourquoi êtes-vous ici, Impératrice ? »
« Pour vous donner une dernière sommation, M. le Président, puisqu'il semblerait que votre gouvernement ne soit pas enclin à écouter mes diplomates. »
« Nous les avons écoutés, croyez-le bien, Impératrice. »
« Alors pourquoi n'avez-vous pris aucune mesure, M. le Président ? » demanda-t-elle comme si elle demandait l'heure.
« Je suis certain que vous comprenez que c'est une intrusion inacceptable dans notre politique intérieure, Impératrice. »
L'alien sembla méditer ses paroles quelques instants.
« Donc, si je comprends bien ce que vous dites, au nom de votre autonomie nationale, vous êtes prêt à bafouer la moitié des accords de paix signés avec les autres nations terriennes depuis deux siècles. C'est exact ? »
« Non ! Pas du tout ! » s'écria-t-il, avant de se rendre compte du manque de professionnalisme de sa réaction.
Si l'impératrice l'avait remarqué, elle n'en laissa rien paraître.
« Alors pourquoi n'avoir encore pris aucune mesure pour détruire les armes biologiques en votre possession et démanteler les laboratoires de production, M. le Président ? » demanda-t-elle, accentuant le titre de son vis-à-vis de la plus désagréables des manières.
« Parce que nous n'avons pas d'armes biologiques. On ne peut pas détruire ce qui n'existe pas, tout simplement ! »
« Ah ? Donc vous n'avez pas des échantillons de gaz sarin, d'anthrax, de lèpre ? »
« Si, bien sûr. Mais ce sont des échantillons à but scientifique. Pour les étudier. En cas d'épidémie. »
« Vraiment ? Ce qui est intéressant, M. le Président Johnson, c'est que le gaz sarin est, comme son nom l'indique, un gaz. Il n'y a pas d'épidémie de gaz sarin. Son seul usage est offensif. »
« Justement. C'est pour nous protéger. »
L'éclat bleuté des dents de l'alien apparut un bref instant.
« Aucun de ces échantillons ne vous protégera contre une attaque desdites substances. Ce qui vous protégera, ce sont des vaccins et des traitements. Vaccins et traitements qui ont été découverts il y a longtemps. Par conséquent, les échantillons sont superflus... excepté dans un but de multiplication. »
« C'est tout à fait... »
La fin de sa phrase se coinça dans sa gorge, arrêtée net par le regard de l'alien.
« Ne faites pas l'erreur de sous-estimer mon intelligence. » siffla-t-elle, presque avec douceur - une douceur atroce qui semblait lui promettre les pires atrocités.
« Je ne... »
Une fois de plus, il ne termina pas sa phrase.
« Bien. Maintenant que vous en avez terminé avec vos dénégations, voici la liste de toutes les armes biologiques que nous savons en votre possession et dont nous exigeons la destruction dans les plus brefs délais. » annonça-t-elle sur un ton redevenu parfaitement neutre, lui tendant un dossier cartonné, qu'il prit d'une main moite avant de commencer à le parcourir.
La moitié des noms lui était inconnue.
« BHZ-546 ? De quoi s'agit-il ? »
L'alien sembla fixer le vide un instant avant de répondre.
« Une bactérie génétiquement modifiée qui s'attaque spécifiquement aux cellules épithéliales. »
« Épithéliales... oui, je vois. » mentit-il avant de se replonger dans son examen. « Drogue anti-symbiote ? »
« Une toxine qui tue presque instantanément toute larve goaul'd ou tok'ra. »
« Mais on n'a pas une telle chose ! »
« Faux. Le SGC - dois-je vous faire un cours sur cette agence ? - en a fait usage à plusieurs reprises. »
« Oui, mais tout ça, c'était il y a des années ! »
« Certes, mais selon mes sources, il doit vous rester une demi-douzaine d'échantillons. Dont nous exigeons la destruction. »
Il ne put retenir une grimace.
« J'aimerais beaucoup connaître vos sources. »
Elle sourit à peine.
« Je n'en doute pas. »
Voyant qu'elle n'allait rien ajouter de plus, David se replongea dans la liste.
« Peste bubonique ? Ça existe encore ? Poison hoffan ? Qu'est ce que c'est que ce truc ? »
« Oui, la peste bubonique existe encore. Dans vos laboratoires, principalement. Quant au poison hoffan, c'est un virus produisant une réaction physiologique d'une fulgurance mortelle pour ma race. »
« Ah. » répondit-il d'un ton qui se voulait désintéressé.
Un virus foudroyant pour lutter contre les wraiths... sans doute l'élément le plus important de cette liste.
« Puisque le poison hoffan vous intéresse, je vais vous en dire plus. Injecté à un humain, il se transmet à ses congénères par voie aérienne et aux wraiths par contact sanguin... au moment d'une ponction par exemple, et tue en quelques minutes le dit wraith .Il a été crée par le peuple Hof, une fois de plus avec l'aide du SGC, comme un « vaccin anti-wraith ». Mais avant de vous demander combien de temps il vous faudrait pour en produire assez pour traiter toute la population américaine, vous devriez vous demander ce qui est arrivé aux Hoffans. »
Il frémit. C'était comme si elle lisait dans sa tête. Les wraiths étaient télépathes, mais ses experts lui avaient assuré qu'ils devaient toucher quelqu'un pour pouvoir lire son esprit, et elle était à deux bons mètres de lui. Et selon ces mêmes experts, il aurait dû sentir l'intrusion télépathique. Mais le vague sourire satisfait qui flottait sur les lèvres de l'alien le fit à nouveau frémir.
« Que leur est-il arrivé ? » demanda-t-il d'une petite voix.
« Un tiers de la population a succombé dans les jours suivant l'inoculation d'une défaillance pulmonaire fulgurante. »
« Et les autres ? »
« Les porteurs sains ? Les wraiths les ont exterminé avant qu'ils ne puissent répandre la maladie plus loin. Il y a eu quelques survivants. Nous les avons accueillis au sein de l'empire, mais ils doivent vivre en réclusion. Ce n'est pas une belle vie. »
« Je... »
« Vous ne savez pas quoi dire ? C'est inutile. »
Il acquiesça, acheva sa lecture puis reposa doucement le dossier sur la table basse devant lui.
« Qu'attendez-vous exactement de moi ? » demanda-t-il finalement.
« Exactement ce que je vous ai dit tantôt. Détruisez toutes les armes biologiques énumérées sur cette liste, et démantelez les installations de production. »
« Vous savez que c'est impossible. Nous respectons les accords internationaux. Nous n'avons pas de stocks. Juste des laboratoires d'étude. »
« Laboratoires capables de produire et de mettre en circulation de quoi provoquer une épidémie mondiale en à peine deux jours. C'est inadmissible. »
David sentit le sang battre à ses tempes. Qui était cette désagréable créature verte, pour oser ainsi exiger tout et n'importe quoi des États-Unis ?
Un petit rire bas et vibrant de l'intéressée lui donna la chair de poule. Est-ce qu'elle lisait vraiment dans son esprit ?
Elle sourit, découvrant ses dents bleutées.
« Je suis navré. Les États-Unis ne peuvent tolérer une telle ingérence dans leur politique intérieure. Vos réclamations ont été entendues, mais il nous est impossible d'y accéder pour des raisons évidentes de sécurité d'État. » statua-t-il de son ton le plus ferme.
Cette fois, l'impératrice pouffa.
« Sécurité d'État ? Si la sécurité de votre État vous préoccupait réellement, David James Johnson, vous seriez déjà au téléphone à exiger la destructions de ces stocks. »
« C'est une menace ? » demanda-t-il, jetant un regard inquiet aux gardes du corps postés à l'entrée du salon.
Quatre agents de la Sécurité nationale, surentraînés. L'escorte de l'impératrice était restée dans le couloir, mais combien de temps leur faudrait-il pour arriver si les choses tournaient mal ?
« Non. Une remarque. Si vous n'êtes pas capable de réaliser par vous-même l'écart entre nos deux forces, toute menace est inutile. Autant donner un ordinateur à un babouin. »
Une veine se mit à palpiter dans le cou du terrien.
« Vous me traitez de singe ? » cracha-t-il.
« Les humains sont des primates. Déduisez-en ce que vous voulez, M. le Président. »
« Et vous, vous êtes quoi ? » cracha-t-il, toute notion de diplomatie oubliée.
« Biologiquement ? Une espèce de chaînon manquant entre le règne des insectes et celui des mammifères. Une aberration de l'évolution et un des rares prédateurs naturels de votre espèce. » répondit-elle calmement, examinant l'air de rien la paume de sa main.
Le geste en apparence anodin de l'alien refroidit toute son ardeur, et avec soulagement, il remarqua que ses gardes du corps étaient passés de garde décontractée à prêts à dégainer.
« D'après mes scientifiques, dans la configuration actuelle, si vos hommes dégainent, il y a treize pourcent de chances que je sois tuée avant d'avoir pu ne serait-ce que vous toucher, moins de un pourcent de chances que toute mon escorte soit neutralisée, et plus de soixante pourcent de chances que vous et tout vos hommes soient abattus dans les quinze secondes suivant le début des hostilités.
Toujours selon mes experts, si en réponse à une attaque, nous déployons nos forces sur votre nation, il y a deux chances sur trois qu'en moins de vingt-quatre heures, nous en soyons maîtres. »
« C'est une menace ? » demanda-t-il d'une voix blanche, terrorisé par la décontraction affichée par le monstre qui lui énonçait tout ça.
« Toujours pas. De simples statistiques. Des mathématiques. Mais des mathématiques éloquentes. »
D'un geste fluide, trop fluide pour être humain, elle se releva, faisant se crisper les gardes du corps.
« Nous n'avons pas envie de vous attaquer. La guerre n'est jamais une bonne solution. Mais parfois, elle est la seule qui puisse fonctionner. Attaquez-nous et nous répondrons en adéquation. »
« Qu'est-ce que ça veut dire, exactement ? C'est vous qui êtes venue exiger des choses ! Nous ne vous avons jamais menacés ! » explosa-t-il.
« Si. Ces armes biologiques sont une menace pour nous et tous nos alliés. » répliqua-t-elle, chassant une poussière de sa manche.
« Et pas nos bombes nucléaires ? »
« Non. Leur potentiel de destruction est négligeable face à des virus ou des bactéries. Et ne croyez pas que n'ayons pas de technologie apte à parer votre arsenal vieillissant. »
« Arsenal vieillissant ? Nous avons la plus grande flotte spatiale terrienne ! »
Pour la première fois, il eut l'impression de l'avoir prise de court, puis un sourire compatissant s'esquissa sur ses lèvres.
« Oh, ça. Oui, techniquement, vous avez la plus grande flotte spatiale de construction entièrement terrienne. Quatre vaisseaux, dont deux ont plus d'un demi-siècle. Oui. C'est exact : vous avez la flotte entièrement terrienne la plus puissante. La seule flotte entièrement terrienne. »
L'accentuation des deux termes disait tout son dédain de la situation. Et elle n'avait pas tort. Les États-Unis avaient peut-être toujours le plus gros budget militaire de la planète, le plus d'ogives nucléaires et la seule flotte spatiale entièrement terrienne, mais chaque année, les rapports indiquaient que le pays reculait, dans tous les classements mondiaux. Le Sénégal, le Cambodge et les îles Tonga étaient passés devant depuis longtemps en termes d'éducation. La Corée du Nord, le Sri-Lanka et l'Uruguay de même, pour les infrastructures publiques et l'accès aux soins médicaux. Quant à l'économie, il ne voulait même pas y penser. Si les choses continuaient au même rythme, son pays entrerait bientôt officiellement dans la liste toujours plus courte des pays du tiers-monde.
A une époque pas si lointaine, alors qu'il était enfant, son pays était le plus puissant du monde. Celui qui dictait la politique mondiale, dirigeait l'économie et faisait les modes. Et aujourd'hui, qu'était-il ? Un vaste État conservateur, refermé sur lui-même, au marché étouffé par un embargo presque total sous la forme d'une concurrence étrangère déloyale et des taxes à l'export exorbitantes, et une population toujours plus pauvre qui tentait de fuir le pays dans l'espoir de trouver un avenir meilleur de l'autre côté de la frontière.
En un temps pas si lointain, un de ses prédécesseurs avait voulu construire un mur pour empêcher les migrants mexicains de venir chercher meilleure fortune chez eux, et à présent les Mexicains - tout comme les Canadiens- avaient construit un mur afin de les empêcher eux de venir chez eux. Enfin, pas tout à fait. Ils avaient construit un mur, et y avaient installé des portes. Quinze mille migrants acceptés chaque jour. Quinze mille Américains qui étaient acceptés à bras ouverts par un empire bigalactique en perpétuelle expansion. Et c'était sans parler d'Hawaï, de l'Alaska et de la Californie, qui avaient fait sécession à peine quelques semaines après le « Contact ». Le Vermont, la Floride et l'Idaho tentaient de faire pareil depuis des années, et des rumeurs inquiétantes semblaient indiquer que la Louisiane, le Michigan, l'Oregon et même le Texas songeaient à faire de même.
L'impératrice le fixait d'un air doux.
« M. le Président. Ce que je vous demande, ce n'est rien de plus que ce que je demande de tous mes sujets. Les armes biologiques ne sont des moyens ni fiables, ni honorables de combattre. De toute l'histoire de l'univers connu, il n'est jamais rien ressorti de bon de leur usage. Les humains n'ont jamais été capables d'en faire un usage fiable. Les wraiths, ou même les Anciens, qui ont précédé nos deux races de bien des millénaires, n'y sont pas davantage parvenu. »
« Qu'en savons-nous, puisque comme vous le dites, ils ont disparu bien avant nous ? » demanda David, se sentant un peu puéril de poser une telle question.
« Parce que moi et mes semblables sommes sans aucun doute la plus éclatante preuve de leur échec dans la manipulation d'une forme de vie pour en contrôler une autre. Comme toutes les armes biologiques, nous nous sommes retournés contre nos créateurs. Les wraiths sont souvent comparés à un virus qui se répandent de monde en monde pour en décimer la population, et ce n'est pas totalement faux. Disons que nous, les wraiths ouman'shii, sommes comme le virus inactivé d'un vaccin. Nous protégeons les humains à notre contact des « autres » wraiths, comme vous avez pu le constater lors de ce que vous appelez le « Contact ». »
« On ne vous a rien demandé.» cracha-t-il avant de réaliser l'énormité de ce qu'il venait de dire.
Heureusement, l'impératrice ne semblait pas disposée à prendre ombrage pour si peu. En vérité, elle ne semblait se soucier d'aucune des règles de la diplomatie. A commencer par ne pas insulter son interlocuteur ou sa nation.
« C'est tout à fait exact, M. le Président. Et je constate que la notion de vaccin est toujours aussi mal acquise dans votre pays. Un vaccin n'a pas besoin d'être inoculé à toute la population pour fonctionner, il faut juste que la majorité le soit pour qu'il protège aussi les non-vaccinés. Vous n'êtes pas vaccinés, mais vos voisins le sont. Ce sont nos alliés. Nous les protégeons, et comme il est très dur d'expliquer à un wraith affamé la notion de frontière, nous vous protégeons également. Pour l'heure, les États-Unis ne sont que... des voisins bigots et bornés qui s'enfoncent dans leur propre misère en s'entêtant à refuser tout aide. Mais il s'avère que vous êtes également le genre de voisin à cacher des armes dangereuses dans sa cave. Et comme vous refusez d'écouter tout autre que moi, je suis venue en personne d'une autre galaxie pour vous demander de vous en séparer. Nous sommes toujours disposés à vous accueillir en notre sein, ou à vous laisser votre indépendance si votre situation actuelle vous convient, mais nous ne tolérerons plus une telle menace à nos portes. »
Il avait perdu. Il venait de le comprendre. Ils avaient tous perdu. Depuis le début. Avant même que cette discussion ne commence, ils avaient perdu. Ils n'avaient jamais eu le choix. L'empire Ouman'shii. Un rouleau compresseur alien qui donnait toujours le choix. Mais quel choix ? Les rejoindre, ou être écrasé.
« Sinon quoi ? » demanda-t-il.
Elle sourit, puis pointa élégamment un doigt contre sa poitrine. « Vaccin », puis le désigna du doigt « Virus ».
« Et si on détruit nos stocks et les laboratoires ? »
« Un tel geste de bonne volonté en mérite un au moins aussi grand. Un relâchement de l'embargo économique, par exemple. Si je ne m'abuse, votre industrie informatique est... obsolète, pour dire le moins. Imaginez pouvoir à nouveau importer des ordinateurs, des téléphones ou même de simples composés électroniques du Japon, de Corée, ou même de Bolivie – pays plus proche, et qui a fait d'énormes avancée dans le domaines ces dernières années. »
David ne put s'empêcher de hausser les sourcils de surprise. L'empire gardait toujours jalousement ses technologies pour lui. L'embargo avait été dès le départ total dans les domaines de la technologie de pointe, de la science et de la médecine. Au début, ça n'avait eu aucune importance, car les plus grandes universités, les plus grands laboratoires se trouvaient toujours chez eux, puis ils avaient été rattrapés et dépassés, et à présent, les États-Unis accusaient un retard de presque cinquante ans dans les technologies de pointe. Et ça, c'était uniquement par rapport aux autres technologies de facture terrienne, car incomparable avec les technologies aliens que l'empire importait dans ses colonies de par le monde.
L'impératrice le fixait toujours avec attention, trop immobile pour que ce soit normal.
« Nous pouvons aussi envisager l'envoi d'aide humanitaire et médicale à destination de la population. »
Quarante-neuf pourcent de la population en dessous du seuil de pauvreté. Des maladies considérées comme éteintes vingt ans plus tôt qui ressurgissaient, et un enfant sur trois qui ne mangeait pas tous les jours à sa faim. Des pays avaient reçu une aide internationale pour moins que ça.
Mais que se passerait-il s'il acceptait ? Que se passerait-il si la population voyait les grands vaisseaux-hôpitaux descendre du ciel, comme dans tant d'autres pays lors du « Contact » ? Si les aliens que le gouvernement s'ingéniait à présenter comme de dangereux envahisseurs vicieux devenaient du jour au lendemain la main qui nourrit le peuple ? La réponse était simple. Lesdits aliens n'auraient pas besoin de leur déclarer la guerre pour les conquérir. Ce serait le peuple américain lui-même qui les mettrait sur le trône de leur nation, vendant sa liberté contre quelques pilules et un peu de pain.
Ils avaient déjà perdu plusieurs États ainsi. Parce que des sénateurs stupides avaient été aveuglés par la promesse de technologies avancées et de soins gratuits pour tous. Mais les États-Unis n'étaient pas devenus une grande nation en se soumettant à un empire tentaculaire, mais bien en rejetant le dernier à avoir voulu les dominer.
« Je suis navré, Impératrice, mais les États-Unis d'Amérique ne peuvent tolérer une telle ingérence dans leur politique intérieure. » répéta-t-il.
La souveraine inclina la tête, un sourire triste aux lèvres.
« Soit. J'ai beaucoup de respect pour votre peuple, M. le Président. Sans la fougue américaine, Atlantis serait toujours au fond des eaux, et les Ouman'shii n'existeraient pas. J'aurai essayé les voies... légales. Mais avant la guerre, il me reste une solution. » soupira-t-elle, prenant noblement la direction de la sortie.
« Quelle solution ? » paniqua-t-il.
Elle l'ignora.
« Attendez. Quelle solution ? » insista-t-il, le dos de sa chemise collé contre sa peau par une sueur glaciale.
La porte s'ouvrit comme par enchantement devant l'impératrice, deux des gardes de la souveraine en lieu et place des agents originellement postés là.
Sur le pas du bureau ovale, la reine alien s'arrêta, se retournant à moitié.
« Priez pour que votre peuple soit moins couard que vous, David James Johnson. »
Le ton était doux. Pas une menace. Pire qu'une menace. Infiniment pire. Une promesse.
Le cœur du président rata un battement, et son esprit devint blanc.
« Tirez ! Tirez ! Ils ne doivent pas sortir d'ici ! » hurla-t-il dans un instant de pure panique.
Il y eut un quart de seconde supplémentaire durant lequel l'impératrice, une expression de curiosité sur les traits, le détailla, puis le fracas des tirs lui déchira les tympans alors qu'un grand éclat blanc l'éblouissait, le forçant à se protéger les yeux du bras. Lorsqu'il le baissa, le couloir à la décoration ravagée était vide, seuls les corps déchiquetés par des tirs alliés de trois vigiles l'occupant.
Le silence sembla s'étirer, presque aussi assourdissant que les coups de feu.
Il gémit puis, impuissant, se retourna alors que les cinq écrans disposés tout autour de la pièce s'allumaient, affichant obstinément, comme en ce jour maudit, le visage serein et bienveillant de l'impératrice immortelle qui s'était trouvée un instant plus tôt dans son bureau.
Un de ses gardes tentait de l'emmener vers le bunker, mais d'un geste sec, il se dégagea pour se laisser lourdement tomber dans le canapé le plus proche. Ce n'était pas un bunker qui le protégerait de l'ire populaire. Ni lui, ni le reste du gouvernement.
Quelque chose roula dans sa poitrine, en jaillissant par saccades. Un rire. Un rire fou. Dément. Dès le début, les dés étaient pipés. Ils n'avaient jamais eu le choix. S'étouffant à moitié avec sa propre salive, il rit encore plus. Un jour, ils avaient eu le choix. Un jour tellement lointain qu'il n'était pas encore né, et pourtant, il connaissait ce jour exact. Le jour où un sinistre abruti assis derrière le bureau d'acajou de cette même pièce avait pensé que c'était une bonne idée de créer une agence secrète pour explorer l'univers à travers la Porte des étoiles. Un jour, ils avaient eu le choix, et parce qu'ils étaient Américains, descendants de colons et de pionniers, ils avaient décidé d'ouvrir cette porte enterrée par une civilisation depuis longtemps disparue, et de la traverser. Ce jour-là, le destin de sa nation avait été scellé. A partir de là, tout n'avait été qu'un long enchaînement les ayant conduit à cet instant précis.
Le téléphone rouge, sur le bureau d'acajou se mit à sonner. Un téléphone rouge comme celui qui avait servit ce jour-là.
Lentement, riant toujours pas à-coups, il se leva pour aller décrocher sous le regard terrifié de ses gardes du corps.
« Ah ah ah... Ah... Allô ? »
« M. le Président, ici le général Strauss, commandant du SGC. Avec tout le respect que je vous dois : qu'est-ce que vous avez foutu ? »
