Cette rumeur se passe durant les chapitre 59 et 60 de l'arc 6 d'Au-delà des étoiles, durant le voyage retour de l'Utopia dans Pégase.

J'ai essayé d'être aussi juste que possible sur toutes les informations astronomiques présentes dans ce récit. Si j'ai fait une erreur, dites-le moi !


Timo Philipino était astronome. Jusqu'à très récemment, il était stationné dans le désert de l'Atacama, dans un des observatoires de l'Organisation européenne pour la recherche en astronomie dans l'hémisphère austral. Citoyen helvète d'origine colombienne, il avait consacré toute sa vie à regarder les étoiles. D'abord avec le petit télescope offert par son père à ses cinq ans, puis avec des modèles de plus en plus sophistiqués, jusqu'à ce qu'il se retrouve à les regarder depuis un des plus puissants engins terrestres. Et du jour au lendemain, littéralement, on lui avait proposé un poste top secret mais garanti mille fois meilleur que celui qu'il avait. A ce moment là, il n'arrivait pas à imaginer ce qui pouvait être mieux que de travailler dans un des observatoires les plus performants au monde, mais son ami et mentor, le pompeux mais passionné professeur Peter Parson, lui avait juré sur Antarès et toutes les comètes de l'univers qu'il ne pouvait pas ne pas signer pour cette mission. Jamais il n'avait juré à la fois sur Antarès et sur toutes les comètes de l'univers. Timo avait signé et avait failli haïr son ami. Pendant presque deux heures, il n'avait pas réussit à croire un seul mot de ce qu'on lui expliquait. Ce ne pouvait être qu'une vaste blague ! Les aliens ne pouvaient pas venir se promener sur Terre et passer des alliances secrètes avec les gouvernements ! Ils ne pouvaient pas avoir un vaisseau capable de voyager plus vite que la lumière et surtout, surtout, il ne pouvait pas partir dans ledit vaisseau avec lesdits aliens pour explorer l'univers !

Il s'était insurgé. Avait voulu partir, et s'était fait bloquer la route par deux militaires l'arme au poing et un géant aux cheveux aussi décolorés que ses yeux. Alors, il s'était retourné vers les deux scientifiques tout aussi pâles venus expliquer à lui et aux quelques autres scientifiques invités toutes ces aberrations et avait exigé, puisqu'ils avaient un vaisseau et des petits hommes verts, de les lui montrer !

Les deux hommes s'étaient regardés, puis avaient jeté un regard au géant devant la porte, lequel s'était mis à rire de l'étrange voix trop grave qu'ils semblaient partager, et Timo avait eu peur. Une peur primale, incompréhensible et irrépressible. Une peur inadmissible pour un homme de science et de rationalité comme lui. Puis, d'un geste tellement coordonné que c'en était effrayant, les trois hommes avaient retiré les pendentifs tarabiscotés qu'ils portaient, et Timo s'était évanoui. De peur. Même pas de peur. De pure terreur. Une terreur qui ne parlait pas au scientifique, ni même à l'homme en lui, mais au singe enfoui au fond de son cerveau, dirigé seulement par ses instincts de conservations.

Il s'était réveillé à l'infirmerie de la base. Il lui avait fallu du temps pour se rappeler où il était. Peter était à son chevet, et son premier réflexe avait été de lui demander s'il avait rêvé.

Peter avait simplement hoché négativement la tête. Puis il lui avait prit la main et lui avait dit que lui aussi avait eu peur la première fois. Qu'apparemment, c'était normal. Un truc instinctif. Primal. Génétique. Qu'ils étaient programmés pour avoir peur de ces aliens, parce qu'ils étaient des prédateurs naturels des humains. Des vampires stellaires. Mais de gentils vampires. C'était compliqué. Mais vrai. Il y avait bien un vaisseau, et tout le reste. Timo avait arrêté d'essayer de comprendre ou de rationaliser, du moins momentanément. Sûrement que la suite des événements l'aiderait à le faire.

Il avait vite déchanté. Après une indispensable nuit de sommeil à l'infirmerie, il avait découvert le vaisseau - ou plutôt les vaisseaux. Tous les deux invisibles, bien entendu, mais seulement de l'extérieur. D'abord, le petit qui les avait emmenés à bord du plus grand, qui lui les emmènerait dans la galaxie de Pégase. Une galaxie naine orbitant autour de celle d'Andromède, la plus proche voisine de la Voie lactée. Un saut de puce à l'échelle galactique, un rêve impossible pour tout savant comme lui. Environ trois millions d'années-lumière, et ils allaient parcourir cette distance en un peu plus de deux semaines !

C'était impossible. Purement impossible ! Il était impossible qu'un vaisseau de métal d'à peine deux-cent cinquante mètres de long puisse aller entre huit et neuf mille fois la vitesse de la lumière (1) !

En vérité, il était impossible que quoi que ce soit aille aussi vite !

Mais tout cela était trop élaboré pour être une blague, alors il avait continué à ne pas penser plus loin que sa respiration et ses pas.

A bord, il y avait de nombreux aliens, et des humains, dont certains se présentèrent comme venus d'autres mondes, comme étant originaires de cette autre galaxie. Il avait arrêté d'écouter. S'était contenté de regarder par un hublot, qui devait sans doute être un écran très haute résolution. Après tout, tout cela était une vaste blague, n'est-ce pas ?

Puis quelqu'un avait annoncé sur des haut-parleurs le décollage, et ils s'étaient élevés doucement jusqu'à une orbite haute. Démentiellement haute. Et ils avaient flotté là une bonne heure, que Timo avait passé vissé à son écran-hublot. C'était trop réaliste, trop juste. Chaque étoile à sa place. Chaque satellite d'observation aussi. Même les cratères sur la Lune. Et un homme était venu et lui avait tapoté l'épaule avec compassion avant de lui tendre une tasse de café qu'il avait acceptée machinalement.

« Dur dur ? » avait demandé l'homme avec un léger accent. Timo avait opiné.

« On vous a laissé le choix ? » avait-il poursuivi après une gorgée de café pensive.

Nouveau hochement de tête.

« Alors vous êtes chanceux ! »

« Comme tout le monde, non ? »

« Oh non ! Enfin, j'ai eu « le choix » entre la taule à vie ou ça... au fait, je m'appelle Boris Mulenko, et vous ? »

« Timo Philipino. »

Machinalement, il avait serré la main de l'homme.

« Vous faites quoi dans la vie ? »

« Je suis astronome. »

« Ah ! Donc vous étiez déjà au courant pour tout ce cirque ? »

« Non ! Jamais ! »

Mulenko sembla se dégonfler un peu.

« Mmmh. »

Son ton était dubitatif.

Que pouvait-il bien répondre ?

Timo s'était retourné vers le hublot. Et si tout ça n'était pas une blague ?

Mulenko resta en silence à côté de lui jusqu'à ce qu'il ait fini de boire son café, puis sans un mot, il partit. Timo demeura.

Une heure plus tard, la voix avait annoncé qu'ils se mettaient en route. Avait « rappelé » qu'ils allaient traverser le système solaire avant d'entre en hyperespace – quoi que cela signifie - et que ce trajet allait prendre une cinquantaine d'heures. Il avait fait les calculs. Vitesse de croisière : un douzième de la vitesse de la lumière. Vingt-cinq mille kilomètres par seconde (2).

En moins d'une heure, ils croisaient au large de Mars, le pilote prenant la peine de ralentir afin de leur permettre d'observer la planète rouge quelques instants avant qu'ils ne la dépassent comme si de rien n'était. Au bout de douze heures, les jambes de Timo avaient refusé de la porter davantage, et il avait dû quitter le hublot. Il en avait trouvé un autre dans un genre de salle de réunion vide et y avait tiré une chaise, et il avait continué à regarder, le cerveau toujours à moitié éteint.

A un moment quelqu'un, il ne savait plus qui, lui avait apporté une bouteille d'eau et un sandwich. Il avait un peu bu mais rien mangé et quelqu'un - la même personne peut-être ? - avait fini par emporter les restes. Et le processus s'était encore répété, alors qu'ils croisaient l'orbite d'Uranus. Et finalement, un peu plus de deux jours après leur départ de la Terre pour ce voyage à une vitesse terrifiante, le vaisseau s'était immobilisé à la périphérie du néant et la voix des haut-parleurs, toujours la même, avait annoncé qu'ils allaient entrer en hyperespace et recommandé de s'accrocher. Rien ne s'était passé pendant quelques minutes, puis soudain, le vaisseau tout entier s'était mis à vibrer, Timo avait senti ses organes se contracter étrangement, et soudain, par le hublot, ce n'était plus qu'une brume bleutée défilant au-delà de ses capacités de compréhension. La voix avait annoncé qu'ils étaient entrés en hyperespace et qu'ils ne le quitteraient que deux semaines plus tard, puis avait fait une blague à propos « d'Ouman'shii Airlines », et Timo avait fini par se dire que si c'était une vaste plaisanterie, elle ne tarderait pas à prendre fin. Trois jours plus tard, il avait dû se rendre à l'évidence : ce ne serait pas le cas. Il était dans un vaisseau extraterrestre filant dans un tunnel creusé dans la trame même de la réalité, en compagnie d'aliens immortels suceurs d'énergie. Il avait passé les cinq jours suivants à reprendre une vie entière de notes et d'observations pour rajuster toutes ses certitudes et ses systèmes de pensées à ces nouvelles données, et au matin du neuvième jour, il avait enfin ressenti ce que la plupart de ses collègues ressentaient depuis le premier jour. Un émerveillement irrépressible et une envie de tout savoir.

Et parce qu'en tant qu'astronome, il n'avait pas grand-chose à observer dans leur tunnel quantique, il avait trouvé le moyen d'accéder aux cartes spatiales utilisées par les pilotes du vaisseau (deux aliens, dont un adolescent, un gosse humain pas plus vieux, et une Terrienne - Suissesse de surcroît) et une fois quelques repères donnés par le jeune alien, il s'était mis à les étudier. Selon l'extraterrestre, incongrûment prénommé Tom, si les cartes de Pégase étaient celles de sa race et étaient donc à jour, celles de la Voie lactée étaient un mélange incongru de cartes vieilles de plus de dix mille ans et dressées par une race plus avancée encore et à présent disparue, et des cartes faites par une branche secrète de l'armée américaine et volées sur l'avant-poste occupé par ces derniers dans Pégase.

A partir de là, Timo n'avait plus douté une seule seconde du moindre délire complotiste de Mulenko. Les tours jumelles, les chem-trails et tout le reste devenaient plausibles quand un alien vous expliquait le plus naturellement du monde que sa mère adoptive était une militaire américaine ayant déserté d'un avant-poste secret de l'U.S. Air Force – qui, en passant, possédait une petite flotte spatiale aussi avancée que le vaisseau sur lequel il se trouvait.

Au dix-septième jour du voyage, Timo était prêt. Devant « son » hublot, celui de la salle de réunion, avec des réserves d'eau et de nourriture, un bidon pour uriner, sa caméra, son télescope et tout le reste de son matériel, et assez de batteries pour alimenter le tout pendant des semaines.

Pas question qu'il loupe une seule seconde des premières observations jamais faites de la galaxie de Pégase d'œil humain... ou du moins terrien... ou en tout cas européen... suisse ? Oui, il serait le premier Helvète à étudier cette galaxie si lointaine et pourtant si proche, et que les étoiles lui en soient témoins, il en révolutionnerait l'astronomie à tout jamais !


(1) En arrondissant la distance entre nos deux galaxies à 3 millions de kilomètres (distance estimée : Entre 2,5 millions et 3,3 millions) et le temps de voyage à 15 jours tout rond, on arrive à la vitesse démente de 8'333 années-lumière de l'heure.

Ce qui est une vitesse tout à fait impossible, nous sommes d'accord. Du moins dans notre réalité. Après, si on parle de trou de ver, de courber l'espace-temps, etc., etc., c'est une autre histoire, puisque dans ce cas là, le vaisseau ne parcourt pas toute la distance, puisqu'il « tord » l'espace. Donc bon, vu que dans Stargate, les vaisseaux font des trous de ver quand ils entrent en hyperespace, on va dire que ça passe.

(2) 4,5 milliards de km de la Terre à l'orbite de Pluton (point « bord du système solaire »).

Divisé par 50 heures, ça nous fait un gentil 90'000'000 km/h. La lumière (300'000 km/s) quant à elle parcourt 1'080'000'000 km/h. L'Utopia en subspatial va donc - en vitesse de croisière - à 1/12e de la vitesse de la lumière. A cette vitesse, il ne faut que 50 minutes 36 secondes pour atteindre Mars.