Lumos
Note : Un immense merci à tous ceux qui me lisent, à tous ceux qui me laissent des reviews, et à tous ceux qui me donnent des idées pour la suite.
Chapitre 15 : Le Récit d'Hermione.
Le lendemain, il était près de dix-sept heures lorsque Shirin apparut devant la porte du Terrier et frappa doucement, tirant Molly de la préparation du repas du soir. Reconnaissant sa visiteuse, elle lui ouvrit avec un grand sourire et l'invita à entrer boire un thé dont elle avait le secret.
- Je suis vraiment désolée pour mon intrusion d'hier dans votre cuisine Mrs Weasley. disait Shirin entre deux gorgées brûlantes. Ce ne sont pas des manières convenables pour entrer chez les gens, mais j'étais tellement en colère... Par rapport à Harry vous comprenez...
- Ce n'est rien ma chérie, et je comprends tout à fait que tu aies pu l'être quand on voit tout ce qui est arrivé à ce pauvre garçon.
Émue par la tendresse qui se dégageait de Mrs Weasley, la jeune femme ne sut que répondre, croyant entendre sa mère l'appeler "ma chérie" ou "ma puce" selon ses humeurs. Une larme perla au coin de ses yeux, et Shirin expliqua :
- Vous me rappelez ma mère, elle avait la même hospitalité et était tout aussi chaleureuse que vous.
- Oh... Je suis vraiment désolée, je ne voulais pas te rappeler de tristes souvenirs.
- Non au contraire, c'était de bons moments, de très bons même.
Puis voulant changer de sujet, Shirin demanda :
- Sauriez-vous quand Hermione et votre fille Ginny seront rentrées ?
- Elles devraient être là bientôt. Ginny a quitté l'entraînement plus tôt cet après-midi en prévision de ton arrivée. Quand à Hermione, elle devrait déjà être là.
Juste à cet instant, la porte s'ouvrit sur une Hermione portant dans les bras une petite pile de journaux.
- Bonjour ! lança-t-elle en voyant Shirin. J'ai fait un tour dans les archives et j'ai ramené plusieurs journaux pour les donner à Harry, qu'il sache ce qui se passe ici.
- Une excellente idée, je suis vraiment contente que tu aies pensé à ça. dit Shirin joyeusement.
- Oh ! Venant d'Hermione, ça ne m'étonne pas. Renchérit Ginny en arrivant dans la pièce à son tour, le souffle court.
- Désolée d'être en retard, d'habitude je suis ponctuelle. ajouta-t-elle.
- Je viens d'arriver aussi, répondit Shirin. Nous pouvons y aller donc ?
Les deux filles approuvèrent et suivirent Shirin hors de la maison.
- Encore merci pour le thé Mrs Weasley, il était vraiment délicieux.
- De rien ma chérie, repasse quand tu en as envie. Répondit Mrs Weasley en l'embrassant.
Tout en indiquant où se trouvait Harry, Shirin se demandait comment on pouvait sembler être aussi proche d'une personne après l'avoir côtoyé pendant seulement quelques dizaines de minutes. Harry lui avait parlé de cette famille débordant d'amour et de générosité mais jusqu'à aujourd'hui, Shirin n'avait jamais eu l'occasion de rencontrer de telles personnes à part sa mère bien sûr. A présent qu'elle guidait les deux jeunes filles dans la forêt, elle se surprit à aimer cet endroit inconnu loin de chez elle, se rendant compte qu'elle n'avait pas pensé ni à sa maison, ni aux occupants de celle-ci pendant près d'une heure. " Cette guerre va vraiment tout changer " se dit-elle en approchant de la tente.
A la vue de celle-ci, Hermione ne put s'empêcher de pousser un cri d'excitation.
- Ça alors ! Si seulement nous avions eu ça il y a trois ans ! J'imagine qu'elle peut être aménagée de différentes façons ?
- Bien sûr. En fait il suffit de penser à ce dont on a besoin pour qu'il apparaisse, dans la limite du raisonnable.
- Ça alors ! dit Hermione, estomaquée par tant de magie.
- Ça alors ! dit-elle pour la troisième fois lorsqu'elle aperçut à l'intérieur le salon chaleureux, s'imaginant déjà un verre de jus de citrouille glacé à la main.
- Ça alors ! dit-elle encore lorsqu'une petite table apparut de nulle part contenant le verre imaginé une seconde plus tôt. C'est impossible, on ne peut pas faire apparaître de la nourriture par magie, comme l'a très bien démontré...
- 'Mione... la coupa Ginny, exaspérée. Tu ne t'arrêteras donc jamais !
Puis, voyant un jeune homme brun aux yeux verts allongé sur un canapé proche les regardant toutes les deux avec un sourire amusé aux lèvres, elle s'approcha :
- Harry ! Je suis vraiment contente de te voir !
- M... Moi aussi Gin' ! lui répondit-il en lui faisant la bise. Argh... Hermione tu m'étouffes !
- Heureusement que tu n'y es pour rien et que tu dormais pendant ces trois ans. Parce que sinon... La jeune brune ne put continuer sa phrase, versant des larmes de joie et continuant d'étreindre Harry avec force. Puis, tout aussi soudainement que lorsqu'elle s'était jetée sur lui, elle se recula d'un coup se rappelant de la blessure du survivant.
- Comment va ton bras Harry ? Shirin nous a tout raconté tu sais. C'est vraiment incroyable ce qui t'es arrivé. Je ne comprends vraiment pas Ron par contre, il a vraiment dépassé les bornes cette fois ! Utiliser de la magie noire contre son ami, on aura vraiment tout vu ! Un Sectumsempra en plus, il est très difficile à soigner, je l'avais lu dans mon manuel de Sorts de Soin Avancés pour Médicomages Experts. J'espère que tout ira bien. Je t'ai apporté quelques journaux pour te raconter ce qui s'est passé pendant trois ans ici.
- Hermione, stop! la coupa Harry. Moi aussi je suis content de te voir, mais si tu poses autant de questions et que tu ne me laisses pas y répondre, on y sera encore dans dix jours !
Rougissant légèrement, Hermione s'assit par terre à côté du canapé. Shirin et Ginny ne parvenaient que difficilement à masquer leurs rires, mais lorsque la fille Altis voulut échanger un clin d'œil complice avec elle, Ginny se détourna rapidement perdant aussitôt son sourire. Ignorant ce qui s'était passé entre les deux jeunes femmes, Harry reprit :
- Vous allez encore croire que je cherche les ennuis, mais il semble vraiment que ce soit eux qui me poursuivent. On a, d'après le père de Shirin, un gros problème.
- Comment ça un gros problème ? demanda Hermione déjà concentrée sur Harry et faisant mentalement une ébauche de solution à quelque chose dont elle ne savait rien.
- Nous risquons d'entrer en guerre très bientôt, mais l'ennemi à combattre va être beaucoup plus difficile à vaincre que Voldemort.
- C'est impossible ! s'exclama Ginny, les yeux agrandis par le choc. Pas déjà ! Après moins de trois ans de paix ? Le père de Shirin a dû se tromper.
- Malheureusement non. Il a retrouvé un texte écrit par quelqu'un en relation directe avec les trois frères.
- Les trois quoi ? demanda Ginny, comprenant de moins en moins de quoi il était question. Hermione quant à elle devint de plus en plus pâle, finissant par s'accrocher au bord du canapé pour ne pas s'évanouir.
- Impossible... C'est juste impossible... murmurait-elle sans fin. Pas ça... Ça ne peut pas être ça !
- Il y a quelque chose que tu ne sais pas Gin' concernant la défaite de Voldemort.
- Vais-je enfin savoir ce que vous avez fait tous les trois pendant l'année des ténèbres, après avoir supplié Hermione et Ron pendant trois ans ? demanda-t-elle le regard plein d'espoir.
- Je pense que tu en as le droit. Es-tu vraiment prête toutefois à t'engager dans cette guerre dont on ne sait rien ?
Harry s'attendait déjà à une très longue argumentation de sa part, expliquant ses raisons, ses peurs, et pourquoi elle venait de choisir cette voie. Aussi, fut-il surpris lorsque Ginny se contenta de hocher simplement la tête en fixant ses yeux émeraude, le regard déterminé, sa surprise atteignant son paroxysme lorsque Shirin dit doucement :
- Je pense qu'elle l'est Harry, même si elle a peur comme nous tous de ce que nous allons trouver.
Ginny sursauta regardant Shirin d'un œil perplexe :
- Tu... fais de la Légilimencie ?
- Je connais la magie. se contenta de répondre Shirin laconiquement.
- Bien, dit Harry. Ginny tu ne connais pas toute l'histoire. Je vais donc te la raconter. Cependant avant, j'aimerais vous faire part d'une idée qui, si vous l'acceptez, nous permettra d'avoir l'esprit plus tranquille.
- A quoi penses-tu ? demanda Hermione, devançant de peu Shirin.
- A un serment sur notre magie que nous ne parlerons à personne de tout ce qui concerne cette guerre, de près comme de loin.
- Un serment sur notre magie ? Qu'entends-tu par là Harry ? demanda Shirin.
- Sur notre capacité à faire de la magie. J'ignore si un tel serment existe, mais j'aimerais que nous puissions protéger nos plans, nos pensées et nos découvertes concernant cette guerre. Une sorte de sortilège de Fidelitas sur nous-même en quelque sorte.
- J'ignore si c'est possible Harry, reprit Hermione après un long moment de réflexion durant lequel elle avait dû passer au crible une bonne cinquantaine de titres d'ouvrages magiques dans sa tête.
- Si c'est ce que je crois, dit Shirin à voix basse, seule mon père pourrait nous aider. Mais il s'agit de quelque chose de très, très difficile.
- Il y a bien le serment inviolable en dernier recours, mais je préférerais ne pas engager nos vies là-dedans, pour une fois qu'aucune prophétie ne vient nous compliquer la tâche. Puis, regardant Ginny, Harry ajouta :
- Je sais que tu te poses pas mal de questions, et je te promets que tu auras toutes les réponses dès que nous aurons trouvé comment faire pour que tout le monde soit en sécurité ; et avec Hermione et Shirin sur le coup, je ne doute pas que la solution arrivera très vite. En attendant, est-ce que vous pourriez me faire un résumé de ces trois ans les filles ?
Hermione s'installa un peu plus confortablement, rassemblant ses souvenirs de ces trois dernières années avant de se lancer dans son récit :
- Je pense que le mieux est de commencer mon récit à partir du 2 mai 1998, jour de la Grande Victoire ou bataille de Poudlard. Après que tu sois parti dans la salle sur demande, Ron et moi sommes retournés près des autres. Dans les jours qui suivirent, Ginny et Ron voulaient qu'on parte à ta recherche, n'ayant eu aucune nouvelle de toi. Au bout de dix jours on a commencé à s'inquiéter et à envisager des recherches, jusqu'à ce qu'un phénix nous apporte de tes nouvelles.
Comme s'il avait deviné qu'on parlait de lui, Eden apparut et se posa sur l'épaule de Harry qui se mit aussitôt à le caresser doucement.
- Puis pendant plusieurs mois on n'a eu aucune nouvelle, malgré les lettres qu'on t'envoyait. On pouvait appeler Eden, mais quand il partait avec nos lettres, il ne revenait pas. Ça a été dur à vivre pour tout le monde. Et puis la Gazette a commencé à publier des articles dans lesquels elle se demandait où tu étais passé, et que faisait le survivant pour reconstruire la communauté magique.
- Comme si j'en avais pas fait assez... murmura le jeune homme amer.
- Kingsley a tout tenté pour rassurer la population, multipliant les conférences de presse et préférant jouer la carte de la transparence plutôt que de museler les journalistes. Beaucoup de Mangemorts en fuite ont été capturés, ce qui a calmé la Communauté mais que pour un temps. Il y a eu des mécontents mais il y a eu aussi des gens qui ont protesté en disant que c'était à chacun de reconstruire la Communauté, selon son temps et ses moyens. De là, les deux groupes ont commencé à s'opposer, par article interposé d'abord, puis verbalement : On a vu des petits affrontements sur le Chemin de Traverse, très vite étouffés dans l'œuf par les Aurors mais la gêne s'installait.
- Et qu'ont fait ceux qui pensaient que tout était ma faute ?
- Eh bien... Là où c'est devenu inquiétant, c'est lorsque des employés du ministère ont démissionné pour montrer leurs désaccords avec la politique actuelle de Kingsley. Il y a deux ans, ils ont commencé à ne vivre qu'entre eux, fondant une sorte de communauté propre. Luna, qui travaille officiellement pour le Chicaneur maintenant, est allée y faire un tour et a ramené un article édifiant. Elle nous a raconté que ces personnes préparaient quelque chose, un plan secret pour redonner à notre communauté sa valeur d'autrefois.
Pendant qu'Hermione parlait, un malaise croissant s'installait dans la tête de Harry. Avait-il passé dix-sept ans de sa vie pour que tout soit simplement détruit au bout de trois ans d'absence ? Devait-il endosser la responsabilité de la création d'un tel groupe à cause de son absence ? Avant qu'il n'ait pu aller plus loin dans son raisonnement, Hermione reprit la parole :
- Le plus dangereux n'a jamais été Voldemort lui-même Harry.
- Quoi ! s'exclama-t-il, choqué.
- Tu as très bien entendu. Voldemort était dangereux certes, mais le pire était ses idées. La peur de l'inconnu face à la diversité, voilà ce qui effrayait Voldemort plus que tout et ce qui l'a conduit à vouloir dominer le monde, juste pour pouvoir mieux le contrôler. Lorsque Jedusor est mort, les sorciers se sont rabattus sur la seule personne aussi puissante et avec autant de charisme, à savoir toi. Quand tu as disparu, certains se sont rabattus sur l'autorité ministérielle, tandis que d'autres ont préféré chercher une autre voie.
- Et cette autre voie c'est ? demanda Harry sans vraiment vouloir connaître la réponse.
- Le groupe dont je t'ai parlé. Il semble pour l'instant qu'il n'y ait pas de chef déclaré : Avec une poignée de personnes on surveille ça de très près, mais le fait que quelques ex-mangemorts ont rejoint ce groupe récemment nous inquiète un peu je dois dire.
- Et le Ministère ne peut rien faire ?
- On n'arrête pas des gens pour divergence d'opinion Harry. Ce groupe ne fait strictement rien de répréhensible, même lorsqu'ils ne sont qu'entre eux. Ils ne torturent pas, ne tuent pas, n'utilisent pas de sorts interdits, ne font pas de trafic d'aucune sorte, bref ils sont irréprochables. Je pense qu'ils ont tiré certaines leçons des échecs de Tom Jedusor, et qu'ils préfèrent arriver à leurs fins sans avoir recours à la violence, ce qui sera à la fois beaucoup plus long, et encore plus dangereux à mon avis.
- Cela ne sera pas forcément plus long. intervint Shirin, se rappelant d'un fait que son père avait glissé dans son dernier message. Les choses bougent aussi sur notre continent : Il y a des émeutes à Cithil, la capitale est. Mon père ne m'en a pas dit davantage mais je pense qu'il faudrait mettre les deux visions en commun avant d'en tirer des conclusions.
- Pourquoi dis-tu que ce seras moins long ? demanda Harry. Je ne vois pas le rapport entre ces deux événements.
- Je ne sais pas exactement ce qu'il en est, mais il semble que ces émeutes soient dirigées par quelqu'un. Et si cette personne décidait de venir explorer votre pays, il se pourrait qu'elle mette à son service votre groupe de dissidents.
Shirin fit une pause puis ajouta :
- Et on a un autre problème. Notre façon d'apprendre la magie diffère de la vôtre. Nous n'utilisons pas de baguette, ce qui veut dire que nous avons davantage de possibilités pour lancer des sorts.
- Sans baguette ? Tu ne cachais donc pas ta baguette quelque part lorsque tu as figé Ron ou quand tu lui as lancé un Expelliarmus ? demanda Ginny interloquée.
- Un expelliarquoiça ? interrogea Shirin. Je ne connais pas ce sort, mais pour répondre à ta question Ginny, non je ne possède aucune baguette magique.
- Incroyable... balbutia Hermione impressionnée. Pour elle c'est comme si Noël était arrivé avec quelques mois d'avance, tant les perspectives de cette découverte et les recherches qui allaient suivre l'exaltait.
- Et tu n'as encore rien vu Hermione. lança Harry dans un sourire devinant les pensées de sa meilleure amie. Puis, regardant son infirmière personnelle, il dit :
- Shirin, penses-tu que ton père pourrait nous rejoindre ici pour confronter nos hypothèses ?
- Je ne sais pas Harry, mais ça coûte rien d'aller le lui demander. Je t'emprunte Eden un moment.
Sous le regard noir de Ginny, elle déposa une bise sur la joue du jeune homme qui lui chuchota quelque chose à l'oreille en retour ce qui la fit rire. Puis dans un éclair blanc, elle disparut, laissant les trois adultes seuls et silencieux dans la tente. Chacun de son côté essayait de démêler toutes les informations reçues, afin d'y voir plus clair. Harry s'inquiétait vraiment du devenir de la communauté magique suite aux déclarations d'Hermione, et il demanda soudain :
- Peut-être que je devrais faire une ou deux apparitions publiques, histoire de gagner du temps.
- C'est en effet une idée intéressante, lâcha doucement Hermione pesant le pour et le contre.
- Oui, renchérit Ginny. Je pense que ça ferait du bien au Ministère, et certains membres du groupe des discidants pourraient se rendre compte de leurs erreurs en te voyant œuvrer pour la reconstruction.
- Il faudrait organiser cela avec beaucoup de minutie, ajouta Hermione au bout d'un moment. Je pense que Kingsley pourrait t'introduire durant une conférence de presse. Mais il faut que tu saches que tu ne seras pas épargné et que ça sera un exercice difficile pour toi Harry. Pour toi et surtout pour ton image en fait.
- Tu sais mon image... Commença le survivant avant de se faire couper par Hermione.
- ... est très importante en politique Harry. L'important est que les gens croient que tu ne les abandonnes pas et si tu n'es pas suffisamment convaincant, tu pourrais produire l'effet inverse par rapport à celui désiré. Si tu veux je peux aller voir au ministère ce qu'il en est, et commencer à en discuter avec quelques personnes de confiance, voire même avec le Ministre lui-même s'il est disponible.
- C'est en effet une bonne idée. Tu me tiens au courant de vive voix de ce que tu auras découvert, je ne voudrais pas que ce que tu sais tombe entre de mauvaises mains. répondit Harry lui montrant sa baguette d'un mouvement imperceptible de la main.
- Bien sûr, attendez-moi ici tous les deux, je serai revenue dans une heure.
Et sans un regard, elle sortit de la tente d'un pas rapide puis dans un " Crac ! " sonore, elle transplana.
Pendant près de dix minutes, rien ne se passa sous la tente, Harry et Ginny étant plongés dans leurs propres pensées. Plus les minutes passaient, plus Harry cherchait à lancer un sujet de conversation quelconque, se traitant de tous les noms pour son manque cruel d'inspiration dès qu'il se trouvait en présence d'une jolie fille. Il aurait voulu s'excuser d'avoir été absent si longtemps, ou même demander ce que faisait Ginny désormais comme travail, mais il n'y parvenait pas.
Ginny quant à elle ne cherchait pas vraiment la conversation: Plongée dans l'examen de ses émotions et sentiments, elle tentait désespérément de se tenir à la résolution qu'elle avait prise, il y a un an de cela. Mais, le fait de savoir que cet éloignement de trois ans était forcé bouleversait tout. Elle avait tout d'abord cru que Harry, lassé de la Communauté Magique, avait voulu prendre le large abandonnant tout ce qui avait constitué sa vie pendant dix-sept ans pour repartir sur une base saine. Et qui était-elle pour lui en vouloir d'avoir pris une telle décision ? Qu'aurait-elle fait à sa place après avoir passé dix-sept ans à vivre à cause d'une prophétie, à ne penser qu'à la destruction d'un mage noir ? La même chose que lui sans doute, elle aurait craqué et se serait enfuie loin de ce monde qui ne lui apportait que désespoir et tristesse.
Comment blâmer celui qu'on aime, si dans la même situation on réagit comme lui ? Ne pouvant être en colère contre Harry, la jeune Weasley avait simplement enterré l'amour qu'elle lui portait au fond d'elle, lui souhaitant d'être simplement heureux. Si certains ne comprenaient pas comment elle pouvait être aussi altruiste dans un contexte qui la touchait autant, c'est tout simplement parce qu'il n'en était pas ainsi : Ginny s'était simplement résignée. Résignée à laisser partir celui qu'elle aime pour son bien. Résignée à cacher sa peine et la douleur de la séparation. Résignée à ne rien tenter, encore une fois, pour l'empêcher de partir. Le plus troublant était que Ginny n'avait pas pris part aux recherches de Harry : Ron et Hermione la pensaient trop fragile, mais elle était simplement convaincue qu'elle ne le ramènerait pas, l'eut-elle retrouvé.
Voilà quel était l'état d'esprit de la jeune rouquine, avant que le jeune sorcier n'entre à nouveau dans sa vie sans prévenir, faisant voler en éclat toutes ses résolutions, toutes les barrières qu'elle avait mis tant de temps à ériger. Lorsqu'elle avait plongé son regard dans les yeux verts émeraude de son seul amour, le temps s'était comme arrêté pour elle, lui laissant tout le loisir de contempler une vérité à la fois magnifique et terrifiante : Ce serait Harry ou personne. Complètement abasourdie par cette révélation, elle n'avait même pas entendu le sort de Ron, ni même remarqué qu'on la tirait en arrière et qu'on claquait la porte du Terrier. Lorsqu'elle avait reprit contact avec la réalité, Ron lui hurlait dessus depuis un bon quart d'heure, et il lui avait fallut bien dix minutes supplémentaires pour comprendre pourquoi.
Ses pensées s'arrêtèrent là lorsqu'un grand " crac ! " se fit entendre, suivi par l'entrée d'une Hermione essoufflée :
- Me revoilà, je suis désolée j'ai été retenue et j'ai mis le double du temps que j'escomptais. Vous ne vous êtes pas ennuyés sans moi j'imagine.
- Hein quoi ? demanda Harry émergeant de ses propres songes.
- Je disais que... Non rien. répondit Hermione. J'ai réussi à croiser le Ministre en coup de vent, et j'ai quelques petites choses à vous raconter.
- Nous devrions attendre le retour de Shirin, cela éviterait de raconter les mêmes histoires plusieurs fois.
Comme si elle savait qu'on parlait d'elle, Shirin arriva dans un éclair blanc, Eden allant directement se poser sur l'épaule de Harry.
- Bien, dit-elle. Mon père devrait arriver...
On entendit soudain un grondement et une toute petite bille de lumière orange apparut. La bille se mit à enfler, à s'étirer de plus en plus jusqu'à atteindre trois fois la taille d'un souffle. Puis dans un flash, elle disparut pour laisser place à Elyor Altis, debout au milieu de la tente.
- ... Maintenant. Acheva la jeune Altis en souriant. Puis, se tournant vers Hermione et Ginny elle ajouta :
- Hermione, Ginny, voici Maître Elyor Altis, l'un des Sages de Galaïdes. Maître, en ces lieux se présentent à vous Mademoiselle Hermione Granger et Mademoiselle Ginny Weasley.
- Et j'en remercie le Destin. répondit Elyor Altis d'une voix chaude et grave en s'inclinant profondément. Une rencontre telle que celle-ci est assurément un bon présage.
Devant tant de formalisme, Hermione se releva en hâte, imitée presque aussitôt par Ginny. Les deux jeunes filles, ne sachant que faire, s'inclinèrent puis Hermione parla :
- C'est un honneur Monsieur. Pardonnez notre légère hésitation, mais nous ne sommes pas vraiment habituées à tant de formalisme.
- Et c'est heureux ! Répondit Shirin avant d'éclater de rire. On se croirait encore au quatrième âge.
- Merci d'être venu si vite Monsieur Altis. dit Harry. Nous avons plusieurs petits soucis ici, et nous aurions besoin de votre éclairage sur quelques questions.
- Ma fille me l'a expliqué en effet. Pour commencer, sachez qu'à Cithil les émeutes continuent de plus belle. Un homme tente officiellement d'organiser celles-ci pour faire le plus de dégâts possible. Il semble avoir un charisme impressionnant et faire un recrutement basé sur non pas sur la violence ou la crainte, mais sur l'embrigadement de l'esprit. Malheureusement pour nous, cet homme sait la Magie, et il sera bientôt libre de venir en ces lieux pour accroître le cercle de ses partisans. Le seul point positif est que pour l'instant, il ne connaît pas l'existence de ce pays et de cette communauté magique, comme presque toute la population du Septième Continent.
- Voilà qui nous laissera un petit peu de temps, dit Harry doucement.
- En effet, répondit Elyor. Toutefois, ce temps ne sera pas du luxe pour vous employer à réaliser ce qui doit l'être. J'ai également cherché un moyen pour vous tous de consigner tout ce qui concerne cette guerre dans un artefact magique qui vous empêchera d'en parler à quiconque n'ayant pas remplis les conditions requises.
- Vraiment ? Voilà qui nous aidera beaucoup ! s'exclama Harry avec fougue. Quelles sont ses conditions, et quel est cet artefact ?
- Il s'agit d'un livre. Un livre contenant savoirs et secrets. Un livre illisible et inutilisable pour quiconque n'ayant pas des intentions pures. Ce qui est d'autant plus étrange, c'est que personne n'a pu percer tous les secrets de ce livre. Sa magie, son fonctionnement dépassent de loin toutes les connaissances que nous possédons. Je n'ai pas pris l'objet avec moi, car il ne peut sortir de la Salle des Souvenirs dans le bâtiment principal de Galaïdes, mais vous pourrez aller le consulter et l'utiliser si telles sont vos intentions.
- Je pense que ce serait sage, renchérit Harry. Nous ne voulons pas que quelqu'un puisse nous arracher des informations de force compte tenu des enjeux.
- Bien sûr. En ce cas, il serait souhaitable de procéder dès demain si vous êtes tous disponibles. Utilisez Eden pour rentrer, demain dans la journée, nous procéderons ensuite. Je vais dès à présent préparer les rituels nécessaires. Je vous conseille vivement de vous reposer, car la magie mise en œuvre est puissante et dangereuse et qu'il faudra agir avec prudence.
Et dans un flash orange, Elyor Altis disparut.
