Lumos

Chapitre 17 : Le Véritable Entraînement Commence.

Dans une pièce aux murs de pierre nue, un homme élancé lisait une note laissée à son intention par l'un de ses suivants. Son visage, bien que non couvert, restait complètement invisible, noir, comme si on regardait au fond d'un puis très profond. Ses mains, blanches longues et fines, jouaient distraitement avec le morceau de parchemin qui soudainement prit feu, tandis qu'un sourire invisible retroussa les lèvres du mage. Se levant souplement, il sortit de la pièce et rejoignit un grand balcon bordant une cour intérieure en contrebas. S'accoudant à la balustrade d'argent, il plongea son regard sur les visages levés vers lui : une foule silencieuse attendait, l'air avide, qu'il prenne la parole. Les expressions de chacun étaient extatiques, n'osant croire au bonheur d'apercevoir ce mage tant important et vénéré à leur yeux.

Il y eut alors un long, très long silence. Les bruits de l'extérieur ne parvenant pas jusqu'à l'assemblée, aucun des participants n'entendait quoi que ce soit, à l'exception peut-être de quelques respirations saccadées provenant des plus sensibles. Au bout d'un moment qui parut infiniment long, la foule se dispersa comme un seul homme, comme si une détonation avait fait fuir une nuée d'oiseaux occupés à dévorer une proie. Sans se départir de ce sourire, le mage se retira dans la pièce nue pour vaquer à ses affaires. A peine assis, un grondement sourd et lointain lui fit cligner de l'œil. Aussitôt, une fenêtre sembla se découper dans le mur, lui permettant de voir ce qui se passait...

Toc. Toc. Toc.

Les coups à la chambre de Harry étaient secs, insistants. Emergeant de ses songes, le survivant s'étira, se leva, et ouvrit au visiteur.

- M. Altis ? Shirin ?

- Désolée de te déranger à une heure un peu matinale, répondit Shirin. Mais je... on a... enfin...

- Ce que veut dire ma fille, est que tout semble s'accéléré ici, ou du moins, à Cithil. Nous avons reçu des rapports selon lesquelles une série d'attentats sans précédent a frappé la capitale est du continent.

- Comment ça ? Demanda Harry en se frottant les yeux pour avoir les idées plus claires.

- Une cinquantaine de mages ont attaqué des bâtiments importants de la ville, ravageant tout sur leur passage.

- Cela s'est déjà produit non ? Interrogea le jeune homme.

- Oui mais cette fois, il y a eu... des morts. Acheva M. Altis à mi-voix.

Harry encaissa la nouvelle, n'ayant que trop peu de difficultés à retomber dans l'angoisse de la guerre précédente et de son lot de morts apporté quotidiennement par la Gazette du Sorcier.

- Combien ? demanda-t-il d'une voix rauque.

- Les chiffres ne sont pas encore officiels, on parle de plus de 100 personnes décédées en l'espace de dix minutes.

- Et personne n'a essayé de les arrêter ?

- Les gardes de la cité ont essayé, mais ils se sont retrouvés, aux dires qui nous sont parvenus, face à une magie différente de la leur.

- Comment cela ? S'enquit le jeune homme de plus en plus inquiet.

- Ces gens connaissent la Magie. Cela veut dire qu'ils savent être entendus par elle et savent faire énormément de choses, rien que par l'esprit.

- Mais... Vous connaissez la magie également Maître Altis, vous me l'avez montré au début de mon entraînement.

- Certes, répondit Elyor dans un sourire, mais eux l'utilisent à de mauvaises fins. Il faut que vous sachiez que dans le septième continent, se servir de la Magie à de mauvaises fins est tellement contre nature, contre nos cultures, que cela paraît impensable de ne serait-ce qu'y songer.

Harry resta sans voix. La guerre contre Voldemort avait déjà fait beaucoup de dégâts, mais ce n'était rien par rapport à ce qui se profilait. Une bataille et déjà près de cent morts, qu'adviendrait-il lorsque la guerre serait à son paroxysme ? Des morts, toujours des morts, de plus en plus nombreux.

- Il faut que ça s'arrête. Entraînez-moi, entraînez-nous ! Supplia Harry en regardant Elyor Altis droit dans les yeux.

- Cela me paraît indispensable en effet, reprit Elyor Altis au bout d'un moment. Nous commencerons dès que vous êtes prêts.

- Je vais aller réveiller les filles.

Et sans un regard pour Harry, les Altis sortirent de la chambre. Moins de 20 minutes plus tard, ils étaient tous les quatre habillés et prêts pour un nouvel entraînement.

- Tout d'abord, commença Elyor Altis, nous allons nous concentrer sur votre capacité à entrer en résonance avec la magie qui vous entoure. Vous allez pouvoir parler avec elle en quelque sorte, apprendre à la connaître, à l'apprivoiser mais surtout à vous faire apprivoiser par elle.

- Je sais déjà cela père. Répondit aussitôt Shirin.

- C'est pourquoi tu vas m'aider, au début du moins. Tu seras le prisme de convergence.

Se croyant en cours, Hermione leva aussitôt la main :

- Oui Miss Granger ?

- Pardonnez-moi, mais je... Je ne sais ce qu'est un prisme de convergence... Reprit-elle penaude.

- Quelque chose qu'Hermione ne sait pas ? C'est à graver dans les anales de l'Histoire de la Magie, dit Ginny en éclatant de rire.

Harry la rejoint alors pendant quelques instants, avant qu'Elyor ne reprenne la parole :

- Shirin va jouer le rôle d'un catalyseur en quelque sorte, pour vous aider à mieux cerner la magie. Et maintenant concentrez-vous. Détendez-vous et fermez les yeux. Imaginez... le vide. Imaginez être entouré de rien, absolument rien, pas d'air, pas d'eau, aucune lumière. Maintenant imaginez une bougie, sentez la lueur fixe de la flamme. Cette flamme ne doit pas trembler. Elle est claire, calme, et immuable.

Harry se sentait complètement détendu à présent, il voyait la flamme grandir en lui, prendre petit à petit tout l'espace, repoussant le vide de plus en plus loin.

- Faites attention à ne pas laisser trop grandir votre flamme, pensez qu'il s'agit d'une bougie. Une simple bougie. Gardez-la sous contrôle, apprivoisez-la.

Chacun fit des efforts pour canaliser cette flamme, Ginny découvrant que, par une simple pensée, elle pouvait la faire croître ou rapetisser, pouvant même changer sa forme. Plusieurs minutes passèrent ainsi, chacun apprenant à dompter cette bougie, cette lumière qui ne demandait qu'à envahir l'espace.

- Bien. Vous êtes maintenant capable d'entrer en méditation profonde. Vous allez maintenant formuler une pensée très simple et bien précise. Vous allez penser à un verre d'eau. Un simple verre, rempli d'eau.

Hermione imaginait le verre, imaginait l'eau remplir doucement le verre...

- Ahhhhhh ! Cria-t-elle sous l'effet de surprise. Mais qu'est-ce que c'est que ça ?

Harry et Ginny sursautèrent, M. Altise souriait, et Shirin était littéralement morte de rire, allongée par terre.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Hermione. Pourquoi suis-je trempée ?

- Je... Je ne sais pas, balbutia Harry entre deux éclats de rire.

- Tu as simplement perdu le contrôle, répondit Elyor Altis. Il faut bien rester concentré pour faire apparaître d'abord le verre, puis l'eau à l'intérieur de celui-ci.

Et tout en disant ces mots, un verre se matérialisa dans la main de leur professeur, se remplissant doucement d'eau.

- Ce... Ce n'est pas possible. Murmurait Hermione. Les Lois de la Métamorphose sont claires on ne peut pas... Je n'ai pas pu créer de l'eau comme ça !

- Ne vous troublez point Hermione, reprit M. Altis. Je pense ne pas me tromper en affirmant que les lois que vous connaissez sont caduques : Elles ne prennent pas en compte tous les aspects de la Magie. Puis, après une pause il reprit :

- Si vous le voulez bien, nous allons reprendre cet entraînement. Rappelez-vous, le vide, puis la flamme, puis le verre vide, puis l'eau qui goutte doucement à l'intérieur.

Et l'entraînement reprit de plus belle. Au bout d'une heure, Ginny réussit à matérialiser une ébauche de verre, mais lorsqu'elle essaya de mettre de l'eau à l'intérieur, le liquide passa au travers et se répandit sur le sol. Plus le temps passait toutefois, et plus le verre prenait de la consistance, si bien qu'une demi-heure plus tard, elle parvint à remplir son verre d'eau, suivie de près par Hermione. Harry quant à lui, avait du mal à rester concentré très longtemps sur la flamme, celle-ci ayant tendance à prendre de plus en plus d'espace dans son esprit, jusqu'à occulter la totalité du vide. Prenant peur, Harry revenait alors à la réalité pour se concentrer de nouveau.

Après plus de trois heures d'efforts, Elyor Altis interrompit les exercices :

- Je pense que ça va suffire pour aujourd'hui. Vous avez déjà bien plus progressé que ce que j'escomptais. Je vous laisse aller vous reposer 30 minutes avant le repas de midi, nous reprendront à 14 heures.

Tandis que Ginny, Hermione et Shirin se dirigeaient vers la sortie de la pièce, Harry resta en arrière quelques instants pour discuter avec leur professeur du jour :

- M. Altis ?

- Oui Harry ?

- Je ne comprends pas pourquoi je n'arrive pas à matérialiser quoi que ce soit ?

- Cette magie est très longue à apprendre. Je ne sais comment les autres ont fait pour y parvenir si vite, ils ont presque égalés Shirin dans cet art, elle qui s'entraîne depuis maintenant plus de 10 ans.

- Je ne comprends pas. Tout semble bien se passer, je visualise le vide, puis la flamme. Mais elle grossit toujours et prend tout l'espace.

Elyor resta pensif un long moment puis demanda :

- Pourrais-je faire un petit test ?

- Bien sûr, de quoi s'agit-il ? demanda Harry.

- Trois fois rien. Rassura le maître de maison. Il s'agit simplement d'observer ce qui se passe à l'intérieur même d'un esprit lorsque le vide et la flamme se forment.

- Une sorte de Legilimencie en quelque sorte. Que dois-je faire ?

- Concentrez-vous sur le vide, puis sur la flamme.

Harry fit une nouvelle tentative, faisant le vide en lui, ressentant l'absence de lumière, de chaleur, de matière... Puis lorsque ce vide fut parfaitement installé, il fit surgir une flamme qu'il tenta de garder fine et droite. Malheureusement celle-ci se transforma bien vite en une boule de la taille d'un souaffle, continuant à grossir, à grossir encore...

- Cela suffira pour l'instant, reprit Elyor sortant le survivant de sa méditation. Je pense avoir une idée assez claire sur ce qui se produit, mais j'aimerais faire quelques recherches au préalable.

- Très bien, je vais aller me reposer dans ce cas, conclut Harry avant de prendre congé, laissant un Elyor Altise plongé dans ses pensées.

Pendant ce temps, les trois demoiselles de l'équipe se reposaient dans un petit salon de la maison, discutant et apprenant à mieux se connaître :

- Nous avons fait toutes nos études à Poudlard, disait Hermione. Elles durent 7 ans, et ce n'est que lorsqu'on a passé nos ASPICs que l'on peut chercher du travail. Je travaille au Ministère de la Magie, et Ginny est joueuse professionnelle dans une équipe de Quidditch.

- Une équipe de quoi ? S'enquit la brune aux yeux verts, n'ayant jamais entendu ce mot auparavant.

Se tournant vers Ginny pour avoir plus d'explications, elle fut attristée de voir la rousse détourner très vite les yeux sans répondre, l'air renfrogné. Hermione avait également perçu l'humeur de Ginny mais n'étant pas seule à seule avec Shirin, elle ne pouvait tenter d'éclaircir la situation pour l'instant. Elle se contenta donc d'énoncer les règles du jeu, et d'expliquer, sans entrer toutefois dans les détails quels étaient les différents postes et de quelle manière on comptait les points.

- Nous n'avons pas un tel sport ici à Galaïdes. On a toutefois un autre sport qui est très connu et très pratiqué ici, mais je vous raconterai ça quand Harry sera là.

- Je crois qu'il est l'heure d'aller déjeuner, dit un peu précipitamment Ginny avant de sortir de la pièce.

- Je crains que tu n'aies manqué de tact Shirin, reprit Hermione tandis qu'elle suivait sa camarade vers la grande salle à manger.

- De tact ? A quel propos ?

- Disons pour faire court que parler de Harry devant Ginny n'est pas une bonne idée en ce moment. Il faudrait que nous parlions de tout ça toutes les deux je pense, mais j'avoue que tout de suite je suis plus intéressée par un bon déjeuner.

- Estomac sur pattes. Reprit Shirin en riant.

Et c'est mortes de rire qu'elles pénétrèrent dans la salle à manger, dégradant encore un peu l'humeur de la jeune Weasley. Harry et M. Altis arrivèrent également quelques instants plus tard, et le repas put commencer dans une bonne humeur relative.

Dès la fin du repas, l'entraînement reprit. Ginny était passée à l'étape suivante, consistant à visualiser le verre rempli d'eau ainsi que tout ce qui l'entoure, afin de tenter de le déplacer. Bien que très facile à effectuer en utilisant une baguette magique, ceci s'avérait très compliqué par l'esprit.

- Il faut bien penser, disait Elyor Altis alors que Ginny s'acharnait sur la technique de déplacement depuis une bonne heure, que chaque particule d'air, chaque atome de la matière coexiste avec une parcelle de magie. Vous ne devez donc pas forcer l'air à pousser le verre d'eau, ni forcer les particules à s'écarter pour laisser passer votre verre dans l'espace, mais au contraire agir à la fois sur l'objet et son entourage plus ou moins proche pour opérer un déplacement. C'est un exercice plus difficile que le précédent, car il faut contrôler toujours plus finement les flux magiques. Tout cela serait plus facile si vous aviez étudié les champs de distorsion magiques bien sûr, mais ceci dépasse notre entraînement de très loin. Essayez donc de voir la magie comme un tout indivisible, et non comme des forces qui s'opposent.

- Existe-t-il un livre sur les champs de distorsion magiques ? demanda Hermione.

- Un livre ? Une bibliothèque tu veux dire. Reprit Shirin en riant. Cela va faire 4 ans que j'étudie cette branche de la Magie et je suis loin d'en avoir fait le tour.

Et tandis que Ginny se remettait au travail, Harry quant à lui peinait toujours à contrôler la flamme, si bien qu'il faillit perdre son calme.

- Tout cela est vraiment étrange. Dit Elyor en observant Harry.

- Je ne comprends pas, je n'y arrive vraiment pas. Pesta le survivant.

- Essayez peut-être encore une fois, en laissant grandir naturellement cette flamme.

- Mais... Vous nous aviez mis en garde contre la possibilité d'être consumé par elle ! S'exclama Harry horrifié.

- Certes, mais vous devriez le sentir et être capable de résister le moment venu. Reprit Elyor d'un ton plus convaincu. Je perçois que votre volonté est forte.

- Et comment ferai-je pour résister ? Interrogea le survivant avant de se lancer.

- Je ne peux malheureusement vous répondre. Toutefois, nous n'allons pas tester cela ici et maintenant. Reposez-vous en attendant la fin de l'entraînement, ma fille et moi-même serons ensuite à vos côtés pour mener à bien tout cela.

A vingt heures ce soir là, et tandis que les deux ex-Poudlardiennes se reposaient, Elyor conduisit sa fille et Harry dans une pièce encore inconnue du survivant : Sur les murs de pierre blanche, on pouvait voir à intervalles réguliers de gros cristaux bleutés qui rayonnaient faiblement. Devant la mine interrogative de Harry, M. Altis expliqua :

- Ceci, est notre salle d'études des champs et rayonnements magiques. Cette pièce fournit un espace magiquement neutre et pur, de telle sorte qu'on puisse voir avec exactitude quels types de rayonnements sont émis lors d'un acte magique. On peut également étudier les auras magiques d'une personne grâce à cette pièce. Enfin, les Pentaïs présents sur les murs permettent l'absorption des surplus de magie en cas de perte de contrôle, afin de minimiser l'impact sur les personnes à l'intérieur de la salle.

- Tout cela m'a l'air d'être fait pour des expériences plutôt dangereuses, murmura Harry.

- Et c'est assurément l'une d'entre elles que nous allons tenter ce soir. Reprit Shirin. Il semble que ta magie ne soit pas arrivée encore à maturité, ce qui peut s'expliquer par ton coma magique de trois ans. Nous allons donc tenter de la faire grandir afin de rattraper ton retard à ce niveau-là. Or, forcer la Magie à faire quelque chose est vraiment risqué, c'est pourquoi nos coutumes sont si fortes contre cela.

- Pourquoi le faire alors ? demanda Harry. J'ai toujours ma baguette qui me permet de jeter des sorts plutôt puissants d'ailleurs.

- Mais votre baguette peut se retourner contre vous, puisque par elle vous avez davantage l'habitude de "forcer" la magie à faire quelque chose pour vous. Cela ne poserait pas de problèmes si nous étions en paix, mais par ces temps troublés ou l'équilibre même de la magie est rompu, nous ne pouvons prendre un tel risque. Une autre raison à cela est que les sorciers contre qui nous allons nous battre sont presque invincibles en utilisant un item magique comme arme, tel que votre baguette : Ils connaissent trop bien la magie pour pouvoir détourner vos sorts, vous privant du peu de liberté que vous avez. Mais laissons ces considérations et procédons désormais voulez-vous ?

- Très bien, acheva Harry mi-convaincu. Que dois-je faire ?

- Avant tout nous allons lier nos magies à celle de la salle. Le pourquoi serait trop long à expliquer mais disons simplement qu'en cas de soucis, cela devrait nous maintenir en vie quelques secondes, le temps de nous désolidariser et de sortir de la salle. Dit Elyor d'un ton calme. Après un moment il ajouta, pensif :

- Vous devriez appeler votre phénix, ou du moins le prévenir d'apparaître au moindre souci, car il sera notre seul salut.

- Voilà qui est très rassurant, tenta de dédramatiser Harry, sans succès.

Shirin ferma les yeux et un phénomène très étrange se produisit alors : un rayon blanc sortit doucement d'elle pour se diriger vers Harry. Plus il s'approchait, plus Harry ressentait une source de chaleur, un peu comme dans la Forêt Interdite quand il cherchait l'entrée du Chemin, il se surprit d'ailleurs à trouver cela tellement loin par rapport à toutes les choses qui s'étaient produites depuis.

- Cela risque de brûler un peu. Dit Elyor doucement. Gardez la tête froide Harry, et surtout ne luttez pas.

Le rayon s'approcha encore jusqu'à toucher la paume de sa main gauche. Aussitôt, une brûlure violente parcourut le bras gauche de Harry, et celui-ci sentit sa magie affluer comme jamais auparavant dans sa main, comme si elle tentait de contenir une agression. Sous l'effort, les traits de Shirin se crispèrent, ressentant elle aussi l'attaque de la magie du survivant comme si des décharges électriques remontaient le long de son rayon magique pour arriver jusque dans sa main droite.

- Ne lutte pas Harry. Dit Shirin les dents serrées par la concentration. Je ne te veux aucun mal, plus tu te détendra moins ce sera douloureux, pour devenir même agréable... Voilà, c'est déjà mieux... Tu t'en sors très bien Harry, on y est presque.

Quelques secondes plus tard, un sourire naquit sur les visages des deux adolescents.

- Le lien est stable, Père. Dit Shirin, très formellement.

- Bien, à mon tour donc, fit Elyor en extirpant un rayon de sa main gauche, pour toucher cette fois la main droite de Harry.

Même si le deuxième contact fut douloureux, Harry s'y attendait : Il put donc se détendre beaucoup plus vite et ainsi stabiliser son lien avec Elyor.

- Bien. Maintenant nous allons nous relier aux Pentaïs, nous allons tout faire pour atténuer le flux au maximum mais il se peut que vous receviez une partie du flux, soyez donc toujours détendu.

Se disant, Elyor toucha un cristal, tandis que Shirin en touchait un autre. L'équilibre eut cette fois plus de mal à s'instaurer, car les Pentaïs regorgeaient d'une magie qui, bien que non dangereuse, restait difficile à apprivoiser. Il fallut bien dix minutes avant que les liens ne soient parfaitement stables. Lorsque ce fut le cas, M. Altis demanda à Harry de retenter d'apprivoiser la flamme, en prenant tout son temps.

Harry fit le vide en lui, se déconnectant de tout. La pièce se fondit dans un brouillard blanc, puis s'obscurcit jusqu'à devenir complètement noir. L'air se raréfia jusqu'à disparaître complètement. Les derniers atomes de la matière se dispersèrent, et apparut alors la flamme. Plutôt que de la laisser grandir un peu, Harry se concentra pour la maintenir à une taille raisonnable. Il eut, comme d'habitude, beaucoup de mal à y parvenir, mais Elyor et Shirin intervinrent de concert pour l'y aider. A trois, ils parvenaient à contenir cette magie sans problèmes, quand un flux magique raviva la flamme, comme si on avait jeté un combustible sur un feu de cheminée.

- Laisse la magie sortir Harry. Ne la retient pas.

Harry laissa donc s'exprimer sa magie, ce qui se traduisit par une vigueur impressionnante de la flamme. Curieusement, Harry ne ressentait plus de peur à laisser croître ce pouvoir en lui, il lui semblait qu'une barrière s'était soudainement levée, que le barrage retenant cette magie avait cédé et qu'elle prenait maintenant avidement possession de son corps et de son esprit. Dans la salle, les Pentaïs brillaient de plus en plus d'une lumière d'abord blanche, puis rougeoyante. Elyor et Shirin éprouvaient beaucoup de difficultés à maintenir le lien magique, le pouvoir brut de Harry devenant de plus en plus chaud, jusqu'à les brûler. Sans s'en rendre compte, un autre rayon partit de l'estomac de Harry et vint toucher un autre Pentaï, rétablissant l'équilibre. M. Altis et sa fille en restèrent muets de stupeur.

Harry lui sentait le pouvoir grandir, sans aucune limite ni frontière, mais il sentait également qu'il pouvait davantage maîtriser ce pouvoir maintenant. Petit à petit, il fit rentrer sa magie à l'intérieur de son esprit, la condensant jusqu'à ce qu'elle forme une flamme, mince et élancée. Très fier d'avoir réussi à canaliser cette magie, Harry formula par la pensée un verre vide, puis imagina des gouttes tombant à l'intérieur. Lorsqu'il rouvrit les yeux pour constater le résultat il fut abasourdi : Trois coupes ouvragées lévitaient devant lui, chacune remplie d'eau.

- Eh bien je crois que nous y sommes, fit le maître de maison en souriant et en défaisant les liaisons magiques.

- Je le crois aussi. Répondit Shirin, tout sourire, en faisant de même. Je n'avais jamais vu ça Père, reprit-elle. C'était vraiment extraordinaire.

- Rares sont ceux qui prétendent avoir ressentis cela, et plus rares encore sont les témoins. Or, c'est ce que nous sommes désormais, assurément.

- Ça alors ! Je n'en reviens pas. Reprit Harry. Jamais je ne pensais que la magie pouvait ressembler à ça. J'ai réussi... J'ai réussi !

Shirin le regarda sauter de joie, à la fois amusée et émue par le changement de son visage, comme s'il avait remonté le temps de dix ans. Cela la rassura de voir que malgré les épreuves, Harry gardait une certaine innocence d'enfant : Elle aurait voulu à cet instant tout faire pour garder cette joie de vivre chez son ami, allant presque jusqu'à se convaincre qu'il pourrait un jour sourire de la sorte, juste pour elle. Prise d'un vertige, elle redescendit très vite sur Terre, ou plutôt sur le Septième Continent pour écouter ce qu'Elyor disait.

- Vous avez désormais un pouvoir précieux entre les mains Harry Potter. Vous n'avez sans doute pas saisi toutes les implications de ce rituel, mais la Magie a fait bien plus pour vous ce soir que pour quiconque durant ces derniers siècles. Elle vous a accepté Harry. Elle est maintenant vôtre, tout comme vous êtes sien.

- J'ai l'impression d'être lié à elle en effet.

- C'est bien plus que cela : C'est en fait une arme à double tranchant. La magie est directement liée à vous ce qui signifie que vous devriez être capable de faire de grandes choses. Mais tout comme la magie est liée à vous, vous êtes lié à elle, ce qui signifie que si la magie se corrompt, vous risquez d'y perdre la vie.

Harry soupira de lassitude :

- Mais pourquoi faut-il toujours que ça me retombe dessus ? J'ai l'impression d'être le sauveur attitré du monde.

- Certes non Harry. Mais n'oubliez pas que si vous êtes ici, c'est avant tout votre choix. Vous avez choisi de rechercher le Chemin, vous avez passé les épreuves, et vous voici maintenant en possession d'un grand pouvoir. Cela vous confère donc de grandes responsabilités.

- Je le sais bien M. Altis, c'est juste... Juste difficile à accepter. Il n'y a à peine trois ans je me relevais difficilement de mon dernier combat, et me voilà à nouveau plongé dans les ennuis jusqu'au cou.

- Et vous doutez de votre capacité de réussite n'est-ce pas ? Mais comprenez bien ceci : Ce sont nos choix qui font de nous ce que nous sommes. Les choses en mouvement initiées par ces choix ne peuvent être arrêtées désormais. Il vous faudra assumer pleinement ceux-ci, être courageux bien sûr, mais gardez à l'esprit que vous n'êtes jamais seul, et que même du plus profond des ténèbres peut venir un allier inattendu.