Interlude
« La Flamme dansante sur les tertres de ses Ennemis. C'est comme ça que nous nommions Karen. Combative, fine stratège, excellente bretteuse et un œil précis et vif comme l'éclair à l'arc. Même moi je n'ai pas su faire le poids contre elle. Après tout… elle est moi et je suis elle. Le seul qui puisse me vaincre… en fait non, quand je pense à Cloud. Même si de son côté, ce n'est pas très fairplay d'attaquer des gens quand ils ont le dos tourné… enfin bon… mauvaise foi ? Peut-être.
La guerre ne laisse pas de place à l'erreur. Une seule peut coûter la vie à 30 000 hommes. Il ne faut pas non plus être idiot et penser que les hommes se remplacent comme des pièces détachées. Karen est loin d'en être une, tout comme moi-même. Malgré tout, j'ai perdu toute mon armée, étant tombé dans un piège mortel. J'avoue que pour le coup, on ne le sent pas du tout venir le coup de couteau dans le dos.
Rien que d'y penser… je commence à avoir mal d'un coup.
Malgré tout, la plus grande des blessures est bien celle d'avoir dû affronter mon sang comme un ennemi. Elle ne me voyait pas comme son frère, mais bien comme un animal nuisible à éliminer sur le champ. Elle était patiente, elle voulait déjà que je souffre, me faire ressentir la douleur qu'elle a pu éprouver quand elle a perdu ce qui comptait le plus pour elle. Je crois que Karen était amoureuse de sa formatrice. Même si ça me paraissait absurde à l'époque, à cause du fait que ce soit au Wutai une relation contre-nature, je commence à croire qu'elle bravait l'interdit avec sa formatrice. Qui est tombée amoureuse de l'autre ? Je ne sais pas. Je ne saurais sans doute jamais…
Me rappeler de ses mauvais traitements en tant que prisonnier de guerre, me laisse quand même un rictus amer aux lèvres. Même si avec 14 j'ai vécu auprès du Diable à souffrir mille et un tourment dans les flammes du profond Enfer, je ne peux m'empêcher de repenser à la haine et au désir de vengeance de tous ces visages qui se tournaient vers moi. Alors que j'écris ces mots, je ressens une vive douleur au ventre, avec un horrible sentiment de remord qui me prend aux tripes à pouvoir me faire vomir. Je regrette cette guerre, je regrette de ne pas avoir compris les avertissements de ma sœur quand elle disait que je signerai sa mort. Non pas une mort physique, mais une mort symbolique. Karen vivait pour la Sororité et mourrait avec elle.
Encore aujourd'hui, même si je sais que ma dernière parente est encore vivante en ce monde, je crois parfois sentir que son esprit est mort avec la Sororité. Je me fais peut-être des idées lorsque j'écris ces lignes et me dis que finalement, revenir au Wutai ne pourrait pas uniquement être une question de reforger Masamune, mais de pouvoir réveiller le Leviathan, muselé par la Shinra. Etant morte à son tour, la Première Puissance Mondiale a fait s'effondrer sa suprématie sur la Planète. Le Wutai peut désormais renaître de ses cendres… il suffit d'en convaincre les anciens guerriers, les sages, les pensées communes… et Godo. »
Extrait de l'ouvrage « Ballade à la croisée des chemins » récit d'un chasseur par Lancelot de Nibelheim.
