Petit mot de l'auteure : écrit pour l'anniversaire de Regé Jean-Page !
Personnages : Daphné, Simon
Contexte : post Saison 2
Une pluie fine avait régné sur le ciel de l'Angleterre pendant plusieurs semaines. Ainsi, quand Simon avait découvert ce matin-là que le soleil était enfin revenu, il n'avait pu qu'esquisser un sourire devant ce qui n'allait pas manquer d'arriver. Comme lisant dans ses pensées, Daphné était venue l'enlacer en soupirant :
- Nous n'allons pas échapper aux supplications de sortie...
- En effet...
Cela faisait plusieurs jours que Amélia et Bélinda suppliaient leurs parents de les laisser jouer dehors. Les deux adultes leur avaient toujours refusé ce plaisir, ne désirant pas les voir attraper froid. Mais avec ce grand soleil, ils n'avaient plus aucune raison de ne pas les autoriser à sortir.
- Nous ferions mieux d'enfiler quelque chose avant qu'elles ne viennent nous supplier de jour, conclu avec fatalisme Simon.
Grand bien lui en prit puisqu'il avait à peine fini d'enfiler sa veste que des coups enthousiastes avaient retentit sur la porte de leur chambre. Lorsque Daphné l'ouvrit, leurs deux filles étaient habillées et sautillaient presque sur place.
- Laissez-moi deviner... fit mine de réfléchir leur mère. Vous souhaitez sortir ?
- Oui !
- Et vous vous êtes dit que puisqu'il ne pleuvait plus, nous n'avions plus aucune raison de vous en empêcher ?
Cette fois-ci, le « oui » fut plus hésitant.
- Voyons-donc... qu'en pensez-vous, monsieur le Duc ?
- J'en pense... que c'est d'accord !
Son cœur se réchauffa au cri de joie que poussèrent les deux enfants. Après avoir récupéré Caroline dans son berceau, la petite famille descendit alors les marches de la grande demeure.
Quand il mit un pied dans le parc de leur domaine, Simon sentit que l'herbe était encore fraîche. Ses mains devinrent alors moites, sa respiration courte. Loin de se rendre compte de la montée d'angoisse de leur père, les deux jeunes filles se mirent à courir dans l'herbe tendre en s'en donnant à cœur joie. Daphné en revanche comprit que quelque chose n'allait pas, puisqu'elle s'approcha doucement de lui :
- Tout va bien ?
Simon aurait voulu lui répondre que c'était le cas, mais n'y parvint pas. À cet instant, Daphné, les rires des fillettes, les pleurs du bébé... tout cela n'existait plus. Il était revenu trente ans en arrière, dans le même parc, mais à une époque où tout était différent. Comme Amélia et Bélinda, lui aussi avait supplié son père d'aller jouer dans le parc familial. Mais la différence était que celui-ci n'avait jamais accepté. Lassé et frustré d'attendre, Simon avait fini par céder à l'appel du grand air. Un jour, il s'était risqué à sortir, se disant que le grand soleil lui assurerait une protection contre les tâches et autres salissures qu'arboraient son père. Malheureusement, quand il était sorti, l'herbe était encore humide de la veille. Tout à sa joie d'être enfin dehors, il ne s'en était pas rendu compte. Il avait couru de longues minutes avant de glisser dans un endroit légèrement boueux.
Il avait été ramené par deux domestiques jusqu'au bureau de son père. Son monocle frémissait de colère alors lancé dans une série de plaintes lancinantes sur son mauvais caractère :
- De toute manière, avait-il conclu, tu n'es qu'un enfant à problèmes. Pire. Le problème, c'est toi. Ça a toujours été toi.
Les mots et le ton avaient été si cruels que Simon n'avait pu retenir ses larmes. Son père était alors rentré dans une colère noire :
- Tu oses pleurer alors que c'est toi qui est responsable de ce carnage ? avait-il dit en pointant l'habit tâché.
Puis, sans prévenir, il lui avait donné une gifle retentissante.
- Pour que tu pleures pour quelque chose ! Et si tu recommences, tu n'en auras pas qu'une, cette fois-ci !
Il lui avait nonchalamment indiqué la sortie, marquant de ce fait la fin de l'entretien. Pourtant, trente ans après, Simon n'avait pas l'impression d'avoir réellement quitté la pièce. Il craignait toujours que son Père ne surgisse pour le menacer encore une fois. Et peut-être était-ce le cas... après tout, comment pouvait-il être sûr que tout était bien terminé ? Presque malgré lui, il retira ainsi son pied de l'herbe humide, prêt à revenir en courant dans le manoir.
Il revint à la réalité grâce à Daphné.
- Simon..., murmura-t-elle. Simon, je suis là. Tout va bien. Tu es en sécurité.
Elle le lui répéta encore et encore, jusqu'à ce qu'il y croit. Quand il se calma enfin, elle le regardait avec compassion.
- Un souvenir de ton père ?
Il hocha la tête pour toute réponse. Elle lui prit alors la main.
- Je sais que tes jours avec lui ont été marqués par la routine de la souffrance. Mais il est mort. Et c'est toi le père, désormais. Il ne tient qu'à toi de faire que ce manoir ne connaisse que des jours de bonheur. Je serai là pour t'y aider.
Elle l'embrassa doucement comme pour appuyer ses dires. Simon y répondit avec toute la ferveur qu'il avait, avant de reporter son attention sur ses filles qui jouaient sous les arbres du domaine. Daphné n'avait pas tord ; son propre père avait été horrible, mais rien cela ne voulait pas dire qu'il ne pouvait pas être lui-même un père exemplaire, dont ses enfants se souviendraient avec nostalgie.
Alors il déposa un baiser sur la joue de Daphné, avant de courir vers Amélia et Bélinda.
- Attention, le grand méchant loup arrive ! rugit-il.
Le rire qui s'échappa de la gorge de ses filles fut comme un coup de poing contre le fantôme de son père.
