Laisse-moi être ta Harley

Elle avait mal à la tête et pourtant, elle faisait en sorte de garder bonne figure. Assise à une table magnifique, les mains sur les genoux, elle se contentait d'attendre anxieusement la suite des événements. Voilà dix minutes qu'elle et ses parents étaient assis autour de la même table et qu'ils se concertaient muettement du regard. Il faut dire qu'ils répondaient là à une drôle d'invitation de la part de leur nouveau voisin qui, à peine leur emménagement terminé avait tôt fait de les inviter à dîner, par le biais de la pauvre June qui semblait enfin réaliser qu'elle confrontait là ses parents, de simples moldus -tout comme elle d'ailleurs- à un puissant mage noir. Elle tentait de ne rien laisser paraître et pourtant, en son for intérieur, elle ne pouvait s'empêcher de se demander comment ils en étaient arrivés là.

Tout d'abord, elle n'avait rien dit à ses parents pour l'invitation, sachant pertinemment qu'il s'agissait d'un mauvais coup préparé par Tom Jedusor en personne. Mais ce dernier était de lui-même revenu à la charge en se présentant chez eux. Et June, trop inquiète, n'avait pu laisser ses parents se rendre seuls et sans défense chez lui. Enfin, si tant et qu'elle puisse les défendre, la pauvre enfant...

Puis ce soir, il les avait accueillis dans son humble manoir, vêtu d'une robe de sorcier d'un bleu sombre mais qui avait réussi à fasciner la jeune brune pendant un instant. Enfin, comme ses parents ne connaissaient rien en matière de sorciers, ils se contentèrent d'échanger un regard surpris dans le dos de leur hôte, ce qui avait réussi à détendre notre héroïne pendant l'espace d'une seconde. Elle s'était pourtant très vite reprise lorsqu'elle était entrée dans le vaste salon au tons verts et marbreux qu'elle avait aperçu en nettoyant les terrariums des serpents du Lord Noir. Imposante, il se dressait au centre de la pièce une très longue table magnifiquement décorée et déjà pleine de mets qui semblaient, aux yeux de la jeune femme, être plus délicieux les uns que les autres. Elle s'était assise en face de ses parents alors que l'homme qui allait probablement les découper en morceaux c'était installé en bout de table, dos à la cheminée dans laquelle un agréable feu brûlait. Elle n'avait rien dit, elle avait simplement écouté parler l'hôte et ses parent qui échangeait des banalités. Puis, il s'était levé, prétextant qu'un plat devait être prêt et il avait quitté les lieux, laissant la famille seule dans l'immense pièce.

« - Je n'aime pas la façon dont il regarde June. On dirait qu'il va la manger. »

L'intéressée sursauta, tirée de ses songes à grande vitesse. Quoi ? Son père, d'ordinaire très calme et très discret semblait pour l'heure partagé entre la colère et l'inquiétude. Sa mère quant à elle, qui se resservait un verre de vin pour la troisième fois déjà, se contenta de sourire brièvement.

« - Mais non. Il doit tout simplement la trouver jolie. Elle est tellement belle notre petite June. »

La plus jeune grimaça. Il devait très probablement la trouver parfaite pour un Avada Kedavra oui ! Elle ne fit pas la moindre remarque car déjà l'homme en question revenait, un plat de petits fours entre les mains. Tous se servirent allégrement, même June, après s'être assurée que Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom en personne s'était servi. Elle mangea, le cœur préoccupé, ne parlant que peu et se contentant d'écouter les conversations superficielles. En fait c'était surtout sa mère qui parlait. A moitié ivre, elle n'arrêtait pas de piailler et son père, bien qu'un peu gêné, suivait de près pour tenter de contrôler ses propos. La jeune femme, par déduction, ne mangea que ce que le Lord lui-même mangeait car, si elle ne pouvait contrôler l'appétit de ses parents, elle pouvait au moins essayer de ne pas mourir elle, pour être plus tard, le témoin de cette affaire horrible. Car déjà son esprit tordu imaginait-il les pires horreurs que l'homme pourrait faire subir au petit groupe et déjà elle essayait de s'imaginer en train de fuir. La maison n'était pas si loin, mais peu sportive et le ventre plein, elle devrait redoubler d'efforts pour s'en sortir vivante.

Ce fut après le dessert et alors que la conversation devenait ridiculement inintéressante que tout bascula. Sa mère, sans prévenir, perdit connaissance et tomba la tête la première dans son assiette vide. Son père, inquiet, ne tarda pas à l'imiter et June, effrayée, fut incapable de bouger sur le coup. Il fallut que le Seigneur des Ténèbres ne la fixe pour qu'elle fasse un bon en arrière, faisant tomber sa chaise au sol. Les mains devant elle, comme pour se protéger de lui, elle balbutia

« - Que leur- ... Que leur avez-vous fait ? »

Il se leva à son tour, l'homme redoutable et d'un pas effrayant, il s'approcha d'elle. Il s'approcha même suffisamment pour qu'elle commence à trembler.

« - Une simple potion révélatrice. Mais je me doutais du résultat à vrai dire...

- Quel résultat ? Quelle potion ? Sont-ils morts ? Pourquoi je n'ai rien moi ? »

Il sourit. Ça n'avait rien de franc ou de rassurant, c'était même plutôt semblable à un sourire carnassier. La pauvre June, à force de reculer, se retrouva bientôt dos au mur et sans échappatoire possible alors que le monstre, lui, ne cessait d'avancer.

« - Celui qui consomme cette potion voit deux solutions s'offrir à lui, il peut dormir ou rester éveillé. Dormir parce qu'il est moldu, rester éveillé, s'il est sorcier.

- Je ne dors pas …

- Moi non plus, moi non plus. »

Si tout son cœur voulait y croire, son esprit, lui, le refusait tout bonnement. Ça n'était pas logique et ça n'avait tout bonnement aucun sens. Mais en même temps, en y songeant, la dernière fois qu'elle avait refusé de croire ce drôle d'individu, elle s'était retrouvée à frôler la dépression.

« - Suivant la logique, je suis une née moldue ? »

Il sourit, visiblement satisfait de ne pas avoir à se justifier et retourna s'asseoir comme si les parents de June n'étaient pas endormis dans leurs assiettes. Il entama une grappe de raisin, ignorant pendant quelques instants la jeune femme et ce n'est que lorsqu'il sembla repu qu'il se permit de lui répondre

« - Non, je ne pense pas. J'ai trouvé à l'étage de ce manoir l'arbre généalogique complet des Malefoy, ainsi que celui des Lestrange et bien d'autres par la suite et il est assez drôle de constater que tu ressembles pour beaucoup de traits à une membre de l'une de ces familles. Voici donc mon avis sur le sujet je suis ici-bas dans une réalité parallèle. Un monde ou la magie, existante, n'apparaît pas au grand jour, sans véritables sorciers ou monde magique. Pas de ministère du coup. Il a fallu que je me renseigne pour réussir à contrôler mes pouvoirs dans ce monde et ça n'a pas été de tout repos. Mes mangemorts existent mais ne savent pas qu'ils en sont, tout comme j'ai dû exister mais mourir, puisqu'incapable de prolonger mon existence. De ce fait, je vais pouvoir tuer Harry Potter dans ce monde, puisque je ne peux pas le tuer ailleurs ! »

Il semblait jubiler et bien qu'elle soit paralysée par la peur, June ne pouvait s'empêcher d'observer avec fascination le regard de l'homme en face d'elle. Elle n'avait pas réellement écouté ses propos mais le peu qu'elle avait réussi à en capter n'avait fait que renforcer son sentiment d'incompréhension totale. Ce ne pouvait être vrai, ce ne pouvait être réel. Et, comme elle avait toujours été assez égoïste, elle ne se préoccupa pas de lui et chercha des preuves de ce qu'il avançait à son sujet à elle.

« - J'ai donc été adoptée ? Mes parents vont-ils se réveiller ? J'admettrais bien vos idées, mais vous croire me semble compliqué. »

Mais déjà le Lord ne l'écoutait plus, murmurant des propos qu'elle ne parvenait ni à saisir, ni à comprendre. Alors, prenant son courage à deux mains, elle s'avança jusqu'à la table au centre de la pièce et se pencha pour tourner le visage de sa mère, plongé dans son assiette. Heureusement, elle respirait toujours et s'ils n'avaient pas tous été dans cette situation, elle aurait simplement cru que sa mère était assoupie. Oui, mais pour combien de temps ?

« - Tom ? »

Il s'arrêta de baragouiner pour la regarder froidement. Il n'aimait décemment pas ce nom mais elle s'en fichait éperdument. Elle voulait capter son attention et elle venait enfin d'y parvenir alors, inquiète, elle se redressa et se fit la plus imposante possible, comme pour montrer là une assurance qu'elle n'avait de toute évidence pas. Puis, s'avança de quelques pas, à un rythme lent, elle serra les poings et s'arrêta juste devant lui, le fixant de son regard noisette avec un mélange de peur, de colère, d'inquiétude et d'incompréhension.

« - Cela rime à quoi ? Pourquoi suis-je là ? Pourquoi avez-vous fait tout ça ? Répondez-moi. Ne me mentez pas. Je vous rappelle que vous me devez la vie. »

Il grimaça. Probablement aurait-il préféré oublier ce passage de son existence. Elle cependant était bien décidé à abuser de la dette qu'il avait contracté en se retrouvant dans la chambre de son chalet alors qu'elle était en vacances.

« - Je cherche des fidèles pour m'aider à accomplir ma tâche. Je ne croyais pas que ce monde soit le même jusqu'à ce que je tombe sur ce manoir. Ce manoir dans lequel j'ai élu domicile pendant un certain temps et jusqu'à mon passage dans ce monde. Les hôtes de ce lieu ont déménagé il y a bien longtemps. Ici ils ont eu une fille, morte très jeune, mais dans mon monde, leur unique enfant était un fils. C'est en continuant mes recherches sur d'autres mangemorts que j'ai réalisé que si tout était pareil que dans mon monde, il y avait pourtant quelques différences non négligeables. Et puis, lorsque j'ai appris que de nouveaux voisins allaient emménages, j'ai cru qu'il s'agirait de la famille de Lucius, de retour près de chez elle. Mais c'était toi, misérable petite créature. Il me fallait une occasion de tester cette théorie, je me suis donc servie de ta charmante famille adoptive. Je me doutais que tu ne réagirais pas à la potion, tout comme je me doutais que tu te méfierais, voilà pourquoi il y en avait dans chaque plat et dans chaque boisson, pour être certain que tu en consommes suffisamment. Et tu ne t'es pas endormie. Mais ces moldus là doivent mourir sinon, tous mes plans tombent à l'eau. »

Le sang de la jeune femme brune ne fit qu'un tour. De ce grand discours dont elle avait écouté chaque mot avec une attention tout à fait particulière, elle n'avait retenu que la mort de ses parents. Elle n'en avait jamais été particulièrement proche, elle devait bien l'avouer, mais elle leur était redevable d'un grand nombre de chose, comme son existence par exemple. Car elle doutait d'avoir été réellement adoptée par ces derniers. Ou du moins espérait-elle avoir toutes les raisons d'en douter. Elle paniqua légèrement à l'idée de perdre la seule chose qu'elle avait pour acquis dans ce monde. D'autant plus que sans eux, elle ne saurait pas quoi faire. Alors, peut-être un peu de façon égoïste, elle décide de passer un accord avec le sorcier

« - Faisons un marché. Je vous retrouve vos mangemorts et je les convertis à votre cause. Et en échange, vous vous contentez d'effacer la mémoire de mes parents. »

Immédiatement, il se mit à rire. Mais cela n'avait rien de drôle, c'était un rire guttural et rocailleux, sadique au plus haut point. Comme s'il se moquait d'elle et c'était d'ailleurs très probablement ce qu'il était en train de faire.

« - Et qui te fais croire que j'ai besoin de toi ? J'ai réussi à m'en sortir seul depuis ma naissance. Je n'ai besoin de personne et encore moins d'une adolescente capricieuse qui ne connaît rien à la magie !.. »

Il reparti de plus belle, rigolant plus fort, s'esclaffant sous son nez de façon moqueuse et narcissique. Elle plissa le nez. Finalement, il était aussi terrible en affaire que ce à quoi elle s'était attendue en lisant les bouquins. Les poings toujours sur les hanches, elle répliqua sans réfléchir

« - Pour quelqu'un qui n'a besoin de personne, chercher des fidèles c'est un peu contradictoire non ? » Elle marqua une légère pause et, alors qu'il s'apprêtait à répliquer, elle poursuivit en l'ignorant de façon royalement hautaine. « Et puis si ce n'est qu'une affaire de pratiquer la magie ou non, trouvez quelqu'un pour m'enseigner les bases ! »

Avec un petit sourire, elle haussa les épaules. Tout n'était que mascarade dans son comportement, car elle était morte de trouille. Mais si elle pouvait en laisser paraître le moins possible, alors c'était le principal. Lui, toujours assis, quitta sa place en bout de table pour la rejoindre et attrapant brusquement le col de sa robe de sa main gauche, il posa sur son cou un objet pointu et visiblement menaçant. Un couteau ? Non, pas vraiment son genre. En y réfléchissant bien, June réalisa qu'il devait très probablement s'agir de sa baguette. Avalant lentement sa salive, elle le fixa pourtant l'homme sans ciller et, alors qu'il l'observait, elle se demanda rapidement ce qu'il lui ferait s'il refusait. La tuer ?

« - Mmh... Je vois... »

Il la lâcha finalement mais resta posté ainsi devant elle, l'observant toujours avec tant de minutie.

« - Les matins seront réservés à ton apprentissage, l'après-midi aux recherches. Ne traîne pas, ne râle pas, ne te plains pas et apprends vite. Je suis quelqu'un d'important et je n'accepte cela qu'à la condition que tu rejoignes mes rangs par la suite. Mais à la moindre erreur de ta part...

- Il n'y aura pas d'erreur.

- Bien... »

Un silence s'installa et, le cœur battant, June tourna la tête pour dévisager ses pauvres parents, toujours dans un état lamentable. Elle ne les avait pas oubliés.

« - Et pour mes parents ? »

Il soupira, résigné.

« - Rentre chez toi et va dormir. Demain, rien de tout cela ne se sera produit. Mais ne sois pas en retard. Je ne supporte pas le retard. »

Lentement, elle hocha la tête et recula, puis, faisant demi-tour, elle s'éloigna du seigneur des ténèbres sans le moindre mot. Mais, alors qu'elle passait la porte, elle lança un regard en arrière. Croisant son regard, elle ne baissa pas le sien et l'observa pendant quelques secondes, légèrement étonnée de constater qu'il la regardait toujours, avec cette chose étrange dans le regard.

« - Bonne nuit, Tom. »

Et sans un bruit, elle disparut bientôt, affrontant le mordant de la nuit seule.

« - Bonne nuit, June... »