Petit mot de l'auteure : texte écrit pour la 157e nuit du FoF sur le thème "Accord"

warning : violences conjugales (le canon)


Cinq fois où Robert n'a pas demandé son accord à Cersei

Et une fois où c'est elle qui ne le fit pas


- Tu vas épouser Robert Baratheon.

La phrase résonne dans la salle du Conseil de Port-Lannis. Cersei s'y attendait, pourtant elle lui fait mal. Épouser Robert, c'est embrasser la gloire et la couronne. Mais c'est dire adieu à Jaime. Alors elle tente de faire entendre raison à son père :

- Le roi doit avoir bien d'autres prétendantes...

- C'est lui qui t'as réclamé. Il veut sûrement notre argent et ta beauté, mais cela fait nos affaires. Alors souris, Cersei. Tu vas être reine.

Non, Cersei ne va pas être reine.

Elle va être l'épouse d'un homme « qui l'a réclamée » sans lui demander son accord, comme l'on exige un trophée ou une marchandise.

Et ça, ça fait toute la différence.

Robert est soûl.

Cersei n'aurait pas dû être surprise ; il n'a fait que boire durant tout le dîner de noces. Néanmoins, elle avait l'espoir de le voir en forme, les idées claires. En somme, qu'il ressemble ne serait-ce qu'un peu au guerrier valeureux qu'on lui a décrit – cela rendrait les choses peut-être supportables.

Au lieu de cela, il est soûl.

Peut-être est-ce parce qu'il est soûl qu'il arrache sans ménagement ses vêtements, qu'il la serre bien trop fort, qu'il ne tient pas compte de son corps tendu et de ses « laissez-moi un peu de temps » murmurés comme une supplique.

Ou peut-être son taux d'alcoolémie n'aurait rien changé. Après tout, il a les idées suffisamment claires pour lui dire de la fermer et de faire son devoir.

Au fond, ce n'est pas vraiment important.

Robert est soûl, et il danse sur les ruines de son innocence.

Le bébé est magnifique.

Cersei sait que beaucoup diraient qu'en tant que mère, elle n'est pas objective, mais elle n'a jamais vu de bébé plus beau que le sien. Il a des cheveux noirs, ils sont peut-être éparses mais elle en discerne les boucles, il a des yeux aussi verts que les siens, son petit nez est parfait, sa petite bouche aussi.

Il est splendide.

Le seul problème, c'est qu'il est mort.

Elle a tout essayé pourtant, elle lui a murmuré que Maman était là, qu'il était en sécurité, elle lui a fait de tendres bisous, lui a même soufflé dans la bouche pour le faire respirer. Pourtant, il reste inanimé et elle sent au regard désolé du mestre qu'il restera ainsi pour toujours.

Tout ce qu'elle peut faire, lui explique le mestre, c'est le serrer encore un peu dans ses bras et lui dire au revoir tranquillement.

Malheureusement, Robert arrive, ordonne qu'on s'empresse d'enterrer cet héritier perdu.

Cersei n'a pas l'occasion de lui dire qu'elle aimerait bien quelques minutes de plus avec son enfant – ce n'est pas comme si Robert avait prit la peine de lui demander son avis.

Le bébé est magnifique.

Il est bien différent de son frère parti trop tôt, mais Cersei le trouve tout aussi beau. Et cette fois-ci, Joffrey vit. Il respire, il crie, il pleure, autant de sons dont Cersei se repaît.

À ses côtés, Robert sourit, la félicite même.

- Un enfant robuste ! Et un garçon !

Son bonheur est visible et, un instant, Cersei se plaît à croire que les cicatrices du passé pourraient se refermer pour laisser place à un futur aussi brillant que ce garçon.

Mais le mestre surgit alors, demanda un prénom.

- Joffrey, répond Robert sans même la regarder.

Joffrey.

C'est un beau prénom. Mais c'est un prénom qu'il lui impose, sans même lui demander si il lui convient ; or, c'est elle qui a passé trente-six heures à souffrir pour faire naître ce bébé. N'aurait-il pas pu lui demander son accord, ne serait-ce que pour la forme ?

Robert est heureux.

L'accouchement s'est bien passé. Elle a donné naissance à une fille, il aurait préféré un autre garçon pour assurer la succession, mais une fille, ce n'est pas si mal, on peut toujours créer des alliances avec.

Alors Robert sourit et Cersei sourit de le voir enthousiaste.

Néanmoins, sa joie se meurt quand il s'approche d'elle.

- J'ai mal à la tête, murmura-t-elle.

Cette fois-ci, elle ne ment même pas. Sa tête est fracassée, son corps éprouvé par l'épreuve, son cœur remué par la peur de revivre le même drame que lors de son premier accouchement.

Toutefois, Robert a l'air de s'en moquer.

- Un autre prince, cela ne ferait pas de mal.

Et peut-être est-ce parce qu'elle a trop hurlé à cause des contractions ou peut-être parce qu'elle sait bien que Robert ne lui a jamais demandé son accord, quoi qu'il en soit, elle se tait.

C'est ce qu'elle a de mieux à faire, de toute manière.

Robert est à moitié mort.

Cersei pourrait en être heureuse. Malheureusement, à moitié mort c'est tout de même à moitié vivant, et ça reste bien trop. Elle se demande comment un écuyer et un sanglier peuvent être aussi incompétents mais se dit avec fatalisme qu'elle aurait dû se douter qu'elle devrait finir par faire le travail elle-même.

Alors elle se lève, va chercher un oreiller.

Elle ne demande pas à Robert si il est d'accord pour qu'elle le lui presse longtemps sur le visage.

Elle suppose qu'il aurait dit non.

Elle suppose aussi que même si il l'avait fait, elle n'en aurait pas tenu compte. Ce n'était pas comme si il avait écouté ses non à elle, les rares fois où il a prit la peine de la laisser parler.

Alors elle presse l'oreiller, encore et encore.

Et quand le cœur s'arrête, elle sourit.