Guest : J'espère que ta semaine est passé vite comme tu l'espérais et qu'elle s'est bien passé surtout :P Bonne lecture !
Il avait promis de se tenir à carreau. Pour autant, Eren n'avait qu'une envie, celle de garder le nez en l'air et allait fouiller les moindres recoins du camp ennemi. Peut-être aurait-il le droit de le faire une fois les pourparlers finis ?
— Eren ?
Il jeta un œil à Historia. Ils étaient en train de se rendre dans la salle du château, avec les gardes postés au même endroit que la veille et autant de poussière.
— Oui ?
— Je te sens dissipé.
Il retint une grimace et plaqua un sourire de convention sur ses lèvres quand ils arrivèrent devant la porte, où les attendaient déjà les deux Homidés.
Eren sentait la sueur émaner de Daris Zackley avant même qu'il soit proche. Ainsi que de la peur ? Non. Plutôt de l'appréhension.
Historia lui lança une œillade. Ils avaient reniflé la même chose.
— Bonjour, j'espère que vous avez bien dormi, lança Erwin.
Ils ne dirent rien. N'étant pas sûr de la hiérarchie chez les Homidé, mais chez eux, c'était à Historia de prendre parole en premier.
— Oui, merci, j'espère qu'elle vous a apporté autant de sagesse qu'à nous.
— Plus que vous pourriez l'espérer, sourit Daris.
Historia garda un visage neutre, contrairement à Eren qui afficha clairement son scepticisme. Il faisait déjà un gros effort avec ces foutus pourparlers, il n'allait pas non plus garder toutes ses émotions pour lui. Il était soldat, pas politicien, râla-t-il intérieurement.
Un garde Homidé leur ouvrit la porte et ils s'installèrent dans la petite salle, qui n'avait en rien changé de la veille. Il réussit à ne pas retrousser le nez et s'assit sur sa chaise sans plus de cérémonie.
Il prit le temps d'observer le major Erwin Smith. Ses cheveux plaqués lui donnaient un air d'élève modèle, ses sourcils épais ne lui plaisaient pas et la malice qu'il lisait dans ses yeux non plus. Son sourire ? Encore moins. Cet Homidé avait quelque chose derrière la tête, c'était certain.
Il laissa son regard traîné sur Historia, toujours aussi belle et gracieuse. Grâce à elle, il arrivait aussi à oublier un peu l'affreux parfum que dégageait l'autre espèce.
Erwin toussota pour se donner contenance.
— Hier, nous avons décidé de changer de place nos troupes à plus d'une cinquantaine de kilomètres des frontières actuelles. Nous étions en désaccord sur ces dernières et, ils nous semblent logiques de laisser nos rois respectifs décider seuls de ce sujet.
Les trois autres acquiescèrent. Même si Historia n'était pas la tête gouvernante de son territoire, elle avait assez d'influence auprès de son père pour le faire changer d'avis si la réponse des Homidé ne lui plaisait pas dans le futur.
— Nous étions aussi en désaccord concernant les différentes terres acquises durant la guerre, que ce soit celle du Nord ou celle du Sud.
Et à moins d'une illumination, ça ne changera pas, souffla intérieurement Eren, il allait être bloqué ici un jour de plus.
— Après mûre réflexion, nous avons un compromis à vous proposer.
Historia se tourna vers lui. Apparemment, la démonstration de stupidité de Daris lui avait valu un rétrogradage des plus intéressants. Ou alors le major Smith était bien plus intelligent qu'il ne le laissait paraître.
— Je vous écoute.
— Nous vous laissons les terres du nord. Du moins, celle qui entoure le fleuve, il nous faudra aviser la nouvelle frontière en vous garantissant un minimum de marge pour le protéger en cas de… Problème futur.
Par là, ils entendirent tous la même chose : "en cas de guerre future".
— Cependant, reprit Erwin, concernant les terres du sud, nous souhaitions vous proposer d'en faire une terre neutre.
Ils restèrent interdits de longues minutes.
— Vous êtes en train de nous proposer de former une région gouvernée par nos deux pays ? lâcha Historia.
— C'est cela.
Une bouffée de chaleur prit Eren à la gorge, sa chaise bascula dans le vide sans qu'il n'y songe.
— Eren.
La voix d'Historia claqua.
Il ouvrit légèrement la bouche, mais se ravisa au dernier moment sous son regard noir. D'un coup sec, il releva sa chaise et s'assit lourdement dessus.
— C'est une idée qui mérite réflexion.
Nouveau silence.
Historia reprit :
— Comment pourrions-nous gouverner à deux pays ? Il faudrait déjà que nos deux peuples acceptent de cohabiter. Je sais que beaucoup d'entre eux veulent seulement retrouver la terre de leurs ancêtres et seraient prêts à accepter cette condition déplaisante. Mais vous ? Aucun Homidé n'habite là-bas, n'est-ce pas ? Comment pourriez-vous faire venir votre espèce et leur donner envie d'y vivre ?
Tout en parlant, Erwin prit son menton entre deux doigts tandis que son regard resta vague, perdu dans ses pensées.
— C'est l'une des régions les moins touchées, puisque nous avons évacué la plupart de nos civils… Il y a moins de rancune, car moins de morts parmi eux. De plus, c'est une très belle région, que ce soit par l'emplacement, le soleil plus présent ou les cultures qu'elle peut représenter. Nous vérifierons leurs intentions avant de laisser s'installer n'importe qui et le mieux serait de commencer par quelques villes dans un périmètre restreint. Concernant le gouvernement, il faudrait pouvoir représenter nos deux parties avec des gens du peuple et garder des personnes de notre noblesse pour représenter les choix de nos gouvernements et nous accorder.
Il fit une légère pause et ramena son attention sur les Valgulfr présents.
— Ce sera difficile. Compliqué et peut-être même impossible si les rancunes persistent, mais si nous souhaitons créer une paix permanente, nous ne pouvons laisser cette entreprise devenir hasardeuse. Il nous faut la créer nous-mêmes et la soutenir pour qu'elle puisse s'épanouir et persister dans le temps. Vous ne pensez pas ?
Historia resta neutre, le cerveau en pleine ébullition.
Eren se mordit doucement la main. Il avait envie de hurler que non, mais il était presque certain que cette foutue idée n'était pas mauvaise. Il ne restait plus qu'à savoir si Historia serait capable d'accepter cette hypothèse et d'essayer de la mettre en place.
— Nous pourrions éviter des bains de sang et des vengeances stupides. Je ne crains pas cela de nos civils. Je les crains bien plus de nos soldats.
— Faisons-les intervenir en premier, répliqua Erwin.
— Vous souhaitez créer un climat de paix ou une putain de blague propice à une nouvelle bataille ? ragea Eren.
Erwin planta ses yeux dans les siens. Toute sa détermination le prit de court.
— Nous sommes ici pour discuter de la vie de tous nos concitoyens, chien fou. Nous savons parfaitement qui tu es et nous avons arrêté de compter le nombre de victimes que tu as fait, que ce soit dans mes divisions ou dans celui des forces terrestres. Pourtant, as-tu seulement senti une seule fois mon envie de te tuer ? Ou celle de mes soldats d'attenter à vos jours ?
La riposte le cloua quelques instants. Il détestait ce surnom à la con, mais il l'avait mérité lors de ses débuts. Les premières fois, il lui avait été impossible de contrôler son loup sous le coup de la rage et bien qu'il en avait fait une force par la suite, les Homidé n'avaient pas oublié la folie qui l'avait pris. Pire même, il avait réussi à se maîtriser et était capable d'un sang froid exemplaire lorsqu'il devait arracher leur vie, ce qu'ils considéraient également comme de la folie.
Rage ou extrême froideur, pour eux, ça revenait au même : il devait juste être fou. Enfin, en ce qui concernait les Valgulfr. Les Homidé avaient le même genre de personne, mais eux, ils les traitaient en héros.
— Vos… soldats, ont fait autant de dégât que les nôtres, nous ne sommes pas là pour compter les morts que nous avons sur la conscience. Nous n'avions pas le choix, pesta Eren.
— Tu n'as pas répondu à ma question, as-tu senti une envie de meurtre de notre part depuis que tu es arrivé ici ?
Piqué au vif, l'embarras le saisit.
— Non, chuchota-t-il.
— Nous voulons tous faire avancer les choses. Nous ne sommes pas des hommes mi-bêtes, mais nous sommes parfaitement capables de saisir vos envies meurtrières également. S'il y a une chose que nous pouvons affirmer grâce à cette entrevue c'est que, même si une rancœur persiste, nous sommes tous d'accord sur le fait que nous n'avons pas envie de provoquer de nouvelles batailles.
Historia s'adossa à sa chaise, fixa quelques secondes Daris qui n'avait pas ouvert la bouche une seule fois, pour finalement poser les yeux sur Erwin.
— Les soldats sont ceux qui ont vu le plus d'horreur. Même si nos espèces se détestent, ils savent la douleur et les problèmes qui peuvent découler d'un simple combat. En effet, si nous arrivons à les faire vivre ensemble, il sera peut-être plus facile pour les civils d'appréhender la cohabitation…
Eren observa Daris. Cette idée farfelue ne l'enchantait guère, mais il savait faire fonctionner ses méninges. Contrairement à Daris qui faisait acte de présence, mais qui rongeait son frein et sa haine. Toutefois, sa rancœur n'était pas dirigée vers eux, mais vers son propre collègue, sa propre espèce.
Cet Homidé était détestable.
