Eren bailla à s'en décrocher la mâchoire.
Deux semaines. Deux semaines qu'il avait mordu Livaï et qu'il ne lui parlait que pour prendre des décisions professionnelles, si l'on pouvait parler ainsi. Deux semaines que son loup le remuait dans tous les sens, surtout le soir, pour l'obliger à sortir et à aller voir le commandant. Ce qu'il se refusait de faire. Jusqu'à ce qu'un beau matin, il se réveille sur le toit face à la maison qu'il occupait.
Il grimaça. Ca n'était jamais arrivé que la bête prenne le pas sur l'homme, mais il devait être tellement fatigué qu'il avait dû répondre à ses instincts. Et le pire de cette situation, c'est qu'il ne pouvait même pas en parler à Armin, qui lui faisait la gueule. Depuis que ce dernier avait appris pour la morsure non-consentie du second parti, il refusait de lui parler tant qu'il n'irait pas expliquer à Livaï ce qu'il allait lui arriver. Enfin, leur arrive. C'était déjà même en cours de progression selon son avis, mais il refusait de céder.
Par pure égoïsme. Il s'était déjà fait rejeter une fois, voire deux, enfin de compte, il ne tolérerait pas une troisième. Puis, ce n'était pas sa faute si Livaï ne voulait rien entendre. Surtout que maintenant, Livaï ressentait les mêmes émotions que lui !
Le cœur d'Eren se serra de culpabilité. On ne Liait pas quelqu'un comme ça, et encore moins si la personne était étrangère à leur culture mais… Il se réjouissait peut-être de voir Livaï aussi mal dormir et se prendre autant la tête, sans savoir pourquoi.
Oh, au bout d'une semaine, le commandant avait essayé de l'attraper mais sans résultat, il se débrouillait toujours pour qu'il y est du monde autour et que la question ne soit pas abordée.
Eren était une personne horrible.
Il soupira au constat de sa propre conscience.
— Chef !
Il se tourna et salua Connie, qui venait de le héler.
— Le chariot de nourriture est arrivé, celui des Homidés, euh… Des Humains aussi ! Leur premier, ils vont pouvoir manger à nouveau quelques légumes de leur pays, la plupart des gars sont trop contents, sourit-il.
Suite aux récentes pluies, le ravitaillement du côtés des Homidés n'avait pu aboutir. Les Valgulfr en envoyaient donc deux fois plus pour combler le manque mais leur nourriture n'étant pas la même que celles des Homidés, certains d'entre eux faisaient la moue quand ils devaient manger.
Fort heureusement, ils arrivaient encore à contenter tout le monde en chassant la viande des alentours.
— Niccolo est parti le vérifier ?
— Ouais, chef, et comme j'ai croisé Erd en venant, il a dit qu'il préviendrait le commandant.
— Bien, on va aller inspecter le nôtre.
Connie sifflota de joie tandis qu'Eren continuait de se perdre dans ses pensées. Enfin, non, il était plutôt étonné de ne pas avoir encore vu le capitaine. Il avait pour habitude de se réveiller très tôt et de le croiser avant midi. La pause déjeuner était déjà terminée depuis un bon moment et le soleil était à au trois quart de sa course.
Le printemps s'installait, au point que la plupart des mâles ôtait leur t-shirt pour travailler et que les femelles de leur race, moins pudique que celles des Humains, faisaient de même avec un simple bandeau pour tenir leur poitrine. Enfin ça, c'était pour les bâtisseurs et les cuisiniers. Eren avait refusé cette faveur aux personnes de gardes et au chasseurs. Beaucoup de Valgulfr s'en plaignaient mais, pour lui, il était presque certain qu'ils allaient se transformer s'ils sentaient que les tissus ne les gênait pas pour le faire.
Après tout, c'était le printemps.
Il grimaça.
— Chef ?
— Quoi ?
Connie resta interdit quelques secondes.
— Vous allez m'engueuler si je dis que vous avez l'air ailleurs ou de mauvaise humeur ?
— Oui.
— Très bien, je le dirais pas alors mais si vous voulez rester ailleurs, je commence l'inventaire du chariot sans vous…
Agacé par sa bêtise criante de vérité, Eren soupira et se concentra à nouveau. Il valait mieux qu'il s'occupe plutôt qu'il continue de ruminer. Après tout, c'était idiot de ressasser au sujet d'une situation qu'il avait lui-même créer. Oui mais s'il n'évitait pas Livaï il ne pourrait pas se retenir de le prendre dans ses bras. Et incapable de le lâcher après. Pas avec cette odeur si addictive. Ni ses yeux orageux. Ou ses cheveux si fins.
— Putain ! hurla-t-il.
Connie sursauta, tout comme les personnes présentes.
— Euh, chef… Si vous avez pas envie de vous embêter...
— Non. Ça va. Tout va très bien, grogna ce dernier.
— C'est rare que vous soyez vulgaire pour rien, quand même.
Il jeta un regard assassin à son ami. Qui n'allait bientôt plus faire partie de cette catégorie s'il continuait ainsi.
— Je me tais.
— Tu ferais mieux.
Les sacs et caisses de provisions passèrent devant eux. Calepin à la main, Connie et lui marquèrent absolument tout. Sous les directives d'Eren, ils vérifièrent le tout une seconde fois. Trop obnubilé par autre chose, il avait peur d'avoir manqué des caisses mais ça, il ne l'avoua pas.
Connie s'étira une fois leur tâche terminée.
— Une bonne chose de terminée, chef !
Pas de réponse.
— Chef ?
— Hm?
Connie fit la moue.
— J'étais en train de… Non, rien. Vous savez, peut-être que vous devriez vous reposer un peu. On voit tous que vous êtes ailleurs. D'ailleurs, le commandant aussi. J'sais que je devrais pas demander mais vous vous voyez pas tant que ça et pourtant, j'ai eu l'impression de sentir votre odeur sur lui… Vous faites souvent des réunions tardives, en fait ?
Eren blanchit et tourna vivement la tête pour que son compagnon ne le remarque pas.
— C'est ça. Enfin, pas tout le temps mais le commandant manque d'affaires alors il en a encore à moi, aussi. Ça doit être ça.
— Maintenant que vous le dites !
Connie était loin d'être idiot. Il avait sûrement remarqué aussi l'éloignement d'Armin alors que leur affection était connue de tous, cependant… il était parfois niais et ça avait de nombreux avantages. Comme celui d'éviter d'expliquer la situation actuelle.
— Chef Jaeger !
Petra arriva en courant jusqu'à lui. Il avait expliqué et demandé, ou plutôt ordonné à ce qu'on s'adresse à lui en tant que "chef" puisque le nom de "Gödi" l'horripilait de plus en plus. D'autant qu'il avait l'habitude de se sobriquet dans l'armée, et qu'au moins, ça ne changerait pas celle de ses anciens camarades tels que Connie ou Sasha. Néanmoins, dans la bouche d'un Humain, ça lui faisait toujours quelque chose de bizarre.
Petra arriva jusqu'à eux, essoufflée et paniquée.
— Qu'est-ce qui se passe ?
— Le commandant a disparu !
Un ange passa.
— Pardon ?
— Le commandant ! On le trouve nulle part… Quand il s'éloigne ou autre, il nous prévient forcément mais là, c'est comme s'il s'était évanoui… Vous ne l'avez pas vu ? Du tout ?
Eren fronça les sourcils.
Non, il ne l'avait pas vu de la journée et lui-même s'en était étonné quelques heures auparavant.
— Depuis quand ?
— Eh bien… C'est un peu flou mais moi, je l'ai aperçu au déjeuner, et quelques ouvriers disent l'avoir aperçu vers la fontaine… C'est vrai qu'il y est souvent ces derniers temps mais je n'ai rien trouvé de ce côté-là même après avoir fouillé les maisons…
Elle se mordit la lèvre, inquiète.
Eren se redressa.
— Près de la fontaine ?
Elle hocha la tête plusieurs fois :
— Oui, oui, on l'y croise régulièrement. Je ne sais pas ce qu'il y fait mais tout le monde est formel, il y est souvent.
L'expression d'Eren parla pour lui.
— Vous savez quelque chose ? demanda-t-elle.
Il se ressaissit :
— Non mais s'il allait mal, je le saurais donc… Ça ne doit être rien de bien grave. Nos soldats ont essayé de le chercher avec vous ?
— Non… Ils sont déjà bien occupés et moi-même je n'ai demandé qu'à quelques personnes de m'aider. Si c'est rien, comme vous dîtes, le commandant va me gronder d'avoir déplacé des foules.
Eren songea. Même si Freyr ou Freya ne lui parlait pas, ils lui transmettaient tout de même des émotions ou des intuitions donc s'il était arrivé quelque chose à Livaï, il aurait dû le sentir. Quant au Lien, il n'était qu'à moitié fait donc il ne comptait pas trop dessus, puisque c'est Livaï qui ressentait Eren, mais pas l'inverse.
D'ailleurs, du côté de Livaï, ça devait être assez insupportable ou l'influencer assez pour qu'il fasse quelque chose qu'aucun Humain n'avait encore fait. Du moins, s'il traînait vraiment du côté de la fontaine depuis plusieurs jours. Ou semaines.
— Dites, comment vous pourriez savoir quoi que ce soit s'il allait mal ? lâcha Petra, toujours inquiète.
— Notre chef est béni par-
— Connie, tais-toi, le coupa Eren : "Je pense savoir où est ton commandant, alors tu peux retourner à tes tâches, Petra. Il va bien, même sans le voir, je te l'assure."
Il se tourna vers Connie et ajouta :
— Range la nourriture et avise les stocks que nous avons pour les semaines à venir avec Niccolo. J'attends ton rapport demain matin.
Sans un mot de plus, il s'élança au pas de course jusqu'au centre-ville.
Les Valgulfr étaient plus rapide que les Humains, même sur deux pattes. Il entendit à peine Petra crier qu'elle voulait des nouvelles qu'il atteignait la sortie du camp quelques secondes après.
Il lui fallut deux bonnes minutes pour atteindre la ville et une de plus pour arriver à l'entrée du temple de Freya.
Essouflé et en sueur, il poussa la porte qui s'ouvrit sans faire de bruit. Beaucoup d'entre eux venait le matin et le soir mais peu la journée. Ils étaient trop occupés au travail pour, mais au moins, le temple commençait à nouveau à sentir la vie dans ses murs.
Sans grande considération pour sa déesse, il était sûr qu'elle comprendrait, il s'avança et découvrit rapidement le corps du commandant. Allongé, près de l'un des piliers au plus proche de la statue.
Étendu sur le côté, il avait un bras replié sous sa tête et une jambe fléchit. Ses bottes n'étaient qu'à moitié noué par-dessus son jean militaire et contrairement à son habitude, il était vêtu d'un simple t-shirt, plutôt ample.
Eren s'approcha à pas de loup et s'agenouilla près de son corps. Le teint plus blanc qu'à l'accoutumé et les cernes violacées lui mirent un coup dans le coeur. Doublement coupable de l'avoir fui et mis dans cet état, il caressa ses cheveux tendrement.
Il avait bien compris qu'il était cruel, mais il ne pensait pas l'avoir été à ce point là. Livaï cachait bien son jeu quand il était réveillé.
— Finalement, il doit encore moins bien dormir que moi, je suis vraiment con… murmura-t-il.
La légère brise qu'il ressentit lui confirma ses propos, il grimaça et jeta un œil mécontent à la statue.
— J'en suis là à cause de vous, pesta-t-il toujours à voix basse avant de soupirer.
Il soupira juste après et s'approcha un peu plus de Livaï. Le temple était un endroit de calme et de sérénité, mais certainement pas un endroit où dormir confortablement.
Dans une délicatesse qu'il ne se connaissait pas, il le prit dans ses bras et se leva.
Plus lourd qu'il ne le paraissait, Eren pria pour ne croiser personne jusqu'aux appartements du commandant.
ET PAF FINALEMENT NON AHAHHAHA
Ahem, j'ai été plutôt discrète récemment mais merci aux followers, merci aux dernières reviews et merci aux lecteurs ! Bien que vous soyez discrets, je vois les chiffres et je suis ravie que vous soyez toujours présents ! J'espère tout de même avoir quelques avis, n'hésitez pas !
Cia o/
À la semaine prochaine ! :D
