D'un coup brutal, Hanji ouvrit la porte.

— Hé, Livaï ! Oh. Ohoh. Ohohoh ! Oh merde !

Hanji évita d'un cheveux la dague, qui se planta dans le bois de la porte. Elle referma rapidement cette dernière en explosant de rire.

Les bruits de pas la firent déguerpir en quelques secondes de la maison. Livaï s'arrêta sur le bas de la porte d'entrée, pesta de voir que l'aube n'était même pas installé, frissonna, soupira, puis finalement remonta et attrapa sa dague au passage.

Rentrant dans la chambre, il jeta un coup d'oeil à son lit avant de prendre ses vêtements d'un geste las, ainsi que ses armes.

— L'est quelle heure ? marmonna Eren.

— Tôt. Trop tôt. Le soleil est pas encore levé.

Eren grommela quelque chose d'inaudible, et Livaï en profita pour sortir sans un mot de plus.

Il tressaillit à l'air frais du petit matin et s'avança en direction du lieu de déjeuner. S'il avait de la chance, ce qui était rarement le cas, il réussirait à faire taire Hanji avant qu'elle ne déblatèrent toutes les conneries possibles et inimaginables. Au moins, elle ne pourrait pas le faire avec beaucoup de monde à cette heure-là.

Il arriva plus rapidement qu'il ne le pensait et entendit plusieurs voix :

— Donc, vous n'aimez pas dormir avec du monde ?

— Parce que vous aimez partager votre lit avec n'importe qui, vous ?

— Hanji, qu'est-ce qu'il se passe ?

Livaï lança sa dague. Hanji glapit quand elle se ficha dans le bois d'une charette, derrière elle.

— Commandant ! lança Petra, surprise.

— Euh, on a beau savoir que vous êtes l'une des grandes figures de la guerre, vous pourriez éviter ça, à l'avenir ? demanda gentiment Connie, apeuré.

Hanji fit quelques pas en arrière, prête à se sauver.

— J'en ai deux autres sur moi, et je raterai pas tes jambes si tu te barres.

Hanji déglutit bruyamment.

— Non mais… Tu sais, je voulais juste savoir ce qu'il en était… Je m'y attendais pas apr-.

— Il fait pas encore jour, binoclarde, alors on peut savoir pourquoi t'es venu me réveiller avant même que les cuisiniers aient fini de préparer le p'tit dej' ?

Armin arriva à ce moment-là. Si on lui avait fourni un couteau, il aurait pu couper l'atmosphère avec.

— Il y a un problème ?

Petra lui sourit, crispée :

— Rien d'ingérable.

— Ah, Hanji, gérable, ironisa le commandant : "j'aurais tout entendu. Alors, ma réponse ?"

— Non, mais tu vois, je voulais voir Eren pour lui demander deux-trois choses au sujet des Valgulfr, et finalement quand j'ai vu qu'il était-.

Une seconde lame lui entailla la joue et se perdit dans la forêt, à une cinquantaine de mètres plus loin.

— Enfin, me demande pas de t'expliquer si tu essaies de me tuer quand je le fais !

Le regard de Livaï fut noir. Il était certain qu'elle avait compris le message "personne ne doit savoir qu'on pionce ensemble" et pourtant, elle lança :

— Eh oh, c'est pas ma faute si tu te tapes le-

Le troisième couteau lui entailla l'autre joue. Il en sortit un autre de sa longue botte.

— T'avais dis qu'il t'en restait que deux !

— J'ai menti.

Grand moment de silence.

— Ok, alors tu sais quoi, on peut pas parler décemment avec toi, de toute manière, fit-elle en croisant les bras.

— Dixit la nana qui est venu me réveiller avant l'aube.

— Oh parce que tu as tant besoin de sommeil ? nargua-t-elle.

Un bond lui permit d'esquiver la quatrième lame, mais pas le coup de pied en plein ventre qu'il lui envoya.

À genoux, plier en deux au sol, elle lâcha dans un souffle :

— Depuis quand t'es aussi rapide ?

— Petra.

— Ou-oui ?

— Attache Hanji à un arbre et bâillonne la, ordonna Livaï.

— Oula, j'ai bien fait de me lever, finalement, lança Eren en s'étirant.

— J'crois pas, répondit Livaï du tac-o-tac.

— Tu peux retourner te coucher, toi, si c'est que ça.

Cette fois, ce fut Eren qui se prit ses foudres, ce que le Valgulfr ignora facilement. Il avait prit l'habitude de la mauvaise humeur du commandant. Il en riait même à ses dépends, désormais. Bien qu'au fond, c'était sa faute. Livaï ressentait toute l'accumulation de la frustration et de la colère qu'il avait gardé ces dernières années. Il devrait peut-être s'en excuser.

Il observa le commandant passer sa mauvaise humeur sur Hanji, et sourit. Non, pour le moment, il ne s'excuserait pas puisqu'il n'en était absolument pas désolé. Puis, de base, Livaï n'était pas connu pour son sang-froid absolu hors des champs de bataille.

Ils prirent leur petit déjeuner tous ensemble, sous les regards implorants d'Hanji et finirent par partir chacun de leur côté à leur tâche.

De longues heures s'écoulèrent, et Livaï eut l'impression de passer une semaine en une journée. Il n'avait eu aucun problème majeur jusqu'à présent et il fallait que le lendemain de l'arrivée d'Hanji, des disputes inter-espèce éclate pour un regard mal placé ou une moquerie de trop.

Eren et lui avait également reçu des messagers des délégations. Ces dernières, envoyées dans la région pour vérifier l'état des lieux et avoir des rapports plus complets sur l'état de routes, des villes et villages ainsi que des dégâts par rapport à l'inondation précédente. Finalement, ils avaient imaginé plus de mal que la réalité, et ils s'en félicitaient. Il y avait quand même des problèmes à résoudre mais rien d'insurmontable. Si seulement ils avaient le temps et assez d'énergie pour le faire.

Surtout qu'après une énième interpellation, avant le milieu d'après-midi, Eren en avait profité pour disparaître et lui laisser le camp à charge.

Quel enfoiré !

Il posa violemment un dossier qu'il avait dans les mains. Le bois de la table craqua.

— Commandant, ne déchirait pas les feuilles et ne cassait pas la table, s'il vous plaît.

Étrangement, la voix d'Armin ne l'agaça pas. Quiconque aurait eu l'idée de partir ou encore de se taire, sauf lui.

— T'es un Omega, non ?

— Euh, oui.

— C'est pas votre classe qui sert de punching-ball aux autres ?

L'expression d'Armin passa de l'étonnement à l'agacement, puis à la compréhension.

— Non. Contrairement à ce que vous semblez croire, nous ne sommes pas des choses à frapper dès que nos humeurs ne sont pas au rendez-vous. Si on parait être en bas de la chaîne, c'est parce que sous forme de loup, nous sommes les derniers à nous nourrir. Pour autant, notre rôle est d'endiguer les crises et de calmer l'ensemble de la troupe si besoin. Je ne me qualifierai pas de sac de frappe, puisque je n'ai jamais eu cette utilité. Ni moi, ni mes phéromones, expliqua Armin comme un professeur.

Livaï passa un bras derrière le dossier de la chaise et le fixa.

— Donc si j'ai pas envie de te fracasser, c'est à cause de tes phéromones… Je comprends mieux pourquoi t'es le second du gamin.

— Pourriez-vous éviter de l'appeler ainsi ? C'est dégradant. Pas seulement pour lui, mais aussi pour notre espèce puisqu'il nous représente. Même s'il a agit comme un idiot envers vous, je ne pense pas que ce soit une raison suffisante.

— Donc t'es au courant.

Armin hocha la tête et rangea correctement les feuilles qui s'étaient étalées.

— Il vous a expliqué ce qu'était un Bashert ainsi que la morsure, d'après ce qu'il m'a dit, ça ne vous enchante pas.

— Si les Omega sont censés calmer les tensions, t'es pas plutôt en train de mettre les pieds dans le plat, là ? maugréa Livaï.

— Parfois, il faut en passer par là pour que les personnes se rendent compte de leur erreur.

— Oh, donc je fais erreur. Je devrais me coltiner un sale gosse toute ma putain de vie parce que votre déesse se fait chier, et c'est moi qui fais erreur.

Armin lissa les feuilles une dernière fois, se leva avec son paquet et se dirigea vers la sortie.

— Si la seule chose qui vous pose problème est qu'on vous ait trouvé l'amour sans que vous le demandiez, je pense que beaucoup de personne aimerait être à votre place, et aussi que vous êtes stupides de vous attardez sur ce détail, plutôt que sur d'autres.

Ça y est, Livaï était de nouveau agacé. Et cette fois, ça venait bel et bien de lui.

— Qu'est-ce que tu veux dire ?

— Eh bien, Eren a dû vous le dire mais avoir un Bashert n'est pas si commun que ça, et à votre place, j'aimerais plutôt savoir pourquoi j'ai été choisi plutôt que de ruminer sur le fait qu'on m'oblige à être attiré par quelqu'un, non ? Après tout, si vous n'aviez pas été au courant de cette histoire d'âme-soeur comme vous les appelez, vous auriez très bien pu être attiré par lui.

Sur cette tirade, Armin sortit et ferma la porte derrière lui.

Il avait eu raison de se dépêcher de le faire, car depuis ce matin, les dagues que Livaï avaient sur lui le démangeait. Cependant, il en avait ras-le-bol.

Il se leva d'un bond, laissa tomber sa chaise au sol sans en avoir cure, sortit à son tour et héla Armin.

— D'emmerde toi pour la fin de la journée, moi aussi, je prends congé !

Il tourna les talons et se dirigea vers son cheval, qui n'était jamais très loin, le monta et s'en alla sans un mot de plus.