Livaï estimait avoir bien assez fait ces derniers jours et surtout aujourd'hui ! Plus de six querelles stupides, et il était certain que c'était dû à Hanji qui s'était échappé il ne savait comment de ses liens le matin même. Sans oublier ses messagers et les demandes de mouvements et directions que devaient prendre les délégations, les explications plus que sombres d'Hanji la veille et la fuite d'Eren qui l'obligeait à mettre en place la plupart des plans avec Armin. Armin qui tentait de lui faire la moral.
Il était Humain, pas Déesses ou Dieu, merde à la fin !
Il estimait qu'il avait largement eut le droit de planter Armin comme ça, et de le laisser gérer tout seul le reste du bordel de la journée.
Il s'enfonça dans la forêt, vers le Sud pour une fois, et se laissa guider par son cheval. Ce dernier évita habilement les troncs et les quelques fourrées, avant de trotter gaiement au milieu des arbres. Livaï ne s'était pas occupé de lui depuis plusieurs jours et le regrettait un peu. C'était l'un des rares à avoir survécu auprès de lui et il ne se voyait plus sans désormais. L'étalon lui avait donné du fil à retordre au début, avant de s'avérer l'un des plus rapides et son fidèle allié.
Il le laissa gambader là où il le souhaitait. Livaï n'avait pas de destination en tête si ce n'était loin du camp et des emmerdes qu'il y avait laissé.
Lorsqu'il entendit une rivière, il arrêta sa monture. Maintenant qu'il y songeait, il n'avait pas pris de quoi boire, ni de quoi manger en partant, et il commençait sérieusement à avoir soif.
Pour la première fois depuis sa chevauchée, il choisit la direction et s'enfonça un peu plus. Il déboucha près de la rivière, à l'orée d'un parterre dégagé. Son cheval s'arrêta sous le couvert des arbres, qui s'organisait dans un demi-cercle parfait pour atteindre la rivière.
Le soleil déclinant lui fit plisser les yeux. Projetant dix milles couleurs entre le vert, le bleu et le gris, les pieds dans l'eau, une personne lui tournait le dos. Il aurait pu la reconnaitre entre mille.
— Eren.
Ce n'était qu'un souffle, et pourtant, il sembla l'entendre puisqu'il se tourna vers lui et l'observa, curieux. Un sourire se dessina sur ses lèvres et il murmura à son tour :
— Livaï.
Un peu agacé, mais toujours assoiffé, le commandant descendit de son cheval et le laissa vagabonder à sa guise.
Il s'approcha de l'eau, sous le regard du Valgulfr, et s'abreuva sans y prêter attention. Ce dernier rejoignit le bord, un poisson dans chaque main.
— Tu as faim ?
Livaï s'assit en tailleur et l'observa. Torse nu et le pantalon remonté, Eren semblait décontracté et dans son élément, en plein milieu d'une forêt probablement hostile. En plein printemps. Alors que le soleil déclinait.
— Tu m'as laissé gérer toutes les merdes.
— Ça ne me dit pas si tu as faim.
— Bien sûr que j'ai la dalle, mais…
Eren l'observa suite au silence.
— Mais ? demanda-t-il.
— Mais rien du tout, putain, j'en peux plus de vous, ni de cette situation ou encore de cette binoclarde à la con !
Eren s'avança vers un tas de bois que Livaï n'avait même pas vu, embrocha les poissons et les posa à côté des huit autres déjà présents.
— T'avais faim ou tu t'ennuyais juste ? demanda le commandant.
— Je sentais que j'allais avoir de la compagnie.
Par réflexe, Livaï sentit son léger haut, mais n'y trouva aucune odeur forte. À son geste, Eren rit, mais se reprit bien vite sous son regard.
— Je voulais dire que je le pressentais. Content que ça soit toi, j'avais pensé à Armin sur le coup.
— J'ai pas cherché à te trouver, j'voulais juste que le cheval se dégourdisse les pattes, et après j'ai eu soif.
Dans un sourire malicieux, Eren lui jeta un coup d'œil et alluma le feu.
— Tu essaies de te justifier ?
— Non, j'essaie de comprendre pourquoi j'suis tombé sur toi malgré l'immensité de cette putain de forêt.
— Ton cheval t'y a conduit.
— Mon cheval n'en a rien à foutre de toi.
— Peut-être mais toi, si, rétorqua malignement Eren.
— Les coups que je t'ai donné devaient être plus fort que je le pensais, grommela-t-il.
Le soleil déclinait peu à peu, les enveloppant dans une étreinte de ton chaud, agréable. Le bruit de la rivière berçait doucement Livaï. Il avait crié à Armin qu'il prenait congé, il ne le pensait pas nécessaire mais avec toutes les informations qu'il avait dû engloutir et traiter toute la journée, il devait en avoir plus besoin qu'il ne voulait l'admettre.
Il observa Eren, ses muscles roulaient sous sa peau, ses cheveux humides collaient à sa nuque et son pantalon en lin valorisait son teint hâlé. Les paroles d'Armin lui vinrent en mémoire et oui, il ne pouvait niait que le gamin était bien foutu. Pour un homme. Peut-être qu'il aurait pu lui plaire sans tout ça. Peut-être.
Il devait vraiment être fatigué.
Est-ce qu'il se mentait à lui-même, sûrement.
Livaï se leva à nouveau et s'aspergea le visage d'eau fraîche. Quand il rouvrit les yeux, il se sentait plus sûr de lui et plus réveillé. La rivière était claire, sentait le poisson, l'algue et l'été. Étrangement calme et heureux, Livaï fronça les sourcils et fut certain que ça, ça ne venait pas de lui.
Tournant le regard vers Eren, il plongea dans ses orbes d'émeraudes et y sentit la joie et le bonheur qu'il avait de le regarder. Ça lui tordit l'estomac.
— Qu'est-ce que tu peux bien attendre de moi, gamin ?
Pour la première fois depuis de longues semaines, Eren fut décontenancé :
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
— Que je comprends pas pourquoi tu t'attaches à moi. Tout ça pour suivre les ordres débiles d'une déesse qui doit l'être autant.
— Tu ne devrais pas insulter une divinité, tu sais ?
— Si Elle est pas contente, Elle n'avait qu'à pas me choisir. J'ai rien demandé et j'suis humain. J'devrais rien avoir à faire avec Elle, gronda Livaï.
— Pourquoi t'es obligé de réagir comme ça tout le temps ? grogna Eren.
Là, ils sentaient tous les deux la pointe d'agacement.
— Réagir comment ? Comme si on m'avait forcé de t'regarder comme le plus beau joyaux de la terre et que ça me fait chier parce que j'ai rien demandé ? rugit Livaï : "Ou encore que j'peux même pas agir de ma propre volonté et ça m'emmerde encore plus ? Parce que c'est le cas !"
Eren prit une teinte rosée, avant de rétorquer :
— Donc, tu t'es jamais dit que c'était une bonne chose ? Je connais pas ton passé et je le connaitrais sûrement jamais vu que t'es la pire tête de mule que je connais, mais je suis certain que t'as pas dû connaître beaucoup d'amour alors pourquoi maintenant qu'on t'en donne, tu n'en prends pas ?
D'un rire jaune, Livaï répliqua :
— Depuis quand les illusions sont de l'amour ?
Ce fut au tour d'Eren de rire.
— Donc, pour toi, sans ça, je ne suis qu'une horrible bête, laide et un gamin prétentieux ?
Livaï se leva d'un bond, il fit de même. Avant même qu'il ne puisse faire un pas, il se retrouva allongé au sol, sous un Valgulfr potentiellement énervé. Valgulfr qui faisait face à l'un des Humains les plus puissants des dernières décennies et qui lui rétorqua :
— Parce qu'objectivement, tu t'intéresse aux vieux chieurs ? Me fait pas rire gamin, y'aurait eu aucune putain de chance pour qu-.
Les lèvres d'Eren avalèrent la fin de sa phrase.
Figé, Livaï tenta de bouger ses bras, mais la force d'Eren l'immobilisait à l'aide de tout son poids.
Leurs odeurs tourbillonnèrent dans une bourrasque de vent, tandis qu'une langue intruse profita de son manque d'air pour passer la barrière de sa bouche. Taquine, elle commença un ballet avec sa jumelle. L'hibiscus le prenait à la gorge et les hanches d'Eren collaient aux siennes lui envoyaient un long message sensuel.
Eren coupa court aussi brusquement. La descente fut vertigineuse pour eux deux.
Les yeux en fusions, les oreilles sortis, il gronda plus qu'il ne parla :
— Je te veux et c'est la seule chose qui m'importe, déesse ou pas.
Les joues aussi rouges que ses lèvres, Livaï se les mordit violemment et projeta sa tête contre celle d'Eren aussi fort qu'il le put.
La douleur fut lancinante pour les deux et ils retombèrent au sol avec violence. Assez brutalement pour que ses oreilles disparaissent.
— Putain mais ça va pas ? hurla presque Eren.
— T'as qu'à réfléchir à tes actes deux minutes ! cria-t-il aussi fort.
— Et toi, tu pourrais pas arrêter deux minutes de te prendre la tête ?
— Parce que se laisser sauter par un putain de loup en rut, faut pas y réfléchir à deux fois ? mugit Livaï.
— Je suis pas en rut !
Il baissa soudainement la voix et ajouta :
— Pas encore.
— Pardon ? lâcha Livaï d'une voix blanche.
— Et t'es qu'un abruti, renchérit-il en l'ignorant.
Vexé, mais l'esprit encore embrumé par le baiser précédent, Livaï l'attrapa par l'épaule et par les cheveux et l'embrassa voracement à son tour.
Sans trop savoir comment, ils finirent par rouler plusieurs fois pour réussir à bloquer l'autre en dessous. Ce fut finalement la rivière qui les arrêta quand ils tombèrent dedans.
Les esprits à nouveau à leur place, trempés et à moitié l'un sur l'autre, il restèrent interdit de longues secondes. Jusqu'à ce qu'Eren explose de rire.
C'était un rire rauque, masculin et complètement naïf, pourtant Livaï sentit son coeur flancher pour la première fois. Et pas à cause d'une stupide malédiction de déesse, seulement à cause de ce rire, de cet eau qui tracait sa mâchoire et les lignes de son corps, de ces yeux joueurs et de ses cheveux trempés.
Eren était beau, heureux et amusé.
Et Livaï n'avait qu'une envie, le faire taire. Et toucher cette putain de peau. Chaude. Granulé. Agréable.
Merde.
L'euphorie d'Eren retomba peu à peu et ils restèrent ainsi de longues secondes. Doucement, comme par peur de l'effrayer, Eren tendit sa main et frôla sa joue, puis la prit en coupe. Livaï ne bougea pas. Il se sentait affreusement perdu. Les mains agrippées à ses épaules, il laissa Eren approcher son visage petit à petit, comme s'il était un animal effrayé.
Ce ne lui plaisait pas tant que ça mais au fond n'était-ce pas ce qu'il était ?
Dans une douceur qu'ils ne se connaissaient pas, leur souffle se mélangea, puis leurs lèvres s'éffleurèrent. Plusieurs fois. Finalement, dans un mouvement silencieux, maladroit, elles se rencontrèrent enfin. Bougeant dans un rythme nouveau, elles se découvrirent, s'entrouvrirent, se fermèrent, jouèrent.
Les mains glissèrent à leur tour, celles de Livaï jusqu'à son cou et dans ses cheveux, celles d'Eren jusqu'à sa nuque et dans le bas de son dos. Lentement, sûrement, ils se découvraient de la plus douce des manières.
Chacun avait eu ses conquêtes, chacun avait ses propres expériences mais pour eux deux, c'était nouveau. Eren le comprenait, sa hâte et son envie refoulés par la peur et le refus de Livaï étaient finalement une bonne chose.
Leur langue se trouvèrent à nouveau, dansèrent un slow dont eux seuls connaissaient la cadence, puis se détachèrent.
Le souffle irréguliers, les yeux perdus dans ceux de l'autre, n'ayant pas envie de bouger et ne sachant que faire, ils restèrent ainsi.
Livaï assis sur Eren, dans une eau bien trop froide pour leur corps brûlant.
