Historia sautilla sur sa chaise, se leva, fit quelques pas, puis afficha un grand sourire.
— Les nouvelles vous réjouissent à ce point ?
La voix calme de Mikasa lui fit relever les yeux.
Seules dans les appartements de la Konigïn, Historia ouvrait son courrier de bon matin.
— Mon très cher père, commença-t-elle sur le ton de l'ironie : "À plier face à ma volonté de me rendre en terre du sud, hier. Aujourd'hui, Armin me précise que tout va bien et…"
— Et ?
Historia sourit, scruta son garde de haut en bas, et laissa le coin de ses lèvres s'ourlaient.
Sans rien qu'elle n'ajoute, Mikasa savait déjà que c'était au sujet de son frère.
— Il va bien, n'est-ce pas ?
— Apparemment, et reste calme s'il te plaît, il aurait quelqu'un.
Les yeux de Mikasa s'agrandirent. Aucun de ses hommes n'avait mentionné cela dans leur rapport hebdomadaire. Est-ce que seul Armin le savait ? Eren cachait sa relation au grand jour ? Si oui, pourquoi ?
— Mikasa, revient sur terre et calme toi, Eren va bien, c'est l'important, non ? plaisanta sa Konigïn.
— Pourquoi cacher ça à mes hommes, alors ?
— Parce qu'Eren cache toujours des choses et que plus on l'épie, plus il le fait.
— Je n'aime pas ça, c'est louche.
Historia eut un éclat de rire.
— Tout ce qui touche à Eren est louche à tes yeux, s'il en était de même pour moi, tu ne serai plus mon garde personnelle ! rit-elle.
L'expression contrarié de Mikasa lui fit perdre un peu de sa joie, alors elle ajouta :
— Je ne voulais pas t'inquiéter.
La femelle secoua la tête et soupira :
— Je crains de ne jamais réussir à être sereine quand il s'agit d'Eren.
La remarque ralluma le sourire d'Historia.
— Je suis sûre que tu y arriveras un jour, elle s'étira et fit quelques nouveaux pas : "Nous allons les voir dans neuf Sol, et le début de notre voyage aura lieu d'en moins de trois, d'ici là je suis certaine que tu es capable de ronger ton frein et de ne pas incendier tes subordonnés par lettre. N'est-ce pas ?"
Mikasa détourna les yeux à la boutade. Elle avait cruellement envie de faire ça, mais maintenant qu'Historia avait posé le doigt dessus, elle ne le pouvait plus.
Tentant de marmonner quelque chose, elle se tut sans trouver de réponse adéquate et joua avec son ruban. Eren lui avait noué autour du poignet quand ils étaient petits. Même si elle le cachait sous ses longues manches, elle ne le quittait jamais. Puis, l'air soucieux qu'afficha Historia l'alerta.
— Je croyais que vous aviez fini de lire.
Les yeux bleu plongèrent dans ses yeux noirs, avant qu'elle ne soupire :
— Le major Erwin se présentera à la ville dans un délai similaire au nôtre, bien qu'il n'ait pas annoncé de date précise.
— C'est contrariant ?
— Plus étonnant. Il n'a pas été capable de quitter ses obligations pendant plusieurs mois et maintenant que nous nous y rendons, il arrive à être là au même moment.
— Étrange.
— C'est un bon qualificatif.
— J'ai toujours un mauvais pressentiment.
Historia eut un pauvre sourire à la remarque. Elle posa les feuilles sur sa table basse et s'approcha de sa fenêtre. La saison des moissons arrivaient à grand pas, Sol prenait plus de place que Mani et Freya ne lui envoyait aucun signe.
Même si elle les percevait aussi facilement qu'Eren,-lui, il était autant béni qu'elle- elle grimaça de n'en sentir aucun depuis plusieurs pleines lunes. Sa déesse ne l'avait jamais délaissé autant de temps et elle se demanda ce qui pouvait bien l'occuper à ce point.
Ymir.
Historia sursauta vivement, d'un bond elle se retourna dans tous les sens. Les oreilles aux aguets, le corps tendu, le silence perdura.
Mikasa resta muette, la main sur la poignée de son épée, elle scruta les alentours.
Quand les oreilles d'Historia disparurent, elle conserva sa position.
— Il n'y a rien, lâcha sa Königin.
— Ce n'est pas l'impression que j'ai eu en vous voyant.
— Tu n'as rien senti ?
La question semblait plus désespérée qu'autre chose.
— Non, je suis désolée.
Désormais nerveuse, Historia ouvrit sa fenêtre et inspira longuement l'air frais. Ne sachant si son esprit lui jouait des tours, elle pria sa déesse d'être forte et de lui envoyer un signe.
La seule chose qu'elle reçut, ce fut une légère bise et le chant des oiseaux.
—
Erwin se frotta les yeux, puis relis pour la centième fois la lettre d'Hanji.
Des civils étaient arrivés en masse. Plus qu'ils ne l'espéraient et pouvaient vérifier en si peu de temps. Elle faisait suivre certains d'entre eux dont la description correspondait à ce qu'il avait envoyé. Mis à part cela, rien ne laissait penser à ce que l'un des groupes rebelles soit parmi eux mais elle ouvrait l'œil.
Elle se désolait de ne pas pouvoir examiner un Valgulfr maintenant qu'elle pouvait les approcher mais elle était presque sûre d'y arriver un jour alors elle n'abandonnait pas.
Ça et le fait que la reine Historia Reiss arriverait à une date précise, en amont de sa propre venue.
Erwin reposa les papiers et soupira. Il n'était pas certain qu'avoir envoyé Hanji était la meilleure personne mais c'était la meilleure solution pour qu'on ne le soupçonne pas.
Quand on toqua à sa porte, il venait de terminer un énième café.
Une femme entra, referma la porte et fit le salut militaire.
— Major. Le Major Pixis aimerait vous voir.
— De nouvelle agressions ?
— Il ne m'a pas informé de quoi que ce soit.
Pensif, Erwin posa les yeux sur son courrier, se leva, le brûla et le jeta dans la cheminée. Il sortit à la suite de la commandante, ferma sa porte à clé, et alla jusqu'à la chambre de son collègue.
Les combats contre les groupes rebelles s'étaient calmés après la pendaison de leur chef. Désormais, ils demandaient principalement à renvoyer les Loups sur leur territoire et barricader les frontières. Ca, ou de les exterminer jusqu'aux derniers.
Pour autant, quelque chose chiffonnait Erwin. Que des extrémistes refusent la paix, ce n'était pas étonnant. C'était le roi lui-même. Il détestait plus que tout ces "chiens galeux" qui lui avait prit son fils et sa femme. Il était le premier à les détester, ainsi qu'à prier pour leur massacre et malgré tout, si les informations d'Erwin étaient juste, c'était lui qui avait demandé les premiers pourparlers. Oh, le roi Fritz n'avait pas la bêtise de le montrer aux grands jours ou encore de s'être présenter de lui-même, mais il avait eu des rapports précédent la demande officiel de paix, venant des Loups cette fois.
Il y avait quelque chose qui clochait, et ce groupe de rebelle étaient une occupation bien chronophage et pratique pour accaparer les Majors. Preuve en était, il leur avait fallu plusieurs mois pour les arrêter et réussir à calmer leurs actions et demandes.
Ils arrivèrent devant la chambre du Major Pixis. La commandante toqua deux fois et entra, l'annonça, puis se retira.
Erwin attendit plusieurs secondes pour être sûr que ses pas s'éloignaient dans le couloir, puis salua son collègue.
— Je ne pense pas vous avoir réveillé, mais je m'excuse quand même pour la forme, sourit le vieux renard.
C'est comme ça qu'aimait l'appeler Erwin. Cet homme était l'un des rares à avoir survécu autant de temps dans l'armée et à se poste, il valait mieux s'en méfier. Cependant, ça restait l'un de ses plus grands atouts et alliés pour le moment, il n'allait pas s'en plaindre.
— Effectivement, je ne dormais pas.
— Paperasses ?
— Réflexion.
Pixis se leva, servit deux verres d'un liquide ambrée et lui en tendit un.
— Votre cerveau surchauffera un jour.
— Vous m'avez demandé pour me faire une leçon de moral ?
Il prit le verre poliement, mais n'y toucha pas.
— J'ai appris votre départ pour la région sud, lança-t-il tranquillement : "vous pensez en avoir terminé ici ?"
Le visage d'Erwin se ferma, légèrement.
— Je pense pouvoir vous laissez gérer seul quelques semaines. Si tout ce passe bien là-bas, je n'ai aucune raison de m'y installer.
— Oui, votre commandant se débrouille très bien, à ce qu'il paraît et les Loups ont également un très bon chef. D'ailleurs, vous saviez qu'il était très jeune ? C'est fou ce qu'ils sont capables de faire désormais.
Parfois, Erwin ne comprenait pas cet homme. Non, en fait, il le comprenait rarement.
— Vous aviez envie de discuter autour d'un verre, en fin de compte ?
— Je vous avoue que je n'avais pas très sommeil. Quand partez-vous ?
— D'ici quelques jours, je règle le plus important et je laisserai mon commandant gérer les affaires urgentes si besoin.
— Nanaba ? C'est la dernière qu'il vous reste, après tout. Le sud va bien mais deux de vos commandants y sont, sourit Pixis.
Dans un geste qu'il espéra assez courtois, Erwin reposa son verre et se rapprocha de la porte.
— Si c'est tout ce que vous aviez à me dire, je vais vous laisser.
— J'espérais connaître ce que vous tentez de cacher.
Erwin s'arrêta et se tourna vers son hôte.
— Je ne vois pas de quoi vous parlez.
— Pourtant, je suis certain que vous vous préparez à quelque chose. Une guerre ? Nous venons de l'éviter ? Le décés du roi, ce déchet n'a pas envie de nous quitter de si tôt. Allons donc, Major Smith, je me demande si vous croyez encore à la couronne et sinon, que comptez vous faire ?
Ils s'observèrent en chien de faïence.
— Je ne savais pas que le trône vous intéresser.
— Il m'intéresse forcément puisque je le sers depuis plus de quarante ans, maintenant.
Dans un calme presque froid, Erwin se détourna, prit congé poliment et sortit. Cette fois, le Major ne tenta pas de le retenir.
Il se hâta jusqu'à son bureau, vérifiant que personne ne le voyait, il entra et examina sa cheminée. Rien ne semblait avoir bougé, la lettre avait bien brûlé.
Dans un mouvement de fatigue, il s'assit à même le sol et souffla longuement.
Erwin se sentait las.
