Eren était stressé. Heureux, mais stressé.

Historia arrivait aujourd'hui, et d'après les gardes, elle serait là dans peu de temps. Avec Mikasa.

L'incident de l'enlèvement avait eu lieu quelques jours avant, ils n'avaient rien trouvé et ça allait être un beau foutoir quand Historia et Erwin l'apprendraient mais en attendant il était heureux. Nerveusement heureuse.

— Si tu veux, j'peux t'assomer, tu la verras pas arriver comme ça, proposa gentiment Livaï.

Eren se tourna vers lui. Tous deux aux portes de la ville, ils attendaient chacun leur représentant.

— Ma soeur va arriver en même temps qu'elle, murmura Eren.

— Oh, celle qui pourrais m'tuer ?

— J'ai jamais dit ça !

— Armin, si.

Eren le regarda d'un drôle d'air.

— Depuis quand tu parles autant avec Armin ?

— Il est moins pénible que toi.

La réplique l'offusqua. Livaï sourit légèrement. Ça, plus le fait qu'il s'inquiétait de sentir le lien de plus en plus souvent et facilement. Eren l'avait prévenu que pendant les prochains mois, ça s'accentuerai avant de se briser.

Armin lui avait confirmé ses propos.

Et depuis Livaï ne savait pas quoi faire à ce sujet là. Surtout depuis que l'idée de perdre Eren lui semblait si douloureuse et ça, pas seulement à cause du Lien.

— Tu- !

Eren coupa lui-même sa phrase. Insulter son Bashert n'était pas la meilleure idée du monde. Agacé d'être ainsi traité, il croisa les bras et tourna les yeux loin de lui. Puis une idée lui vint.

En quelque jours, ils s'étaient rapprochés. Beaucoup. Livaï ne râlait pas quand il le prenait dans ses bras, et il ne se crispait plus. Sauf en présence d'autres personnes. Il pouvait même frotter son nez dans ses cheveux et dans sa nuque comme il le voulait ! Ô Freya, il était accro à son odeur.

Eren sourit et revint vers Livaï.

— N'y pense même pas.

Les yeux pétillants, il fit quelques pas de plus.

— Gamin… menaça-t-il.

— Ça m'aide à me détendre !

— J'm'en fou.

L'attention de Livaï se reporta vers le nord. Un nuage de poussière se formait dans le lointain.

— Te pisse pas dessus, gamin.

Il foudroya Livaï du regard et observa le cortège approcher. Un second, plus à l'ouest, se forma également.

— S'ils avaient voulu le faire exprès, ils n'auraient même pas réussi, marmonna Livaï.

Les Valgulfr arrivèrent en premier. Mikasa, à cheval, marchait en tête. Lorsqu'elle vit son frère, ses yeux s'animèrent d'une joie sans nom. Au galop, elle arriva près de lui, sauta de son cheval et le prit dans ses bras aussi fort qu'elle le put.

— Oh, Eren !

Livaï, au repos, l'observa rapidement. C'était une beauté au teint de porcelaine, aux cheveux de jais et aux yeux plus profonds qu'un puit. Elle lui rendit la pareil, soudainement froide, elle salua :

— Commandant Ackermann.

Il hocha la tête.

— Jaeger Mikasa.

La garde s'arrêta près d'eux, et le carrosse s'immobilisa à quelques mètres. D'un pas mesuré, Historia en sortit et les rejoignit. Elle se stoppa à quelques mètres, considéra Eren dans son plus bel habit puis inclina la tête. Eren lui montra son cou.

Valgulfr et Homidé présents. Elle tint son rôle de Königin.

— Je suis contente de voir que vous avez bonne mine.

Elle jeta un regard à Livaï , qui fut toujours plus plaisant que le regard de Mikasa. Il se mit au garde à vous.

— Königin, je suis ravie de vous accueillir dans notre nouvelle cité.

— Repos soldat, je suis aussi ravie que vous, elle se tourna dans la direction nord-ouest, "et je suis ravie d'arriver en même temps que le major, je vais l'attendre avec vous. Nous irons ensuite au pavillon ensemble, cela vous va ?"

— Bien sûr, les gardes ouvrent le chemin de l'artère Verticale, notre peuple à hâte de vous saluer avant que je vous accapare, sourit Eren.

L'escorte Homidé arriva à son tour. Erwin descendit. Aussi bien habillé et coiffé que la première fois, il les salua respectueusement et s'avança vers Livaï. À nouveau au garde à vous, Erwin s'arrêta à un pas de lui.

Les deux Humain se sourirent.

— Repos, commandant.

— Content de te voir.

Erwin lui posa une main amicale sur l'épaule.

— De même, Livaï.

Etrangement, Eren eut envie de le mordre. À la place, il tritura sa langue.

— Tout est prêt pour vous accueillir. Eren va ouvrir le chemin, vos deux carrosses vont se suivre et je le fermerai.

— Je vais finir le reste du chemin à cheval, lança Historia.

— J'aimerai faire de même, si nous étions côte à côte, cela serait un symbole fort, ajouta Erwin.

— Trop risqué, grogna Mikasa.

— Les gardes ont déjà préparé le chemin. Puis, je ne verrais rien si je reste dans le carrosse. Apportez-moi un cheval, ordonna-t-elle à l'un de ses soldats.

Erwin l'imita.

Comprenant qu'ils n'avaient pas le choix, Livaï et Eren se regardèrent, puis prirent leur propre monture.

Mécontente, Mikasa tint à fermer la marche. Livaï fit de même et ce fut Eren, seul, qui se trouva à l'avant.

Précédent plusieurs gardes, leur cortège avança dans la ville.

Historia fut subjuguée par les banderoles, les fleurs et les différentes décorations. Ils étaient en plein jour et l'Artère rayonnait de couleurs et de liesse. Les deux espèces les acclamaient à leur manière et applaudissaient de joie.

Erwin, dans un sourire, saluait la foule.

Dans son élément, Historia faisait de même avec grand bonheur.

Elle avait accepté cette idée à contre-coeur mais certaine de faire le bon choix, elle ne le regrettait pas. Quant à savoir si elle pouvait faire confiance au Major Smith, ça, c'était autre chose.

Il leur fallut presque une heure pour traverser la ville du Nord au Sud. Historia tenait à prendre son temps et le Major étant d'accord, ils traînèrent plus que de raison.

Une fois arrivée à la demeure de l'ancien Gödi, des employés récupérèrent les chevaux. Eren ouvrit la marche et les amena jusque dans le grand salon.

Armin les y attendait, des papiers à la main. À leur entrée, il se leva et les accueilla avec un grand sourire. D'un geste naturel, il montra son cou.

La porte se referma sur eux.

Historia, trop heureuse pour encore se contenir, lança :

— Tant pis pour les conventions !

Dans de grands pas, elle arriva jusqu'à Armin et l'enlaça fort, puis se tourna vers Eren et fit de même. Non sans lui faire remarquer ses cheveux trop longs.

Dans un sourire, elle se tourna vers les Homidé présents.

— Pardonnez mon manque de savoir-vivre, mais je suis si heureuse de les revoir.

Erwin se courba.

— Je le comprends parfaitement.

— Si vous m'excusez, dans ce cas là, j'ai encore quelque chose à vérifier.

Ça la démangeait depuis qu'elle était arrivée et son cœur la tiraillait.

Trop rapidement pour qu'on la voit, elle se glissa derrière Livaï. Légèrement plus grand qu'elle, elle lui baissa son écharpe et resta figé.

D'un mouvement brusque, le commandant s'éloigna et remis son vêtement en place, non sans grogner :

— C'est d'espèce de se foutre de mon avis !

À la remarque, Historia posa les yeux sur Eren. Ce dernier prit soin d'éviter son regard.

Eren.

La température de la pièce chuta de quelques degrés.

— Ah non ! Pas ça ! râla-t-il.

— Dans ce cas-là, je peux savoir pourquoi cet Homidé est marqué ? Je trouvais ça étrange mais… Il a ton odeur. Assez pour que je sois certaine que vous êtes ensemble.

— On est pas… commença Livaï, sous le regard soudain furieux d'Eren et curieux d'Historia, il changea : "C'est pas vos oignons."

Stupéfaite, elle resta coite quelques secondes, avant d'éclater de rire. Armin mit sa main devant sa bouche, inquiet et Mikasa resta de marbre.

— Marqué ? chuchota Erwin.

Livaï l'ignora malgré ses regards insistants.

Elle redevint calme et s'avança vers Eren dans un pas presque trop lent. Ce dernier, furieux mais pas inconscient, tenta de rester de marbre. Tout en marchant, elle répondit :

— Vous apprendrez, commandant Ackermann, que le marquage et donc le Lien qui le suit, sont des actes forts et solennels pour notre espèce. Alors si, ça me concerne.

Elle se posta devant Eren. Les mains croisées dans le dos, sa petite taille n'avait aucune importance, et tous ici le savaient.

— Donc, Eren, comme tu n'es pas marqué…

— Comment vous pouvez le savoir ? coupa Erwin.

— Je le sens. Les marquages involontaires sont punis afin de les éviter un maximum, reprit-elle : "Bien que je sois surprise que tu es réussi ça sur un Homidé, si tu n'as pas une bonne explication à me fournir, tu-.

— Bashert, lança Livaï.

Surprise, les grands yeux bleus d'Historia s'agrandirent de stupeur. D'un geste lourd, elle se tourna vers Livaï.

— Votre explication elle est là, et le reste ne vous concerne pas. On a d'autre chose à foutre, comme l'enlèvement d'un putain de gamin.

L'atmosphère devint froide.

Historia était une bâtarde.

Son père s'était lié avec sa belle-mère bien avant sa naissance. Il avait eu deux enfants avec elle, puis avait rencontré sa mère biologique, Alma. Sa Bashert. Malgré que ce soit sa destinée, il avait refusé de couper son lien avec sa première femme.

Il était connu que couper le Lien était d'une douleur sans nom, physique comme psychologique. D'autant plus quand il était complètement établi.

Alors, quand en grandissant, Historia avait appris que son père avait refusé de le couper et donc avait refusé de se lier avec Alma, ça ne l'avait pas étonné.

Et puis, pourquoi se défaire de sa première femme, quand sa Bashert était si faible. Alma était l'une des rares Gamma plus petite qu'un Oméga. Latente, ses phéromones n'avait que peu ou pas d'effet.

Et pourtant, malgré que Rhodes Reiss n'était qu'un froussard avec une ambition qui ne lui réussissait pas, il n'avait pas hésité à faire un enfant avec Alma, dans le dos de sa Konigïn.

Historia naquit.

Humiliée, sa belle-mère ne le supporta pas. Bien que beaucoup de Valgulfr comprenaient le geste de Rhodes, la loi animale primait lors d'un affront et la Königin n'hésita pas.

Battu à plat de couture, Rhodes Reiss accepta sa défaite. Sachant que se défaire de son Lié la tuerai probablement de douleur, l'ancienne Konigïn prit la vie d'Alma en guise de victoire.

Historia avait deux mois.

Freya punit leur égoïsme de plusieurs manières.

Il existait peu de couples de Bashert. À peine plus de deux ou trois tous les deux milles levés plein de Mani.

Alors quand Livaï lui disait que ça ne la concernait pas, elle avait sérieusement envie de lui hurler dessus. Foutu Homidé.

Elle s'approcha de la grande baie vitrée et l'ouvrit en grand. Les portes battantes vibrèrent de longues secondes.

La bise lui fit le plus grand bien. Elle respira longuement et entendit Erwin demander :

— Un enlèvement d'enfant ?

— Il y a quelques jours. On a réussi à le retrouver… Enfin, les parents l'ont vite retrouvé, ce sont des Valgulfr, il était chez un Humain. L'incident a été évité mais il est certain que l'homme n'avait rien à voir avec cet enlèvement, expliqua Armin.

— Donc c'était un piège pour cet homme. Je suppose que vous êtes certain qu'il n'a rien à voir ?

— L'odeur ne correspond pas, et il était bel et bien dans un commerce au moment où on pense que cela c'est fait.

Historia se retourna.

— Si l'odeur ne correspond pas, alors vous avez celle du ravisseur, vous ne l'avez pas senti dans la ville ? demanda-t-elle.

Eren grogna.

— La pièce était parfumée de lavande. L'une des rares plantes qui peut tromper notre odorat.

Mikasa et Historia le fixèrent de longues secondes. Elles comprenaient l'air grave de leurs deux amis désormais. C'était une plante que l'on trouvait facilement sur leur territoire sans la cultiver, contrairement aux Humain qui devaient le faire.

— Donc tu penses que des Valgulfr peuvent être impliqués ? demanda Mikasa à Armin.

Il hocha la tête positivement.

Livaï fit un pas.

— On a essayé de trouver un marchand ou un commerce qui en vendait… il y en a plusieurs, mais on a rien à leur redire. Soit on leur a volé de petites quantités et ils n'ont rien remarqué, soit, ça n'a rien à voir avec eux.

— Il n'y avait pas une trace d'odeur de lavande dans la ville qui était pistable ?

Eren secoua la tête, négatif.

— Rien. Nous n'avons pas la moindre idée de qui a fait ça et de ce qu'il cherchait à faire. Ni s'ils étaient Humain ou Valgulfr.

— J'imagine mal notre espèce s' en prendre à leur propre progéniture mais la paix n'est pas simple à accepter pour certains, ajouta Armin à l'intention d'Erwin.

Ce dernier fit quelques pas, s'approcha d'Historia et resta à l'air frais.

— Hanji nous a donné les noms des potentiels rebelles que vous avez identifiés, lâcha Livaï : "Aucun d'entre eux semble avoir bougé au moment de l'incident, mais rien n'empêche qu'ils ont pu formenté le coup et s'allier avec d'autres personnes."

Le silence s'installa. Ils étaient dans une impasse totale. Sans savoir ce que l'ennemi espérait faire avec cet essai d'enlèvement, ils ne pouvaient même pas prévoir ses prochaines actions.

Historia releva la tête. Si elle avait été présente ce jour-là, peut-être qu'elle aurait pu faire quelque chose en humant, mais après plusieurs jours, c'était bien trop tard. Les effluves avaient été emportées par le vent.

Elle serra les poings.

— Nous n'avons pas d'autre choix que d'attendre son prochain coup…

— Dommage qu'aucune puissance supérieure ne puisse nous aider, ironisa Livaï.

Eren s'approcha et lui lança un regard mécontent.

— Il est certain que votre déesse ne serait d'aucun recours, rétorqua froidement Historia.

— Comme la vôtre.

La réplique était acide, les yeux d'Historia virèrent aux dorées.

Impressionnant, songea Livaï, mais il avait bien trop côtoyé la mort pour que cela l'effraie. Elle s'approcha, Eren se mit devant lui.

— J'ai pas besoin d'être protéger, gamin.

— Je ne compte pas lui faire du mal, ajouta Historia.

Il les regarda à tour de rôle, puis s'écarta lentement. Elle s'avança et planta ses yeux dans les siens, toujours dorée. Si Livaï n'adorait pas autant ceux d'Eren, il aurait sûrement pu tomber pour ceux-là.

Elle se pencha un peu plus, il jura que son nez s'étaient changé le temps d'un battement de cils, puis elle se redressa. La tête baissé et le regard caché, elle demanda :

— Major Smith, je suppose que vous souhaitez reprendre les rennes de la ville pour le côté des Homidé ?

Erwin observa le dos de la jeune femme. Elle qui semblait si frêle pouvait certainement briser en deux n'importe qui dans cette pièce.

— Non. J'ai encore des affaires à régler à la capitale, je comptais laisser le commandant Ackermann en poste ici. Cela ne vous convient pas ?

— Au contraire, il est pile là où il doit être.

L'affirmation les laissa tous sans voix. Profitant du silence, elle sortit de la pièce et les laissa les bras ballants.

Livaï n'eut même pas besoin de se tourner vers Eren pour savoir qu'il était dans l'incompréhension. Le pauvre fil qui tenait le Lien en vibrait trop.