La journée de Livaï avait été longue. Elle avait commencé aux aurores, réveillée par une explosion dû à Hanji, bien évidemment. Il avait réussi à éviter que Mikasa ne l'a tue, bien qu'il en avait également envie. Etrangement, contrecarrer la jeune femme avait calmé ses envies de meurtre.
Insouciante et bien trop joyeuse pour quelqu'un qui avait frôlé la mort, elle lui avait promis de se tenir à carreaux toute la journée et de l'assister.
Livaï savait que c'était une mauvaise idée, mais comme d'habitude, elle l'avait eu à usure. Ca et le fait que Auruo méritait bien un congé depuis plusieurs mois.
Résultat, sa journée l'avait épuisé bien plus qu'elle ne l'aurait dû. Et il la regrettait amèrement.
Le dos droit, il entra dans la demeure qui était désormais la leur et s'approcha du salon. N'ayant vu personne aujourd'hui, il se devait d'aller au moins les saluer avant son repas et d'aller se coucher.
Il n'eut pas à ouvrir la porte qu'Historia le fit à sa place. Plantée devant lui, elle l'observa des pieds à la tête, puis l'attira dans le salon avant de refermer la porte.
Mikasa était dans un coin, en train de nettoyer son arme, tandis qu'Erwin et Armin étaient en pleine discussion au sujet de la lune de sang.
Ils tournèrent la tête vers lui et le saluèrent tous à leur manière.
— Je voulais seulement vous saluer avant d'aller manger, lança-t-il à Historia.
— Nous allons manger ensemble. J'ai demandé aux employés de nous apporter le repas ici, il ne manque plus qu'Eren. Vous ne l'avez pas vu ?
— Non.
Il s'avança vers l'un des canapés et s'étala plus qu'il ne s'assit. Historia ne lui disait rien qui vaille.
— Pas de la journée ? demanda-t-elle.
— Pas de la journée, grogna-t-il.
Pitié, qu'elle lui foute la paix, il avait déjà eu Hanji sur le dos et avait tant bien que mal survécu jusqu'à présent, il n'était pas certain de réussir si elle s'y mettait aussi.
— Et cela ne vous inquiète pas ?
Livaï releva le bras qu'il venait tout juste de poser sur ses yeux, puis fixa la Königin.
— Non. Il va très bien, même s'il est à cran ces derniers jours. D'ailleurs, vous devriez le sentir, non ?
— J'évite d'utiliser mes dons auprès de mes proches.
— Même sans don ou magie, c'est écrit sur sa tronche, se moqua-t-il.
Erwin et Armin se turent. Ce qui agaça d'autant plus Livaï. D'un geste fluide, il s'assit et posa ses bras sur ses genoux.
— Qu'est-ce que vous voulez, soupira-t-il après quelques secondes.
Elle s'approcha et s'assit à son tour. Face à lui, les jambes croisées et le dos bien droit, elle avait tout d'une reine.
— Que savez-vous sur votre famille ?
Surpris, il resta silencieux. Puis, ses sourcils se froncèrent et il foudroya Erwin avant de reporter son attention sur la femme. Il nota l'intérêt soudain de Mikasa mais n'en fit rien.
— Qu'est-ce que ça peut foutre ? Ils ont tous crevé.
— N'évitez pas la question.
Il ne l'évitait pas, il n'avait juste pas envie d'y répondre. Elle le savait pertinnemment mais elle ne le lâcherait pas pour autant. Qu'est-ce qu'il avait fait pour être entouré de chieur ?
— J'sais pas grand-chose à part que notre cul était recherché et qu'on voulait nous exterminer.
— C'est tout ? Vos parents ne vous ont pas dit pourquoi ?
— Ils sont morts quand j'étais môme. Mon oncle m'a appris comment survivre et m'a juste dit de ne pas révéler mon nom si j'voulais pas crever.
— Et vous n'avez pas demandé pourquoi ?
— Vous me prenez pour un con ?
Elle sourit mais resta muette. Il prit ça pour une affirmation et se retint de l'insulter.
— Il a jamais voulu m'dire, maintenant, aller faire chier quelqu'un d'autre, fit-il en s'allongeant.
Mikasa les observait, soucieuse.
— J'ai dû mal à croire que vous n'ayez pas cherché à savoir…
Armin se leva et s'approcha d'Historia.
— Königin, quand il dit ne rien savoir, c'est la vérité. Vous le savez.
Bien sûr qu'elle le savait mais cette histoire lui monter trop à la tête pour qu'elle ne chine pas partout où elle le pouvait. Tout en prenant soin d'éviter le regard de Mikasa, elle se leva et fit les cents pas.
Livaï pria pour qu'Eren se bouge le cul et rentre tôt. Comme pour signaler son accord, son ventre grogna.
Armin lui sourit, compatissant et lui apporta la corbeille de fruit qui se trouvait non loin. Toujours allongé, il croqua dans une pomme et observa Historia bouger du coin de l'oeil.
Il ne savait pas ce qu'elle avait, mais elle était contrarié.
— Königin, souhaitez-vous que j'apporte une tasse de tisane ? Cela vous fera du bien, proposa Mikasa.
— Ce qui me ferait du bien serait d'avoir ses fichus réponses, grogna-t-elle en se rongeant un ongle.
Livaï tourna les yeux. Des réponses au sujet de sa famille ? Cette femme n'arrêtait pas de le surprendre.
Décidée, elle vint se planter devant lui, les bras croisés.
— Königin, vous devriez peut-être vous expliquez. Nous sommes censés coopérer pour le futur de nos espèces, lança Erwin : "Plutôt que de vous énerver de votre côté, mettre nos informations en communs serait utile."
Elle lui jeta un regard froid et reporta son attention sur Livaï.
— Pourquoi vous n'achevez pas le Lien ?
N'ayant plus qu'un trognon de pomme dans les mains, Livaï se leva et ignora la reine. Il jeta son déchet dans la corbeille et trouva un torchon pour s'essuyer les mains.
— Ca fait plus de deux mois que la morsure a eut lieu. Si vous ne l'achevez pas bientôt, le Lien va se rompre.
Le commandant s'arrêta dans son geste, agacé. Un coup d'oeil vers Armin lui indiqua qu'il avait vendu la mèche.
Pitié, qu'Eren arrive et calme sa foutue reine.
— Qu'est-ce que ça peut vous foutre ? râla-t-il.
— Vous voulez donc qu'il se rompe ? Ca va être douloureux.
— J'ai jamais dit que je voulais qu'il… Vous m'faîtes chier à la fin ! gronda-t-il.
Mikasa, toujours silencieuse, avait sa lame à la main, prête à s'en servir. Ce que Livaï n'avait cure, trop occupé à fixer Historia avec agacement. Puis, elle était bien plus dangereuse que sa subordonnée.
S'observant en chien de faïence, elle finit par sourire :
— Vous ne savez même pas si vous l'aimez.
La colère monta un peu plus en lui.
Si. Il savait pertinemment qu'il appréciait plus que de raison Eren, de là à dire que c'était l'amour fou… Non. Non, Livaï n'était pas une foutue guimauve qui remuer la queue. Il avait déjà donné niveau sentiment et il n'était pas assez niais pour croire aux contes de fées des gosses ou à des fins heureuses. Parce qu'à la fin, on crève toujours.
Il essayait juste de savoir si le bonheur qu'il aurait avec ce gamin méritait qu'il se fasse défoncer le coeur plus tard. Parce que ça arriverait un jour, c'était certain. Ca, il n'arrivait pas à se l'ôter du crâne, après tout, il était toujours le dernier vivant.
— Vous l'appréciez, au moins ? demanda-t-elle.
— Qui pourrait détester ce chieur, plaisanta-t-il à moitié.
Il soupira et passa à côté d'Historia. Il avait vraiment envie de voir ledit chieur et que ce dernier se dépêche. Sans trop y penser, il sentit le lien et il devina qu'Eren était aussi fatigué que lui, et un poil énervé. Il se sentit moins seul.
— Il va falloir vous décidez, commandant Ackermann.
La remarque d'Historia le ramena dans le salon.
— Je vous emmerde.
— Si vous êtes le premier couple de Bashert Valgulfr Humain, ce n'est pas pour rien et terminer ce Lien doit être important, lâcha-t-elle à brûle-pourpoint.
— Si vous êtes capable de m'expliquer pourquoi, je serai content de l'apprendre parce qu'on a toujours pas trouvé. Et si votre déesse vous parle, dîtes-lui qu'elle m'emmerde aussi bien que vous avec ces décisions égoïstes.
Piqué à vif, elle répliqua :
— Freya est tout sauf égoïste !
— Alors pourquoi impose-t-elle des Bashert si elle ne l'était pas, hein ?
— Elle n'impose rien. Le libre arbitre est présent, rien ne vous oblige à l'aimer ou à l'adorer. Seulement, dans notre croyance populaire, nous avons oublié ça ! Elle vous a seulement mis sur son chemin pour une raison et on la saura tôt ou tard. Moi aussi, j'aimerais que ça soit tôt, râla-t-elle.
Livaï se figea et la scruta.
— Le libre arbitre est présent ?
— Oui, le libre arbitre est présent. Notre déesse est bonne, et si ses desseins sont que vous vous rencontriez, vous vous rencontrerez. C'est à vous de voir ce que vous ferez en sachant qu'elle est pour votre union. Elle n'est pas Ymir, elle n'oblige pas, elle soigne, répare, aide mais elle ne commande pas. Nous ne sommes pas des moutons, mais des loups. Nous n'avons pas besoin d'un gardien, seulement d'un guide.
Sa voix était ferme, sans appel et droite. Historia y croyait et Livaï savait qu'elle se sentait dans la vérité.
Donc en fin de compte, la déesse l'avait poussé vers Eren mais ne l'avait pas forcé à l'aimer. Il était attiré par lui comme il aurait pu l'être par n'importe qui, elle avait juste fait en sorte qu'il le remarque ?
— Livaï, tu es pâle d'un coup, tout va bien ? lança Erwin, alerte.
D'un signe de la main, il le rassura. Au fond, il était troublé par les révélations d'Historia. Il aurait dû en avoir cure et pourtant, il savait que quelque chose ne tournait pas rond. S'il avait sa propre volonté, pourquoi se sentait-il autant tiraillé, même en voulant choisir Eren ? Même en sachant que lui, il ne l'abandonnerait pas, ne mourrait pas avant lui, ne le laisserait pas.
Le Lien vibra.
Eren était inquiet.
Peut-être avait-il senti celle de Livaï.
Il posa les yeux sur Historia, soucieuse et ce fut à cet instant, à ce moment précis que le premier brin qui composait ce fil si fragile, ce Lien si fin, céda.
Une main sur la bouche, l'estomac de Livaï se retourna, ses jambes le lâchèrent et il tomba à genoux, lourdement.
Sans que quiconque ne puisse bouger, il vomit jusqu'à perdre connaissance.
