Armin sourit et salua Annie d'un geste de la main. Il venait de discuter longuement avec elle au sujet de la lune de sang. Curieuse de voir un trou de plusieurs mètres de diamètre entouré de plusieurs pierres non loin de la sortie Ouest de la ville, elle était venue le trouver pour lui poser des questions.
La première fois qu'il l'avait vu et qu'il l'avait dû lui parler, elle lui sembla froide. Très froide. Puis, en quelques phrases, il avait découvert une femme sûre, drôle et cultivée. Et plus il la connaissait, plus il lui trouvait des qualités.
Petra le héla, il lui sourit et s'approcha.
— C'est formidable ! La ville se pare de mille couleurs, tous les habitants ont déjà fleuri leur balcon et les restaurants ont prévu de nombreux stands. Niccolo a pensé mettre des chars en arc de cercle pour entreposer ce dont vous aurez besoin, ainsi que la nourriture etc, puis on pourra installer des tables et des bancs du côté Sud ?
Tout heureuse, elle lui parlait avec des étoiles dans les yeux.
— Nous avons plus d'une semaine pour y réfléchir encore, mais je pense que oui, on pourra faire comme ça, rit-il.
— Je suis tellement heureuse ! Tu sais, je crois que j'aimerais faire ça tous les jours… Voir les gens aussi heureux et sentir leur joie à un effet exhaltant.
— Je vais appuyer ta candidature pour le rôle de chef dans la préparation de votre prochaine fête, je suis sûr que le commandant sera honoré de te laisser la place.
À la remarque, il y eut un léger blanc avant qu'ils n'explosent de rire. Livaï appréciait les fêtes, de loin. Il s'était intéressé à la lune de sang par obligation et par une légère curiosité puisqu'il allait certainement y être mêlé, mais si Petra lui demandait de s'occuper de la fête du solstice d'été -fête Humaine- alors ça l'arrangerai certainement.
— Quelque chose de drôle est arrivé ?
L'arrivée de Livaï les surprirent, même Armin ne l'avait pas entendu.
— On parlait de la lune de sang !
— C'est ça ! Et je demandais à Armin quand commençait la fête… Si c'était à la tombée de la nuit, quand la lune se lève? Vous allumez le feu et vous vous transformez ? Elle sourit : "Je veux voir ça !"
— Généralement, seuls les plus jeunes se transforment et reste sous forme de loup. Quand on allume le feu, les tambours résonnent et on ouvre la fête par les Liées de cette année. Les nouveaux couples jettent une corde dans le feu et dansent, puis tout le monde les rejoint et la fête peut commencer. Cela nous permet de commémorer leur union et de la bénir auprès de la déesse, en quelque sorte.
Livaï émit un petit "hm", Petra continua ses questions :
— Pas de sacrifice, de banquet ou d'offrande ?
— Des sacrifices ? Jamais. Nos Déités non pas besoin de ça, mais nous verserons deux coupes d'alcool près du feu. C'est la fin de Misseri et le début de la nouvelle, il faut remercier Freya pour celle qui vient de se terminer et prier Freyr pour nos récoltes à venir.
— Misseri…?
— Hmm… Nous en avons deux et vous, je crois que vous en avez quatre ?
— Oh, nos saisons ? Oui, nous en avons quatre ! Alors, vous, vous en avez que deux ?
— C'est ça. Freya est associé à la plus difficile et Freyr à la plus douce mais aussi à la plus agricole puisque c'est là que sont les moissons. Il est associé à la météo alors on le prie de donner la pluie et laisser Sol se montrer aux bons moments.
Armin avait l'impression de se répéter, il venait d'expliquer la même chose à Annie mais la joie et le regard curieux de Petra le firent rire. Ils proposèrent au commandant de se joindre à eux, ce qu'il accepta.
Une fois le tour du trou fait, qui était impression pour Petra, ils avancèrent vers la ville pour qu'il puisse voir les avancés des deux Artères. S'il avait le temps, il aimerait voir aussi les rues adjacentes.
— J'ai vraiment l'impression que la ville s'est transformée, s'extasia-t-elle : "Comment faîtes-vous pour que vos fleurs soient aussi colorées ? Nous, au solstice, on met principalement du jaune et du bleu."
Armin haussa les épaules.
— Freyr est heureux de nous voir le saluer, alors je suppose que c'est peut-être ça, sa manière de nous aider à préparer cette fête.
Ils s'arrêtèrent à quelques stands, Livaï récupéra diverses demandes d'Humain et Armin de Valgulfr. Il nota les regards mécontents de Livaï en direction de la foule, sans comprendre à quoi c'était dû.
Malgré l'étrange enlèvement, le froid qui avait suivi n'avait duré que quelques jours, puis s'était dissipé peu à peu durant la quinzaine passée. La lune de sang devait y être pour quelques sortes, avaient-ils débattue un soir, avant de finalement conclure que le plus important, c'est qu'il n'y ait pas d'autres incidents et d'ouvrir l'œil.
Hanji continuait de suivre et de surveiller certains Humains. Historia avait demandé à l'équipe rapprochée d'Eren de surveiller les Valgulfr aussi bien que leur ennemi. Certains avaient rechigné mais comme aucun nouvel incident n'était à déplorer, peut-être que la méthode fonctionnait.
Plus souvent sur les toits qu'au sol, ou dans son bureau plutôt qu'en ville, Livaï fut surpris qu'on le salue autant. Peut-être l'effet d'être avec Armin ou Petra, songea-t-il.
— Commandant !
Il se tourna vers Petra. D'un geste délicat, cette dernière lui glissa une fleur dans les cheveux et sourit de toutes ses dents. Renfrogné, ce dernier la fixa d'un air mauvais. Armin se mordit la lèvre avant de rire, elle le suivit dans ses éclats. Figée, Livaï regrettait qu'elle commence à trop bien le connaître et n'ait plus peur de se prendre ses foudres. La foule les observait avec un sourire en passant près d'eux.
— Tu sais que t'es trop mignon, comme ça ?
Le visage de Livaï se ferma encore plus. Eren arriva par sa droite, moqueur. Il ravala la baffe qu'il avait envie de lui mettre et attendit qu'il arrive près de lui. Une fois à portée, il attrapa son col, le fit tomber à genoux et le coinça dans cette position à l'aide d'un bras dans le dos. Coinçant la fleur dans une mèche, Petra eut la délicatesse de lui en donner d'autres.
— Armin, fait quelque chose ! râla ce dernier, bloqué.
— Comme si je pouvais me mesurer à l'Humain le plus fort…
Encouragé dans leur bêtise par divers enfants et personne, Eren se retrouva avec une couronne de fleurs emmêlée dans toutes ses mèches. Beaucoup trop longues d'après Livaï.
— Vous êtes adorable, Chef !
— Le plus mignon des Valgulfr, se moqua Livaï en le lâchant.
— Vous êtes les pires !
Il secoua sa tête comme un chiot furieux, mais seulement quelques-unes en glissèrent. N'ayant pas envie d'abîmer les végétaux en les attrapant trop fort, il râla encore plus.
— Ca tiendrait pas aussi bien si t'avais les cheveux courts.
— J'ai compris, je les couperai ce soir !
— Oh mais s'il les laisse pousser, il pourrait bientôt les attacher, soupira Petra.
— Pas de cheveux longs à l'armée.
— On est plus en guerre, argua Eren.
Petra sourit et souffla :
— Vous le préférez juste avec les cheveux courts, avouez-le.
Elle se cacha derrière Armin quand son commandant la fusilla du regard. Parfois, elle croyait qu'il pouvait tuer de ses yeux.
Eren rougit bêtement avant de l'observer, et ses sourcils se froncèrent encore plus. Heureux de voir que personne ne prenait garde à leur discussion, il envoya paître sa subordonnée et entama le chemin du retour.
Il avait fui les papiers qu'il devait faire, après tout, et si Erwin l'apprenait, il aurait droit à l'une de ses nombreuses piques.
Eren le rattrapa et s'ajusta à son pas. Il lui jeta un coup d'oeil et les nombreuses fleurs le firent sourire. Il se mordit la langue pour ne pas rire et réajusta son attention sur leur route.
L'artère Verticale était pleine, il hésita à monter sur les toits. Le frisson qu'il ressentit le fit s'arrêter puis se décider. Depuis l'enlèvement, il portait constamment son équipement militaire, n'en déplaise à certains. Il perça la foule du regard, avant de lancer :
— Eren, on passe par les toits. Suis moi jusqu'à la sortie de la ville.
Sans attendre sa réponse, il s'engagea dans une allée adjacente plus calme puis grimpa sur les tuiles en quelques secondes.
— Un problème ? demanda Eren.
Silencieux, il entama sa course sur les tuiles et les bois. Sautant les différentes rues comme si elle n'existait pas, Livaï descendit des hauteurs à la limite de la ville. Eren s'approcha, se posta devant lui et marcha à reculons :
— Il y avait un problème ? répéta-t-il.
— Non. Pas vraiment. C'est juste de famille de me coller au cul, apparemment.
Il retint un "oh", avant de sourire.
— Mikasa te suivait.
— Depuis qu'elle est arrivée, mais pas toute la putain de journée contrairement à aujourd'hui, râla-t-il : "J'ai hésité à lui balancer quelques couteaux."
Eren rit, puis se mit de nouveau à ses côtés. Ils étaient dans les près qui bordaient la ville, en direction de la maison du Gödi.
— Elle peut être très protectrice.
— C'pas ta mère, aux dernières nouvelles. T'as fait la guerre, elle te collait autant aux miches ? C'est propre aux femelles de ton espèce ou juste à ton entourage ?
Eren s'arrêta, Livaï fit de même après quelques pas et croisa les bras.
— Bah… Il regarda autour de lui, indécis. Sûr d'être seuls parmis les champs, il lâcha : "Mikasa n'est pas une Valgulfr."
— Hein ?
— Je savais pas trop comment t'en parler, mais elle n'est pas une Valgufr, c'est une femelle de ton espèce, un Humain. D'ailleurs…
Il leva les yeux au ciel, cherchant ses mots. Livaï ne lui en laissa pas le temps :
— T'es en train d'me dire que tes parents ont adopté une Humain et que c'est passé auprès de ton espèce ?
— C'est plus compliqué que ça ! On est peu à le savoir, juste ma famille, quelques proches de notre entourage et Historia. On l'a fait passer pour une latente orpheline.
— Une latente ?
— C'est un Valgulfr qui n'a pas de loup, du moins, qui est incapable de se transformer ou qui est plus petit que sa catégorie et qui n'a pas de phéromones ou peu.
— Une invalide, quoi.
Mikasa avait dû vivre un sale enfer et en faire vivre à ceux qui osaient se moquer quand elle était plus jeune. Imaginer cela le fit sourire.
— Vous l'avez enlevé ? reprit Livaï.
— Non ! Non, au contraire, c'est… Je crois qu'Historia a été si pénible avec toi pour ça aussi…
Il fronça les sourcils.
— Eren, balance, tout de suite.
— Tu peux pas dire autre chose que "balance" ? geignit-il.
— Non mais j'peux te balancer mon pied au cul si ça peut t'aider.
Eren râla mais répondit tout de même :
— C'est une Ackermann. Mikasa a le même nom de famille que toi, à l'origine.
Tellement surpris par l'aveu, Livaï laissa tomber ses bras près du corps. Interdit quelques secondes, il se mit à réfléchir. Lui, il avait grandi dans la partie dégueulasse de la capitale. Relégué avec les détritus, il avait regardé sa mère mourir et aurait crevé aussi si son oncle n'était pas étrangement venu ce jour-là. Lui apprenant à parler que lorsqu'il le fallait et à manier le couteau, il l'avait abandonné quand il avait une dizaine d'années, sans explication. De ces faits, il était donc certain de ne pas avoir de sœur et presque aussi sûr que son oncle n'en avait pas eu. Ce déchet était peut-être vivant mais n'aurait pas la connerie d'avoir de gamin.
— Il y a une différence entre vous, elle a un tatouage, elle.
— Au poignet ? Le ruban rouge c'est pour le planquer ?
Eren hocha la tête pour le confirmer.
— Je lui ai offert quand on était petit, un peu après qu'on l'ait trouvé.
— Trouvé, hein…
Le Valgulfr croisa les bras :
— Oui, trouvé ! Elle et sa mère. Pas loin de la rivière où on s'est rencontré. C'était l'hiver, lors d'une chasse avec ma mère. Elle nous a priés de sauver sa fille, avant de mourir. On a jamais su comment elle avait pu passer la frontière sans se faire repérer, ni pourquoi elle l'avait fait.
— Et vous avez accepté de faire ça ?
— C'était une enfant, ma mère ne pouvait qu'accepter. On a presque le même âge, peut-être que ça a joué. On l'a fait passer pour une orpheline de guerre, et une latente pour éviter trop de questions. Puis, on a remarqué qu'elle était plus forte qu'un Humain normal, ça nous a bien arrangé.
Livaï croisa les bras et porta son poids sur une jambe :
— Pourquoi m'en parler ?
— Je sais qu'Historia a été pénible mais si tu as des souvenirs… Puis, vous avez peut-être plus de chose en commun que tu ne le penses alors tu peux essayer de t'entendre avec, non ?
Livaï fronça les sourcils. Il sentait à nouveau un point sur sa nuque, il soupira :
— Si elle arrête d'essayer de me tuer du regard, j'aviserai peut-être une entente avec elle.
— Tu arrives à la sentir d'ici ? s'étonna-t-il.
— Ses envies de meurtres, surtout.
Puis, il comprit quelque chose : Elle faisait ça parce qu'ils étaient proches, entre autres. Il s'approcha d'Eren, tira de nouveau son t-shirt et l'embrassa à pleine bouche. Quand il le relâcha, la sensation de pique avait disparu et il ne la voyait pas dans les remparts. Un minimum de pudeur la détournait, savoir utile.
— Livaï ?
Il posa à nouveau les yeux sur Eren, rouge.
— Ta sœur a disparu, fit-il.
L'expression passa de la gêne au mécontentement.
— Sérieusement, c'était pour ça ?!
Livaï eut un sourire, plus les jours passaient, plus il prenait goût à le taquiner. Il reprit son pas, content de n'être plus épier. Il s'amusa du mécontentement d'Eren le long du chemin mais ça, il ne le montra pas.
