Note : Surprise ! C'est pour me faire pardonner du temps entre la partie I et II. Je vous livre les trois premiers chapitres d'un coup. Bonne lecture ! =D
Chapitre 2 : Rayon de soleil
…
Ce fut le soleil qui tira Tamao de sa torpeur le dimanche matin. Une de ses camarades de dortoir avait entrouvert les rideaux dont les rayons venaient se poser sur ses paupières.
Fatiguée de ne pas avoir assez dormi, Tamao s'étira et se leva malgré tout. Elle attrapa le parchemin roulé bien sagement auprès de son lit et essaya de se souvenir de son rêve sans y parvenir. Avec un soupir de dépit, elle reposa le devoir demandé par Lilirara sans y avoir ajouté une ligne.
L'eau chaude de la douche lui fit du bien, la sortant de sa torpeur. Elle jeta un coup d'œil dans le miroir où de grandes cernes violettes venaient souligner ses yeux roses et baissa la tête. Inutile d'espérer les cacher. Mais elle appliqua quand même un peu du fond de teint que lui avait offert Keiko à Noël sur sa demande.
En descendant prendre son petit-déjeuner, elle croisa Pirika entourée d'un groupe d'amis. La Poufsouffle ne la vit pas et Tamao n'osa pas s'introduire dans son groupe pour la saluer, rasant les murs pour rejoindre la Grande Salle. En y entrant, elle faillit manquer de percuter Hao et leurs regards se croisèrent une fraction de seconde.
Il était bien le dernier qu'elle souhaitait voir aujourd'hui après qu'il ait manqué la surprendre dans le parc la veille. Si elle avait raté son sortilège d'attraction…
Elle détourna aussitôt les yeux, mais pas sans avoir eu le temps d'apercevoir du feu dans les siens. La tête basse, elle fila vers la table des Gryffondor et ne respira un peu mieux qu'en s'asseyant en face de Horo-Horo et Ren qui se disputaient la bouteille de lait.
La curiosité la poussa à relever la tête et elle constata avec soulagement que Hao ne la regardait pas. Il venait de s'approcher de la table des Serdaigle et semblait être en train de donner quelque chose à Anna. Est-ce que… est-ce qu'il allait lui dire qu'il l'avait vue ?
Une boule d'angoisse était logée au fond de son ventre. Il lui fallut de longues minutes d'auto-persuasion qu'il faisait noir et qu'il n'avait pas pu la reconnaître la veille avant de réussir à avaler quelque chose.
— Tamao !
La voix enjouée de Jeanne chassa tous ses soucis quand la jeune fille s'assit à côté d'elle, avec son sourire angélique. En face d'elles, Horo-Horo et Ren cessèrent de se chamailler en la voyant et Ren en profita pour piquer la bouteille de lait.
— Bonjour Ren, salua Jeanne.
Tamao entendit la question derrière.
— Salut Jeanne, fit Horo-Horo avec enthousiasme alors que le Serpentard poussait un grognement. Vous avez manqué Manta et Yoh.
— Je peux avoir le jus d'orange s'il te plaît Tamao ? demanda poliment la jeune fille.
Jeanne demandait toujours tout poliment.
— O-oui, répondit Tamao en attrapant la carafe d'oranges pressées pour la lui passer.
— Merci.
Jeanne fronça les sourcils.
— Tamao, tu t'es fait mal ?
Horo-Horo et Ren levèrent immédiatement la tête vers elle, rendant Tamao rouge pivoine.
— Hein ? N-non, se défendit-elle en glissant sa main gauche, celle griffée par les buissons, sous la table.
Jeanne posa la main sur son épaule droite, lui arrachant une grimace.
— Qu'est-ce qui t'est arrivé ? s'inquiéta-t-elle en retirant aussitôt sa main.
« J'ai glissé dans les escaliers de la tour d'astronomie », pensa Tamao.
— R-rien. Peut-être un mauvais sort en DCFM.
— DFCN ?
— C'est l'abréviation pour Défense Contre les Forces du Mal, répondit Horo-Horo à sa place. Si c'est le cas, tu devrais aller voir Faust et Elisa, Tamao.
La Gryffondor hocha piteusement la tête.
— Qui sont Faust et Elisa ? questionna Jeanne.
Un rire moqueur s'échappa de Ren.
— Il faut tout t'expliquer, lui reprocha-t-il quand elle le défia du regard.
— Faust c'est l'infirmier, intervint Horo-Horo. Et Elisa son épouse.
— Morte, précisa Ren avec son petit sourire supérieur en reprenant Horo-Horo.
— Oui Elisa est un fantôme, compléta très vite ce dernier.
Jeanne sembla surprise mais ne commenta pas.
— Qu'as-tu fait de beau à Pré-au-Lard hier ? demanda-t-elle en se tournant vers Tamao. Je ne t'ai pas encore demandé.
— Oh, pas grand-chose, marmonna Tamao en réponse. Je suis allée à Scribenpenne racheter des plumes. Et… je suis allée boire une bièraubeurre au Chaudron Baveur avec Lyserg.
Elle se sentit rougir à ces mots.
— J'en ai renversé partout, murmura-t-elle de gêne en se souvenant de la bière répandue sur la table et ses vêtements.
Sa petite bulle de bien-être avec son ami avait éclaté à cet instant. Bien sûr Lyserg avait pris sa défense, bien sûr il s'était fâché avec Macchi. Mais Tamao aurait préféré qu'il n'en fasse rien.
— Je n'ai jamais bu de bièraubeurre, fit rêveusement Jeanne. L'an prochain. Ou plutôt non… l'année d'après, se reprit-elle un peu tristement.
Tamao lui sourit gauchement.
…
Tamao et Jeanne quittèrent la Grande Salle peu après, la première jetant des coups d'œil timides à la seconde. Jeanne rayonnait, comme souvent. La jeune fille avait ce sourire sur les lèvres qui ne la quittait pas, tantôt trahissant un émerveillement naïf, tantôt une douceur infinie. Tout le monde connaissait plus ou moins Jeanne, tout le monde l'aimait bien et cela n'avait rien d'étonnant. Jeanne avait un charisme incroyable et était un modèle de gentillesse et de bonté. Tamao avait déjà entendu des Poufsouffle de deuxième année se demander pourquoi elle n'était pas dans leur maison. Vrai qu'elle y aurait eu parfaitement sa place.
— Qu'est-ce qu'on fait ? demanda Jeanne d'une voix enjouée.
Tamao s'en voulut aussitôt de devoir briser l'espoir qui vibrait dans sa voix.
— Je dois travailler, je n'ai pas fini mes devoirs.
Le sourire de Jeanne se fana et Tamao en eut un pincement au cœur.
— Métamorphoses ? demanda timidement la première année, un peu désabusée.
— Heu… Non, runes.
— Runes ? C'est quoi.
— Une traduction. De runes. Je voudrais la finir ce week-end mais hier…
Ses mots moururent sur ses lèvres.
— Je peux rester avec toi ?
Tamao accepta d'un hochement de tête, secrètement touchée que Jeanne veuille malgré tout rester en sa compagnie.
Elles déambulèrent un moment dans les couloirs à la recherche d'une salle d'études pas trop remplie. Jeanne ne voulait pas aller à la bibliothèque, elle trouvait qu'elle y allait trop souvent. Elle tomba par contre en pamoison devant la salle des trophées et Tamao dut menacer de partir sans elle pour qu'elle daigne en sortir.
— Il y avait un trophée au nom de Gamp, tu as vu ? Comme Elladora Gamp. Ce doit être quelqu'un de sa famille, déblatérait Jeanne sans plus s'arrêter.
— Tamao ?
La jeune femme se raidit en reconnaissant la voix de son tuteur.
— Professeur Mikihisa, salua Jeanne plus vite qu'elle en se retournant vers l'adulte.
Tamao s'inclina devant lui, les mains jointes devant elle sans lâcher son sac.
— Que faites-vous donc ? demanda-t-il aimablement.
— Nous cherchons une salle d'études pour travailler, professeur.
Une nouvelle fois, Jeanne avait été plus vive qu'elle.
— Vous pouvez vous mettre dans ma salle si vous voulez, fit-il.
Et joignant le geste à la parole, il leur déverrouilla la salle de classe.
— Merci beaucoup professeur, reprit Jeanne, surprise et ravie.
— Il n'y a pas de quoi. Ce n'est pas comme si elle était très utilisée le dimanche, rit doucement Mikihisa.
Tamao le salua de nouveau en s'inclinant et en murmurant un « merci » du bout des lèvres.
Son tuteur faillit dire quelque chose mais se retint au dernier moment, hocha la tête et poursuivit son chemin.
Tamao posa son sac sur une table de cours, imitée par Jeanne.
— Mais, sembla soudain réaliser cette dernière, c'était…
Son regard s'agrandit.
— C'était ton père, chuchota-t-elle.
Tamao ne voulut pas répondre et fuit son regard.
« Un peu lâche pour une Gryffondor », se dit-elle amèrement.
Elle sortit son devoir de runes, sa nouvelle plume et son encrier et s'assit à une table. Jeanne s'approcha maladroitement.
— Je…
— Ne t'inquiète pas, la rassura Tamao en relevant la tête, tout va bien.
Elle se força à lui sourire. Elle ne voulait pas voir Jeanne perturbée.
— C'est toujours un peu… bizarre entre nous depuis que j'ai intégré Poudlard. Tu n'as vraiment pas à t'en faire.
Jeanne ne semblait pas complètement rassurée mais elle accepta ces explications.
Elle s'assit à son tour à une table et sortit la boîte à musique que Tamao connaissait bien désormais. Jeanne ne s'en séparait jamais.
Elle la regarda essayer. Une fois. Deux fois. Mais rien n'y faisait, la boîte à musique ne se réparait pas.
Son devoir de runes lui était totalement sorti de l'esprit.
— À quoi penses-tu, lui demanda-t-elle, quand tu lances ton sortilège ?
Jeanne releva un regard un peu perdu vers elle.
— Au fait que je veuille qu'elle se répare.
— Oui mais…
Tamao se mordilla la lèvre.
— Quelle intention mets-tu ? Qu'imagines-tu ? À quoi ressemble la boîte à musique réparée dans tes pensées ?
— Il y aura de la musique qui en sort, répondit simplement Jeanne.
— Et cette musique, tu l'entends ?
Jeanne fronça les sourcils.
— Je ne comprends pas, lui reprocha-t-elle.
Tamao faillit laisser tomber. Faillit seulement. Elle était la tutrice de Jeanne après tout.
— Si tu veux la réparer, il faut que tu ais en tête l'objet réparé et non pas l'action de réparation. Il faut, je pense, que tu vois la danseuse tourner dans tes pensées et la musique vibrer dans l'air. Je ne sais pas si je suis claire.
— Penser au but et non au chemin pour guider le sortilège, sinon il ne sait pas ce qu'il doit modeler, cita machinalement Jeanne en puisant dans ses souvenirs de l'enseignement de Beauxbâtons.
— C'est ça, acquiesça Tamao.
Jeanne prit le temps d'y réfléchir, puis se retourna vers sa boîte à musique. Tamao ne sut pas ce qui lui traversa l'esprit mais, cette fois-ci, lorsqu'elle leva sa baguette et prononça un mélodieux « Arca reparo », le clic-clac d'un mécanisme se fit entendre. La danseuse se mit doucement à tourner sur elle-même et une douce mélodie, quoiqu'un peu hachée, s'éleva de la boîte.
— J'ai réussi ! s'exclama Jeanne.
Elle avait les yeux qui pétillaient et le sourire qu'elle adressa à Tamao était si rayonnant que celle-ci se crut frappée par la foudre.
