Note : En espérant que ça vous plaira =) A bientôt !
Chapitre 3 : Verts et argents
…
Jeanne regardait Tamao, admirant une fois de plus ses beaux cheveux roses, lorsque Horo-Horo se laissa tomber en soupirant sur le banc à côté d'elle.
— Que t'arrive-t-il ? lui demanda-t-elle en voyant son air renfrogné.
— Je me suis fait coller par Boris.
Jeanne haussa un sourcil.
— Tu as été dissipé ?
Cela fit ricaner Horo-Horo.
— Non, j'ai juste oublié de faire les trente centimètres de parchemin qu'il nous avait demandé sur les sortilèges d'apparition.
Jeanne lui lança un regard réprobateur.
— Du coup je vais devoir nettoyer la salle des trophées vendredi soir, reprit le Gryffondor.
— Tu ne seras pas tout seul, intervint Damuko qui s'était approchée d'eux, deux Serdaigle de troisième année sont aussi en retenue pour s'être disputés dans un couloir.
— Ils se sont battus ? demanda Jeanne.
— Non, lui répondit le fantôme.
— Même pas ? s'exclama Horo-Horo.
Damuko secoua la tête de gauche à droite.
— C'est un p-peu sévère, n-non ? fit doucement remarquer Tamao.
— Les profs ne peuvent pas enlever de points alors ça va être retenues à gogo cette année, comprit Horo-Horo. Du moins au début pour que le message passe que même sans la Coupe des Quatre Maisons on a intérêt à se tenir à carreaux.
Jeanne hocha la tête pour montrer qu'elle avait saisi l'idée.
— Ils arrivent quand déjà, ceux des autres écoles ? questionna Horo-Horo.
— Dans deux semaines, lui répondit le fantôme des Gryffondor.
Jeanne sentit son cœur faire du saut à l'élastique dans sa poitrine.
Deux semaines. Dans deux petites semaines, Marco allait débarquer à Poudlard… et potentiellement briser cette atmosphère de coton sucré qu'elle aimait depuis la rentrée.
…
L'idée ne lui sortit pas de la tête de toute la journée. La distrayant des cours et créant à certains moments des nœuds dans son estomac. Il fallait qu'elle arrive à ne pas y penser ! Mais la tâche était délicate car plus leur arrivée approchait, plus cette dernière gagnait de places dans la course au sujet préféré des élèves pour leur papotage en classe.
— Jeanne, je pense que ta tue-loup a assez d'eau, lui fit gentiment remarquer le professeur Thalim comme elle entreprenait de noyer cette dernière, l'esprit complètement ailleurs alors que, à côté d'elle, Susan et Ann se posaient mille et une questions sur Gandhara.
Confuse, Jeanne reposa aussitôt l'arrosoir et s'excusa platement, les larmes aux yeux. Le professeur Thalim se contenta de la rassurer d'un sourire et s'éloigna pour inspecter le travail des autres élèves.
À la fin du cours, Jeanne sortit de classe d'un pas énergique, décidée à penser à autre chose.
Le lundi, elle mangeait rarement avec Tamao qui travaillait avec Lyserg et ne dînait que plus tard. Elle avait l'habitude de s'asseoir avec ses camarades de classe mais Susan, Ann et Elladora, après avoir occupé le cours d'enchantements du matin avec Beauxbâtons et celui de botanique avec Gandhara, discutaient désormais des plus belles villes de France. Chris et Cygnus, en bons sportifs se respectant, n'avaient que le Quidditch à la bouche et Padma n'était nulle part en vue, sans doute perdue avec Fred quelque part.
En entrant dans la Grande Salle, Jeanne chercha donc Nichrom du regard et se réjouit d'apercevoir une place près de lui à la table des Serpentard. Sans se poser plus de questions, elle s'y dirigea d'un pas résolu et s'assit en face de lui, à côté de la blonde qu'elle n'aimait pas et qui avait été la tutrice de Tamao.
— Salut, fit-elle joyeusement.
La Serpentard à côté d'elle eut un mouvement de recul et une grimace de dégoût. De l'autre côté de la table, Nichrom s'était figé la bouche ouverte, la dévisageant avec de grands yeux écarquillés.
— Me dis pas que tu vas me refaire ton laïus sur le « chacun sa table », rit-elle en attrapant la carafe d'eau.
— M-mais… mais…
Nichrom semblait avoir perdu tous ses moyens. Était-ce parce que, cette fois-ci, il mangeait avec des amis à lui ?
— Une rouge et or à notre table, fit quelqu'un à gauche de Marion. C'est intéressant.
Jeanne se dévissa la tête pour apercevoir le voisin de sa voisine. Brun. Cheveux longs. Garçon, à la voix. Avec des boucles d'oreille, immenses, une étoile dorée dans un cercle rouge et noir.
— Tu ne nous présentes pas ton amie, Nichrom ?
Ton doucereux. Jeanne ne l'aimait pas. En plus à cause de lui, Nichrom était devenu tout rouge et ressemblait à une bombe sur le point d'exploser.
— Jeanne, intervint-elle, parfaitement capable de se présenter toute seule.
L'élève inclina la tête sur le côté.
— Jeanne, répéta-t-il au lieu de se présenter.
La jeune fille crut voir ses yeux briller et aurait voulu lui faire ravaler le sourire suffisant qu'il affichait.
— Et tu es ? voulut-elle savoir.
Son interlocuteur ne se départit pas de son sourire. Elle crut qu'il allait se détourner sans lui répondre et serra des dents. Cependant, il dut finalement juger qu'elle était digne d'intérêt car il daigna décliner son prénom.
— Hao.
D'où lui venait cette envie irrépressible de le frapper ?
Elle hocha sèchement la tête et reporta son attention sur Nichrom. Cependant ce dernier n'avait d'yeux que pour ce « Hao » prétentieux et désagréable.
— Première année, n'est-ce pas ? revint à la charge Hao dans une espèce de ronronnement.
Jeanne se tendit.
Pourquoi avait-elle l'impression d'être en danger ?
— Oui, confirma-t-elle sans tourner la tête.
Elle lui jeta cependant un regard un biais mais le garçon ne la regardait pas. Il regardait Nichrom, lequel approuvait mécaniquement de la tête. Comme un sujet aux ordres de son maître.
Cela déplût très fortement à Jeanne.
— On se voit en enchantements, Nichrom, assena-t-elle en se levant, refusant de rester une seconde de plus à la table des verts et argents.
Son camarade de classe sembla enfin revenir à lui et hocha frénétiquement la tête. La nausée aux lèvres, Jeanne s'éloigna dignement, ignorant la dernière pique de Hao qui suggérait qu'elle prenait la fuite. Elle traversa toute la Grande Salle et alla s'asseoir à un bout de la table des Gryffondor, où elle s'en prit si férocement au contenu de son assiette qu'elle terrorisa les deux élèves de deuxième année installés en face d'elle.
…
Malheureusement, son cours d'enchantements avancé se tenait dès le lendemain matin, ce qui n'avait pas laissé beaucoup de temps à Jeanne pour décolérer. Elle avait beau se répéter qu'elle avait dû mettre Nichrom mal à l'aise devant ses amis, qu'il ne fallait pas qu'elle lui en veuille, que même si ses amis étaient détestables Nichrom était gentil, lui, et tout un tas de choses centrées sur le pardon et la paix, elle était tout de même contrariée quand elle prit place à côté de lui. Le regard noir qu'il lui lança ne réchauffa pas l'atmosphère.
Le cours était purement théorique. Jeanne griffonna son parchemin de notes sans comprendre la moitié de ce qu'elle écrivait sous la dictée du professeur Chrom, lançant de temps à temps de discrets coups d'œil sur sa gauche. Nichrom ne lui adressa pas un seul regard.
À la fin du cours, Jeanne avait cependant réussi à prendre suffisamment sur elle pour tenter une réconciliation.
— Nichrom, appela-t-elle dans le brouhaha de fin de classe comme il rangeait ses affaires.
Son voisin de table croisa son regard.
— Je te pardonne.
Le jeune homme se crispa et finit de ranger ses affaires sans un mot. Perturbée, Jeanne se mordit la lèvre inférieure sans comprendre.
Le Serpentard quitta la salle sans relever la tête vers elle mais Jeanne se lança derrière lui.
— Nichrom, attends !
— Quoi ?
Il s'était retourné si brusquement qu'elle faillit lui rentrer dedans.
— Qu'est-ce que tu veux ? demanda-t-il d'un ton virulent.
Son agressivité choqua Jeanne.
— Pourquoi es-tu en colère ? s'agaça-t-elle. Tu devrais être soulagé non ? Je t'ai dit que je te pardonnais.
— « Me pardonnais », répéta Nichrom. Oh mais tout va bien alors, si la très sainte Jeanne me pardonne.
Le garçon partit d'un éclat de rire haché. Méchant, triste, fou, cruel. Blessant.
— Je suppose que je dois me sentir honoré et humblement m'agenouiller pour recevoir le pardon de Sa Sainteté.
— Mais qu'est-ce qui te prend ? cria Jeanne, horrifiée, sa voix partant dangereusement dans les aigus.
— Je n'ai pas besoin de ton pardon ! s'énerva Nichrom. Je n'ai rien à me reprocher.
Jeanne sentit ses joues s'échauffer comme sa colère revenait.
— Tu as laissé ton ami me… me… Tu te dis mon ami mais tu ne t'es pas comporté comme un ami !
— Et que voulais-tu que je fasse, Jeanne ?
Il avait craché son prénom.
— Que je leur dise de te laisser tranquille ? se moqua-t-il.
— Oui, par exemple ! répliqua Jeanne.
De nouveau Nichrom partit d'un éclat de rire qui le faisait paraître complètement fou.
— Mais tu t'attendais à quoi, en venant t'asseoir à notre table ? Ne compte pas sur moi, enchaîna-t-il avant qu'elle ne puisse répondre, pour quoi que ce soit ! C'est déjà assez difficile comme ça ! Mais bien sûr tu ne peux pas savoir, hein ? Qu'est-ce qu'une petite sainte adulée comme toi pourrait bien savoir ?
— Arrête de dire que je suis une sainte !
— Pourtant c'est exactement ce que tu es ! Toujours souriante. Toujours gentille. Aimée par tous. Toi tu n'as pas de difficultés pour te faire accepter, c'est facile. Tout le monde t'aime bien, même les professeurs. Tu es si brillante !
Sa manière d'appuyer ironiquement sur le « si » faisait mal. Ses reproches lui faisaient mal. Mais surtout, la douleur de Nichrom lui faisait mal. C'était une douleur qu'il lui semblait connaître.
— Pourquoi… balbutia-t-elle.
Elle inspira, expira, essaya de reprendre son calme, de maîtriser les tremblements de sa voix. Mais elle sentait des larmes commençaient à lui brouiller les yeux.
— Pourquoi dis-tu… Quand tu dis que c'est difficile de te faire accepter, tu parles des autres Serpentard ?
Nichrom lui retourna un silence buté et un regard rempli de haine.
— Nichrom, reprit Jeanne, si ça ne se passe pas bien, il faut que tu demandes à changer de maison.
À peine avait-elle fini sa phrase que Nichrom s'étranglait de nouveau de ce mauvais rire qui flirtait avec la folie.
— Changer de maison ? Oh bien sûr, Sainte Jeanne a toujours une solution ! Mais non Jeanne, ça ne se passe pas comme ça, on ne change pas de maison.
— Mais si…
— Et puis ça m'avancerait à quoi, hein ? grogna Nichrom, ne la laissant pas riposter. Tu crois que si j'étais à… à Gryffondor, tiens ! Tu crois que si j'étais à Gryffondor, on oublierait que je m'appelle Nichrom Pache ?
Jeanne eut l'impression de prendre une grande claque. Elle ouvrit la bouche, la referma sans avoir émis un bruit. Autour d'elle tournaient les rires, les chuchotements, les regards de travers, les araignées mortes.
— Tu ne peux pas comprendre, cracha Nichrom à voix basse d'un ton plein de rancœur.
— Je comprends bien mieux que tu ne le crois, se força à répondre Jeanne, la gorge sèche.
Elle affronta son regard sans ciller. Sentit quelque chose couler sur sa joue droite.
— Pourquoi crois-tu, reprit-elle d'une voix hachée, que je sois venue recommencer ma scolarité à Poudlard au lieu de poursuivre à Beauxbâtons ?
La colère qui défigurait les traits de Nichrom s'estompa ses yeux s'agrandirent. Jeanne lut de l'hésitation dans ses pupilles.
— Marco, Meene, John, Pof, Lucky, Chris, Kevin… Les professeurs de Beauxbâtons forment une famille et je faisais partie de cette famille. Tu crois que les élèves de Beauxbâtons ont réagi différemment avec moi que les élèves de Poudlard avec toi ?
La vision de Jeanne se brouilla complètement et elle se rendit enfin compte alors que ses yeux étaient remplis de larmes. Elle les chassa d'un geste rageur et planta son regard dans celui de Nichrom.
— Si tu ne veux pas être mon ami…
Sa gorge se serra et elle fut incapable d'articuler la suite. Elle eut beau porter une main à sa gorge et grimacer, les mots refusèrent de sortir.
— Ce n'est pas, reprit Nichrom, que je ne veux pas Jeanne c'est juste… Je… J'étais en colère car je croyais…
Il semblait s'être vidé comme un ballon. Toute la rage qui le faisait paraître si fou et si méchant était partie.
— Désolé.
Il resta encore un instant face à elle, hésitant, quêtant son regard. Jeanne hocha simplement la tête, toujours incapable de parler. Nichrom rajusta son sac sur son épaule, tourna des talons et s'enfuit.
…
Jeanne accueillit avec soulagement la fin de la journée. Elle n'avait eu qu'une hâte depuis sa confrontation avec Nichrom, retrouver Tamao. Son amie parvenait toujours à faire s'envoler tous ses soucis. Elle avait bien espéré l'avoir pour elle toute seule à table, mais Lyserg s'était joint à elles pour le repas, désespéré par une punition injuste que lui aurait donnée la concierge.
Le soir venu, Jeanne se roula en boule dans un des fauteuils confortables de la salle commune avec un ronronnement tandis que Tamao s'asseyait dans le pouf à ses côtés.
— Tu voulais me parler de quelque chose, Jeanne ? devina Tamao.
Si attentive et attentionnée Tamao.
— Oh non. Enfin oui. Je me suis disputée avec Nichrom.
Jeanne marqua une pause.
— Mais on est réconciliés. Je crois, ajouta-t-elle avec un léger froncement de sourcil. J'imagine que je le saurai mardi prochain.
Tamao lui sourit et Jeanne se sentit bien.
— Dis, Tamao, demanda-t-elle, mue par une impulsion soudaine, tu m'apprendrais à voler ? Je n'avais pas de cours de vol à Beauxbâtons et… j'aime beaucoup ça. J'ai cours de vol demain après-midi mais j'aimerai vraiment voler avec toi.
— Oui, d'accord, accepta Tamao sans même avoir hésité. On peut faire ça le week-end prochain si tu veux.
— Oui !
Et Jeanne se pelotonna un peu plus dans son fauteuil, le sourire aux lèvres et une boule de chaleur au ventre.
