Note : Coucou ! Quelque chose de beaucoup plus « calme » pour aujourd'hui, comparé au chapitre précédent. Ne vous y habituez pas trop vite quand même ;) A bientôt !


Chapitre 5 : Chouettes et confitures

— Ponchi ! Conchi !

Tamao poussa un soupir. Sa nuque lui faisait mal à force de se tordre le cou pour tenter d'apercevoir ses hiboux. Sage et digne, Shamash était perché non loin d'elle et avait ouvert un œil somnolent à son appel. Nulle trace de ses deux hiboux un peu fous cependant.

Avec un haussement d'épaules, Tamao finit par opter pour un des oiseaux de l'école, une jolie chouette effraie qui, elle, accepta de bien vouloir porter son courrier. Une commande de yeux de scarabée pour l'apothicaire. Elle avait oublié de renouveler son stock cet été et les prix à Pré-au-Lard étaient beaucoup plus élevés que sur le Chemin de Traverse.

Une chouette des bois avec un ruban noir autour du cou prit son envol et frôla le haut du crâne de Tamao. Les rubans noirs étaient le signe distinctif de tous les coursiers de la famille Tao.

— Bonsoir Ren, salua poliment Tamao en se retournant vers le Serpentard.

— Bonsoir Tamao, lui répondit aimablement le garçon, bien que sans lui accorder un regard.

Une fois son propre message attaché et la chouette de l'école envolée, elle observa Ren accrocher un petit paquet argenté au bout de la patte de sa chouette.

— C'est pour Jun ? devina-t-elle. Son anniversaire est demain.

Ren hocha la tête. Il s'approcha ensuite de la fenêtre, la chouette des bois accrochée à son gant, et la lança dans le ciel crépusculaire.

— Je lui ai acheté un collier la semaine dernière à Pré-au-Lard, commenta Ren, exceptionnellement fort loquace.

— Ça v-va sûrement lui p-plaire, fit gentiment Tamao.

— Évidemment, coupa Ren avec aplomb.

Tamao rosit, battit des cils et se reprit.

— Est-ce que ses études se p-passent bien ?

— Oui, confirma Ren en se détendant imperceptiblement. Elle a validé ses D.U.C.S. avec mention.

— D.U.C.S. ? demanda timidement Tamao.

— Diplôme Universel de Culture Sorcière, répondit machinalement Ren.

Il resta un moment immobile près d'elle, le regard fixé sur le soleil couchant. Tamao se retourna pour l'observer aussi, contemplant le dégradé de violets et d'oranges à l'horizon.

Tamao chercha quelque chose à dire.

— C'est joli. La vue depuis ici, détailla-t-elle quand Ren tourna vers elle un regard interrogateur.

— Mouais. Ça ne vaut pas la vue depuis la tour d'astronomie.

— Ou depuis un balai, compléta Tamao.

Ren fit la grimace.

— Oh pardon, j'oubliais… regretta Tamao, se souvenant après coup que Ren n'aimait ni le Quidditch ni voler.

— Tu as sans doute raison, la coupa-t-il.

Tamao esquissa un maigre sourire puis reprit sa contemplation du ciel, jugeant que le silence leur convenait bien à tous les deux.

— Bonne soirée, Tamao, la salua Ren une dizaine de minutes plus tard quand il quitta la volière.

— Bonne nuit, Ren, lui répondit la Gryffondor.

Elle resta encore un petit moment accoudée à l'ouverture, écoutant les hiboux hululer doucement. Le soleil était presque couché désormais et la majeure partie d'entre eux se réveillaient, s'ébrouaient et prenaient leur envol dans des planages gracieux. Il fallait qu'elle redescende, sinon elle allait bientôt regretter de ne pas avoir de balai pour pouvoir les imiter.

Tamao avait prévu de faire la grasse matinée le dimanche matin, mais le soleil vint la cueillir dans son sommeil et elle ne réussit pas à se rendormir. Attrapant son cahier à dessins, elle s'habilla vivement et quitta le dortoir sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller ses condisciples. Descendue dans la salle commune, elle eut la surprise de voir Jeanne, installée confortablement dans un fauteuil avec un livre à la main, qui semblait l'attendre.

— Bonjour Tamao, toi aussi tu es déjà levée ? On va petit-déjeuner ?

Tamao acquiesça de la tête et lui emboîta le pas. En arrivant dans le hall d'entrée, elles aperçurent Hao qui discutait avec le professeur Turbin devant la salle des professeurs. Jeanne lui lança des regards furieux mais le préfet-en-chef ne les vit pas.

Tamao s'en trouva soulagée ; elle n'aurait pas aimé le confronter à nouveau. Il l'avait finalement bel et bien reconnue la nuit où il avait failli l'attraper. Et elle ne le croyait pas du genre à oublier.

Les deux jeunes filles allèrent s'installer à leurs sièges habituels à la table des Gryffondor quasi-déserte et se mirent en tête de goûter toutes les confitures proposées ce matin-là.

— Bonjour les filles, bien dormi ? les salua Damuko en s'approchant d'elles.

— Très bien, acquiesça Jeanne en délimitant très précisément la part de sa tartine à la confiture d'abricot de la part à la confiture de noix.

— Les tartines, ça c'est quelque chose qui me manque, leur confia Damuko. Le meilleur, c'est quand on les trempe dans du chocolat chaud, peu importe ce qu'on a mis dessus.

Tamao lui adressa un sourire timide.

— Il paraît que tu as fait la course avec Hao, Tamao, reprit le fantôme en se tournant vers elle.

Ladite Tamao piqua un fard et plongea sa tête dans son jus d'orange.

Quand elle repensait à cet épisode, la jeune fille n'en revenait pas elle-même de son audace. Mais sur le moment, cela lui était venu naturellement, il était hors de question qu'elle laisse Hao lui enlever Jeanne !

— En tout cas c'est ce que nous a raconté Tokagerô. Il était en train de faire un tournoi de cartes avec Chuck et Ashcroft près du lac quand ils vous ont vu passer à toute allure.

— Ce… ce n'était p-pas… une course, souffla Tamao.

— Ah mais donc c'était bien vous, en déduisit Damuko.

— Tamao essayait de me sauver, intervint Jeanne, voulant tout expliquer bien correctement mais sans réaliser que ce n'était pas une bonne idée.

— Oh ! s'étonna Damuko. Quand tu dis « sauver », tu veux dire comme une chevalière à la rescousse de sa princesse ?

Jeanne hésita, se mordilla la lèvre, finit par acquiescer de la tête. Cela contraria Tamao. Damuko était joueuse mais innocente et gentille, en revanche elle allait sans doute répéter cette histoire aux autres fantômes, qui eux étaient bien moins innocents et gentils. Elle n'aimait pas ce que leur aventure pouvait donner une fois déformée par des esprits tels que Tokagerô et les autres.

De plus, elle tiquait sur le terme « sauver ». Après tout, Jeanne n'avait pas vraiment été en danger. Hao n'aurait pas… certes c'était Hao, mais… De toute manière, c'était avant tout de sa faute à elle si Jeanne avait été embarquée dans cette histoire. Alors dire qu'elle l'avait « sauvée » … Non, vraiment, ça ne convenait pas.

— C'est chou ! commenta Damuko avec un sourire.

— C'est un secret, tenta Tamao.

Damuko éclata d'un joli rire. Le fait qu'elle était amoureuse de Yoh aussi avait été un secret. Mais les secrets, ça n'existait pas à Poudlard. Tamao le savait bien, mais au moins avait-elle essayé.

— Vous voulez que je vous en dise un, de secret ? leur confia Damuko sur un air conspirateur.

Jeanne se rapprocha et Tamao se tendit imperceptiblement.

— Il paraît que l'enseignement dispensé à l'académie de Beauxbâtons est très riche en magie de combat et que le professeur Mikihisa projette d'en profiter pour ouvrir un club de duels quand ils seront là.

Tamao échangea un coup d'œil avec Jeanne qui ne semblait qu'à moitié surprise. Elle-même savait déjà que Mikhisa avait toujours voulu apprendre le duel à ses élèves, elle ignorait juste qu'il avait prévu de mettre ses plans à exécution. Jeanne pour sa part devait déjà être au courant des enseignements donnés à Beauxbâtons.

— Alors ? fit Damuko en se redressant. Ça vous étonne, n'est-ce pas ?

« Pas vraiment », avait envie de répondre Tamao. Mais ce n'était pas très correct alors elle se contenta de hocher lentement la tête pour faire plaisir au fantôme.

— Ah je vois que Horo-Horo vient d'arriver ! s'exclama Damuko. Et il n'a pas l'air très bien réveillé. Je vous laisse, j'adore l'enguirlander de bon matin.

L'esprit s'éclipsa, laissant Tamao et Jeanne seules avec leurs tartines.

— La délégation de Beauxbâtons… Ils arrivent le week-end prochain, fit remarquer un peu timidement Tamao.

Elle observa Jeanne en biais mais la française ne répondit pas, les yeux dans le vague. Tamao décida de la laisser tranquille, essayant d'imaginer ce que cela représentait pour elle sans vraiment y parvenir. Dans son cas, Mikhisa était déjà à Poudlard. En tant que professeur. Ce qui avait fini de refroidir leurs rapports déjà de plus en plus distants depuis que Mikihisa avait laissé Tamao à Mahoutokoro. Pas qu'elle n'ait à s'en plaindre !

Elle était entrée à Mahoutokoro à l'âge de 9 ans, au moment de la mort du père de Reoseb et Seyrarm. C'était une école destinée aux enfants de 7 à 11 ans dirigée par Yohmei, le grand-père de Yoh. Les autres élèves rentraient chez eux tous les jours à dos de pétrel-tempête mais Tamao dormait sur place, toute seule avec Yohmei et, quelques fois, Keiko. Yoh et Anna avaient déjà intégré Poudlard et Hao… Hao était Hao.

Il y avait des gens pour penser qu'un jour, la communauté sorcière serait suffisamment vaste pour que Mahoutokoro intègre aussi un cycle élémentaire. Les jeunes gens d'Asie pourraient alors y suivre leur scolarité au lieu de traverser la planète pour aller à Poudlard. Ces mêmes personnes avaient le même projet pour Ilvermorny, aux Etats-Unis, et rêvaient aussi de la création de nouvelles écoles. Uagadou en Afrique. Castelobruxo au Brésil. Durmstrang en Europe du Nord, comme dans Harry Potter. Doux rêves… Yohmei qualifiaient ces gens de « doux rêveurs ». Il disait que jamais le nombre de sorciers ne serait assez élevé pour nécessiter plus de trois écoles. Déjà qu'il remettait en question l'existence même de Beauxbâtons et Gandhara, qui étaient des écoles privées.

— Je suis… murmura soudain Jeanne, hésitante.

Tamao lui sourit pour l'encourager mais Jeanne ne la voyait pas.

— Contrariée, lâcha-t-elle.

Elle se mordit ensuite la lèvre inférieure. C'était une manie qu'elle avait — Tamao l'avait remarqué — à chaque fois qu'elle réfléchissait intensément à quelque chose. Tamao trouvait ça mignon. Ça faisait paraître Jeanne un peu plus réelle, un peu plus humaine. La plupart du temps, Tamao trouvait qu'elle ressemblait à un ange de lumière.

— Je voulais… être indépendante. J'ai un peu peur… de ce qu'il va se passer. Quand les autres vont apprendre… Poudlard est ma maison.

Tamao sentit son cœur se craqueler en voyant le regard un peu perdu de Jeanne. Sur une impulsion, elle lui attrapa la main et la serra entre ses doigts. Les yeux de Jeanne revinrent sur elle pour se planter dans les siens.

— Tout ira bien, la rassura-t-elle.

C'était ce que disait toujours Yoh.

Remerciement muet. Sourires.

— On va profiter du parc ? proposa Tamao.

Malgré le froid, communiqua-t-elle implicitement dans le ton de sa voix.

— Oui, accepta immédiatement Jeanne avec un hochement de tête.

Son sourire s'élargit et cela mit du baume au cœur à Tamao, secrètement contente de la voir se reprendre.

— Je suis contente d'être ton amie, déclara Jeanne nonchalamment en se levant.

Tamao l'imita maladroitement, ses pommettes virant au rouge brique, mais la première année ne sembla pas s'en apercevoir, attrapant sa main pour l'entraîner naturellement derrière elle.