Note : Salut ! Je me sens patraque en ce moment mais c'est justement pour les jours comme ça que je me suis imposée de respecter un rythme de publication, alors tadaa ! Bonne lecture à tous =)
Chapitre 6 : Rouges et ors
…
— Hao !
Le cri rageur de Macchi lui parvint depuis l'entrée de la salle commune. À sa table, ses deux camarades de dortoir haussèrent les sourcils. C'était que personne ne s'adressait à lui ainsi. Personne d'intelligent, en tous cas. Macchi était-elle si en colère qu'elle en perdait la raison ? Pourtant, elle avait été assez lucide pour comprendre que ce qui lui arrivait était de son dû. Preuve qu'elle avait fini par bien comprendre ses manœuvres.
La jeune femme arriva en trombe et les deux septième année assis avec Hao — ils étaient en train de faire leur devoir d'arithmancie — se levèrent et quittèrent les lieux précipitamment.
— Macchi, salua poliment Hao, le sourire aux lèvres.
Sa cadette le foudroya du regard avant de détourner vivement la tête, apparemment surprise de sa propre audace. Hao la voyait pincer les lèvres, se retenant très fort de dire quoique ce soit d'incontrôlé. Il attendit patiemment qu'elle trouve la tournure la plus politiquement correcte pour exprimer sa pensée.
— Je sors de mon cours de runes.
— Oh, c'était intéressant ? s'enquit-il, mimant surprise et intérêt.
— Turbin nous a donné un devoir.
— C'est ce que font les professeurs, commenta Hao.
— En binôme.
— Ça arrive parfois.
— Qu'il a désignés.
Hao sourit.
— Puis-je savoir qui est l'heureux élu ?
Il crut que Macchi allait perdre son sang-froid. Mais elle tint bon. C'était la première fois qu'il se comportait ainsi avec elle, habituellement c'était plutôt les autres élèves qui faisaient les frais de ses manigances.
— Tu ne devineras jamais, lança brusquement Macchi, le prenant au dépourvu.
Elle planta ses grands yeux orages dans les siens, l'invitant à émettre une proposition.
Hao éclata de rire.
— Voyons, fit-il, à tout hasard je dirai… Lyserg ?
Ce dernier n'allait pas tarder à le détester, mais c'était déjà plus ou moins le cas depuis cette fâcheuse histoire avec ses parents.
— Bingo, confirma Macchi, avec un air pincé.
— Vois le bon côté des choses, lui dit-il, pendant qu'il travaillera avec toi sur ce devoir, il ne sera pas avec Tamao.
Macchi plissa les yeux.
— Tamamura, hein ? ricana-t-elle.
Hao lui retourna un visage poliment interrogateur.
— Je suppose que tu as tes raisons. Et que ça ne me regarde pas.
— Non, en effet, approuva distraitement Hao, qui n'avait absolument pas l'intention de s'expliquer.
Il ne le faisait presque jamais. Mais ceux qui le côtoyaient régulièrement finissaient la plupart du temps par deviner.
Macchi resta quelques instants silencieuse, puis décida de s'en aller, sans doute pour aller piquer des cigarettes à Kanna. Hao désapprouvait et le lui faisait habituellement savoir, mais pour cette fois il jugea qu'il pouvait le tolérer.
Il reprit son devoir d'arithmancie, y mit rapidement un point final et s'étira paresseusement. Avisant l'horloge à pendule dans un coin de la salle, il établit qu'il était l'heure d'aller manger et entreprit de ranger ses affaires. À la table d'à côté, quelques cinquième année parmi lesquels se trouvaient Mari l'imitèrent et un groupe de troisième année se leva précipitamment des fauteuils pour le suivre.
— Mati va passer encore plus de temps à se plaindre de Diethel, lui fit remarquer dans un demi-reproche Mari en sortant de la salle commune.
— Désolé Mari, c'est vrai que je n'y avais pas pensé.
C'était faux, il y avait pensé. Mais elle le savait. Ce n'était qu'une formule de courtoisie.
Pour cause, elle haussa les épaules.
— Mati n'aime pas Tamao, déclara-t-elle platement.
Tentative subtile de déplacer la conversation.
— Macchi est jalouse, se moqua-t-il gentiment en faisant semblant de ne pas comprendre le sous-entendu.
— Tamao va avoir besoin d'un autre tuteur. Surtout en métamorphoses, insista Mari.
Avait-elle vraiment besoin de se faire confirmer qu'elle avait deviné juste ? Ça avait été assez évident pour Macchi.
— Un genre de tuteur temporaire ? lui accorda Hao. Pour quelles matières ?
— Métamorphoses, répéta Mari.
Elle n'en dit pas plus mais Hao ne lui en voulut pas de ne pas se souvenir d'une information potentiellement obsolète depuis plus de deux ans.
— Potions ? tenta-t-il néanmoins.
Mari plissa les sourcils.
— Non, répondit-elle d'une voix peu assurée. Non, pas potions.
…
Après l'avoir suivi depuis les cachots, le groupe de Serpentard derrière lui se trouva fort désappointé quand Hao ne s'assit pas à leur table, avant que Mari et Macchi ne le remplacent à leur tête.
Hao pour sa part avait aperçu son frère à la table des rouges et ors, juste à côté de Jeanne et Tamao. L'occasion était trop belle pour ne pas en profiter. Le petit bouchon faillit s'étouffer quand il s'assit à côté d'elle et Tamao en resta stupéfaite plusieurs minutes.
— Salut Hao.
— Salut Yoh.
— On parlait justement de Noël, je disais à Jeanne qu'elle pouvait venir à la maison.
Pourquoi diable avait-il décidé d'aller s'asseoir avec Yoh ?
— Ma réponse n'a pas changé depuis l'année dernière, anticipa-t-il.
Yoh essaya de conserver son sourire mais il avait une lueur triste dans les yeux.
— Ça ferait plaisir à Keiko. Pour notre dernière année.
Ils savaient tous deux qu'à partir de l'année suivante, les probabilités pour que Hao passe Noël avec eux passeraient de 0,1% à 0,0000001%.
— Il me semble que tu n'étais pas à Izumo pour Noël non plus, l'année dernière, fit remarquer Hao. Ni l'année d'avant.
Que son frère commence par appliquer ses propres conseils.
— Ouais, concéda Yoh, un peu gêné. Raison de plus pour rentrer cette année. Ce sera sympa. Surtout si tu viens, Jeanne.
Ladite Jeanne semblait fort embarrassée et Hao ne résista pas à l'envie de faire un tour dans son esprit. Ah oui, elle était déchirée entre son envie d'accepter et celle de rentrer à Beauxbâtons pour fêter Noël dans sa « famille ».
— Vous pourrez refaire la course, tous les trois, ajouta Yoh dans toute sa naïveté en pensant que c'était un bon argument.
Mais ils pouvaient très bien « refaire la course » à Poudlard, pas besoin de devoir passer Noël à Izumo pour cela. Kidnapper Jeanne de nouveau serait trop facile… mais il pouvait varier. Kidnapper Tamao. Ailleurs que dans les airs.
Il aurait de nouveau le droit au regard noir de Mikihisa pendant le cours de défense contre les forces du mal qui suivrait mais il y survivrait.
À côté de lui, Jeanne fronçait les sourcils et s'apprêtait à expliquer à Yoh qu'il n'en était pas question et que pour commencer il ne s'était pas s'agit d'une course.
— Y-Yoh…
Tamao était toute rouge et faisait visiblement des efforts pour prendre la parole.
— Je… je prévoyais de rester à P-Poudlard.
— Ah, fit un peu platement Yoh.
Hao se demanda brièvement quelle attitude allait adopter son frère. Tenter de persuader la filleule de son père de rentrer avec lui ou accepter sa décision ?
— Oui. P-pour le tournoi.
Il y eut un blanc, puis le visage de Yoh s'éclaira.
— Ah mais oui, il y a le Tournoi des Trois Sorciers !
Il se tourna ensuite vers lui.
— On ne peut pas rentrer. Ils comprendront.
Hao s'en voulut de ne pas y avoir pensé tout seul. C'était que Yoh l'avait pris au dépourvu en abordant ce désagréable sujet à table.
— Il faut que je le dise à Anna, poursuivit son jumeau en se levant.
Et en oubliant complètement son repas, il partit rejoindre sa dulcinée à la table des Serdaigle.
— Tss… lâcha Hao en jetant un regard à l'assiette à moitié entamée de son frère.
En relevant les yeux, il tomba sur le sourire en coin de Jeanne.
— On ne veut pas rentrer voir Papa-Maman, déduisit-elle avec un petit air supérieur.
Elle visait juste, évidemment. Dur de se montrer le plus mature dans ses conditions, surtout quand il avait mille et une façons de la blesser en retour.
— Tu devrais t'occuper de ton assiette, Maxwell-Lasso, conseilla-t-il tranquillement.
Jeanne jeta aussitôt des coups d'œil affolés en tous sens, paniquée à l'idée que quelqu'un l'ait entendu.
— On p-pourrait essayer de s'entendre p-pour le repas… non ? tenta maladroitement Tamao.
Trop amusant.
— On pourrait, répondit Hao, sans accepter ni refuser. D'ailleurs Tamao, changea-t-il complètement de sujet en apercevant Lyserg entrer dans la Grande Salle, j'ai entendu dire que tu avais besoin d'aide pour tes cours de métamorphoses.
Tamao se raidit.
— N-non, bafouilla-t-elle.
— Elle a déjà Lyserg qui l'aide, la prit cependant de vitesse Jeanne.
Hao sourit à Tamao, ignorant la première année.
— Tu sais que tu peux me demander, au besoin.
Et il lut sans surprise dans son regard qu'il serait l'une des dernières personnes à qui elle demanderait de l'aide.
Alors qu'il parlait, Lyserg était arrivé à leur niveau et semblait clairement surpris de trouver Hao avec ses deux amies.
— Bonjour Jeanne.
— Bonjour Lyserg.
— Tamao, enchaîna le Serdaigle en ignorant Hao, je voulais te prévenir que je ne serai pas disponible tout à l'heure. Ça ne me réjouit pas mais j'ai un devoir commun à rendre avec Matisse. On va essayer de s'en occuper le plus tôt et le plus vite possible.
Pauvre petite chose, pensa Hao, qui n'était pas encore au courant que, plus que des binômes, Hao avait suggéré à Turbin de former des équipes de travail, et que donc tous les devoirs jusqu'à la fin du semestre au moins se feraient par paires. Paires définies une fois pour toutes, bien sûr.
— On se voit lundi prochain, conclut Lyserg.
Tamao acquiesça d'un hochement de tête.
— Bon appétit, prit congé le Serdaigle.
— Merci, répondit joyeusement Hao en sachant pertinemment que ce n'était pas pour lui.
Lyserg lui jeta un regard noir mais s'éloigna sans répliquer.
— Alors, reprit affablement Hao, pour ces cours de métamorphoses…
Tamao lui retourna un regard suspicieux auquel il s'efforça de ne pas répondre par un sourire, portant son verre à ses lèvres pour cacher son amusement.
— Tu es embêtant, intervint soudain Jeanne comme si elle venait de comprendre un des grands principes de l'univers.
Cette fois Hao ne put s'empêcher de lui retourner un sourire.
— Ah bon ? répondit-il comme s'il le découvrait.
— Oui, confirma Jeanne sans comprendre qu'il se moquait d'elle. Et d'ailleurs, qu'est-ce que tu fais à notre table ? lui reprocha-t-elle.
— Tu viens bien t'asseoir à la mienne, lui retourna Hao.
— C'est différent.
— Différent ? releva-t-il.
— Je viens pour manger avec Nichrom, se défendit Jeanne.
— Et moi pour manger avec toi, lui sourit Hao.
— Non, s'entêta-t-elle. Tu es venu pour être avec Yoh et maintenant il n'est plus là, alors ouste !
Elle ponctua ses paroles d'un geste de la main pour le chasser.
Hao ne bougea pas mais haussa un sourcil.
Jeanne dut réaliser qu'elle était puérile car elle finit par se détourner pour reprendre la découpe de sa cuisse de poulet en serrant les dents. En face d'eux, Tamao n'avait pas perdu une miette de la confrontation mais n'y prenait pas part.
— Peut-être que toi aussi tu aurais besoin de cours particuliers, Jeanne, reprit tranquillement Hao en se resservant des légumes. Des cours de politesse.
Il la vit rougir de honte.
— Et d'enchantements.
Elle releva la tête pour le fusiller du regard, les joues toujours rouges, mais de colère désormais.
— Qui te l'a dit ? grinça-t-elle entre ses dents.
— Tout se sait dans ce château, Jeanne, lui répondit Hao avec nonchalance. Tu n'imagines pas le nombre de nouvelles rumeurs qui circulent par jour. Tes déboires avec une certaine boîte à musique en font partie.
— Tu sembles très bien informé, insista Jeanne.
Soupçonnait-elle de nouveau Nichrom ? Il n'avait pas eu besoin d'en passer par lui. Chrom l'avait directement renseigné.
— C'est un de mes devoirs de préfet-en-chef, non ? De connaître et de proposer mon aide aux élèves en difficulté.
Pour la deuxième fois du repas, sa voisine de table faillit s'étouffer avec son jus de citrouille.
— Nous ne sommes pas en difficulté, avança Tamao d'une voix tremblotante mais le visage ferme.
— Si tu le dis… préféra lui concéder Hao pour le moment.
Il reviendrait vers elle plus tard, quand l'absence de Lyserg commencerait à se faire sentir. Elle lui cracherait la vérité sur ses activités nocturnes douteuses à ce moment-là.
— Tu apprendras que ma boîte à musique est réparée, annonça Jeanne fièrement.
Trop mignonne.
Il finit de manger tranquillement, s'attirant malgré tout quelques regards courroucés de Jeanne. Il l'aurait bien embêtée avec l'arrivée prochaine de sa famille dans le château mais il y avait trop d'oreilles alentour.
— Tu as un tuteur ?
Jeanne fronçait les sourcils et s'interrogeait à voix haute.
— Je suis en dernière année, fit simplement remarquer Hao.
Ce n'était pas Tamao qui lui aurait posé une telle question.
— Oui mais l'an dernier tu en as eu un ?
Hao aperçut Tamao pâlir et piquer du nez. Forcément. Elle était au courant.
— Non, répondit Hao.
— Et tu as un filleul ? enchaîna Jeanne.
Macchi et Mari pouvaient-elles être considérées comme ses filleules ? Peut-être. Pas officiellement en tous cas. Et puis Jeanne avait dit « un filleul » et lui avait « des filleules ». Sans compter qu'il se demandait où la Gryffondor voulait en venir.
— Non, lâcha-t-il avec désinvolture.
Le froncement de sourcils de Jeanne s'accentua. Puis son visage se détendit.
— Désolée, lâcha-t-elle.
— De quoi donc ? s'enquit Hao, sincèrement curieux.
— Que personne n'ait voulu travailler avec toi.
Hao aurait éclaté de rire s'il n'avait pas eu la bouche pleine à ce moment-là.
— Je comprends que tu souhaites apporter ton aide à quelqu'un mais nous ne sommes pas les bonnes personnes, continua Jeanne sans se rendre compte de l'absurdité de ses propos. Tu devrais proposer ton temps aux élèves de ta maison.
— Jeanne…
C'était la voix pleine de pitié de Tamao.
— Je n'avais pas de tuteur, Jeanne, réussit à reprendre Hao, très maître de soi, car je n'en avais pas besoin. Et je propose mon aide à Tamao en priorité car elle fait partie de la famille.
Tamao se raidit. Le mot « famille » dans sa bouche devait avoir quelque chose de méprisant, il le savait. Et le statut de Tamao chez les Asakura était assez confus pour que l'emploi de ce terme soit remis en question.
— Donc tu veux dire que tu veux être gentil ? essaya de comprendre Jeanne, sans percevoir le malaise de sa voisine de table.
« Absolument pas, c'est tout le contraire », aurait-il voulu lui répondre. Au lieu de quoi il lui retourna un sourire condescendant.
— Plutôt une question de devoir, éluda-t-il.
Celui de déranger son géniteur par le biais de sa pupille.
— Je ne t'aime toujours pas, conclut Jeanne, mais peut-être que tu n'es pas méchant, lui concéda-t-elle.
— J'ai le droit au bénéfice du doute ? se moqua Hao en volant le plateau de desserts des mains de Tamao.
Cela sembla contrarier Jeanne.
— On peut le formuler comme ça, accepta-t-elle en essayant à son tour de lui voler le plateau sans succès.
— Même après t'avoir kidnappée l'autre fois ? insista Hao en levant les desserts au-dessus de sa tête.
Les fins sourcils blancs se froncèrent en une adorable mimique alors que la jeune fille le jugeait.
— Oui, confirma-t-elle prudemment. Même. Il n'empêche, ajouta-t-elle cependant, que ce n'était pas gentil de nous faire peur.
Désormais servi, Hao reposa le plateau de desserts au centre de la table.
— Ni gentil ni méchant, comment tu appellerais ça, Jeanne ? questionna Hao d'une voix enjouée.
Ennuyée, la première année ne répondit pas mais se mâchouilla les lèvres à la place.
Hao finit par se lever sans qu'elle n'ait trouvé de réponse, une part de gâteau dans la main.
— À plus tard, fit-il en enjambant le banc. Fais attention à tes hanches, Jeanne, la piqua-t-il une dernière fois avant de partir.
Il salua Tamao d'un sourire amusé puis s'éloigna, non sans avoir noté la tension qui animait sa cadette. Il pressentait qu'il allait bien s'amuser, pendant ces fameuses leçons de métamorphoses.
