Note : J'ai tellement hâte d'avoir vos avis sur ce chapitre que j'ai absolument aucune idée de quoi vous raconter aujourd'hui ! Ah si : bonne lecture :D


Chapitre 12 : Courrier du dimanche

Tamao était descendue déjeuner tard le lendemain de la désignation des champions. Elle n'avait pas croisé Jeanne dans la salle commune et avait déduit qu'elle devait déjà être attablée dans la Grande Salle mais ne l'y voyait pas non plus. Une pointe de culpabilité la transperça. S'il le fallait, elle était toujours endormie et Tamao venait de descendre sans elle, alors que la veille son amie avait pris la peine de venir la réveiller.

Elle allait faire demi-tour sans s'asseoir, prête à remonter chercher Jeanne, quand une de ses camarades de classe la héla.

— Hey Tamao, tu as du courrier.

Intriguée, la jeune fille s'approcha d'Iris qui lui indiqua une chouette effraie du bras. La messagère était sagement posée sur la table, l'air digne, la tête bien droite. Elle tendit une patte vers Tamao quand cette dernière fut à sa hauteur et ce ne fut qu'une fois que la Gryffondor eut récupéré sa missive que le volatile s'accorda de picorer le gâteau sec qu'Iris avait émietté à son attention.

— C'est ta chouette ? Elle est drôlement bien dressée, fit une fille de première année que Tamao connaissait de vue pour l'avoir déjà aperçue avec Jeanne. Lewis ou Roy, de mémoire.

— C'est une chouette de l'école Susan, la reprit Elladora Gamp qui était assise en face d'elle.

Effectivement maintenant qu'elle le disait, Tamao avisa le ruban doré enroulé à la patte gauche de la chouette. C'était étrange. Si quelqu'un de l'école souhaitait lui transmettre un message, il serait venu la voir, non ?

Tamao retourna l'enveloppe entre ses doigts sans l'ouvrir. Le sceau l'intrigua, ce n'était pas celui de Poudlard. Il lui faisait penser à celui de la famille Asakura. Sauf qu'au lieu de cinq feuilles et un tronc, il y avait cinq branches d'une étoile rassemblées.

— Tu essayes de deviner qui t'écrit ? comprit Iris. Tu sais, le plus simple pour le savoir c'est de la lire.

Tamao acquiesça nerveusement d'un signe de tête. Elle n'avait pas l'habitude de recevoir du courrier. Les seuls qui lui écrivaient étaient Keiko ou Yohmei et leurs missives étaient à la fois rares et graves.

« Peut-être est-ce en rapport avec la dénomination de Hao pour le tournoi », songea-t-elle subitement. Mais auraient-ils pu être aussi vite au courant ? Et pourquoi lui écrire à elle ? C'était à Anna ou Yoh qu'aurait dû aller la lettre.

Mais non, ce ne pouvait pas être les Asakura. Le sceau était différent et ils écrivaient toujours « Tamao Tamamura » en destinataire. Pas seulement « Tamao » comme il était actuellement tracé sur le dos de l'enveloppe. Et puis ils avaient l'habitude d'agrémenter son nom des mentions « Maison Gryffondor » et « Poudlard ».

— Si tu penses que c'est important tu ferais mieux de t'asseoir, lui conseilla Iris comme elle voyait que Tamao ne bougeait toujours pas.

Prenant une décision, Tamao enjamba le banc à côté de sa camarade et, sitôt assise, décacheta précautionneusement l'enveloppe pour en sortir la lettre.

Elle ne reconnaissait pas l'écriture mais ses yeux sautèrent directement à la signature et elle dut réprimer un sursaut.

Hao.

Elle sentit son cœur se comprimer dans sa poitrine comme elle parcourait la missive, fort brève, des yeux.

« Tamao,

Je t'attends ce mercredi 16h à la bibliothèque.

Sois ponctuelle.

Hao »

Tamao ne lâcha pas le parchemin des yeux, même après l'avoir relu une dizaine de fois d'affilée.

Elle avait la gorge sèche et en pensées se posait mille et une questions. À propos de ce qu'il lui voulait, des raisons pour lesquelles il fixait ce rendez-vous-convocation, si elle pouvait se permettre de ne pas y aller, si c'était dangereux, s'il allait la confronter sur ce qu'elle avait fait hors du château cette fois-là, ou pire ! s'il allait lui faire payer sa remarque l'avant-veille avant qu'il ne mette son nom dans la Coupe de Feu.

— Tamao.

L'interpelée sursauta quand Iris lui toucha le bras.

— Tiens, lui dit-elle.

Elle lui avait rempli un verre de jus de pissenlit.

Tamao resta quelques minutes à le fixer sans comprendre, interloquée, puis sentit ses joues s'embraser et bafouilla en toute hâte des remerciements, confuse.

— C'est rien, lâcha Iris dans un éclat de rire. Tu veux manger quoi avec ? Omelette ? Bacon ? Petits pois ? Saucisses ? Fromage ? Scones ?

— Oh… r-rien, merci, balbutia-t-elle.

— Il faut manger le matin ! Quelles que soient les nouvelles, insista Iris.

— Je… je vais p-prendre un c-croissant, hésita Tamao.

— Myriam, fais passer le plateau de viennoiseries s'il te plaît, réclama Ajita assise en face d'Iris à la troisième année à sa droite.

— Attends attends, s'exclama un de ses condisciples quand la blonde lui vola le plat des mains.

Il eut le temps de récupérer une chocolatine avant que l'assiette ne parte vers Tamao.

— M-merci beaucoup, fit cette dernière en attrapant le plus petit croissant du plat.

Iris lui retourna un grand sourire.

— Mais avec plaisir.

Tamao se força à manger par petites bouchées. Hao ne lui sortait pas de la tête. Cette lettre… l'angoissait vraiment. Elle essayait de se forcer à rationaliser. Après tout, ce n'était pas comme s'il avait voulu la voir à minuit en haut de la tour d'astronomie ou à 21h à la lisière de la forée interdite. 16h, c'était le milieu de l'après-midi, dans un lieu public, en l'occurrence la bibliothèque, où il y aurait plein d'autres étudiants, sans oublier le bibliothécaire lui-même, Damayaji. Tamao avait beau n'avoir absolument aucune idée de ce qu'il pouvait lui vouloir, ce ne devait pas être quelque chose de mauvais. N'est-ce pas ?

Elle aperçut brusquement Anna se lever à la table des Serdaigle.

Sans réfléchir, Tamao avala d'une traite son jus de pissenlit, remercia une nouvelle fois Iris et se leva, une main tenant toujours son croissant à moitié entamé, l'autre main crispée autour de la lettre de Hao.

Elle marcha d'un pas vif jusqu'à l'entrée pour rattraper son aînée et courut presque sur les derniers mètres.

Anna dut l'entendre car elle se retourna vers elle quand Tamao la rattrapa devant les sabliers du hall d'entrée.

— B-bonjour Anna, balbutia-t-elle en essayant de calmer les palpitations de son cœur.

— Bonjour Tamao.

La blonde dévisagea un moment sa cadette sans rien dire. De son côté, la Gryffondor essayait de mettre de l'ordre dans ses idées.

— Que se passe-t-il ? demanda la préfète-en-chef.

— C'est…

Tamao hésita. Elle eut soudain envie de lui parler de la lettre, de lui demander ce qu'elle en pensait, lui demander quoi faire.

— C'est Hao, reprit-elle dans un souffle, jetant des coups d'œil affolés autour d'elle pour vérifier que personne ne les écoutait et que le Serpentard n'était nulle part en vue.

Anna resta de marbre. Mais alors que Tamao allait lui expliquer la missive qu'il lui avait envoyée, elle prit la parole.

— Je sais.

Tamao en fut totalement déstabilisée.

— Mais on ne peut rien y faire, poursuivit-elle. Mikihisa est au courant depuis le début mais c'est comme ça. Il n'y a rien à faire. Même si tu dois penser que ce n'est pas juste.

Tamao se retrouva muette, ne comprenant pas ce à quoi son aînée faisait référence.

— N'y pense plus, ajouta-t-elle abruptement.

Elle fit volte-face et s'éloigna. Alors seulement la Gryffondor comprit qu'Anna faisait référence à la désignation de Hao comme le champion de Poudlard. Et il était vrai que pas plus tard de la veille, elle avait prévu justement de lui en parler.

Dépitée, Tamao regarda la préfète-en-chef disparaître dans un couloir. Elle resta un moment immobile au milieu du hall, les bras ballants, réfléchissant.

Bon point : elle avait eu l'avis d'Anna sur ses tracas de la veille à propos de Hao et du tournoi, même si aujourd'hui ces mêmes tracas lui semblaient à des lieux de là.

Mauvais point : elle n'avait pas parlé à Anna du rendez-vous que lui avait fixé Hao. Mais ce n'était pas grave, elle allait se débrouiller toute seule avec ça, comme une grande, pour ne pas importuner Anna avec ses problèmes. Ça n'avait pas grande importance, elle pouvait le gérer seule.

Elle le pouvait. Elle le ferait.

Sans surprise, c'était beaucoup plus facile à dire qu'à faire. Tamao n'avait cessé de ressasser cette lettre les jours suivants. Le fait que de nombreuses discussions de couloirs tournent autour du champion de Poudlard n'aidait bien sûr pas. Même en cours, son esprit était agité et le nœud dans son estomac ne se dénouait pas.

Elle ne vit pas beaucoup Jeanne ces jours-là, mais Tamao nota malgré tout que son amie évitait toujours soigneusement les groupes d'élèves de Beauxbâtons qui chuchotaient sur son passage.

Mercredi arriva bien trop vite au goût de Tamao. Beaucoup trop vite. Ses mains tremblantes ne l'avaient pas aidé à s'améliorer en cours d'enchantements dans lesquels elle ne brillait déjà pas d'ordinaire et elle n'avait pas écouté un mot de Pascal Avaf en histoire de la magie. Pour couronner cette matinée, le professeur fantôme leur demanda un devoir particulièrement long de cent-dix centimètres de parchemin sur les guerres gobelines. Qu'il attendait bien entendu pour le prochain cours, donc vendredi. Et qui venait s'ajouter au devoir de runes qu'elle n'avait pas fini et que le professeur Turbin attendait pour vendredi également.

Bien qu'ils aient eu deux semaines pour le rédiger, Tamao n'en était toujours qu'à des brouillons. Elle avait compté sur l'aide de Lyserg pour le peaufiner mais le jeune homme semblait lui aussi crouler sous le travail, si bien qu'elle n'avait pas osé interrompre sa concentration pour lui poser des questions ou lui demander de relire son devoir lors de leur rendez-vous du lundi.

Au déjeuner, ce fut donc une Tamao passablement ailleurs qui prit place à côté de Horo-Horo, rapidement rejointe par Jeanne et sa bonne humeur. Mais toute la bonne humeur du monde ne pouvait détendre Tamao, bien qu'elle affichât un sourire de façade. Elle ne prêta qu'une oreille discrète à la conversation de ses deux camarades.

— J'ai entendu une rumeur à ton propos et je me demandais si elle était vraie, engagea Jeanne à l'intention de Horo-Horo.

— Des rumeurs sur moi ? C'est que je suis populaire ! se réjouit le Gryffondor dans un grand éclat de rire. Laquelle as-tu entendu ?

Jeanne ouvrit la bouche mais la referma aussitôt. Derrière Horo-Horo, Damuko venait d'arriver et s'assit naturellement à côté de Tamao comme si de rien n'était.

— Salut, fit-elle aimablement.

— Salut Kororo ! s'exclama Horo-Horo.

— Da-mu-ko, pas Kororo, répliqua le fantôme, rentrant dans le jeu très régulier du Gryffondor.

— Moi j'aime bien Kororo. Je sais même plus pourquoi je t'ai trouvé ce surnom, mais je l'aime bien.

— Tu l'as inventé de toutes pièces, lui rappela Damuko en grognant.

— Bah, de toute façon Damuko aussi c'est un surnom à l'origine, lâcha Horo-Horo.

Damuko leva les yeux au ciel.

— Bon sinon Jeanne, c'est quoi la rumeur qui me concerne dont tu as entendu parler ?

— Et bien…

Le timbre de Jeanne attira l'attention de Tamao. Elle semblait mal à l'aise et ne cessait de jeter des regards furtifs à Damuko. Horo-Horo comprit plus vite qu'elle.

— Ah, cette rumeur !

Son sourire s'agrandit largement.

— C'est Cygnus qui t'en a parlé ? Lui aussi il a attrapé le béguin pour Damuko, je l'ai vu tout de suite ! Alors je lui ai dit de pas s'en faire, que moi aussi ça m'était arrivé, mais que ça lui passerait. Il faut pas qu'il s'inquiète.

— Hey, avoir le béguin pour moi n'est pas une maladie, s'offusqua Damuko.

— Bien sûr que non Kororo ! Ne t'en fais pas, tu auras toujours une place particulière dans mon cœur, et pas seulement car tu fus mon premier chagrin d'amour, rigola Horo-Horo.

— Idiot, le gronda le fantôme.

Mais son visage s'était adouci, amoindrissant l'impact de sa réprimande.

À 13h, Tamao retourna dans la salle commune de Gryffondor mais eut beaucoup de mal à se concentrer sur son devoir de runes. Elle passa son temps à regarder l'horloge au-dessus de la cheminée. Peut-être aurait-elle mieux fait d'aller s'installer à la bibliothèque, ainsi n'aurait-elle pas eu à surveiller l'heure.

Il était bientôt 15h30 désormais, peut-être pouvait-elle descendre à présent ? Non pas encore, elle avait encore du temps pour avancer son devoir. Elle l'avait bientôt fini en plus. Et puis le temps qu'elle rejoigne la bibliothèque, elle serait en avance.

15h40. C'était une bonne heure pour y aller. Le temps de finir son paragraphe, elle l'avait presque achevé.

16h05. Elle était en retard, mais qu'un tout petit peu et au moins avait-elle terminé son devoir pour Turbin. De quoi avait-elle besoin pour aller voir Hao ?

16h10. Elle venait de ranger toutes ses affaires dans son dortoir mais elle hésitait. Peut-être devrait-elle en emporter quelques-unes ? Plumes, encres, parchemins… Après tout c'était à la bibliothèque qu'il lui avait donné rendez-vous.

16h15. Elle avait récupéré son sac mais à présent elle se demandait si elle ne devait pas dire à quelqu'un où elle allait et surtout qui elle allait voir. Juste au cas où. En même temps, ça ne changerait pas grand-chose…

Ou alors demander à quelqu'un de l'accompagner à la bibliothèque ? Un groupe de préférence. Auquel elle pourrait se mêler si ça tournait mal. Qui était actuellement dans la salle commune ? Un groupe de deuxième année qu'elle ne connaissait pas trop et des cinquième année auxquels elle n'avait jamais parlé. Elle ne pouvait pas leur demander quelque chose comme ça. De quoi aurait-elle l'air ?

16h20. Elle remonta rapidement dans son dortoir chercher son carnet à dessins. Pour se rassurer. Mais elle était en retard. Il lui fallait bien une dizaine de minutes pour descendre à la bibliothèque, voire quinze si les escaliers n'en faisaient qu'à leur tête. Hao serait déjà parti. Ça ne valait pas le coup d'y aller.

Tamao se laissa tomber sur son lit et réfléchit. Y aller ? Ne pas y aller ?

17h. Cette fois c'était sûr, Hao ne devait plus l'attendre.

« C'est très courageux, ça » pensa-t-elle amèrement, parfaitement consciente de la « véritable » raison de sa non-action. En même temps, il s'agissait de Hao. Il fallait être fou pour aller consciemment se livrer à lui. Ou pour le mettre en colère.

Tamao se crispa. S'il y avait la moindre chance pour qu'après lui avoir échappé l'autre soir il ne soit pas fâché — et il ne devait pourtant pas l'être tant que ça, sinon il se serait montré bien plus cruel depuis, lors de leur course-poursuite dans les airs notamment — il devait l'être irrémédiablement à présent. Mais bon, pas de quoi paniquer. Elle allait faire comme si de rien n'était, comme si le mot s'était perdu et qu'elle ne l'avait jamais reçu. Voilà.

Sur les coups de 20h, Tamao n'était toujours pas descendue dîner. Avec un soupir résigné, elle abandonna définitivement l'idée de rejoindre ses camarades à la Grande Salle. Elle ne voulait pas risquer de croiser Hao.

— Ponchi, Conchi, appela-t-elle en posant « Han Jones et le trésor des Mortemplis » sur sa table de chevet.

Dans un double « crac ! », les deux elfes de maison attachés à la famille Asakura et détachés à Poudlard surgirent.

— Tamao ! s'exclama Ponchi en levant les bras, faisant remonter son pull en laine beige d'une dizaine de centimètres.

— Ça faisait longtemps, commenta Conchi en se grattant le ventre à travers son débardeur noir et rouge.

— Plus d'une semaine entière tu te rends compte ! renchérit Ponchi.

— De toute façon depuis qu'il y a la petite demoiselle Jeanne tu n'as plus de temps pour nous cette année, se plaignit Conchi.

— Maiden ! On avait dit qu'on l'appelait Maiden ! corrigea Ponchi.

— Ah ouais, Maiden, se reprit Conchi.

— Vous exagérez, les coupa Tamao avec un soupir exaspéré.

— La preuve, tu t'es même pas rendu compte que Mini-Conchi était malade, lui reprocha Conchi.

— Conchi est malade ? s'alarma la sorcière. Qu'est-ce qu'il a ?

— Nan rien c'était pas vrai, répondit Conchi. Mais la preuve que tu n'en as que pour Maiden ! Sinon t'aurais su.

— Je suis montée à la volière hier, se défendit Tamao.

— Tu t'occupes pas d'eux, fit Ponchi sans l'écouter.

Tamao leva la voix, agacée.

— Je vous rappelle que le deal, c'était que « vous » vous occupiez d'eux. C'était la condition pour les recueillir. Après tout ils ont été nommés Ponchi et Conchi, pas Tamao et Tamao-bis.

— Ouais ouais, fit Conchi avec mauvaise foi.

— Mini-Tamao, ça aurait été rigolo, pouffa Ponchi.

Tamao leva les yeux au ciel.

— Tu as mangé ? demanda brusquement Ponchi, inquisiteur.

— Non.

— Pourquoi tu n'as pas commencé par là ! s'offusqua l'elfe.

L'instant d'après, ils avaient tous deux disparu.