Note : Comme promis le deuxième chapitre de la semaine ! Je trouve ça bien deux chapitres par semaine, qu'est-ce que vous en pensez ? Je sais que certains auteurs ont des jours de sortie toujours les mêmes et tout (alors que moi c'est complètement au petit bonheur la chance xp). Ça vous dérange ? Ça vous dérange pas ? Vous voudriez que j'essaye de publier à des jours fixes ? Dites-moi ce que vous en pensez dans les commentaires (oui je regarde trop de vidéos youtubes et je me mets à parler comme les youtubeuses que je regarde… ça va me passer xp)
Chapitre 14 : Être soi-même
Tamao n'osa pas descendre prendre ses repas dans la Grande Salle, ni le jeudi ni le vendredi. Le premier jour, elle sauta le petit-déjeuner du matin et descendit manger aux cuisines le midi. Adorables, les elfes ne lui posèrent pas de questions et se contentèrent de l'entourer de leur affection, la traitant comme une petite princesse. Cela rendit Tamao toute confuse et elle leur répéta plusieurs fois qu'elle était désolée de les embêter, après tout elle devrait être en train de manger avec tous les autres, mais les elfes la rassurèrent en lui disant que ça arrivait à tout le monde d'avoir un coup de mou de temps en temps et qu'il ne fallait pas s'en faire. Pendant tout le repas, Ponchi et Conchi étaient restés près d'elle, silencieux mais présents. Tamao avait su à leurs regards qu'elle ne couperait pas aux explications le soir-même.
Le jeudi soir, par conséquent, Ponchi et Conchi avaient apporté son repas à Tamao dans son dortoir comme la veille, mais cette fois-ci ils avaient été bien décidés à demander des explications.
— Allez Tamao, crache le morceau ! avait exigé Ponchi en lui faisant de gros yeux, coupant Conchi qui lui expliquait tous les ingrédients de la sauce qui accompagnait le poisson qu'elle était en train de manger.
Tamao avait dégluti.
— En fait, avait-elle commencé, hésitante, c'est… un peu bête. Mais je… Enfin…
Faisant preuve d'une patience extraordinaire venant de leur part, les deux elfes de maison avaient attendu silencieusement qu'elle réussisse à s'exprimer.
— Hao m'a écrit pour me donner rendez-vous mercredi après-midi à la bibliothèque, avait-elle fini par lâcher d'un seul souffle. Et je n'y suis pas allée.
— C'est pour ça que tu te caches ! s'était exclamé Ponchi. Mais faut pas t'en faire pour si peu !
— Qu'est-ce qu'il te voulait ? avait réclamé de savoir Conchi.
— J-je ne sais p-pas. Ce n'était pas écrit.
— T'as qu'à lui écrire pour dire que t'es désolée mais que t'étais pas dispo et basta ! avait proposé Ponchi.
— Ou alors tu fais genre t'as jamais reçu son message — il t'avait bien envoyé un message c'est ça ? — et du coup tu l'ignores. Et s'il vient te parler tu réponds « un message ? quel message ? » et le tour est joué !
— Il a peut-être remarqué qu'elle avait sauté plusieurs repas, avait fait remarquer Ponchi alors qu'un pli soucieux barrait son front.
— Et alors ? avait rétorqué Conchi. Elle pourrait être malade ou autre chose ! Le monde ne tourne pas autour de lui !
Le souci, avait pensé Tamao, c'est que le monde tournait peut-être effectivement autour de lui. Il était si… charismatique et influent et dangereux ! Il ne devait pas avoir l'habitude qu'on lui dise non. Or, c'était ce qu'elle avait fait.
C'était pourquoi elle n'avait pas non plus mangé avec les autres le vendredi, laissant Ponchi et Conchi lui apporter petit-déjeuner, déjeuner et dîner dans son dortoir, en déblatérant sur sa bêtise mais sans se plaindre une seule fois d'avoir à s'occuper d'elle.
— On en profite pour passer du temps avec toi, avait rigolé Conchi. C'est ta princesse qui va pas être contente.
— Maiden ! On avait dit Maiden ! avait corrigé Ponchi.
Le samedi matin toutefois, elle songea qu'elle n'allait pas rester terrée dans son dortoir jusqu'à la fin de l'année et elle trouva assez de courage pour descendre dans la salle commune au point du jour. Une heure plus tard, Jeanne descendait à son tour l'escalier menant aux dortoirs des filles, apprêtée aussi joliment et impeccablement qu'à l'accoutumée.
— Bonjour Tamao, sourit-elle en la rejoignant.
— Bonjour Jeanne, lui rendit son salut son aînée. Est-ce que tu veux…
Tamao hésita, mais Jeanne comprit tout de suite.
— Que nous descendions prendre le petit-déjeuner ensemble ? finit-elle à sa place. Avec grand plaisir !
Jeanne la précéda vers la sortie de la salle commune et Tamao la suivit en baissant la tête pour cacher ses joues roses de plaisir. Elles bavardèrent, ou plutôt Jeanne bavarda, de la semaine passée sur le chemin. Les devoirs. Les deux fois où elle était allée discuter avec son tuteur : une fois le dimanche précédent et une fois le mercredi avant le dîner. Les élèves de Beauxbâtons qui l'avaient apparemment reconnue mais ne venaient pas lui parler. Ce qui lui allait très bien, soit dit en passant.
Cependant, ces derniers avaient dû parler d'elle car deux élèves, que ni Tamao ni Jeanne ne connaissait mais qui devaient être en deuxième ou troisième année, les accostèrent lorsqu'elles descendirent le grand escalier du hall d'entrée.
— Salut, tu es bien Jeanne n'est-ce pas ? demanda une jeune fille aux multiples tâches de rousseur avec des yeux en amande.
— Oui, c'est moi, répondit tranquillement Jeanne en cachant très bien sa surprise, si surprise elle était.
— Est-ce que c'est vrai que le directeur de Beauxbâtons est ton père ?
Tamao sursauta mais Jeanne près d'elle resta impassible. Son sourire était peut-être plus figé, ses épaules plus tendues, mais elle croisa simplement les mains devant elle, en-dessous de sa poitrine, et répondit avec la même voix douce et tranquille.
— Oui, c'est vrai.
— Oh, répondit la fille.
— Pourquoi tu n'es pas allée à Beauxbâtons dans ce cas ? demanda la deuxième fille, une petite asiatique coiffée d'un chignon serré.
— J'y suis allée l'année dernière. Mais je n'ai pas passé une bonne année alors je n'ai pas eu envie d'y rester. C'est pour ça que je suis venue à Poudlard.
— Pourquoi tu n'as pas continué là-bas ? demanda encore la jeune fille, curieuse.
— Je n'ai pas envie d'en parler.
La voix de Jeanne était ferme mais cela ne l'empêcha de continuer de sourire à ses interlocutrices.
— Tu aurais pu intégrer directement la deuxième année, non ? demanda la fille aux tâches de rousseur.
— Peut-être. Je ne me suis pas renseignée sur le sujet, je préférais commencer comme tout le monde en première année, répondit Jeanne, toujours calmement et toujours en souriant.
— Et alors, voulut savoir son interlocutrice, tu aimes bien Poudlard ?
— Oui beaucoup.
— Tu préfères à Beauxbâtons ? demanda sa camarade.
Jeanne prit une seconde avant de répondre.
— Oui, déclara-t-elle simplement.
Les deux jeunes filles sourirent et échangèrent un regard réjoui. Jeanne en profita pour prendre congé.
— Excusez-nous, mais nous allions petit-déjeuner, leur dit-elle en penchant la tête vers la porte menant à la Grande Salle.
— Oui bien sûr, s'exclama aussitôt la jeune fille aux tâches de rousse.
— Bonne journée, s'exclama sa camarade brune avec entrain.
— De même pour vous, répondit chaleureusement Jeanne en inclinant un peu la tête en avant.
Tamao s'empressa d'incliner légèrement le buste vers les deux filles avant de suivre Jeanne dans la Grande Salle. Du coin de l'œil, elle épia son amie qui semblait toujours aussi tranquille. N'avait-elle pas été perturbée par ces deux filles qui étaient plus âgées qu'elle ? Peut-être s'y était-elle préparée. Après tout, c'était à prévoir avec l'arrivée de la délégation de Beauxbâtons et du directeur Maxwell. Peut-être même n'était-ce pas la première fois qu'elle était ainsi interrogée, sans que Tamao ne soit au courant.
Cette idée, que Jeanne puisse être importunée et mise en difficultés par d'autres élèves, lui créa un nœud dans l'estomac.
Tamao réfléchit à ce qu'elle pourrait lui dire pour la soutenir de son mieux.
— C'est la première fois que quelqu'un vient me voir pour me poser directement la question, brisa le silence Jeanne avant que Tamao n'ait trouvé quelque chose à dire.
— Vraiment ? demanda Tamao sans pourtant en douter. Tu m'as grandement impressionnée, confia-t-elle spontanément.
Jeanne lui adressa un sourire resplendissant alors qu'elles s'asseyaient toutes deux côte à côte à la table des Gryffondor.
— Je pense qu'inconsciemment je m'attendais à ce qu'on vienne me poser ces questions, expliqua Jeanne posément en semblant réfléchir en même temps qu'elle s'exprimait. Je n'ai pas trop réfléchi sur le moment quand je leur ai répondu mais maintenant… je réalise que j'ai été sincère dans mes réponses. Je leur ai dit ce que j'étais prête à dire et j'ai tu ce que je n'avais pas envie de confier. Et elles ont compris car elles n'ont pas insisté.
Tamao opina de la tête à son discours.
— Je n'ai jamais vraiment eu l'intention de faire de ma première année à Beauxbâtons un secret, poursuivit Jeanne, même si je n'avais pas très envie que ça se sache. Je pense que j'avais peur d'être rejetée, comme ça a été le cas l'an dernier. Les gens ont parfois du mal avec la différence. Mais ces deux filles ne m'ont pas semblé malveillantes.
Jeanne fit une pause, les yeux un peu dans le vague, et Tamao n'osa pas l'interrompre dans ses pensées. Finalement la première année reporta son regard sur elle et se pencha un peu en avant.
— Tu sais, reprit-elle d'une voix plus basse, l'année dernière, j'étais très différente. Une autre moi.
Le ton de Jeanne avait les inflexions d'un secret.
— J'étais plus sage, plus calme, plus polie.
Tamao haussa un peu les sourcils, ne comprenant pas comment Jeanne pouvait être plus sage, plus calme et plus polie qu'elle ne l'était déjà. Quoiqu'il lui arrivât de déborder un peu d'enthousiasme.
Jeanne sembla hésiter à poursuivre. Esquissa des mots des lèvres. Les ravala.
Parla de nouveau d'une voix assurée en se redressant.
— Tout à l'heure, quand ces filles sont venues me voir, je suis redevenue cette Jeanne. Sans y penser. Je pense que c'est pour ça que j'ai pu répondre aussi facilement. Et pour ça que tu as pu trouver que j'étais… surprenante.
Le dernier mot était plus hésitant et le regard de Jeanne se fit plus timide.
— Tu m'as surprise, acquiesça Tamao, car j'avais peur que leurs questions te blessent ou te mettent mal à l'aise. Peut-être était-ce le cas, mais tu ne l'as pas montré.
Le sourire de Jeanne se raffermit et elle sembla réfléchir un instant.
— Non, finit-elle par décider, ça ne m'a pas blessée. Et je ne me suis pas vraiment sentie mal à l'aise. Comme je l'ai dit, je pense qu'inconsciemment je m'attendais à ce que ce genre de choses arrive. Donc ça ne m'a pas désarçonnée. Et puis il y a pire.
Ces dernières paroles ne rassurèrent pas Tamao mais elle rendit quand même son sourire à son amie, tout en se demandant si par « il y a pire » Jeanne parlait par rapport à elle-même, et si oui à quel point les élèves de Beauxbâtons avaient-ils pu se montrer cruels.
— S'il y a quoique ce soit, dit-elle soudain, sache que je suis là. Et Anna est préfète-en-chef. Je lui demanderai de ne laisser personne t'embêter.
Jeanne sembla surprise mais elle parut aussi apprécier l'attention.
— Merci d'être là. C'est tout ce dont j'ai besoin.
Et ces quelques mots réchauffèrent étrangement le cœur de Tamao.
…
Le week-end se déroula agréablement bien. Tamao passa beaucoup de temps avec Jeanne, qu'elle avait très peu vu la semaine passée, et qui avait par conséquent beaucoup de choses à lui dire. Notamment le fait qu'elle ait été félicitée par Rutherfor en astronomie pour avoir donné une bonne réponse. Au début de l'année, Rutherfor ne faisait que hocher la tête lorsqu'un élève répondait correctement. Jeanne pensait que la jeune professeure d'astronomie mettait de la distance avec tous les étudiants pour bien marquer leur différence de statut. Comme un masque qu'elle porterait en permanence, mais qui commençait à se fissurer comme elle devenait un peu moins froide. En tous cas Jeanne l'aimait bien.
Celui qu'elle n'aimait pas, c'était le professeur de métamorphoses. Il avait récemment troqué sa cape à col de vampire rouge pour une cape en velours et ses gants en cuir souple pour des mitaines. Assorties de tout un lot de bagues d'argent. De plus, il avait aussi abandonné sa coiffure indescriptible qui défiait les lois de la gravité, avec seulement quelques mèches à l'avant lui tombant de chaque côté du visage. À la place, il avait désormais sa longue cascade de cheveux blond cendré qui lui dégoulinait dans le dos. Mais surtout, il maquillait à présent ses yeux et sa bouche en noir, ce qui poussait Jeanne à qualifier son look de « gothique ».
— Il change régulièrement, fit savoir Tamao d'une petite voix, interrompant le moulin à paroles.
C'était drôle, mais il semblait à Tamao qu'il n'y avait qu'avec elle que la première année était aussi volubile. Elle n'avait pas l'impression que Jeanne parlait autant avec ses camarades de première année, ou avec d'autres élèves en général.
— Vraiment ? s'intéressa Jeanne. Il suit la mode ?
— D'une certaine manière, répondit Tamao. En fait, il calque son apparence sur elle de Damayaji.
Tamao hésita à en dire plus, mais Jeanne sembla s'être aperçue qu'elle avait d'autres informations à livrer car elle ne reprit pas la parole.
— Certains disent que c'est le contraire, finit par reprendre Tamao, que c'est Damayaji qui copie Tepes. Mais Chocolove affirme que c'est dans l'autre sens.
Et Chocolove était l'une des personnes les mieux informées de Poudlard.
— Damayaji c'est bien le bibliothécaire, demanda confirmation Jeanne.
Tamao hocha la tête pour acquiescer.
— Je les regarderai attentivement au repas, décida Jeanne, une pointe d'amusement dans la voix.
…
La compagnie de son amie avait fini par chasser complètement Hao de la tête de Tamao. Son mauvais souvenir ne se rappela à elle que le dimanche matin lorsqu'un hibou petit duc de l'école vint se poser avec délicatesse devant elle.
La bouche brusquement sèche, Tamao détacha en tremblant l'enveloppe accrochée à sa patte et reconnut sans surprise le sceau. Une étoile à cinq branches.
Jeanne lui adressa un regard curieux mais ne lui posa pas de questions. Au lieu de cela, elle se servit un chocolat chaud. Elle aimait beaucoup cette boisson, surtout avec de la chantilly, mais il était hors de question d'y tremper ses précieuses tartines à l'abricot comme avait pu un jour le lui proposer Damuko.
Tamao tritura un moment l'enveloppe entre ses doigts avant de se décider à l'ouvrir et de découvrir sa lettre. Elle était très semblable à celle du dimanche précédent.
« Tamao,
Je t'attends toujours mercredi 16h à la bibliothèque.
Sois un peu plus ponctuelle et n'oublie pas ton manuel, j'ai constaté mercredi dernier que l'exemplaire de l'école avait été emprunté.
Hao »
Tamao ne comprenait pas. Il ne semblait pas fâché qu'elle lui ait posé un lapin la semaine précédente, même s'il le lui reprochait, bien évidemment. C'était plutôt bon signe. Mais elle ne comprenait pas pourquoi il lui parlait d'un manuel.
— Tout va bien Tamao ? l'appela son amie.
Elle avait un air soucieux sur le visage.
Ne pouvant pas lui répondre — sa voix lui faisait défaut — Tamao lui tendit simplement le courrier. Jeanne le parcourut des yeux avec attention.
— Tu as demandé à Hao de te donner des leçons particulières de métamorphoses ? finit-elle par l'interroger, l'air un brin réprobateur.
Tamao écarquilla les yeux.
Maintenant que Jeanne l'avait dit, cela tombait sous le sens ! Hao lui avait dit qu'elle pouvait venir lui demander si elle avait besoin d'aide. Bien sûr, Tamao avait pris cela uniquement comme une pique et ne s'était pas douté une seule seconde qu'il pouvait être sérieux dans sa proposition. Pourtant c'était forcément cela. Pourquoi lui donner rendez-vous dans la bibliothèque sinon ? Pourquoi lui demander d'apporter son manuel ? Et surtout, pourquoi juger tellement évident le motif de son rendez-vous qu'il n'avait pas pris la peine de l'écrire ?
— Tu ne lui as pas demandé de te donner des leçons, comprit Jeanne face au silence de son amie.
Tamao fit non de la tête.
— Il m'a aussi… demandé de le retrouver mercredi dernier, confia-t-elle dans un chuchotement. Mais je ne savais pas pourquoi. Alors je n'y suis pas allée.
Jeanne tira une drôle de grimace un peu méprisante Tamao se sentit mal.
— Ça lui aurait fait perdre trop de temps de t'écrire pourquoi il te proposait de te voir, fit-elle, acide.
Comprenant que son mécontentement n'était pas dirigé contre elle mais contre Hao, Tamao se détendit.
La lettre toujours entre les mains, Jeanne reporta son attention dessus.
— Il ne te demande pas de confirmer ta présence, nota-t-elle.
— Non, souffla Tamao.
Une nouvelle grimace agacée se peignit sur les traits fins de Jeanne.
— Si tu n'as pas envie d'y aller n'y va pas, déclara-t-elle avec hauteur. Tu ne lui as rien demandé après tout.
Ces paroles apaisèrent Tamao d'une manière incroyable. Et les derniers doutes qu'elle pouvait avoir — après tout, elle n'était pas très douée en métamorphoses, et vu qu'il lui forçait la main, peut-être pouvait-elle en profiter malgré tout — se dissipèrent lorsque Lyserg lui annonça qu'il avait bien spécifié à Matisse qu'il n'était pas question qu'ils fassent leur devoir de runes lundi soir car il serait avec elle.
