Note : Ça y est, je l'ai fait, j'ai écrit ce fichu chapitre ! Je ne vous cache pas que j'ai eu beaucoup de mal. J'ai changé le contenu de l'épreuve plusieurs fois et, même une fois fixée, je bloquais sur l'écriture. Je voulais vraiment qu'on « vive » la première tâche, pas la raconter en mode « flash-back ». Mais ça y est, hier soir je me suis lancée et c'est fait ! J'ai bien entendu relu, j'espère donc ne pas avoir laissé de fautes. Je m'excuse d'avance si ce chapitre n'est pas à la hauteur de vos attentes… mais je n'avais pas envie de le retravailler plus que ça. J'ai besoin de passer à la suite maintenant.

Un chapitre deux fois plus longs qu'un chapitre « standard » car je tenais à ne pas couper le POV de Jeanne. Le dernier chapitre de cette partie également. J'ai beaucoup réfléchi à ajouter un 27ème chapitre (ne serait-ce que pour avoir autant de POV Tam que de POV Hao et JJ) mais finalement non. L'achèvement de la première tâche marque un changement de dynamique et l'arrivée d'un nouvel arc, je ne veux pas commencer à parler de ce qu'il adviendra dans la partie III à la fin de la partie II… Temporellement nous sommes actuellement le dernier week-end de novembre, donc c'est le bon moment pour clôturer « II — Les vents d'automne ».

Je vous retrouve bientôt pour la suite avec « III — Les danses d'hiver » :p

PS : Un grand merci tout spécial à Rain qui a supporté mes plaintes et lamentations à propos des difficultés que j'avais avec ce chapitre, mais aussi à Danel et EllanorShap pour leur soutien et leur enthousiasme ! C'est ce qui me motive quand j'ai du mal à poser mes doigts sur le clavier pour poursuivre cette aventure avec vous !


Chapitre 26 : La 1ère tâche

...

Jeanne se sentait tout chose. Le sourire de Tamao, quand elle avait réussi à transformer son hérisson… Cela datait d'il y a trois jours mais l'image était toujours aussi vivace dans l'esprit de Jeanne.

Ce sourire l'avait interpelée, sans qu'elle puisse expliquer pourquoi. Il avait eu quelque chose de spécial. Quelque chose de si spécial qu'il avait troublé Hao lui-même, Jeanne en aurait parié ses tartines de confiture. Il avait eu l'air absent après ça... Lorsque Jeanne avait demandé s'ils avaient fini, elle était persuadée qu'il allait l'envoyer sur les roses, mais non… au lieu de quoi, il avait accepté de mettre fin à sa séance d'étude avec Tamao.

En tout cas elle avait bien fait de les rejoindre le plus vite possible. Quand elle était arrivée, Hao était effectivement en train de… de… elle ne savait même pas comment décrire ce qu'il était en train de faire. Certes, officiellement il lui montrait le bon mouvement pour son sortilège, mais en réalité… La réalité c'est qu'en cours, les professeurs ne faisaient pas ça pour montrer comment faire à leurs élèves !

Si elle avait eu sa baguette magique en main, nul doute qu'elle aurait de nouveau tenté d'attaquer Hao, comme lors du club de duels. Le sortilège était parti sans réfléchir, ce jour-là. Marco avait entraîné Jeanne à avoir de bons réflexes et elle maîtrisait le sortilège de désarmement comme personne. C'était son arme de défense magique en cas d'agression comme d'autres avaient une bombe lacrymogène — bien sûr Jeanne avait les deux, ne pouvant pas utiliser sa magie contre des moldus, et ce même si Marco ne l'avait de toute manière jamais laissée se balader seule parmi ces derniers.

— Dépêchez-vous ! les pressa Susan. Si vous ne vous dépêchez pas, on n'aura pas de bonnes places et on ne verra rien de ce qui se passera !

Jeanne sortit de ses pensées et but d'une traite son verre de jus d'orange.

— Relax Susan, il y aura de la place pour tout le monde, lâcha Matthew en mordant mollement dans son pain brioché.

— Susan a raison, fit valoir Cygnus. Si nous tardons trop, les places de devant seront occupées par des plus grands.

— Ce sont des gradins, on sera forcément au-dessus de ceux de devant alors on verra quand même, répliqua Matthew.

— Tu oublies que nous sommes vraiment petits et qu'il y a des élèves vraiment grands, insista Cygnus.

— Pourquoi tu t'inquiètes, toi de toute manière ? Je croyais qu'Elladora te gardait une place.

Cygnus rougit violemment.

— Ce… c'est juste que…

— Tu n'as pas à rougir tu sais, Fred et Padma aussi n'ont pas spécialement l'intention de se mettre à côté de nous tant qu'ils sont ensemble tous les deux, fit Matthew en haussant les épaules.

Il voulait se donner un air détaché mais Jeanne voyait bien qu'en réalité ça l'embêtait. Matthew et Fred étaient des amis d'enfance qui se connaissaient avant de venir à Poudlard et il vivait mal que son meilleur ami passe autant de temps avec Padma.

— Ça n'a rien à voir ! protesta Cygnus, écarlate. Tout le club de botanique a décidé d'y assister ensemble car notre réunion d'aujourd'hui a été remplacée par la première tâche !

— Mouais… n'empêche qu'Elladora a dit qu'elle te garderait une place, grommela Matthew.

— Tu…

— Je crois que nous avons tous fini, nous pouvons y aller, interrompit gentiment Jeanne, sentant le conflit gronder.

Elle sourit aux deux garçons qui échangèrent un regard noir mais se levèrent sans un mot, imité par leurs camarades.

— Bien joué, Jeanne, lui chuchota Ann.

Susan et elles suivirent Cygnus qui ouvrait la marche d'un pas rageux avec Chris, laissant Matthew marmonner à l'arrière.

— Vous pensez que ce sera quoi, le but de la première tâche ? demanda Susan.

— Ça pourrait être d'affronter un dragon, rêva Ann.

Jeanne essaya d'imaginer la scène. Elle n'avait jamais vu de vrais dragons, seulement des images. Elle était toute petite et elle en avait fait des cauchemars. Elle ne souhaitait à personne de se retrouver seul face à un dragon, pas même à Hao.

— Ce serait dangereux, commenta-t-elle simplement.

— Si ça ne l'était pas, le tournoi ne serait pas limité aux élèves les plus âgés, fit remarquer Susan.

...

Le stade de Quidditch n'était pas encore trop rempli lorsque les première année y parvinrent. Une immense toile de tente noire était tendue au centre du terrain sur toute sa largeur, cachant probablement le contenu de l'épreuve. A une des extrémités de la toile, à mi-chemin entre les grands anneaux servant de but au Quidditch et le milieu du terrain, une tente barriolée censée accueillir les candidats était dressée et arborait trois drapeaux aux couleurs des trois écoles de sorcellerie. Le petit groupe réussit à se trouver de bonnes places devant, mais surtout vers le centre au niveau de la toile noire.

Jeanne regarda les gradins se remplir petit à petit en papotant avec ses condisciples. Son regard fut brusquement attiré par un éclat rose au milieu de la masse sombre des élèves et elle se dressa sur la pointe des pieds pour tenter de mieux apercevoir Tamao.

— Va la rejoindre, soupira Chris.

— Q-quoi ? balbutia Jeanne.

— File, l'encouragea Susan sous les regards approbateurs d'Ann et Matthew.

Rougissante, Jeanne hocha la tête et se faufila au milieu des élèves plus âgés pour tenter de parvenir jusqu'à Tamao. Cette dernière était assise tout en haut des gradins, aux côtés de Yoh et ses amis.

Anna était assise au centre, bras et jambes croisées, fixant le stade en contrebas d'un air absent. Yoh, à sa gauche, rigolait avec Manta, Lyserg, Amidamaru et Mosuke. Jeanne était surprise de trouver les fantômes de Poufsouffle et Serdaigle ici mais remarqua bien vite qu'ils n'étaient pas les seuls. Bason discutait quelques places plus loin avec Ren et Damuko titillait Horo-Horo qui était assis en équilibre précaire sur la balustrade avec Chocolove. Ils semblaient être sur le point de tomber en arrière à tout instant mais respiraient la confiance et balançaient nonchalamment les jambes comme si de rien n'était. La force de l'habitude, sans doute, devina Jeanne.

Yoh fut le premier à la remarquer.

— Jeanne, l'interpela-t-il avec un grand sourire.

Tamao, comme tous les autres, tourna la tête vers elle et l'invita à se joindre à eux. Avec plaisir, la nouvelle venue s'installa à côté de son amie. Les conversations reprirent et seul le regard d'Anna resta posé sur elle.

— Qui soutiens-tu ? demanda-t-elle d'une voix atone.

Jeanne n'y avait pas vraiment réfléchi.

— Poudlard, décida-t-elle.

Il lui sembla qu'Anna esquissa un demi-sourire.

— Bonne réponse, se contenta-t-elle de lâcher avant de reporter son regard sur le terrain.

Jeanne se tourna vers Tamao et lui adressa un regard perplexe. Elle interpréta le sourire doux de son amie comme une incitation à ne pas y prêter attention.

— Penses-tu qu'ils vont enlever la toile lorsque l'épreuve commencera ou qu'elle en fait partie intégrante ? demanda Jeanne à son amie.

— Je ne sais pas… je pense qu'ils vont l'enlever. Elle sert à dissimuler ce qu'il y a dessous pour l'instant, non ?

Jeanne remarqua que Tamao cherchait du regard l'approbation d'Anna qui semblait se désintéresser de la question. Cela la contraria.

Elle s'efforça de ne pas y prêter attention et se demanda si Tamao s'inquiétait de la difficulté de l'épreuve.

— Ça va commencer, fit soudain la préfète-en-chef d'une voix atone alors que Jeanne allait poser sa question.

En effet, un des deux représentants du ministère venait de sortir de la tente barriolée, un haut-parleur magique à la main. Quelques secondes plus tard, sa voix résonna dans tout le stade.

— Hey bonjour à tous ! Dans quelques instants, la première tâche du tournoi des trois sorciers va commencer et je suis là pour vous expliquer en quoi elle consiste, alors écoutez-bien et venez pas pleurer après si vous n'y comprenez rien ! Sous cette toile noire se trouve des adversaires redoutables ainsi que différents… hm… outils, que les champions vont pouvoir utiliser pour parvenir à leurs fins. Chacun à leur tour, ils devront se mesurer à ces adversaires pour réussir à s'emparer de leur orbe. Un orbe pour les incultes c'est une espèce de globe lumineux. Enfin tous les orbes ne sont pas lumineux mais on s'en fiche parce que ceux que nos champions vont devoir attraper le sont ! Sur ce… Evanesco !

La toile s'évapora.

Elle ne les entendait pas mais Jeanne pouvait les imaginer : les sifflements. Au centre du terrain, dans un grand cercle blanc luminescent, rampaient de grands serpents verts et, au milieu d'eux, quelque chose brillait sur un pilier d'à peine un mètre en pierre.

« L'orbe », comprit immédiatement Jeanne, bien qu'elle soit trop loin pour le distinguer nettement.

À l'extérieur du cercle blanc s'empilaient un tas de choses toutes plus incongrues les unes que les autres. Il y avait des boucliers, des miroirs, des épées, des chaudrons, des armoires, des balances, des piles de livres, des linges, des pots de terre, des plantes, des bocaux, des outils… Tant et tant de choses que Jeanne n'arrivait pas à toutes les ordonner clairement dans son esprit. Les éclats et reflets du bronze et du fer la faisaient parfois détourner de force le regard.

— Hey Ren, c'est quoi ces serpents ? lança Ryu derrière elle.

— Pourquoi tu me demandes ça ? l'agressa Ren en réponse.

— Bah c'est toi le Serpentard, le serpent c'est l'emblème de ta maison.

— Laisse tomber Ryu, il n'écoute jamais en cours de soins aux créatures magiques, rigola Chocolove.

La suite ne fut qu'un brouhaha inaudible dans lequel Jeanne ne distingua que des cris de douleurs alors que les garçons échangeaient des coups.

— Pff… c'est toujours pareil avec ceux-là, se plaignit Anna alors que ça faisait rire Yoh.

— Anna, tu sais ce que sont ces créatures ? demanda Tamao.

Jeanne interpréta le silence d'Anna en retour comme une négation.

— Ce qui est sûr, c'est que ce ne sont pas de simples serpents, fit valoir Manta.

Mosuke et Amidamaru près de lui acquiescèrent. Tamao, elle, semblait appréhender l'épreuve.

— Tu es inquiète ? lui demanda Jeanne.

— Oh n-non…

— Il n'y a vraiment pas de quoi, coupa Anna.

Jeanne lui jeta un regard noir que la septième année ne vit pas et reporta son attention sur son amie.

— Pas pour lui en tous cas… murmura Tamao d'une voix presqu'inaudible.

...

— Vos encouragement s'il vous plaît pour la première de nos champions qui porte les fières couleurs de l'institut de Gandhara… Ouiza Oursi ! hurla le ministre des Sports.

La foule applaudit bruyamment. Jeanne n'y avait pas prêté attention mais tous les gradins étaient pleins désormais.

En contrebas, au centre du terrain de Quidditch, la champione sortit de la tente barriolée et s'arrêta à mi-chemin du cercle blanc. Quelques serpents tournèrent la tête vers elle et sifflèrent dans sa direction. Loin de reculer, Ouiza sembla au contraire intéressée et s'approcha lentement, le regard porté au-delà des serpents.

— Voici la jeune Morsi face à l'épreuve, reprit la voix désagréable du ministre. Elle ne semble pas destabilisée et… oui je crois bien qu'elle a aperçu quelque chose et… Oui oui c'est bien ça ! Bien sûr vous vous ne pouvez pas savoir ce que c'est et je ne peux pas vous le dire, mais on peut tout de même dire que Morsi démarre bien cette épreuve.

— Qu'est-ce qu'elle a aperçu ? demanda Jeanne à voix haute.

A côté d'elle, le visage de Tamao trahissait son incompréhension.

— Elle a tout de suite compris que les serpents étaient piégés dans le cercle, commenta Anna. C'est le pilier qui l'intéresse.

Avec sa baguette, Ouiza se mit alors à tracer des signes dans les airs, son regard se portant tantôt sur eux, tantôt sur le pilier.

— Oh mais… murmura Tamao.

— Ce sont des runes, s'exclama Yoh, approuvé d'un signe de tête par Lyserg.

— Pour atteindre le pilier, elle doit traverser les serpents. Pas très utile, commenta Anna avec dédain.

Jeanne voulut protester que les runes contenaient peut-être un indice qui pourrait l'aider à traverser parmi les serpents, justement, mais fut coupée par Lyserg.

— « Une sauve traversée des serpents de Méduse tu dois effectuer. » traduit-il plus littéralement.

— « Faire », corrigea Manta. La dernière rune c'est « faire ».

— Ha je sais, mais ça sonnait moins bien, avoua Lyserg.

— On s'en fiche de comment ça sonne, ça reste totalement inutile, s'agaça Anna.

Jeanne prit le temps de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler.

— Pas forcément, osa-t-elle. S'ils précisent que les sepents viennent de Méduse, il doit y avoir un indice.

Elle s'attendait à ce qu'Anna la foudroie du regard mais il n'en fut rien. La préfète-en-cheffe continuait de fixer le terrain où la championne de Gandhara s'était mise à farfouiller parmi les divers éléments qui l'entouraient.

— Ce n'est pas un pays, en tous cas, fit Manta. Une ville, peut-être. Ou une région. La seule méduse que je connaisse, c'est l'animal.

— Un prénom, en fait, les éclaira Lyserg. Méduse fait partie de la mythologie grecque si je ne dis pas de bêtises. Ses cheveux étaient constitués de serpents et son regard changeait en pierre tous ceux qui le croisaient.

— Comme le basilic, s'exclama Jeanne, parce qu'elle avait dévoré plusieurs fois tous les Harry Potter.

— Oui, comme le basilic, s'amusa Lyserg.

Jeanne n'en prit ombrage mais préféra tout de même réserver son attention à Tamao.

— Est-ce que ça veut dire, formula cette dernière, que ces serpents peuvent, comme le basilic, pétrifier les gens ?

— Non ! Je ne pense pas, répondit aussitôt Jeanne pour dissiper les doutes de son amie. Si c'était le cas, Ouiza serait déjà pétrifiée et l'épreuve n'en serait pas une. Quel intérêt de confronter les candidats à une créature qui les pétrifie d'un seul regard ? En plus pour être plus précis, le basilic tue d'un simple regard et pétrifie si on ne voit que son reflet. Je mentionnais juste le basilic en passant, il n'y a aucun rapport avec…

— En fait, il y en a peut-être un, coupa Anna. Rien ne nous dit que ces « serpents de Méduse » ne sont pas apparentés au basilic.

— Anna a raison, approuva brusquement Chocolove.

Jeanne sursauta et se retourna vers lui. Ryu, Ren, Horo-Horo et lui-même avaient cessé leurs chamailleries depuis un moment et semblaient intensément concentrés sur le déroulement de l'épreuve. Il en était de même pour les fantômes assis à leurs côtés.

— Ils partagent sans doute des caractéristiques communes, comme le même venin mortel, mais plus probablement le don de pétrification. Sinon, continua Chocolove, pourquoi avoir nommé cette créature d'après une légende conne pour pétrifier les gens ? Sorcière ou créature, cette Méduse est connue pour cela, donc ce doit aussi être le cas de ces serpents.

Au cœur de toute l'attention, Ouiza Moursi était désormais en train de broyer certaines plantes avec un mortier.

— Intéressant. Très intéressant, commentait le ministre. Bien sûr, si vous ne savez pas ce qu'elle a dans les mains et que vous ne comprenez pas ce qu'elle est en train de faire, c'est moins intéressant pour la bande d'incultes que vous êtes, mais si vous avez un minimum de cerveau vous avez compris son plan. Et il est très intéressant.

— Quel présentateur inutile ! s'énerva Anna. Comment un tel idiot a-t-il pu être commentateur sportif !

— Ce n'est pas évident pour lui, il ne doit pas trop en dire pour ne pas avantager les autres candidats, prit sa défense Yoh. En plus pour une fois ses commentaires sont plutôt… biens.

— Ne pas être vulgaire ne fait pas de lui quelqu'un de bien ! le rabroua immédiatement Anna.

— Ha ha ! Ça y est, vous avez compris bande d'imbéciles ? s'écria ledit présentateur.

Jeanne le trouvait pour sa part déjà très vulgaire.

Elle essaya cependant de ne pas y prêter attention et regarda la championne de Gandhara brûler les herbes à proximité du cercle de serpents. Elle agita ensuite plusieurs fois sa baguette magique. Une fois pour pousser la fumée verte générée par les herbes brûlées vers les serpents, une autre pour faire apparaître autour de sa tête une énorme bulle d'air.

— Le sortilège de Têtenbulle, identifia Jeanne.

Ouiza Morsi attendit un moment immobile, le regard fixé vers les serpents.

— Ils s'endorment, releva Tamao.

Et en effet, les reptiles avaient cessé de siffler et de se dresser face à Ouiza pour onduler paresseusement sur le sol. Alors seulement la sorcière brandit un grand bout de bois trouvé parmi la foule d'objets à sa disposition et s'avança à l'intérieur du cercle. Jeanne retint son souffle, la regardant déplacer les serpents du bout de son baton et dessiner un chemin parmi eux qu'elle emprunta d'un pas aérien. En moins d'une minute, elle avait atteint le pilier et attrapait l'orbe d'un mouvement vif. Quelques pirouettes plus tard, elle atteignait l'extrémité du cercle et laissait tomber son baton.

— Elle a réussi ! tonna la voix amplifiée magiquement du représentant du ministère au moment où retentissait un tonnerre d'applaudissements dans tout le stade.

...

Les juges étaient au nombre de cinq. Le ministre des Sports les appela l'un après l'autre pour présenter la note attribuée à Ouiza Morsi. Il n'énonça cependant pas les notes à voix haute.

Sâti Saigan, la directrice de Gandhara, donna un 8. Marco et Rakist, les directeurs de Beauxbâtons et Poudlard, se montrèrent avec surprise plus généreux et attribuèrent à la championne de Gandhara un 9. Le ministre de la Coopération Magique Internationale, Bron Pache, traça ensuite un 9 dans les airs puis Radim Pache, le grossier commentateur, un 7.

— C'est un peu dur, non ? commenta Tamao en guettant l'opinion d'Anna. Elle a fait preuve de beaucoup d'adresse pour traverser les serpents, ainsi que de solides connaissances en runes, en soins aux créatures magiques et en botanique.

— Je trouve aussi qu'elle méritait au moins un 8, intervint Jeanne en sentant sa poitrine la piquer.

Elle n'était tout de même pas jalouse d'Anna, si ?

— Radim a dû trouver que ça manquait d'action, essaya de deviner Yoh.

Anna fit la moue, ce que Tamao prit pour une confirmation.

...

Pedro Gomez, le champion de Beauxbâtons, fut le deuxième à devoir se confronter à cette première épreuve. Dès qu'il aperçut les serpents il brandit sa baguette magique devant lui et il fallut quelques secondes avant qu'il ne comprenne que ces derniers ne pouvaient franchir le grand cercle blanc tracé au sol pour les emprisonner. Alors seulement il relâcha sa garde.

Il tenta un certain nombre de sortilèges directement sur l'orbe, nonobstant les serpents, mais aucun ne sembla faire effet.

— Il doit y avoir tout un tas de protections magiques autour de l'orbe pour forcer les candidats à le prendre à la main, commenta Manta.

Pedro voulut alors se frayer un chemin parmi les serpents et catapulta le plus près de lui deux mètres plus loin, mais cela eut pour effet de rendre tous les serpents furieux et ils convergèrent vers le sorcier qui dut battre en retraite en dehors du cercle.

Finalement, comme Ouiza avant lui, il se mit à faire le tour du bric-à-brac à sa disposition. Il s'empara d'un bouclier en bronze et hésita entre un glaive et un fouet mais ne prit aucun des deux.

Au lieu de cela, il lança un sortilège d'un coup de baguette et un balai émerga de la pile d'objets pour venir se positionner près de lui, à environ un mètre de hauteur. Pedro l'enfourcha et s'éleva dans les airs.

Radim semblait aux anges et leur cassait aux oreilles à propos du spectacle que cela promettait car « ça », c'était un excellent moyen de réussir cette épreuve.

« J'aurai fait pareil, songea Jeanne. La technique Harry Potter. »

Cependant s'emparer de l'orbe n'était pas facile pour autant. Les serpents se dressaient et sifflaient vers lui, certains faisant même claquer leurs mâchoires, près à mordre les mollets du sorcier dès qu'il raserait le sol pour s'emparer de l'objet convoité. Après avoir tenté quelques manœuvres délicates en se protégeant d'une main avec le bouclier de bronze, Pedro finit par se positionner à une extrêmité du cercle à plusieurs mètres de haut.

— Il va miser sur la vitesse, comprit immédiatement Amidamaru derrière Jeanne.

— C'est une bonne stratégie, étant donné que ses autres tentatives ont échoué, commenta Mosuke.

La seconde d'après, Pedro lançait son balai à pleine vitesse.

— Il aurait dû tenter un plongeon en piqué plutôt qu'une courbe, remarqua Horo-Horo.

— Il aurait dû faire ça depuis le début, renchérit Ren.

— Il aurait dû éviter d'énerver les serpents, fit plutôt valoir Chocolove.

— Il aurait dû se servir de sa tête, snoba Anna.

Jeanne n'aurait su dire auquel d'entre eux elle donnait raison, toujours est-il que l'un d'entre eux devait avoir raison. Pedro s'empara de l'orbe d'un mouvement ample mais ne put éviter la morsure d'un serpent plus vif que les autres. Il se posa maladroitement devant la tente barriolée, tous ses mouvements étant comme ralentis.

Alors que les applaudissements montaient de toute part et que Radim, une fois n'est pas coutume, s'égosillait pour couvrir le vacarme, Jeanne aperçut Faust et Elisa se précipiter vers lui pour le prendre en charge.

— C'est bien leur morsure qui pétrifie lentement, nota Chocolove.

Les juges donnèrent leurs notes. Pedro avait été plus rapide à réussir l'épreuve, mais sa blessure jouait en sa défaveur.

— Et puis il a blessé un des serpents, renchérit Chocolove.

Sâti, Rakist et Bron lui donnèrent un 7. Marco et Radim un 8.

— Comment Radim peut-il donner une meilleure note qu'à la championne de Gandhara ? s'offusqua Jeanne.

— Il y avait plus d'action et c'est un homme qui aime le spectacle, soupira Manta.

...

Ce fut au tour de Hao.

Après avoir compris qu'il y avait une infinité de moyens de passer cette épreuve, Jeanne était curieuse de l'inventivité dont ferait preuve le Serpentard. Allait-il lui aussi miser sur une confrontation comme l'avait fait Pedro ? Prendrait-il au contraire le temps d'analyser la situation comme Ouiza ?

Hao s'avança et ne prit qu'une fraction de secondes pour comprendre l'enjeu de l'épreuve. Il leva sa baguette magique d'un air désinvolte et lança d'un grand mouvement un sortilège.

D'où elle était, Jeanne ne pouvait pas entendre la formule magique mais elle pouvait reconnaître le mouvement de poignet. Wingardium Leviosa. L'utilisation d'un tel sortilège au cours du tournoi des trois sorciers était tellement incongrue qu'elle avait de la peine à le croire.

Elle n'était d'ailleurs pas la seule à avoir reconnu le sort car Radim était en train de demander si c'était une plaisanterie.

Mais Hao ne plaisantait pas.

L'orbe ne bougea pas d'un centimètre, totalement protégé et soudé au pilier. En revanche, ledit pilier s'arracha du sol, s'éleva d'un mètre dans les airs et vint léviter tranquillement jusqu'à Hao.

Jeanne voulut dire quelque chose et ouvrit la bouche mais aucun son ne sortit. Juste à côté d'elle, Tamao secouait la tête.

— Bât… entendit-elle murmurer un des garçons derrière elle.

Le pilier retomba au sol dans un grondement, soulevant un nuage de poussière, et Hao tendit tranquillement la main pour s'emparer de l'orbe.

Il y eut un instant de flou avant le tonnerre suivant habituellement le succès d'un champion. Seuls les Serpentard, plus réactifs, commençèrent à applaudir avant d'être suivis par tous les autres élèves.

— Oh le bâtard ! grogna plus distinctivement Horo-Horo.

Lyserg serrait les dents, Yoh et Manta affichaient des mines contrites et Anna paraissait ennuyée.

— Plus rapide et plus efficace, lâcha Ren à contrecœur.

— C'en est humiliant pour les deux autres candidats, releva Manta.

— C'était le but, non ? rétorqua Ren.

Les notes des juges ne tardèrent pas à s'afficher dans les airs. Marco n'avait donné qu'un 9 mais les quatre autres juges avaient donné un 10.

— Ce ne sont pas vraiment les candidats qui sont humiliés, plutôt le ministère qui a mis en place l'épreuve pour ne pas avoir pensé à une telle issue, non ? questionna Tamao.

— Allons-nous vraiment débattre de qui Hao s'amuse-t-il à humilier ? coupa Anna avec agacement.

— N-non Anna, répondit Tamao en baissant la tête, comme pour s'excuser.

Jeanne faillit sauter à la gorge d'Anna pour la défendre. Faillit seulement, car la préfète-en-cheffe était déjà debout et quitta les lieux trop vite pour laisser à quiconque le temps de l'arrêter. Yoh s'étira, l'air ennuyé, avant de se décider à la suivre, imité par l'ensemble du groupe.

Jeanne suivit en bougonnant en son for intérieur. Hao était vraiment le pire. Dire qu'elle s'était, ne serait-ce qu'un instant, « inquiéter » pour lui. Elle avait souhaité qu'il n'ait pas à affronter un dragon. Désormais, elle souhaitait plutôt le jeter au milieu d'une douzaine d'entre eux.