Note : Bonjour à tous ! Partons très bientôt très loin et très longtemps pour les fêtes de fin d'année, je tenais vraiment à vous partager le premier chapitre de la partie III avant, un peu comme un cadeau de Noël. Vous pouvez bien sûr attendre le 25 pour le lire :p

Rien de fracassant comme ça avait été le cas avec le premier chapitre de la partie II, mais je trouve qu'à sa façon il prépare bien la suite.

Je vous souhaite tout le meilleur pour la période festive qui arrive et une bonne lecture !


...


III — Les danses d'hiver


Chapitre 1 : Cachotteries

Exceptionnellement, Tamao avait hâte d'être au mercredi. Nous étions lundi après-midi et elle venait d'avoir son dernier cours de la journée avec le professeur qu'elle détestait le plus en la personne de Boris Tepes. Sans surprise, lorsqu'ils avaient regroupé les cochons d'Inde qu'ils avaient métamorphosés à la fin du cours, celui de Tamao se distinguait des autres par toutes les plumes qui témoignaient de sa vie antérieure de pintade. Mais pour une fois, Tamao n'était pas sortie abattue du cours. Même si sa pintade était devenue un cochon d'Inde à plumes, elle avait tout de même réussi à la métamorphoser et était déterminée à maîtriser le sortilège d'ici son prochain cours grâce à l'aide de Hao. Aussi, d'une manière tout à fait incongrue, elle attendait autant qu'elle redoutait sa leçon du mercredi après-midi.

Elle passa la fin de la journée à travailler sur le devoir que leur avait donné le professeur Tepes : « Décrivez en donnant des exemples les diverses façons d'adapter les sortilèges de métamorphoses aux transferts inter-espèces ». Un devoir difficile sur lequel elle n'arrivait pas à écrire plus de quelques lignes, même avec l'aide de ses condisciples de dortoir. Les filles avaient proposé de travailler ensemble dessus à la fin du cours et avaient naturellement invité Tamao à se joindre à elles.

Leur affreux professeur leur avait demandé un rouleau entier sur le sujet mais, dans sa grande bonté, leur avait laissé deux semaine entières pour le faire. Son immense bonté n'avait cependant pas suffi pour empêcher les élèves de pester en quittant sa salle de classe et deux garçons de Serdaigle avaient écopé d'une retenue pour avoir pesté un peu plus fort que les autres.

— Ça suffit, ma tête va exploser ! s'exclama Agata en fermant son manuel d'un claquement sec. Nous ferions mieux d'aller dîner et de remettre ça à plus tard.

Les autres acquiescèrent et rangèrent leurs affaires. Tamao suivit le mouvement mais ne quitta pas la salle commune à leur suite pour descendre manger. Au lieu de cela, elle se dirigea vers le fauteuil le plus moelleux près de la cheminée dans lequel Jeanne s'était installée pour lire.

— Salut, bafouilla-t-elle en s'approchant.

Jeanne referma son livre dès qu'elle l'aperçut et lui adressa un grand sourire.

— Bonsoir Tamao ! Tu descends dîner ?

— Oui. Je me demandais si tu voulais…

— Oui !

Jeanne posa son livre sur une table et prit la direction de la sortie.

— Tu ne veux pas monter le ranger ? s'inquiéta Tamao en jetant en avisant le roman à l'eau de rose.

— Je le récupèrerai tout à l'heure, répondit Jeanne avec assurance.

Tamao l'admirait pour ça.

Ce n'était pas le même sentiment dont elle était familière avec Yoh ou Anna, mais cette envie d'être à ses côtés, ce devait bien être de l'admiration, non ? Que pourrait-ce être, sinon ?

Elles descendirent dîner et s'installèrent tranquillement à la table des Gryffondor à côté d'un groupe de troisième année.

— Tu sais quand aura lieu la prochaine séance pour le club de duels ? demanda Jeanne en se servant de la salade. Il doit se tenir chaque fin de mois, mais avec les vacances de Noël la séance doit forcément être avancée.

— Je crois qu'il n'y aura pas de cours ce mois-ci, répondit Tamao. Amidamaru semblait dire que la prochaine séance serait mi-janvier.

— Oh…

Jeanne afficha une mine déçue.

— En tous cas j'ai beaucoup aimé la dernière fois, reprit-elle de manière positive.

— Pourtant tu as été blessée, s'étonna Tamao.

Elle gardait encore un souvenir effroyable de Jeanne heurtant brutalement le mur derrière elle.

— Juste à cause de Hao, ça ne se reproduira pas, affirma Jeanne. Heureusement, Marco n'en a pas entendu parler. J'avais peur qu'il m'interdise de retourner au club de duels s'il apprenait l'incident.

— Tu…

Tamao hésita.

— Tu ne lui as pas… raconté ? osa-t-elle demander.

— Je lui ai dit combien j'avais aimé travailler avec toi et comment Mikihisa et Amidamaru avaient organisé la séance, répondit Jeanne d'un ton détaché.

Tamao la regarda attentivement mais son amie mangeait tranquillement, le visage lisse de toute émotion, un léger sourire bienveillant au coin des lèvres.

Bienveillant mais faux, lui semblait-t-il. Comme si Jeanne portait soudain un masque de poupée. Ce genre de poupées tellement belles, mignonnes et adorables que tout le monde s'arrêtait pour les admirer dans les vitrines. Une poupée parfaite.

— Il aimerait sûrement savoir.

Les mots s'échappèrent avant qu'elle n'ait pu les retenir. Tamao pouvait comprendre mieux que quiconque le genre de relation qu'entretenaient Jeanne et Marco. Après tout, Mikihisa et elle…

— Je sais. Mais…

La voix de Jeanne sonnait de nouveau vraie et elle semblait embêtée.

— Ce n'est pas que je veuille lui cacher mon passage à l'infirmerie, explicita-t-elle. C'est à propos de tu-sais-qui.

Jeanne parlait plus doucement, de sorte que dans le brouhaha ambiant Tamao devait se concentrer pour bien l'entendre.

— Il me cache des choses et je veux savoir quoi.

Tamao était perdue. Elle avait d'abord pensé que « tu-sais-qui » était Hao, mais c'était idiot car Jeanne n'avait jamais eu de réticence à l'appeler par son prénom, parfois accolé de plusieurs noms d'oiseaux. Elle devait donc parler du directeur Rakist, mais quel était le rapport avec ce qui s'était passé au club de duels ? Quant à celui qui cachait des choses… Parlait-elle de son père ou de son grand-père ?

— Je ne comprends pas, avoua-t-elle, penaude.

— Marco, dit Jeanne. Il me cache des choses à propos de…

« Hao ». Son prénom avait été dit dans un souffle mais, même si Tamao doutait d'avoir bien entendu, elle pouvait le reconnaître aux mouvements de ses lèvres.

Marco cachait des choses à Jeanne à propos de Hao. Donc Jeanne ne voulait pas parler de Hao à Marco.

« Moi aussi », songea Tamao. « Moi aussi, je lui cache des choses à propos de Hao. »

— Tu ne lui as pas parlé de… des mercredis, comprit Tamao.

Elle se trouva incroyablement prétentieuse de formuler cette phrase. Après tout, les mercredis étaient ses leçons à elle avec Hao. Cela n'avait rien à voir avec Jeanne, bien que cette dernière s'y soit incrustée la fois dernière.

— Non, confirma son amie. Et je ne compte pas lui en parler. Il veut que je me tienne loin de lui mais ne me dit pas pourquoi.

Tamao sentit la pointe de frustration dans la voix de Jeanne.

— Dans ce cas, mercredi… commença-t-elle avant d'être coupée aussitôt.

— Je te rejoins dès la fin de mon cours, comme mercredi dernier, assena Jeanne d'un ton sans réplique.

Tamao hocha la tête en guise d'accord. Elle ne pouvait pas nier que cela lui faisait plaisir. La rassurait, aussi.

— Excusez-moi, je peux avoir le bœuf Wellington s'il vous plaît ? réclama brusquement son voisin de gauche.

Tamao sentit ses oreilles et ses joues chauffer et se dépêcha de faire passer le plat.

— Un acte de gentillesse doit toujours être remercié, déclara Jeanne d'une voix claire en souriant au garçon qui avait commencé à se servir.

— Ah oui merci, lança le garçon avant de reprendre sa discussion avec ses camarades.

Tamao posa ses mains sur ses joues brûlantes.

— Ce… ce n'était pas… nécessaire, chuchota-t-elle à Jeanne.

— La politesse et les bonnes manières sont les bases du respect.

Tamao ne la contredit pas. Elle sentait qu'à propos de l'importance du respect, Jeanne aurait beaucoup à dire.

— Que lisais-tu tout à l'heure ? demanda-t-elle pour relancer la conversation.

— « Pour la gloire d'Aelis » s'enthousiasma aussitôt Jeanne. C'est l'histoire d'une princesse très belle qui a été piquée par une aiguille empoisonnée. Le chevalier-sorcier Maïeul va devoir se battre contre la harpie Somnolens pour libérer princesse Aelis d'un sommeil magique.

— La Goutte du Mort-Vivant ? devina Tamao.

— Oui, je crois que c'est ça, acquiesça Jeanne.

— Dans ce cas il suffit de lui faire boire une potion de Wiggenweld, non ? avança Tamao.

— Tu parles de l'antidote ? Ce n'est pas si simple. D'abord il faut réussir à atteindre la princesse et pour ça Maïeul doit affronter plein d'épreuves. J'en suis arrêtée à son combat contre un dragon alors qu'il n'a que son épée avec lui car il a brisé sa baguette.

— Je croyais qu'il devait affronter une harpie, s'étonna Tamao.

— C'est la harpie qui a libéré le dragon, expliqua Jeanne. Elle sait que Maïeul est un sorcier donc elle va tout faire pour l'éliminer et s'assurer que personne ne puisse sauver la princesse.

— L'auteur… est le même que pour l'histoire d'amour entre une sorcière et un être de l'eau que tu lisais en début d'année ?

— Ah non, pas du tout, s'exclama la lectrice passionnée. Amano Teruko est une autrice qui écrit plutôt des romans contemporains. « Pour la gloire d'Aelis » fait partie de la collection « Grise-Mine » qui ne contient que des histoires moyenâgeuses. C'est Marco qui me l'a donné quand je suis allée le voir dimanche dernier. Il m'a apporté plein de livres car il savait que j'aurai déjà fini ceux que j'avais emmenés avec moi.

— Il te connaît bien, sourit Tamao.

— Oui, répondit Jeanne en lui rendant son sourire.

Mikihisa aussi la connaissait bien. Même s'il était devenu difficile de lui parler. Même si…

— Je te ressers du hachis parmentier ? proposa Jeanne, coupant net ses réflexions avant qu'elles ne deviennent plus négatives.

— Non merci, refusa poliment Tamao. Je vais plutôt prendre un dessert.

— Moi aussi, se réjouit Jeanne.

Il y avait du gâteau au caramel et Jeanne adorait le gâteau au caramel.