Note : Je ne pensais pas avoir le temps d'achever ce chapitre avant mon départ en vacances mais c'est le cas. Du coup surprise !

Bonnes fêtes à tous !


Chapitre 2 : Métamorphoses, et prof particulier

Hao avait l'habitude d'attirer les regards. Cependant, cette fois-ci, les choses étaient un peu différentes. Les pensées qui convergeaient vers lui étaient plus nombreuses, plus insistantes.

Namari leur avait parlé officiellement du bal de Noël la veille, comme avaient dû le faire depuis Silva, Karim et Chrom auprès des élèves de leurs maisons respectives. Si Hao savait qu'il serait plus remarqué cette année en raison de son statut de champion et qu'il devrait notamment ouvrir ce fameux bal, il ne s'attendait pas à ce que tous les élèves de l'école se mettent à glousser sur son passage. Cela le laissait plutôt perplexe, mais il avait décidé de ne pas y consacrer plus d'attention que cela n'en méritait. De toute manière, nul n'oserait venir l'importuner avec la présence constante de Mari et Macchi à ses côtés. Tout le monde s'attendait sûrement à ce qu'il ouvre le bal avec l'une d'entre elles.

Il ne l'avait pas même envisagé.

— Bonjour Tamao, salua-t-il cette dernière lorsqu'elle pénétra dans la salle de classe.

Elle semblait encore plus mal à l'aise que d'habitude. Sûrement à cause de toutes les filles qui faisaient le pied de grue devant la porte en gloussant. Aucune cependant n'avait été assez hardie pour entrer.

— Bonjour, répondit timidement la jeune fille.

— Ferme bien la porte derrière toi.

Ce serait vraiment contrariant d'être dérangé. À moins que ce ne soit par Jeanne.

Tamao s'approcha et posa son sac de cours à l'autre bout de la table sur laquelle il était assis.

Danser avec elle serait agréable, songea-t-il en la regardant. Cela rendrait Jeanne furieuse. Mais pour cela, il fallait qu'elle soit présente, or le bal était réservé aux élèves au-delà de la quatrième année.

— Le professeur Tepes nous a donné un devoir très compliqué et j'espérais que tu pourrais m'aider, déclara Tamao d'une voix précipitée en sortant un rouleau de parchemin de son sac.

Elle n'osait pas le regarder dans les yeux mais leva tout de même la tête vers lui, les joues plus roses que ses cheveux. Une phrase aussi longue d'une traite, quel progrès !

Hao cessa de tapoter le livre posé à côté de lui qu'il avait apporté pour elle. Ce n'était pas un manuel scolaire mais un traité de métamorphoses très répandu.

— « Décrivez en donnant des exemples les diverses façons d'adapter les sortilèges de métamorphoses aux transferts inter-espèces. » énonça-t-il.

Tamao acquiesça de la tête. Il tendit une main pour prendre le parchemin que lui tendit Tamao et, dans l'autre, fit apparaître une plume.

Le devoir n'était pas très avancé. Il y avait beaucoup de lignes raturées, quelques mots parfois suivis de points d'interrogation, des idées jetées sur le papier sans cohérence. Il traça des flèches, entoura des mots, en raya d'autres, écrivit quelques consignes puis posa rapidement le devoir.

— Je t'ai apporté un livre qui approfondit le sujet. Il y a des marque-pages pour les passages intéressants et tu constateras que j'ai ajouté de nombreuses annotations. Tu n'as pas besoin de tout lire ni de de tout comprendre, essaie-juste de saisir les idées générales des passages annotés et construis ton devoir à partir de ça.

Hao illustra ses paroles en poussant livre et parchemin vers Tamao mais le regard de cette dernière s'était fixé sur la plume qu'il tenait dans sa main.

— Tamao, appela-t-il en faisant disparaître la plume.

Sa presque petite sœur sursauta.

— Ah, oui.

Elle bafouilla des remerciements en reprenant son devoir et le livre que Hao lui avait apporté.

Un sourire s'étira sur les lèvres de ce dernier. Avec elle, il pouvait être lui-même. Elle faisait partie des rares personnes avec qui il pouvait déployer l'entièreté de ses capacités magiques. Gardienne de son secret.

Il se demandait combien de temps elle tiendrait avant de tout révéler à Jeanne. Si le petit bouchon continuait à le provoquer de la sorte et à s'accrocher à Tamao, la loyauté de cette dernière envers les Asakura serait forcément mise à l'épreuve.

Il serait préférable que Marco et ses acolytes restent dans l'ignorance. Autrement, les connaissant, ils chercheraient forcément l'affrontement. Mais si des informations venaient à filtrer… Et bien, mieux valait que ce soit une fois diplômé et vainqueur de Tournoi des Trois Sorciers. Une fois qu'il n'aurait pas seulement le Ministère mais aussi l'opinion publique de son côté.

— Est-ce que…

Tamao ne finit pas sa phrase, hésitante. Et Hao, sans scrupules, laissa venir à lui le flot de ses pensées.

Une requête. La petite Tamao souhaitait formuler une requête. Cela signifiait que non seulement désormais elle acceptait, mais également souhaitait son aide.

— J'accepte de te relire quand tu veux, offrit-il.

Hochement de tête. Merci murmuré. Soulagement. Puis suspicion.

— Evidemment que j'ai lu dans tes pensées, confirma Hao avec arrogance.

Il ruinait très certainement de la sorte toute la confiance qu'elle avait commencé à lui accorder mais cela lui était égal. Lui faire croire qu'il s'était abstenu, ou s'abstenir réellement, aurait pu la laisser penser qu'il était quelqu'un de gentil. Or il n'était pas Yoh, il n'était pas gentil.

Sans parvenir tout à fait à dissimuler sa contrariété, Tamao récupéra sa baguette magique dans son sac.

— Tu vas me lancer un sort ? la taquina Hao d'une voix légère.

La jeune femme s'empourpra et se mit à bafouiller.

— N-non ! Je pensais… je croyais…

Son visage était écarlate et elle gigotait en agitant sa baguette de droite à gauche. Il était incroyablement délicieux de la mettre dans l'embarras. Un peu cruel, aussi.

— … p-pour la p-pratique, réussit-elle difficilement à articuler.

Hao fit apparaître une dinde sur le sol devant eux qui leva de grands yeux interrogateurs vers Tamao avant de filer en courant se cacher sous un bureau.

— Métamorphose d'une dinde en cochon d'Inde, exercice, commenta Hao en regardant Tamao écarter les chaises pour atteindre la dinde.

Il allait de soi qu'il aurait pu l'aider à attraper ladite dinde qui se mit à faire le tour de la salle en gloussant avec Tamao lui courant après. Cependant il avait prévu de s'abstenir et elle le savait.

La stratégie de Tamao consistait dans un premier temps à relever toutes les chaises sur les bureaux pour ne pas être gênée dans sa course après l'animal, mais même ainsi la dinde lui échappait. Au bout d'un moment, Tamao essaya de lancer le sortilège de métamorphose même si sa cible était en mouvement mais elle la manqua. L'aurait-elle touché, il n'était pas dit pour autant que le sort aurait eu un quelconque effet.

À un moment la jeune femme releva la tête vers lui. Il avait posé sa tête dans le creux de sa main et la regardait, s'amusant de ses piètres tentatives et la narguant d'un sourire.

« Besoin d'aide ? » Les mots le tentaient bien et ce serait se montrer grand prince. Mais alors comment son élève progresserait-elle ?

Le déclic se fit. Il le vit dans ses yeux et dans son esprit. Avec un air soudain confiant, elle fit sortir des nuages de fumée de sa baguette. Ils restèrent au sol mais envahirent peu à peu tout l'espace et, pour les éviter, la dinde se réfugia dans un coin de la pièce d'où elle se mit à glouglouter de plus en plus fort.

— Silencio.

Les gloussements se turent.

Hao regarda attentivement Tamao qui entreprit ensuite plusieurs fois de métamorphoser la dinde sans grand succès. C'était la deuxième fois qu'elle utilisait un sortilège d'un niveau plus avancé que celui d'un quatrième année lambda. Les sortilèges de mutisme étaient au programme des cinquième année. Quant aux sortilèges d'attraction dont il la soupçonnait d'avoir fait usage la nuit où il l'avait surprise dans le parc, ils n'étaient généralement maîtrisé qu'à la fin du premier trimestre de quatrième année. Elle avait prétendu avoir des difficultés avec les cours d'enchantements, mais il en doutait soudain.

— Il a encore des plumes, fit-elle d'une voix dépitée à la sixième tentative.

La créature sur laquelle elle s'exerçait avait une forme indéfinie à mi-chemin entre la dinde et le cochon d'Inde et aurait eu tout à fait sa place dans un roman d'horreur.

— Le problème ne vient pas que des plumes, lâcha Hao en contemplant la pauvre chose qui couinait silencieusement en jetant des regards apeurés à la fumée qui l'entourait.

Hao se leva, fit disparaître d'un geste la fumée et sortit sa baguette pour rendre à la dinde sa forme initiale. Elle s'élança aussitôt à l'autre bout de la pièce, loin de Tamao, mais il la stoppa dans son élan puis la fit léviter sur le bureau du professeur. Le fauteuil associé était le seul que Tamao n'avait pas relevé en hauteur.

— Reprenons, veux-tu, déclara-t-il.

Il ne pouvait pas dire que Tamao l'avait fusillé du regard — elle était bien trop timide et gentille pour cela. Cependant ses yeux lui reprochaient clairement tout le petit exercice qu'il lui avait imposé précédemment.

Elle n'avait pas pour réflexe d'user de magie, que ce soit pour résoudre un problème ou se simplifier la vie. Même si cela ne faisait pas d'elle une mauvais sorcière pour autant, le fait qu'elle ne sache pas viser sur une cible en mouvement serait cependant à travailler sérieusement.

« Me voilà à prendre mon rôle de tuteur très à cœur », s'amusa Hao. Il ne devait après tout initialement s'agir que de l'aider à avoir la moyenne en métamorphoses.

La porte de la salle de classe s'ouvrit brusquement sur Jeanne dont les entrées ne passaient jamais inaperçues.

— Que s'est-il passé ? demanda-t-elle d'un air interloqué en avisant toutes les chaises sur les tables.

— Bonjour à toi aussi, répliqua Hao en rangeant toutes les chaises correctement d'un mouvement de baguette.

Jeanne referma la porte derrière elle et traversa la salle de classe pour se planter entre eux d'un air bravache, les yeux remplis de défi à son intention.

— Tu as du temps à perdre, dis-moi, attaqua Hao.

Jeanne le snoba, adressa un regard plein de courage à Tamao puis s'assit au bureau de professeur juste à côté d'eux.

Hao reporta son regard sur Tamao et lui intima silencieusement de réessayer, ce qu'elle fit. Elle parvint au troisième essai à métamorphoser la dinde et, cette fois-ci, elle ressemblait véritablement à un cochon d'Inde.

— Ton poignet est trop rigide, il faut être plus souple, déclara-t-il en lui touchant légèrement le poignet pour lui montrer.

Jeanne le foudroya des yeux.

— Tu devrais faire tes devoirs au lieu de te contenter de nous regarder, la conseilla-t-il. Je peux te servir de professeur à toi aussi, ajouta-t-il avec malice, je suis polyvalent. Enfin, si Tamao veut bien partager.

Ce n'était pas pure provocation, il était réellement enclin à lui porter assistance. À la condition improbable qu'elle le lui demande.

Tamao rosit à ses mots et Hao sentit son pouls s'accélérer tandis que Jeanne rétorquait.

— Je me passerai de ton aide ! En plus, Tamao est déjà ma tutrice, ajouta-t-elle avec un soupçon de fierté.

— Mais actuellement elle est occupée, fit aimablement remarquer Hao.

Jeanne bouillonnait en face de lui, cherchant à répliquer sans trouver, tandis que le regard de Tamao allait de l'un à l'autre sans savoir comment intervenir.

— Si nous en revenions à nos affaires, Tamao, reprit Hao en se tournant vers son élève principale.

Cette dernière fuit aussitôt son regard et mit quelques minutes avant de réussir à retrouver sa concentration. Pendant ce temps, Jeanne avait tiré de son sac son livre de botanique qu'elle avait commencé à étudier tout en continuant de les « surveiller ».

— Comme ça, dit-il.

Et cette fois-ci il n'hésita pas à attraper franchement le poignet de son élève et à mêler ses doigts aux siens. Il ferma soigneusement son esprit quand il entrevit toute l'agitation qu'il causait chez Tamao. Jusqu'à présent, il avait suivi distraitement le fil de ses pensées et de celles de Jeanne depuis son arrivée, plus par amusement que par intérêt.

Se recentrant sur ses propres pensées et ses propres perceptions, le parfum d'été que dégageait Tamao l'envahit. Ses cheveux roses lui caressaient la joue et son bras s'était curieusement collé au sien. L'envie inconsciente d'apprendre, de vouloir parfaitement l'imiter, d'accepter son enseignement. Et son contact.

Tamao l'avait accepté. L'idée ne pouvait plus être réfutée. Pourtant, il n'avait rien fait qui puisse faciliter. Au contraire, ne lui avait-il pas rappelé qu'il lisait à l'envie et sans aucun scrupule ses pensées ? Ne lui avait-il pas démontré plusieurs fois aujourd'hui et par le passé l'étendue de sa cruauté ? Il l'avait même fait pleurer.

De nouveau le souvenir. Le souvenir de Tamao, les yeux rouges, les cheveux en pagaille, les jours marquées par les sanglots. Sa tristesse à elle. La colère de Jeanne.

C'était le souvenir de Jeanne, mais il avait bloqué ses pensées trop tard. Et depuis, il n'arrivait pas à se débarrasser de ces images.

— Ça a fonctionné.

Bien que ce soit dit tout doucement, presque dans un chuchotement, Hao pouvait entendre la voix de Tamao vibrer.

— Réessaie seule, lâcha-t-il négligemment en rendant sa forme de dinde au cochon d'Inde.

Tamao reproduisit soigneusement ce qu'il lui avait montré et réussit du premier coup.

De nouveau ce sourire. Ce sourire et ces grands yeux roses qui pétillaient. Et Jeanne qui était totalement sous le charme, cela se voyait au premier regard.

Hao lâcha un soupir amusé et s'écarta significativement.

— Je pense que nous en avons fini pour aujourd'hui.

Les deux filles se tournèrent vers lui.

— Nous nous revoyons mercredi prochain, leur donna-t-il rendez-vous.

Elles hochèrent toutes deux la tête sans hésitation.

Hao tourna des talons et les laissa, les félicitations de Jeanne résonnant bruyamment derrière lui. Pour une élève « en difficulté », il trouvait que Tamao s'en sortait plutôt bien lors de leurs séances. Il suffisait qu'il l'aide à réaffirmer son mouvement pour qu'elle parvienne à maîtriser le sortilège en quelques essais. À croire que ses difficultés venaient plus du cadre que de l'exercice en lui-même.


Note : Et voilà ! Ici, Hao formalise ce qui était déjà évoqué à demi-mots dans le chapitre précédent mais surtout ce qui résulte de toutes les péripéties de la partie II. J'aurai adoré avancer l'histoire jusqu'au bal de Noël en cette période de fête mais hélas tout cela n'arrivera qu'en janvier. Ce sera un moyen de prolonger un peu la magie ^^ Prenez soin de vous et à l'année prochaine !