Note : Coucou à tous ! Je sais que ce chapitre a été long à venir et j'en suis désolée. J'ai eu un déblocage/regain d'aspiration quand le titre, "Patronus", a pop dans mon esprit mais la partie qui arrive, bien que très planifiée, va pas être facile à écrire. Du coup hésitez pas à me critiquer, c'est comme ça que je progresserai !


Chapitre 3 : Patronus

Nous étions le dimanche midi et, comme tous les dimanches où elle n'avait pas fait la grasse matinée, Jeanne quittait les appartements de Marco après avoir conversé avec son père. Ce dernier, très enthousiaste, ne tarissait pas d'éloges sur le professeur Reiheit qui aurait réussi, un fugace instant, à dompter Azazel. Jeanne avait besoin de le voir pour le croire. Azazel n'avait jamais laissé personne le monter, pas même Marco ou Rakist, alors elle n'imaginait pas qu'un inconnu y parvienne.

C'était un secret, mais Marco lui avait confié qu'il y avait de bonnes chances pour que Hans Reiheit quitte son poste à Poudlard pour devenir le professeur de vol de Beauxbâtons. Jeanne, bien qu'elle n'en ait rien dit, ne trouvait pas très fair-play de débaucher ainsi les professeurs de l'école.

Tamao n'était nulle part en vue quand elle arriva dans la Grande Salle mais elle repéra Horo-Horo, Yoh, Manta et Ren discuter à la table des Gryffondor, en la compagnie exceptionnelle de Ryu. Le Gardien des Lieux et des Clés aimait bien se mêler aux élèves et profitait généralement des repas du dimanche, plus décontractés, pour faire faux bond aux autres professeurs.

— Bonjour, salua-t-elle en s'installant à côté de Manta.

— Salut Jeanne, l'accueillirent-ils chaleureusement.

— Ryu, est-il vrai que le professeur Reiheit a réussi à monter Azazel ? demanda-t-elle aussitôt au responsable principal des chevaux ailés le temps de leur séjour à Poudlard.

Manta poussa un soupir alors que Ryu se lançait dans une longue diatribe sur l'exploit de Reiheit. Apparemment, c'était un sujet sur lequel il tournait en boucle déjà avant son arrivée.

— T'as pas fini avec ton Azazel le Ronchon et Reiheit le Magnifique ? le coupa Horo-Horo d'une voix plaintive.

— C'est toujours plus intéressant que de t'entendre râler sur tes patronus ratés, répliqua Ryu.

Horo-Horo se rebiffa et les deux se mirent à se disputer.

— Je ne savais pas que les patronus étaient au programme, commenta Jeanne.

— Seulement si tu choisis de passer ton ASPIC de DFCM, expliqua Manta. On a commencé à les étudier à la Toussaint mais rares sont ceux qui parviennent à former des patronus corporels dès la sixième année. Yoh y est parvenu. Chocolove aussi.

— Moi aussi, lâcha Ren avec dédain.

— Pff, ton truc de la dernière fois ? Ça ne ressemblait à rien, ce n'était pas un vrai patronus corporel, se moqua Horo-Horo.

— C'était un cheval ! se hérissa Ren.

Jeanne se tourna vers Yoh, soudain curieuse.

— Quelle forme prend ton patronus ?

— Un cygne, la renseigna Yoh.

— Il est super stylé, s'enthousiasma Manta. Très impressionnant et tout !

— Ah ah, merci, répondit Yoh avec un petit air gêné.

Malgré les tremblements de la table causés par Horo-Horo et Ren qui se chamaillaient bruyamment, Jeanne essaya de se servir un verre de jus de citrouille sans en verser à côté. Elle venait de réussir quand soudain Ren se leva comme pour quitter les lieux, son repas terminé.

— Jeanne.

La Gryffondor leva les yeux vers lui, surprise d'être interpelée par le Serpentard.

— Tu veux être ma cavalière pour le bal ?

Jeanne cligna des yeux.

— Oui.

Elle répondit avant même d'y réfléchir.

— Parfait.

Ren partit sur ces mots.

Yoh et Manta se tournèrent vers elle alors qu'elle ne réalisait pas encore ce qui venait de se produire. Elle voulait aller au bal, elle allait pouvoir y aller. Car un élève plus âgé venait de l'y inviter. Ren Tao.

Ils restèrent tous stupéfaits un petit instant avant que Ryu ne rompe le silence.

— Et voilà, Horo-Horo, déclara-t-il d'une voix solennelle, retiens-bien cette leçon.

— Quelle leçon ? s'énerva Horo-Horo.

— Quand on trouve une fille jolie, il faut l'inviter au bal en premier, répondit Ryu en se donnant un air de vieux sage.

Le garçon s'empourpra et Jeanne choisit de stratégiquement plonger la tête dans son jus de citrouille — une technique qu'elle avait déjà vue Tamao utiliser de nombreuses fois.

Horo-Horo trouvait une fille jolie — elle, peut-être ? — mais ne l'avait pas encore invité au bal. Ren, lui, l'avait invité, elle, au bal. Et la trouvait, peut-être, jolie. Et étrangement, cela ne lui faisait ni chaud ni froid. Ne devrait-elle pas avoir des papillons dans le ventre ou quelque chose comme ça ? Ne devrait-elle pas se sentir flattée ? Excitée ? Touchée ? Intimidée ?

Elle allait au bal c'était une bonne chose et c'était tout ce qui comptait.

Quand elle quitta la Grande Salle un peu plus tard, Jeanne se mit à la recherche de Tamao elle avait envie de partager la nouvelle avec elle. Cependant, son amie n'était pas dans la salle commune et elle finit par la croiser par hasard au détour d'un couloir à force de la chercher un peu partout.

— Ah !

Tamao trébucha et se rattrapa à une amure qui faillit lui tomber dessus.

— Tamao, je te cherchais, s'exclama Jeanne en l'aidant à redresser l'armure. Je vais au bal, lâcha-t-elle sans pouvoir se retenir davantage. Avec Ren.

— Oh.

La surprise se peignit sur le visage de Tamao.

— J'y vais aussi, se reprit-elle. Avec Horo-Horo.

— Quand te l'a-t-il demandé ? s'étonna Jeanne.

— A l'instant. On s'est croisés devant l'infirmerie et il m'a demandé si je voulais y aller avec lui en amie.

Tamao porta une main à son front et fit la grimace.

— L'infirmerie ? tiqua Jeanne.

— Ah… j'ai un peu mal à la tête, avoua Tamao. Je voulais voir Faust ou Eliza mais ils étaient absents.

— Peut-être étaient-ils descendus manger, suggéra Jeanne. Si c'est le cas, ils doivent être revenus. Je vais t'y accompagner.

— Ah non, c'est bon, bafouilla Tamao. J'y retournerai plus tard si ça ne va pas.

Jeanne n'osa pas insister en voyant son amie faire des mouvements de tête insistants de gauche à droite.

Tamao semblait épuisée lors du repas le soir même. Elle avait porté la main à sa tête plusieurs fois durant l'après-midi mais refusé de se rendre à l'infirmerie à chaque fois que Jeanne l'avait proposé. Après le dîner cependant, les deux jeunes filles y passèrent et Faust donna à Tamao quelque chose pour l'aider à dormir.

— Ça ira mieux après une bonne nuit de sommeil, serina Jeanne comme Marco le faisait quand elle était petite.

Cependant le lendemain matin Tamao avait de grandes poches sous les yeux et semblait avoir passé une nuit horrible. Elle ne décocha pas un mot au petit-déjeuner et partit en cours sous le regard plein d'appréhension de Jeanne.

Elle sembla tout aussi éteinte au déjeuner et ne parut pas du tout lors du dîner.

— Elle s'est sentie mal lors du cours de divination, l'informa Ajita quand Jeanne l'interrogea. Elle a fait bonne figure jusqu'à la fin du cours mais ensuite elle est allée se reposer à la Tour de Gryffondor. Avec Brit on voulait la conduire à l'infirmerie mais elle a refusé en disant que Faust lui avait déjà donné une potion et qu'il fallait juste que ça passe.

Jeanne se dépêcha de manger et fila au septième étage dès qu'elle eut fini.

— Occamy, lança-t-elle à la Grande Dame à peine arrivée dans le couloir.

— Ces jeunes, toujours pressés, pesta cette dernière alors que Jeanne s'engouffrait dans la salle commune en coup de vent.

Elle grimpa quatre à quatre les marches la menant au dortoir des quatrième année et ne s'autorisa à reprendre son souffle qu'une fois arrivée devant la porte. L'inquiétude la tenait au ventre depuis un moment maintenant et ne s'apaiserait qu'en voyant son amie dormir paisiblement.

Le plus silencieusement possible, elle se glissa dans la chambre jusqu'au lit de sa camarade. Derrière les baldaquins, les gémissements de Tamao se faisaient entendre. Après quelques secondes d'hésitation, Jeanne décida d'écarter les rideaux, timidement d'abord, puis plus franchement en découvrant l'état dans lequel était son amie.

Tamao suait à grosses gouttes et se débattait dans ses draps, aux prises avec ses cauchemars. Elle s'était griffée à plusieurs endroits dans son sommeil, dans le cou et sur les bras. Son visage, blanc comme un linge, était tordu par la grimace.

— Tamao, Tamao !

Jeanne l'attrapa par l'épaule et la secoua pour la réveiller, affolée.

Quand elle ouvrit enfin les yeux, Tamao agrippa brutalement Jeanne par le bras.

— Tamao c'est moi, Jeanne.

D'une voix douce, la plus jeune tenta de rassurer son aînée.

— Jeanne, chuchota Tamao.

Sa respiration était erratique et ses yeux la regardaient sans la voir.

— Tamao, il faut que j'aille chercher Faust.

Et la voix ferme de Jeanne ne souffre aucune contradiction. Mais Tamao la contredit. Se met à trembler.

— Non, non, geint-elle en agitant la tête dans tous les sens.

— Si.

Sa décision prise, Jeanne essaye de lui faire lâcher son bras mais Tamao s'accroche.

— Non ! crie-t-elle brusquement en se redressant sur son séant

Jeanne sursaute et s'affale à moitié sur le lit.

— Faust ne sait pas, j'ai déjà parlé à Faust, Faust ne peut pas…

Elle se mord la lèvre et une goutte de sang perle sur les draps.

— Faust va le dire à maître Mikihisa et maître Mikihisa ne doit pas être au courant, surtout pas.

— Faust est un guérisseur, il ne dira rien à…

— Non, la coupa Tamao d'une voix forte. Mikihisa ne doit pas être au courant. Mikihisa ne doit pas être au courant !

Tamao crie presque. Ses yeux sont écarquillés, sa respiration est sifflante et ses doigts s'enfoncent dans le bras de Jeanne. Elle se met à répéter en boucle que « Mikihisa ne doit pas être au courant » d'une voix de plus en plus aigüe et de plus en plus paniquée, si bien qu'elle ne répond plus quand Jeanne l'appelle par son prénom.

— Mikihisa ne sera pas au courant, coupe cette dernière, cherchant par tous les moyens possibles à la calmer... Je ne dirai rien à Mihikisa. Faust ne dira rien à Mikihisa. Mais il faut…

— Pas Faust, panique Tamao.

Jeanne y voit une brèche.

— D'accord, pas Faust. Pas Faust, répète-t-elle d'une voix qu'elle veut rassurante. Quelqu'un d'autre.

Tamao ne parle plus mais son corps est secoué de spasmes. Son visage se tourne vers Jeanne malgré tout et semble lui demander « Qui ? ».

— Silva ? tente-t-elle en premier, car c'est le directeur de Gryffondor. Karim. Chrom. Thalim, enchaîne-t-elle aussitôt en voyant Tamao repartir en crise de panique.

Mais à chaque nom Tamao fait non de la tête et étouffe des cris plaintifs.

— Anna. Ponchi et Conchi.

La réaction de Tamao empire.

— Hao.

Tamao se fige.

— Hao, répète Jeanne.

Elle ne sait même pas comment son nom lui est venu à l'esprit. Mais soudain, Tamao se calme. Elle croise son regard — elle croise vraiment son regard — et lui transmet une approbation muette.

De nouveau Jeanne essaie de défaire l'emprise de Tamao sur son bras et cette fois Tamao se laisse faire. Elle retombe mollement sur le matelas comme une poupée sans vie, le regard perdu sur quelque chose de très lointain, bien plus lointain que le montant de son lit à baldaquins. Puis elle se crispe, ouvre la bouche comme pour crier sans qu'aucun son n'en sorte, ferme les yeux et se roule en boule. Tremble.

— Je reviens vite, murmure Jeanne.

Tamao gémit.

Jeanne est déjà dans l'escalier.


Note : Note de fin exceptionnelle parce que je voulais savoir... vous ne l'aviez pas vu venir cette compo pour le bal de Noël, hein ? *sourire géant*