Note : Après un court de chapitre de 1800 mots (celui d'avant) en voici un plus conséquent de 3600 (le double). Que j'ai aimé écrire. Pourtant c'est un POV Hao et les POV Hao c'est toujours la galère !


Chapitre 4 : Occlumancie

— Hao, j'ai besoin de te parler.

Hao leva un regard intrigué vers la petite première année qu'il avait jusqu'à présent fait semblant de ne pas remarquer. Elle avait traversé la Grande Salle d'un pas résolu jusqu'à la table des Serpentard, droit sur lui. Sur le banc d'en face, Mach s'étouffa avec son jus de citrouille et Mari se crispa sur son couteau.

— Je suis en train de dîner, répondit-il simplement. Je suis sûr que bien que ton niveau en potions soit très inquiétant, tu peux attendre que j'ai fini.

Les Serpentard autour d'eux ricanèrent et Jeanne serra les dents mais ne bougea pas.

— Je te rejoindrai dans le hall, la congédia-t-il en détournant la tête.

Il piqua une patate dans son assiette et, après un court silence, entendit Jeanne s'éloigner. Sans protester. Alors qu'il l'avait provoquée. Bien sûr cela attisait sa curiosité.

Il termina son assiette, se leva et balaya la Grande Salle du regard. Pas de Tamao ce soir.

— Tu ne prends pas de dessert ? s'enquit sournoisement Macchi.

Plus il faisait attendre la petite princesse des Gryffondor et plus cela lui plaisait, mais Hao avait compris que, pour que cette dernière vienne le chercher de cette manière, ce devait être urgent. Autrement, sa fierté l'en aurait empêchée.

— Pas ce soir, répondit-il négligemment en quittant la table.

Macchi fit la moue mais ne commenta pas.

Hao quitta la Grande Salle sous le regard suspicieux de Marco. À peine eut-t-il posé un pied dans le hall d'entrée que Jeanne lui sauta dessus.

— Tamao va très mal. Elle délire, se griffe, fait des crises de panique et refuse d'être conduite à l'infirmerie.

Jeanne parlait très vite, se tordait les mains, voulait l'entraîner à sa suite vers les grands escaliers.

— Et tu as pensé que c'était moi le mieux placé pour l'aider ? se moqua-t-il en insistant particulièrement sur le « moi ».

Jeanne grimaça.

— Tu es son tuteur, non ? rétorqua-t-elle en le foudroyant du regard.

Il s'abstint de relever que, jusqu'à présent, elle était la première à rappeler que le tuteur de Tamao était Lyserg et non lui. Il saurait bien réutiliser ce qu'elle venait de dire contre elle plus tard, à un moment où elle serait de nouveau ennuyée de ses jeux avec Tamao.

— Elle avait mal à la tête hier soir, reprit Jeanne d'une voix moins agitée maintenant qu'il lui avait enjambé le pas. Faust lui a donné une potion mais ça n'a pas eu l'effet escompté. Il paraît qu'elle s'est sentie mal en cours de divination, a manqué son cours de métamorphoses et... elle ne va vraiment pas bien.

Hao perçut la voix de Jeanne se morceler.

— Pourquoi ne pas avoir prévenu un professeur ? demanda-t-il innocemment, plus pour la faire parler et l'empêcher de s'effondrer en larmes que pour autre chose.

— Elle n'a pas voulu, s'écria Jeanne. Elle était totalement paniquée et refusait que je prévienne qui que ce soit. Et elle répétait que Mikihisa ne devait pas être au courant.

Jeanne fit une pause dans son explication alors qu'ils atteignaient le troisième étage.

— Il n'y a que lorsque j'ai dit ton nom qu'elle s'est calmée, confia-t-elle moins fort après un moment d'hésitation.

Hao se doutait de la raison. Ainsi, son adorable petite sœur avait fini par faire une bêtise, à force de vouloir jouer avec l'avenir.

Arrivés sur le palier du septième étage, Jeanne s'arrêta soudain mais Hao la doubla pour se diriger naturellement vers la tour de Gryffondor. Dans son dos, la première année ne comprenait pas comment il pouvait connaître le chemin. Dans ses pensées, Jeanne se demandait si Tamao serait capable de sortir de son lit pour venir lui parler dans le couloir. Mais Hao n'avait pas l'intention de rester dans le couloir.

Quel était le mot de passe des Gryffondor déjà ? Boutefeu chinois c'était celui des Serdaigle et Voltiflor celui des Poufsouffle donc pour Gryffondor ce devait être…

— Occamy, lança-t-il à la Grosse Dame qui fut bien forcée de lui ouvrir le passage bien qu'elle s'étonna de le voir là.

— Mais comment…

Jeanne n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'il venait déjà de faire irruption dans la salle commune des Gryffondor où les quelques élèves qui y étaient installés sursautèrent en l'apercevant. Hao sortit sa baguette, ce qui en poussa certains à se cacher sous les tables ou derrière les canapés, et se dirigea droit vers l'escalier menant aux dortoirs des filles dont il tapota les premières marches avant de monter. L'heure n'était pas à faire du toboggan.

Quatre volées de marche plus tard, il frappait à la porte du dortoir des quatrième années sous les vitupérations de Jeanne qui pestait que les garçons n'avaient pas le droit de se rendre dans les dortoirs des filles mais était bien arrangée, en son for intérieur, qu'il en fasse fi. La petite fille le rattrapa à ce moment-là et ouvrit la porte pour le guider jusqu'au lit de Tamao.

Un cri aigu. Des pleurs.

Hao referma derrière eux pour qu'ils soient tranquilles.

Jeanne courut jusqu'à un lit.

— Tamao, appela-elle doucement, Tamao…

L'interpelée convulsait sur son matelas, des marques de griffure sur tout le corps. Sa bouche était tordue en une grimace douloureuse et il y avait plusieurs traces de sang sur les draps blancs contre lesquels elle se battait.

Dans son esprit, Hao sentit une forte pression exercée contre les barrières mentales qu'il avait en permanence. Les pensées de la suppliciée, à n'en pas douter.

— Tamao, appela Jeanne, plus fort.

Son aînée ouvrit de grands yeux écarquillés et ses mains attrapèrent Jeanne.

À l'instant où il lui ouvrit son esprit, Hao fut emporté par le déluge de visions qui se fracassaient dans la tête de Tamao.

Trop.

Il y en avait beaucoup trop, qui défilaient trop vite. Pas étonnant que Tamao en perdît l'esprit, la tempête aurait noyé n'importe qui.

Hao bloqua les pensées de Tamao qui abondaient et se laissa tomber sur son lit. Jeanne se tourna vers lui, les larmes aux yeux.

— Elle…

— A fait une grosse bêtise, déclara Hao. N'est-ce pas, Tamao ?

En entendant sa voix, la jeune fille se redressa pour le voir et leurs regards s'accrochèrent.

« Fais que ça s'arrête » suppliait le sien.

— Pour commencer Tamao, reprit-il, stoppant Jeanne qui s'apprêtait à l'insulter, tu vas te concentrer sur moi. Ou sur Jeanne, peu importe. Tu dois te concentrer fort pour que ton esprit soit focalisé uniquement sur l'un d'entre nous.

Bien qu'elle ne le lâchât pas du regard il n'était pas sûr que Tamao comprenne ses instructions, cependant elle opina lentement de la tête.

— Je ne peux pas t'endormir, continua Hao, car les visions ont atteint un stade où elles te poursuivront même dans ton sommeil donc il va falloir que tu restes consciente pour parvenir à les repousser.

Tamao se mit à trembler. Elle était à bout, il le voyait bien, mais il était trop tard pour emprunter la voie facile.

— Jeanne m'a dit que Faust t'avait donné une potion, enchaîna-t-il. Tu as toujours le flacon ?

Tamao fit « oui » de la tête sans le lâcher des yeux.

— Jeanne, appela-t-il — et cette dernière mit quelques secondes avant de comprendre que c'était à elle qu'il parlait car il ne détachait pas son regard de celui de Tamao — trouve le flacon et lis-moi l'étiquette à voix haute.

La petite fille se dégagea de l'étreinte de Tamao et obtempéra, manquant trébucher dans sa précipitation à atteindre la table de chevet.

— Tu es avec moi, Tamao, énonça-t-il d'une voix claire en la voyant papillonner des yeux, son attention diminuant.

Elle gémit mais ancra de nouveau son regard dans le sien.

Jeanne lut l'étiquette de la potion qu'elle venait de trouver. Ce n'était pas un somnifère destiné à plonger dans un sommeil sans rêve, simplement un antidouleur. Quelque chose qui lui avait donc été totalement. Au moins un somnifère aurait-il ralenti un moment les visions avant qu'elles ne gagnent en puissance.

Hao tira d'une de ses poches la fiole qu'il gardait toujours sur lui en cas de grande fatigue mentale et la tendit à sa pupille.

— Bois, lui intima-t-il.

Tamao ne se le fit pas dire deux fois et Jeanne ne posa pas de questions.

— Les Asakura t'ont appris les bases de l'occlumancie ? demanda-t-il ensuite.

Tamao fit « non » de la tête.

— Tss…

Elle ne pourrait pas recourir à cette technique si elle n'en avait jamais pratiqué l'exercice auparavant. Quant à tenter de lui enseigner les bases, c'était absurde. Comment pouvait-il lui demander de « vider » son esprit alors qu'il débordait de tant et tant de visions du futur qu'elle en était conduite aux abords de la folie ?

— Ça… je…

Ses mots balbutiés ne suffisaient pas pour traduire son idée mais Hao comprit et baissa précautionneusement ses propres barrières mentales. Les visions perdaient en force, progressivement. La potion faisait effet.

— Reste concentrée. Si tu t'endors, elles reprendront.

Tamao serrait les draps à s'en faire blanchir les phalanges mais seules ses épaules étaient encore agitées de tremblements désormais et son visage, bien que trahissant son extrême épuisement, était déterminé.

— Ta place est à l'infirmerie, décida Hao.

Le plus dur restait à venir car, interdite de s'endormir, Tamao devrait lutter toute la nuit contre les visions, mais elle avait récupéré suffisamment le contrôle d'elle-même pour être déplacée.

Il se leva, écarta Jeanne qui était blanche comme un linge et prit Tamao dans ses bras. Elle accrocha naturellement les siens autour de son cou, trop hors-du-temps pour rougir ou contester.

— Tu la conduis à l'infirmerie ? demanda confirmation Jeanne.

Elle semblait avoir besoin de s'en assurer.

— Oui, lui répondit-t-il en quittant le dortoir, la première année sur les talons.

Dans la salle commune, le nombre de Gryffondor avait doublé et tous les suivirent du regard jusqu'à ce qu'ils soient sortis. Ils avaient à peine atteint le bout du couloir que Silva parut, l'air essoufflé.

— Hao, tu…

— Plus tard, le coupa-t-il d'un ton sec en le dépassant.

De manière surprenante, Jeanne prit le parti de le suivre plutôt que de s'arrêter pour expliquer à son directeur de maison le pourquoi du comment. Enfin, ce n'était pas si surprenant que cela. Elle n'allait tout de même pas le laisser emporter sa précieuse Tamao hors de sa vue, n'est-ce pas ?

Cette idée lui tira un sourire mais un rapide survol des pensées de Jeanne lui montra qu'elle lui faisait entièrement confiance. Pour cette fois.

Ils arrivèrent au quatrième étage sans que Jeanne n'ait décoché un mot. Dans ses bras, Tamao s'était remise à sangloter. Ils passèrent les portes de l'infirmerie et Hao se dirigea vers un des lits les plus proches du bureau de Faust. Il avait l'embarras du choix après tout car la pièce était déserte.

— Elle s'est blessée ? demanda la voix douce d'Eliza en traversant la porte du bureau.

— Quelque chose comme ça, répondit Hao en allongeant Tamao. Elle ne doit pas dormir. Pas tout de suite.

Le fantôme voulut s'adresser directement à Tamao.

— Comment te sens-tu ?

La petite fille ouvrit la bouche mais ne parvint pas à répondre.

— Mal, traduisit Hao pour elle. Sur le point de passer la pire nuit de sa vie.

Jeanne, qui avait repris quelques couleurs au moment où Eliza était paru, blêmit de nouveau.

— Mais…

Un seul regard de Hao et elle se tut.

— Que puis-je lui donner et à partir de quand pourra-t-elle dormir ? demanda Eliza.

L'infirmière avait donc décidé de s'en remettre à lui, en conclut Hao. La meilleure décision qu'elle puisse prendre dans une telle situation.

— Une potion de sommeil demain matin si j'estime que c'est possible.

Et il était le seul à pouvoir l'estimer car il plongerait directement dans ses pensées pour évaluer la force des visions.

— La potion qu'elle a déjà prise ne fera pas effet toute la nuit, je vais en chercher davantage, informa-t-il Jeanne. Cela l'aidera si tu restes avec elle.

Il n'était de toute façon pas question pour Jeanne de la quitter, mais il devait s'assurer qu'Eliza ne la chasserait pas sous prétexte que leur patiente aurait besoin de calme. Au contraire, Tamao avait besoin d'une présence auprès d'elle sur laquelle elle pouvait se focaliser. Laissée seule avec ses pensées, son était empirerait.

Hao quitta les lieux sans que personne ne l'en empêche et eut le déplaisir de se retrouver nez-à-nez avec Silva qui, visiblement, les avait suivis.

— Les salles communes de maisons sont réservées aux élèves de leur maison, annonça-t-il d'emblée en lui barrant le passage, rendant la confrontation inévitable.

— Vraiment ? Il faudra me montrer le point du règlement qui le spécifie car je n'ai jamais rien lu de tel, répliqua Hao avec lassitude.

Le visage de Silva se durcit.

— Il en va de même, enchaîna-t-il, pour les dortoirs des garçons réservés aux garçons et les dortoirs des filles qui sont interdits aux garçons.

— Sauf qu'encore une fois il n'y a rien de tel écrit dans le règlement de l'école, rétorqua Hao.

Il commençait doucement à perdre patience.

— Ce sont des conventions implicites qui tombent sous le sens, s'énerva Silva. Les règles n'ont pas toutes besoin d'être écrites dans le règlement de l'école pour appeler des sanctions et…

— Si en tant qu'élève, coupa Hao d'une voix polaire, je dois être sanctionné pour avoir conduit ma petite sœur à l'infirmerie, qu'en est-il des adultes incapables d'assumer leur fonction ?

— D'assumer leur…

— Tu es le directeur de maison de Tamao, tu as dû être averti qu'elle avait déjà visité l'infirmerie hier et qu'elle avait manqué certains de ses cours aujourd'hui, non ? Comment se fait-il qu'aucun adulte ne se soit inquiété de son absence au dîner et qu'elle ait été laissé toute seule dans l'état dans lequel elle était ?

Bien sûr Silva n'avait pas de réponse et cela l'agaça peut-être davantage que s'il avait tenté de répliquer. Que Boris ait ou non prévenu Silva de l'absence de Tamao en classe, ce n'était pas le problème de Hao.

— C'est la question, reprit-il froidement, à laquelle les adultes responsables de la sécurité des élèves de l'école devraient se soucier de répondre plutôt que de me faire perdre mon temps.

Hao planta Silva sur place sur ses mots. Le professeur devait être hors-de-lui mais l'accord tacite qu'il avait avec le corps enseignant qu'aucun point ne lui serait jamais ni attribué ni enlevé empêchait Silva de relever son insolence. Ah mais, à cause du Tournoi des Trois Sorciers, la Coupe des Quatre Maisons avait été annulée de toute façon, donc cet accord n'avait aucune importance. Sans compter qu'Hao mettait au défi quiconque d'oser lui donner une retenue.

Il lui fallut moins d'une dizaine de minutes pour faire l'aller-retour jusqu'à son dortoir chercher ce qu'il appelait sa « potion d'occlumancie ». Il l'utilisait quand il ne parvenait plus à maintenir ses barrières levées en permanence et que les pensées envahissantes de toutes les personnes qu'il croisait venaient s'incruster dans son esprit. Comme il en consommait très rarement, il n'en avait pas un stock très conséquent et devrait penser à le renouveler car il pressentait que Tamao en aurait besoin dans son intégralité.

Quand il revint dans l'infirmerie, Eliza était retournée dans le bureau et Faust l'avait rejointe, Hao le déduisit aux murmures qui s'échappaient de derrière la porte. Il posa la petite bouteille de potion sur une table à portée de Tamao.

— Une gorgée toutes les heures, lui prescrit-il.

Tamao, qui l'avait suivi des yeux depuis son arrivée, hocha la tête pour montrer qu'elle avait noté.

— Qu'est-ce que c'est ?

Cette fois-ci, Jeanne était trop curieuse pour s'abstenir de demander.

— Une potion qui vide l'esprit sans endormir. Je ne te conseille pas de goûter, une seule goutte te rendrait totalement amorphe.

Jeanne lui adressa un regard suspicieux.

— Pour quelle raison gardes-tu sur toi une telle potion ?

Parce qu'il se sentait d'humeur bavarde, Hao se laissa tomber par terre, laissa pendre un bras sur son genou plié et lui répondit.

— Je suis ce qu'on appelle un legilimens de naissance. Tu sais ce qu'est la légilimencie, Jeanne ?

— L'art de lire dans les pensées, dit tout de suite Jeanne pour montrer qu'elle savait, sauf qu'on ne dit pas « lire dans les pensées » parce que les pensées ne sont pas un livre mais quelque chose de beaucoup plus complexe avec plusieurs couches et…

Elle se tut soudain et son regard narquois devait y être pour quelque chose.

— C'est ce qui est écrit dans Harry Potter, se défendit Jeanne.

— Pourquoi ça ne m'étonne pas que ce soit ton style de livre ?

— Ce n'est pas mon style, répliqua Jeanne, c'est simplement un classique. Mon autrice préférée, c'est Little Red.

Et à sa grimace, elle dut se rendre compte trop tard que ce n'était pas la meilleure chose à dire si elle ne voulait pas qu'il se moque d'elle. Little Red était une autrice réputée avant tout pour écrire des romans d'amour.

— Des quêtes héroïques, ça plaît à une petite Gryffondor, souligna Hao sans mentionner le côté eau de rose.

Il n'y avait pas besoin, Jeanne avait déjà les joues roses d'embarras à cause de ce sujet.

— Quand tu dis que tu es un legilimens de naissance, essaye-t-elle de détourner son attention, qu'est-ce que tu veux dire exactement ?

— Je veux dire que je peux entendre les pensées des gens autour de moi. Tout le temps. Tous à la fois. Et ce depuis que je suis né. D'où la potion pour m'aider à les bloquer quand je suis trop fatigué pour pratiquer l'occlumancie.

— Je ne comprends pas, avoua Jeanne, un peu perdue. Tu dois pratiquer l'occlumancie non pas pour empêcher les gens de lire tes pensées mais pour toi t'empêcher de lire celles des autres ?

— C'est cela, confirma Hao.

— Tout le temps ? En permanence ?

La petite fille avait du mal à y croire, visiblement.

— Rassure-toi, depuis le temps c'est devenu aussi naturel que de respirer, fit Hao en souriant.

— Mais la legilimencie, ce n'est pas de la magie noire ?

La question était posée en toute innocence mais Hao ne répondit pas. Il se contenta de la regarder. Longuement. Jusqu'à ce qu'elle comprenne les implications de sa déclaration.

À côté d'elle, Tamao s'agita, détournant son attention.

— Cela… fait… combien… temps ?

Chaque mot soufflé semblait lui demander un effort considérable.

— Moins d'une demi-heure. Vingt minutes tout au plus, fut-il obligé de la décevoir.

Tamao ferma les yeux et poussa un profond soupir. Le regard de Jeanne sauta de la bouteille de potion à son amie.

— Elle ne peut pas en prendre plus ? tenta Jeanne.

— Non.

Sa réponse ne souffrait d'aucune contradiction et Jeanne prit une mine piteuse, comme une enfant prise en faute. Cela ne surprenait pas Hao outre mesure que ce soit Jeanne qui tente de négocier et Tamao qui se montre obéissante. Enfin obéissante… Elle n'en serait pas là si elle s'était réellement montrée sage et obéissante. Mais il attendrait le lendemain pour lui demander exactement quelle utilisation elle avait bien pu faire de la mauve douce qu'elle avait cueillie une nuit de nouvelle lune pour se retrouver assaillie de visions. Elle n'était pas en état d'en parler ce soir.

— Tu as dit, reprit Jeanne après un court instant, qu'elle avait des visions. Trop pour les contenir. C'est pour cela que tu lui as donné cette potion.

Mine de rien, Jeanne avait bien suivi tous les échanges qu'il avait eu avec Tamao et Eliza jusqu'ici pour essayer de comprendre.

— Mais comment se fait-il qu'elle ait ces visions ?

Ah ! La fameuse question à laquelle ils n'auraient pas la réponse ce soir.

— Tu as ton cours d'astronomie dans une demi-douzaine d'heures, Jeanne. Tu devrais aller dormir.

Regard frustré qui signifiait « certainement pas ».

— Je reste avec elle, déclara-t-il. Tu prendras la relève après ton cours, mais pour cela il faut que tu te sois reposée avant.

Argument implacable qui lui fit grincer des dents.

— Tamao ne voudrait pas que tu manques les cours à cause d'elle.

Le coup final.

Jeanne évita son regard et serra la main de Tamao. Dans le même temps, Hao bondit sur ses jambes et alla frapper à la porte du bureau de l'infirmerie. Faust en sortit aussitôt.

— Jeanne aurait besoin d'un somnifère, sinon elle ne trouvera jamais le sommeil alors qu'elle a cours dans moins de six heures.

Le guérisseur hocha la tête, attrapa un flacon dans son étagère de remèdes et vint la donner à Jeanne. Cette dernière la prit de mauvaise grâce avec l'envie évidente de maudire Hao mais elle n'en fit rien. Au lieu de cela, elle lui adressa un long regard signifiant « tu as intérêt de prendre bien soin d'elle » et s'en alla sur des derniers encouragements à l'intention de son amie.

— Je reste à son chevet, annonça Hao à Faust alors que celui-ci le dévisageait.

Il aurait fait de même pour Mari ou Macchi. Peut-être. Mais aucune des deux n'aurait eu la folle idée de réaliser des expériences magiques sans lui en parler.

Le guérisseur ne commenta pas et retourna dans son bureau. Hao attrapa une chaise qu'il tira vers le lit de Tamao pour s'y asseoir. Cette dernière avait les lèvres en sang à force de se les mordre et le chercha aussitôt des yeux.

Le simple fait d'ancrer son regard dans le sien l'aidait considérablement à tenir éloignées toutes les images de l'avenir qui se battaient pour qu'elle leur prête attention.

Elle n'avait pas besoin qu'il lui parle. Au contraire, une conversation ne ferait que disperser ses pensées alors qu'elle avait besoin de rester focalisée sur un point. Lui, en l'occurrence. Il serait ce point pour cette nuit, ou du moins une grande partie.

Après tout, Mikihisa avait dit que les grands frères devaient prendre soin de leurs petites sœurs.