Hello ! A l'occasion de l'anniversaire d'Akashi, je publie une nouvelle histoire, courte en terme de chapitre, mais du tout en terme de nombre de mots ! Ce premier chapitre fait 11 000 mots.
Cette histoire tient une place particulière dans mon petit cœur. Je l'ai écrite il y a un an et presque d'une traite. Sur mon traitement de texte, l'histoire fait 91 pages et j'en ai écrite une quarantaine, correspondant à la partie 1 et la partie 2, en une seule journée. Ouais... Plus de quarantes pages en une journée... j'avais jamais fait un truc pareil et je ne l'ai pas refait depuis. Tout les événements de l'histoire étaient très clairs dans ma tête, j'avais tous les dialogues, j'ai pensé à cette histoire toute la journée. J'avais vraiment l'impression d'être dans la zone XD et le lendemain, j'ai pas écris une seule ligne.
Bref, je vous souhaite une bonne lecture !
Partie I : Je ne te connais pas
J'entends du bruit venant de la cuisine. Il est sept heure trente et mon père n'est pas encore parti. Je grogne, me retourne dans le lit et tente d'ignorer ce bruit insupportable. J'ai cours à huit heures. Il me faut dix minutes pour aller à Teiko. Mon père va partir dans les cinq prochaines minutes et rien que pour ça, je décide de me lever. Je retire mon pyjama et enfile mon uniforme avant de sortir de ma chambre. La lumière du jour agresse mes yeux. Mon père me regarde en souriant.
-Bien dormit, la marmotte ?
-Salut... je marmonne.
Mon père regarde sa montre. Il n'a pas le temps de finir son café. Il prend ses clés de voiture.
-Ne sois pas en retard en cours, me dit-il. À ce soir, Daiki.
La porte de l'appartement claque. Je fais griller une tartine de pain, prend de la confiture. Puis, je vais me brosser les dents. Après un rapide tour aux toilettes, je vais chercher mon sac de cours et quitte l'appartement.
J'arrive pile à l'heure, comme d'habitude. Il n'y a que Satsu et mon père pour s'inquiéter de ce genre de choses. De toute façon, c'est pas un drame d'arriver à la bourre. J'ai l'habitude de me faire engueuler. Mes notes sont si mauvaises que tous les profs m'ont pris en grippe.
Je dors vingt minutes pendant le cours d'anglais, puis dix pendant le cours de physique et plus que cinq pendant le cours de japonais. À midi, je suis parfaitement réveillé mais ça ne m'empêche pas de bailler. Vivement trois heures de l'après-midi : l'heure de l'entraînement du club de basket.
À midi, je rejoins mes amis à notre table de la cafet'. Je m'assois à côté de Tetsu. Je me mets toujours le plus loin possible d'Akashi, comme ça je peux emmerder Kise tranquillement, sans qu'il ne me fasse la morale. J'aime bien Akashi, mais qu'est-ce qu'il peut être relou parfois ! Enfin, Midorima est souvent pire que lui. Ben tiens, le voilà en train de reprendre Murasakibara sur la façon dont il mange. En fait, j'ai l'impression que Midorima est un aspirateur à fun. Il fait tout pour faire chier les autres et pour leur faire perdre toute leur originalité. Akashi, même s'il nous regarde parfois avec ses yeux de tueurs, au moins, il nous laisse nous exprimer. Il est un peu la maman de la bande.
Nous finissons de manger dans la bonne humeur. À la fin du repas, il y a des pâtes et des légumes par terre suite à ma bataille de nourriture avec Kise. Akashi nous oblige à nettoyer. Relou, je l'avais bien dit.
Mais à trois heures, c'est enfin la libération. Je me presse vers le gymnase. Le basket, c'est vraiment ce qui me rend le plus heureux. J'adore passer des heures à faire rebondir le ballon, à jouer contre des adversaires puissants. À la fin de l'entraînement, Kise me propose un petit duel que j'accepte avec joie.
Le soir, je rentre avec Tetsu et Satsu. Je sors mon portable une fois à l'extérieur de l'enceinte du collège Teiko. Aucun message de mon père. Il ne m'a pas répondu quand je lui ai demandé à quelle heure il rentrait. Je soupire. Tetsu le remarque, bien évidement.
-Qu'y a-t-il, Aomine-kun ?
-Rien.
Je détourne le regard. Je vois Tetsu sourire légèrement en coin. À quoi pense-t-il encore celui-là ? Il est indéchiffrable. Satsu a le nez sur son portable.
-Lâches ça un peu, lui dis-je.
-Je regarde les infos, Dai-chan. Il y a eu un nouveau meurtre.
Maintenant on a pris l'habitude. Il y a une nouvelle victime à peu près tous les mois. Toujours le même mode opératoire. Un tueur impossible à arrêter.
-Bon, bah je suis pas près de revoir mon père... je souffle.
Mon père est chargé de l'enquête. Depuis que ces meurtres ont commencés, il est surmené. Je ne le croise que quelques minutes par jour et il a toujours ces yeux perdus dans ses pensées. Cette affaire l'obnubile. J'ai tellement hâte que ce soit fini. Je donnerai tout pour ça.
Nous marchons quelques minutes, puis, nos chemins se séparent. Je donne un petit coup de coude à Satsu qui continue son chemin avec Tetsu.
-Fais-lui ta déclaration, je lui chuchote.
Ils sont tous les deux si timides que si on ne les pousse pas l'un vers l'autre, ils ne feront jamais rien. Non, en fait, je ne suis même pas sûr que ce soit de la timidité. Satsu est tout le temps sur le dos de Tetsu. Elle le colle H24. En fait, je suis sûr qu'il a déjà remarqué quelque chose. Mais pour autant, il ne dit rien et ne fait pas particulièrement de pas vers elle. Je sais qu'il ne cherche pas à la faire souffrir. Il attend sûrement qu'elle lui dise clairement qu'elle l'aime.
Je regarde les deux empotés s'éloigner avant de bifurquer dans ma rue. Je regarde le parking : la voiture de mon père n'est pas là. Je rentre dans l'appartement et fait face au vide. Il y a le bruit de l'eau qui goutte.
Je dépose mon sac, puis m'agenouille dans un coin pour une petite prière. Puis, je m'affale sur le canapé et allume la télévision. Satsu avait dit vrai. Un nouveau meurtre. Dans un nouveau quartier de Tokyo. Je regarde la photo de la victime et l'évidence me saute aux yeux : encore un homme d'une quarantaine d'année, les cheveux bruns, les yeux noirs.
Cette idée me glace le sang. Pourtant je suis obligé d'y penser. Mon père correspond à cette description. Et le tueur n'a pas encore tué dans notre quartier. Je suis soulagé que ce ne soit pas lui la victime de ce mois-ci. Mais j'ai peur qu'un jour ce soit le cas. Je ne supporterai pas de me retrouver complètement seul.
Les informations me dépriment alors j'allume la console. Je mets un jeu simple, sans prise de tête. Un jeu auquel Satsu ou Tetsu pourrait jouer.
Vers sept heures, je vais prendre ma douche. Puis je vais cuisiner. Je prépare un plat pour deux, tout en sachant que mon père ne rentrera probablement pas. Je laisse une part pour lui dans le micro-onde, au cas où.
Le lendemain, je me réveille et me lève dès la première sonnerie. Je reste un moment assis sur le bord de mon lit à fixer la photo encadrée sur ma table de nuit. Trois ans aujourd'hui. Je pensais que j'avais passé le cap. Je me surestimais. Je prends une grande inspiration et décide de chasser ces pensées. J'aurai bien voulu que mon père soit là aujourd'hui.
Je vais dans la cuisine. Le plat d'hier soir est toujours dans le micro-onde, bien évidement.
Mon pas est lent alors que je me rends à Teiko. Les profs sont plus cléments avec moi. Il faut croire que le message est passé en salle des profs. Malgré moi, mes amis notent que je suis moins joyeux aujourd'hui. Je croise le regard de Satsu. Elle sait. Elle me demande silencieusement si tout va bien. Je lui réponds vaguement d'un signe de tête.
Il n'y a pas entraînement aujourd'hui, ce qui est dommage parce que c'était exactement ce dont j'avais besoin. Je n'ai pas envie de retourner à l'appartement affronter le vide. Je décide de traîner un peu dans le collège à la fin de mes cours. Ouvrant une salle vide du dernier étage, je tombe sur Akashi. Il joue seul au shogi, comme d'habitude.
-Midorima n'est pas avec toi ? Je demande.
-Non. Il a un rendez-vous chez le dentiste. Mais tu peux venir si tu veux.
-Très peu pour moi.
J'hésite à m'en aller. Mais quelque chose me pousse à rester et dans le fond, je sais ce que c'est. Akashi est comme moi. Akashi est le seul qui puisse prétendre me comprendre aujourd'hui. Je m'avance et vais m'asseoir face à lui. Je lui pose quelques questions sur le jeu et il me répond avec patience.
-Cela fait combien d'année aujourd'hui ? Finit-il par me demander sans préambule.
Je baisse les yeux instinctivement.
-Trois ans.
-Tu n'as pas à faire semblant avec moi, tu sais. Si tu veux en parler...
-Qu'est-ce que tu sais au juste ?
-Je sais que ta mère est morte il y a trois ans.
Il y a un silence. Akashi cesse de jouer.
-Elle était au volant. Elle venait me chercher après une heure de colle. C'est con parce qu'on habite à dix minutes à pied. Je crois qu'elle voulait m'engueuler encore une fois dans la voiture. Ma mère est étonnement à cheval sur le respect. Quand elle a appris que j'étais collé... mon père s'est marré en disant que je lui ressemblais beaucoup trop mais elle, elle était outrée que j'ai un tel comportement. Un connard lui est rentré dedans. Elle a mis une semaine à mourir de ses blessures.
-Je suis navré, Aomine.
Je souris, gêné par ces paroles. Puis, je regarde Akashi. Il sait ce qu'il dit, je sais ce qu'il pense. Lui aussi est orphelin, même si les circonstances de la mort de sa mère n'ont rien à voir. Et lui aussi a un père trop souvent absent, absorbé par son travail depuis la mort de sa femme. Nous avons perdu nos mère presque au même âge. En rencontrant Akashi, je n'aurai jamais soupçonné avoir ce genre de point commun avec lui.
-C'est rien. Tu sais, c'est du passé, je marmonne en me grattant la nuque.
-Ce n'est pas parce que c'est du passé que ce n'est pas douloureux. Ou traumatisant.
-Comment tu fais pour surmonter ça ? Je demande
-Je ne l'ai pas surmonté. Pas complètement du moins. Toi non plus je présume.
-En effet. Mais il ne faudrait pas que ça se sache.
-Tu as le droit d'avoir des faiblesses.
-C'est toi qui me dit ça ?
Akashi sourit. Je le regarde un moment dans le silence. Akashi garde les yeux baissés sur le plateau de shogi, il ne voit pas mon visage quelque peu attendri. Je n'avais jamais vu Akashi autrement que comme le capitaine de la génération des miracles. Mais à cet instant, ma vision vient de changer. Il est aussi un gamin, comme moi. Un gamin qui fait face seul à un deuil.
-Est-ce que c'est ta seule faiblesse ? Je lui demande.
Il ne redresse pas la tête.
-Je n'ai jamais dit que c'était une de mes faiblesses. Tu interprète les choses.
-Pfff... Bon, je vais y aller.
Je me lève et regagne la porte de la salle. Un instant, je reste immobile. Je me retourne et regarde la silhouette d'Akashi qui se découpe. J'ai déjà assez fait tomber le masque aujourd'hui. Et puis, je sais qu'Akashi ne parlera jamais de notre conversation. Lui, par contre, ne m'a rien fait promettre. Je garderai néanmoins son secret pour moi.
Quand je sors de Teiko, Satsu est devant le portail.
-Salut Dai-chan. Je viens seulement de finir les cours. Tu veux qu'on rentre ensemble ?
Je lis dans son regard qu'elle est inquiète pour moi. Aujourd'hui, je ne veux pas de sa pitié. Je réalise qu'Akashi n'avait pas pitié, lui. Il me regardait comme il m'avait toujours regardé.
-Pas cette fois, Satsu.
-Tu es sûr ? Ce midi tu semblais... euh...
-C'est bon. Ça va mieux.
Elle est déçue. Quand je m'éloigne, elle me ne retient pas.
Mon père n'est pas là quand je rentre. Je vais m'agenouiller devant l'autel de ma mère et lui raconte ma journée. C'est un rituel que j'ai depuis des années, même s'il peut sembler dérisoire. Je ne crois pas à une possible vie après la mort. Mais je m'acharne à lui parler. J'ai renforcé cette habitude depuis que mon père travaille sur cette enquête.
Je cuisine le soir après avoir regardé un anime. Je laisse un part dans le micro-onde. Demain, samedi, j'essaierai peut-être de brusquer le destin en allant le voir au commissariat.
Je prends un sac avec quelques affaires de mon père. Comme je le supposais, il n'est pas rentré la veille. J'avais pourtant envie de lui parler. Il y a trois ans, à la même heure, j'étais à l'hôpital, avec lui, dans la salle d'attente, en train de pleurer devant la chambre de ma mère. Les machines ne faisaient plus aucun bruit.
Je mets mes écouteurs pour ne pas être plongé dans le silence et je marche jusqu'au commissariat. Cela me prend plus de quarante minutes. Quand j'arrive, on me laisse me rendre au bureau de mon père. Je toque et entre sans attendre qu'il me réponde.
Il a des cernes sous les yeux. Son teint est cireux, fatigué. Il y a dans son bureau une odeur de cigarette. Je vois les deux paquets vides à côté de lui. J'étais sûr qu'il se remettrait à fumer un jour ou l'autre. Maman lui avait pourtant fait promettre d'arrêter.
Il cache les paquets sous un dossier.
-Salut, Daiki. Qu'est-ce que tu fais ici ?
-Ça fait deux jours que tu n'es pas rentré. Je t'apporte des vêtements de rechange.
Il me remercie d'un signe de tête puis m'indique où les déposer. Je ne lui demande même pas s'il va bosser demain. C'est une évidence.
-Y'a du nouveau sur l'affaire ?
Mon père soupire et se laisse aller dans son fauteuil.
-Oui... Une nouvelle victime.
-Quoi ? Mais d'ordinaire, il y a presque un mois entre chaque meurtre.
-Je sais. Sans compter que cette fois-ci, la victime est une femme.
Il me tend une photo. La victime a environ quarante ans. Brune. Yeux noirs. La victime type du tueur, mais en femme.
-Et le mode opératoire ? C'est le même ?
-Étouffée puis égorgée.
-Classique... je murmure.
-N'en parle pas tant que la nouvelle n'est pas dans les journaux. Je ne devrais même pas t'en parler.
-Je sais...
Je ne sais pas si le fait que le tueur ait changé de victime type me rassure ou non. Mon père est-il finalement moins en danger ? Le tueur pourrait-il s'en prendre à lui ? Je reste sceptique. De toute façon, mon père a bien dû faire le rapprochement depuis le temps. Mais il est policier. Il sait faire face au danger.
Cela dit, les policiers ne sont pas à l'abri pour autant.
Je rentre à l'appartement.
On est samedi, alors j'ai clairement rien à faire de ma journée. Je devrais travailler, si j'étais un bon élève. Comme Akashi. Je note que je pense pas mal à lui depuis hier.
J'allume la console de jeux, vais chercher un plaid que je garde toute la journée sur mes épaules. À midi, je bouffe des nouilles instantanées. Satsu m'appelle en plein partie de Dead by Daylight. Je la rappelle cinq minutes après. Sa voix est fluette. Elle essais de parler de choses sans importances. Alors, je décide d'attaquer.
-Tu ne devais pas aller voir Tetsu dans le week-end ?
-Mais... non, qu'est-ce que tu racontes ?!
-Ah... c'est peut-être Tetsu qui m'a dit qu'il voulait te voir alors.
-Il... il a dit ça ?
-Je t'ai dit que je ne savais plus, banane ! Le meilleur moyen pour toi de savoir, c'est d'aller le voir.
J'attends deux secondes qu'elle enregistre mon mensonge. Je t'entends festoyer dans sa chambre puis reprendre son téléphone pour me remercier. Elle raccroche. Qu'est-ce qui faut pas faire pour les mettre en couple ces deux-là ! Tetsu me pardonnera peut-être ce mensonge... Je n'y crois pas trop. À tous les coups, il va me dire de me mêler de mes affaires.
Vers six heures du soir, j'entends la porte tourner dans la serrure de l'appartement. Je me tends. Je presse le bouton pause de la manette et tourne lentement la tête vers la porte. Mon père n'est pas censé rentrer. Qui d'autres pourrait avoir les clés ?
D'un pas le plus silencieux possible, je me faufile vers la cuisine chercher un couteau. À mi-chemin, la porte s'ouvre et ma respiration se bloque.
J'expulse l'air avec soulagement. C'est mon père. Il a un grand sourire aux lèvres.
-On fait la fête ce soir !
-Ah bon ?
Mon cœur bat encore la chamade.
-On a arrêté un suspect !
-C'est vrai ?
-Oui ! Le mari de la victime.
-Oh... ce n'est pas un peu évident ?
-Il n'a pas d'alibi, on a retrouvé le couteau et son ADN sur le chiffon qui était enfoncé dans la gorge de sa femme.
Mon père dépose une bouteille de champagne sur la table. Je l'ai rarement vu aussi heureux. Il va s'agenouiller devant l'autel de ma mère.
-Chérie, je l'ai fait. Tu vois, j'en suis capable. J'aimerai bien que tu sois là pour fêter cette victoire.
Il caresse la photo, puis essuie ses yeux et revient vers moi. J'ai déjà ouvert la bouteille et nous sert deux verres. On trinque à sa réussite. Je me sens aussi joyeux que lui. Mon père parle avec enthousiasme de tous les éléments qui l'ont conduit à arrêter le tueur. Des mois qu'il lui court après... Je vais enfin retrouver mon père. En espérant qu'une nouvelle affaire ne lui tombe pas sur les bras. Il va devenir le flic qui a arrêté l'Égorgeur de Tokyo.
Nous buvons sûrement un peu plus que de raison. Mon père ne m'autorise d'ordinaire à boire qu'à l'occasion des anniversaires et jamais dans l'excès. Ce soir, on termine la bouteille de champagne. Je vais me coucher à minuit passé, un peu trop joyeux à cause de l'alcool.
Le lendemain, je me réveille avec un léger mal de crâne. Je retrouve mon père dans la cuisine. Il met un cachet d'aspirine dans son café, puis me tend la boîte.
-Je n'aurai pas dû t'autoriser à boire hier soir.
-Tu préfère boire toute la bouteille seul ? Tu aurais roulé sous la table.
Mon père sourit. Il va faire griller du pain, puis cuire des œufs qu'il dépose dessus. Nous mangeons dans le silence. Cela fait combien de temps que nous n'avons pas passé un dimanche ensemble ? Je sens nos épaules plus légères.
-Tu as quelque chose de prévu aujourd'hui ? Me demande mon père.
-Non.
-Même pas un peu de travail sur tes cours ?
-Euh... si, bien sûr...
Mon père soupire.
-Je sais que je ne suis pas souvent là. Mais ne te relâche pas. Les études, c'est important.
-Tu sais, au collège, j'ai Akashi qui arrête pas de me mettre des coups de pied au cul pour que je travaille. Avant les examens de mi-semestre, il nous a emmené par la peau des fesses, Kise et moi, pour qu'on bosse à la bibliothèque.
-Et... tu as eu de bons résultats à ces examens ?
C'était il y a deux semaines. Je réalise que je n'ai même pas pu lui parler de ce genre de choses. C'est pourtant important. Quand mon père ne travaille pas autant, il regarde de près mes résultats scolaires.
-Je peux aller te chercher le relevé...
Je n'attends pas sa réponse et me lève pour aller fouiller mon sac. Quand je reviens, feuille à la main, assez fière de lui montrer mes progrès, son téléphone sonne et il décroche.
Je m'assois à table et mange un morceau de pain en écoutant sa conversation.
-Et il a parlé ?... D'accord... Il a parlé des précédents meurtres ?... Oui, je vois... Merde... Vous êtes sûr ? Vous l'avez interrogé plusieurs fois ?... Recommencez... Je sais, mais on doit être sûr. Si on s'est trompé, alors l'autre est toujours en liberté et... Oui, je sais... Putain... Ouais, c'est déjà une bonne nouvelle... OK. À tout de suite.
Une pierre tombe dans mon estomac. Je crois comprendre ce qui se passe. Mon père pousse un gros soupir. Il se rassois et finit en vitesse de manger. Je sais qu'après il va boire trois gorgées de son café et partir au commissariat. Je le sais. Il fait toujours ça...
-Qu'est-ce qui se passe ?
-Le type a craqué pendant qu'on l'interrogeait cette nuit. Il a avoué le meurtre de sa femme. Vu les preuves contre lui, il ne pouvait pas faire grand-chose. On a continué à le cuisiner en lui posant des questions sur les autres meurtres... On l'interrogeait sur des choses que tu tueur était censé savoir et qui n'avait pas été dévoilé dans la presse. Et il est incapable de répondre...
-Merde... vous vous êtes trompé de coupable...
-Non. Je penche plutôt pour un imitateur. Quoiqu'il en soit, il a tué sa femme et le vrai Égorgeur est toujours en liberté.
Il met sa tasse de café dans le lavabo.
-Navré, Daiki, mais je dois y retourner.
-Je comprend... c'est rien. À ce soir.
- À ce soir.
Il claque la porte de l'appartement. Je dépose mon relevé de note sur la table, en espérant qu'il le verra le jour où il rentrera. Merde, moi qui étais si content à l'idée de passer ma journée avec lui, comme avant. On aurait pu jouer aux jeux-vidéos ensemble. Ou même ne rien faire. Du moment qu'on était ensemble...
Je retourne dans ma chambre et me laisse tomber sur le lit. Après une dizaine de minutes à ruminer ma déception, je prends mon téléphone et envoie un message groupé à mes amis. Je leur propose d'aller au ciné tous ensemble dans l'après-midi.
Les réponses ne tardent pas trop. Kise répond le premier. Vu qu'il a toujours son téléphone vissé à ses mains, ce n'est pas étonnant. Puis vient la réponse de Satsu. Tous les deux sont d'accord. Midorima accepte, à ma grande surprise. Murasakibara vient pour manger du pop-corn, bien évidement. Akashi et Kuroko me réponde en fin de journée.
On se retrouve tous devant le cinéma le plus proche de Teiko. Tetsu semble tout de suite capter que j'ai pas trop le moral. Mais c'était déjà le cas vendredi, pas pour les mêmes raisons cela dit.
Choisir le film requiert un débat d'une demie-heure. Satsu propose d'aller voir l'adaptation d'un livre qu'elle a lu récemment. Midorima veut un film d'intello, Murasakibara un dessin-animé, Kise aussi. Akashi s'en fou royalement, tout comme Kuroko. Finalement, c'est surtout un dilemme entre Midorima et moi. Puis, on finit par se mettre d'accord sur le film de Satsu. Film d'ados vaguement blockbuster. Ça fera l'affaire.
Murasakibara va acheter un paquet de bonbon et un cornet XXL de pop-corn. Je me contente d'un petit format, l'appétit coupé. J'espère que le film va me détendre. Satsu s'installe en bout de rangée avec Kuroko. Midorima à côté, puis Kise, Murasakibara, moi et en dernier Akashi. Je place mes pop-corn entre Akashi et moi pour être sûr que Murasakibara ne piochera pas dedans. Akashi me regarde et approche tout doucement sa main avec un sourire narquois. Il me vole un pop-corn.
-Sournois, je chuchote.
Il hausse les épaules avec un sourire.
J'entends Kise papoter avec Satsu en attendant le début du film. La pipelette va faire chier tout le public. Le film commence, la salle plonge dans le noir. Murasakibara et ses bruits de bouffe me saoul et le film ne n'absorbe pas assez pour que j'arrive à les oublier. Je ne suis pas concentré. Exactement l'inverse de ce que je voulais. Akashi gigote sur son siège alors je divine qu'il n'a pas non plus réussit à entrer dans l'histoire.
Je dévore mes pop-corn pour me changer les idées. De temps en temps, j'oriente le gobelet vers Akashi pour qu'il en pique un ou deux.
Vers la fin du film, je manque de m'endormir. Puis arrive la scène ou (attention spoil...) la mère de l'héroïne se fait tuer. À ce moment, je détourne les yeux. Un vieux souvenir me traverse l'esprit et mes muscles se contractent par réflexe. Akashi a les yeux dans le vide. Cette scène doit le mettre beaucoup plus mal à l'aise que moi.
Je me lève et sans lui demander son avis, agrippe son bras pour l'emmener hors de la salle. De toute façon, tous les deux, on se fiche de la fin. Je lâche Akashi. Je m'attendais honnêtement à ce qu'il proteste. Il n'aime pas qu'on le brusque.
-Satsu m'a spoilé la fin, je lui dis alors qu'on sort du cinéma.
Il ne me répond pas. L'air frais arrive sur notre visage et nous fait du bien. Je respire profondément.
-Ne refais plus ça, Aomine.
-Ça quoi ?
-Me forcer à quitter la salle. Je sais ce que tu as pensé. Mais ça allait, dit-il d'une voix plutôt douce.
Je me gratte la nuque. Le visage d'Akashi se détend et il me sourit avant de s'asseoir sur les marches du cinéma. Je fais de même.
-Dis, Akashi, tu serai libre demain pour qu'on bosse à la bibliothèque ?
-Tu as enfin décidé de prendre tes études au sérieux ?
-J'ai trois gros contrôles qui approchent et... quand mon père en aura fini avec cette affaire, je veux qu'il voie que j'ai bien travaillé.
Akashi garde le silence quelques petites secondes.
-D'accord... Je ne t'imaginais pas ainsi, Aomine.
-Pff, de quoi tu parles ?
-Tu n'es pas si égoïste. C'est tout.
-Oh ça va... Pas la peine de le crier sur tous les toits.
-Ce n'était pas mon intention. Tu agis clairement de façon à ce que personne ne se rende compte que tu es sensible. Même Momoi d'ailleurs et cela m'étonne.
-Satsu me colle aux basques depuis que je suis gamin. Elle connaît tous mes vices.
-Mais pas toutes tes faces cachées.
Je me lève et descend quelques marches, coupant court à la conversation. C'est mon droit de ne pas me montrer. Pour ma défense, je n'étais pas ainsi avant. Cet accident a remué beaucoup de choses en moi et m'a forcé à me montrer plus sensible et à prêter attention à mon père. Sinon, il allait s'effondrer et j'allais tomber avec lui. Je n'ai pas eu le choix que de d'ouvrir une brèche dans ma carapace. Et actuellement, Akashi est en train d'enfoncer un couteau dans cette brèche pour l'élargir, passer sa tête et me voir tel que je suis.
Il gardera le secret. Je le sais. Mais dois-je pour autant le laisser faire ? Une part de moi a envie que quelqu'un me connaisse. Une autre souhaite rester cachée à jamais. Après tout, faire mon insensible ne m'a jamais posé de problème avant.
Les autres sortent du cinéma. Satsu et Kise échangent sur le film. Midorima remonte ses lunettes. Je le soupçonne d'avoir bien aimé. Kuroko reste imperturbable.
-Mine-chin, Aka-chin... vous êtes sortis avant.
-Je suis allé pisser, dis-je. Et après c'était plus la peine de retourner dans la salle.
Murasakibara acquiesce. Après la séance, on va tous acheter une glace. Puis, comme la soirée traîne en longueur, on décide d'aller manger au Maji-Burger.
Une nouvelle semaine qui commence. Je reprends mes habitudes et me lève dix minutes avant de partir pour le collège. Satsu me bombarde de message pour être sûre que je me lève. Tiens, en parlant de ça, je ne lui ai pas demandé ce qui s'était passé samedi avec Tetsu. Et lui non plus ne m'a rien dit. Aurait-elle eu le trac de toquer chez lui ? Il va falloir que je lui donne des leçons de drague. Et que ces deux-là prennent un peu la confiance. Tetsu est tellement sûr qu'il ne plaira jamais aux filles qu'il ne prête pas attention aux signaux évident de Satsu.
À midi, on mange tous ensemble. Dans la file d'attente de la cantine, je me penche vers Satsu.
-Alors, samedi... Il s'est passé quoi ?
Elle rougit.
-Imbécile ! Me dit-elle en se retournant. Tetsu-kun n'avait pas prévu de me voir ! Je me suis planté comme une idiote devant chez lui. Il n'était pas là ! Il était à l'autre bout de la ville, chez sa tante. C'est sa grand-mère qui m'a ouvert la porte. J'ai bu du thé tout l'après-midi.
-Tu l'a raconté à Tetsu ?
-Bien sûr que non ! Et toi, tu m'as menti, Dai-chan.
-Oh ça va, y'a pas mort d'homme !
Elle me donne un coup de coude, puis se retourne, comme pour bouder.
Dans l'après-midi, quand j'ai enfin une heure de libre, je vais à la bibliothèque. Akashi m'y attend. Il a sorti plusieurs manuels de révision. On s'installe un peu à l'écart, près des fenêtres, entre deux rangées de livres. Akashi commence par regarder mes précédents contrôles pour déceler mes failles.
S'il y a bien une chose qu'on peut reconnaître à Akashi, c'est qu'il est pédagogue. Pour une fois, il ne se plaint pas de mes notes et de mon manque de travail. Il sait que pour moi, ces contrôles à venir sont importants.
Il me fait refaire des contrôles qu'il a eu avec ses profs. Pendant que je bosse, il bouquine et fouille les livres qui nous entoure. Puis, quand j'estime avoir terminé, il revient vers moi et examine mes réponses. Il corrige avec moi et m'explique. C'est la première fois que je n'ai pas l'impression d'être mauvais.
Cela dit, Akashi ne me laisse pas une pause. Au bout d'une heure et demie à me pencher sur des exos, j'ai le cerveau en bouillie.
-On peut pas arrêter ?
Akashi fronce les sourcils.
-Je croyais que tu voulais de donnes notes. Avec le retard que tu as sur le programme, il faut que tu travailles plus que ça.
-Tu m'a déjà fait réviser pour les exams de mi-semestre. J'ai pas tant de retard, non ?
-Entre ces examens et maintenant, tu n'as pas travaillé. Tu n'as rien assimilé des cours de ce mois-ci. Je sais qu'il y a eu quelques jours compliqués mais...
-Oh c'est bon ! On va pas en reparler ! Évidement que ça m'a perturbé une journée ou deux. Mais tu sais, je ne me résume pas à ça.
Il garde le silence un moment et m'observe.
-Je n'ai pas dit ça.
-Ta pitié, je n'en veux surtout pas.
-Je n'ai certainement pas pitié de toi.
Il commence à ranger ses affaires.
-Enfin, si tu ne veux plus travailler, c'est toi qui ça regarde. Je ne vais pas perdre mon temps ici pour quelqu'un qui ne veut pas progresser.
-Attends, Akashi...
J'attrape son bras pendant qu'il se lève et tire pour le forcer à se rasseoir.
-Lâches-moi, Aomine.
-Je ne m'excuserai certainement pas. Ni te supplierai de me donner des cours.
-Je sais.
Je plonge dans ses yeux rouges aux pupilles de chaton. Il plisse légèrement ses yeux en me dévisageant.
-Alors ? Que veux-tu ? Me demande-t-il d'une voix douce.
Cela me prend d'un coup. Je tire un peu plus sur le bras d'Akashi pour le rapprocher de moi.
-Reste.
Et il reste. Il ressort ses affaires en soupirant, comme si, pour une fois, ça le faisait chier. Mais son sourire ne me trompe pas. Il est satisfait. Il reprend où on en était et je ne me plains pas quand il m'assomme d'exercices.
Plus les semaines passent, plus la relation avec Akashi devient bizarre et je fini par me focaliser uniquement dessus. On se retrouve souvent à la bibliothèque. Je le regarde beaucoup. Il est toujours calme, tranquille. Il me parle de temps en temps comme si j'étais un demeuré mais il exagère le trait et je sais qu'il le fait pour plaisanter.
Enfin, je lui pardonne. Grâce à lui, j'ai eu des notes convenables à mes contrôles. Mais bien évidement, je n'ai eu personne d'autres qu'Akashi à qui les montrer. Mon père semble passer sa vie au commissariat. Tous les deux jours, je lui apporte des vêtements propres et remporte les autres. Je fais les lessives, je mange seul. Ça devient pesant. Alors de plus en plus, j'essaie d'aller dormir chez Satsu. Elle accepte toujours.
On discute des heures dans sa chambre, en pyjama, comme quand on était petit. Ça fait du bien de replonger en enfance de temps en temps.
-J'ai proposé à Tetsu d'aller déjeuner avec moi demain...
-Et ? Je demande depuis le matelas posé sur le sol de sa chambre.
Je souris en la voyant rougir comme une pivoine.
-Il a accepté.
-C'est cool.
-Oui... comment je dois m'habiller ?
-Ça dépend. Tu comptes enfin lui faire ta déclaration ? Dans ce cas-là il va falloir sortir ta culotte porte bonheur et ton porte jarretelle.
-Dai-chan ! Me réprime-t-elle en souriant.
-Bah quoi ?
-Je ne sais pas si je vais le faire. Cela fait si longtemps que je passe du temps avec lui, que je fais tout pour qu'il comprenne... je finis par me dire qu'il ne veut tout simplement pas comprendre. Il est tellement observateur, je sais qu'il l'a remarqué mais il ne fait aucun pas vers moi. Alors, si je vais jusqu'au bout, si je lui dis... je vais peut-être me faire jeter.
-Mais non ! Tetsu se croit simplement incapable de plaire aux femmes ! Il n'a pas confiance en son potentiel.
-Tout l'inverse de toi, me taquine-t-elle.
-C'est clair...
Pourtant, maintenant que j'y pense, ça fait un bail que j'ai pas fait un petit rêve érotique ou consulté un magazine de Mai-chan. De quoi je rêve alors ces derniers temps ? Il est vrai que toutes ces histoires me font plutôt faire des cauchemars. En fait, le seul rêve que j'ai fait récemment, c'était moi et Akashi à la bibliothèque.
-Dis, Satsu... ça fait quoi...
-Hum ?
Elle me regarde, curieuse. Je renonce. Il y a des questions qu'il ne faut pas poser. Et puis, je ne suis sûr de rien. Ce serait bizarre quand même... mais tout est zarbi ces derniers temps de toute manière.
Je retourne chez moi le lendemain, laissant Satsu rejoindre Tetsu. Je lui envoie plein de messages pour la faire chier pendant son rencard. De toute façon, je sais qu'elle ne dira jamais à Tetsu ce qu'elle pense de lui, ce qu'elle ressent. Elle préférera attendre qu'il se décide à la regarde comme autre chose qu'une amie. Il faudra peut-être que je secoue Tetsu un jour pour qu'il cesse de l'ignorer. Elle sourit quand elle en parle. Mais en réalité, elle en souffre.
-Tu n'es pas concentré, Aomine.
Je sursaute. Cela fait bien cinq minutes que je dévisage cet exercice. Akashi soupire et referme son bouquin.
-On arrête pour aujourd'hui. Ça ne sert à rien de se forcer.
Il reprend ses fiches et les range dans son sac. Puis, il se tourne vers moi. Nos genoux se frôlent un instant. Je réalise que cela me fait frémir. Je pense trop à Akashi ces derniers temps. Et hier soir, j'ai imaginé ce que je n'aurai jamais cru imaginer. Dans cette bibliothèque, j'ai rêvé qu'on s'embrassait.
Ça paraît débile, absurde. Moi, embrasser Akashi. Il est un ami. Mais lui et moi, on ne s'entend pas sur grand-chose. Notre façon de voir la vie est différente. Sauf qu'en profondeur, on a une terrible blessure en commun et personne pour la combler. Son père n'a jamais été présent dans sa vie et le mien s'est considérablement éloigné. Peut-être que provisoirement, on a besoin de quelqu'un pour nous comprendre. Et peut-être que ce besoin, je suis en train de le transformer.
Alors, pendant que je le regarde, je me demande ce que cela remuerait en moi de l'embrasser.
-Tu as besoin de parler, Aomine ?
-Il n'y a rien à dire.
-Je ne pense pas. Ça fait un moment que tu n'es plus toi-même. C'est quand la dernière fois que tu as botté les fesses de Kise ?
Je souris.
-Au moins un mois, dis-je.
-D'habitude ça arrivait deux fois par semaine. Il m'a confié qu'il s'inquiétait, tu sais. Kuroko aussi d'ailleurs.
-Lui, il remarque tout de toute manière...
-Moi aussi. Alors, que se passe-t-il ?
Je soupire et le regarde. Le soleil couchant illumine son visage pâle et fait flamboyer ses yeux. Sa main tient la table, l'autre est posée sur sa cuisse.
-Ça fait deux semaines que mon père n'est pas revenu à la maison. Tu sais, il bosse sur l'Égorgeur. Et ça me saoule. Parfois j'ai envie de le frapper et de lui rappeler qu'il a un fils. Et qu'il n'a même plus qu'un fils.
-Il n'y a pas que ça.
-Bah... les meurtres se produisent environ tous les mois. Et ça fait justement un mois depuis le dernier meurtre officiel.
-Officiel ?
-Il y a eu un copieur qui a été arrêté entre temps. Il a tué sa femme et voulu la faire rentrer dans la masse de victime de l'Égorgeur pour échapper aux représailles.
-Je vois. Et donc, tu es stressé parce que tu sais qu'il va bientôt y avoir un meurtre et donc que ton père va être encore plus absent.
-Ouais...
-Il n'y a pas que ça, n'est-ce pas ? Me demande-t-il presque avec un ton amusé.
Il parvint avec une facilité aberrante à me faire avouer tout ce que je pense. Il ferait un bon enquêteur, je pense soudain.
-Mon père a la tronche des victimes de l'Égorgeur. Voilà le problème. Et il est sur sa piste.
-Je comprend mieux alors.
Je détourne le regard.
-Tu m'a mis à nu, putain...
-Tu as encore tous tes vêtements, Aomine. N'exagère rien.
Je crois n'avoir jamais entendu Akashi faire une blague. Je ne peux pas m'empêcher de rire. Pourtant, sa blague n'est franchement pas extraordinaire. Seulement... c'était inattendu. Il pencha la tête sur le côté, interrogateur.
-C'était drôle ?
J'éclate de rire. Des élèves me demande de la fermer. Je suis secoué par le rire, une main sur la bouche. Akashi me regarde en souriant mais je vois dans ses yeux qu'il est intrigué.
-Akashi qui fait une vanne... et ben, je peux mourir heureux maintenant. J'aurai tout vu !
-Ce serait triste de mourir maintenant, dit-il sérieusement.
-Toi et le second degré... je soupire. Mais bon, t'as raison. En plus, j'ai pas tout vécu. Il y a un truc que j'aimerai bien essayer avant de crever.
-C'est quoi ?
Putain... mais pourquoi j'ai ouvert ma gueule ? Akashi me dévisage. Je ne peux plus reculer. Je me suis moi-même acculé contre un mur. L'ambiance est si douce, si calme, bercée par ce soleil. Je ne risque rien à essayer.
Je me penche vers lui. Il ne recule pas. Mes lèvres se posent sur les siennes. Il a les lèvres gelées. Il ne me repousse pas et ça, c'était vraiment inattendu.
Oh, putain. J'embrasse Akashi. Combien de fille dans ce collège pourrait m'envier ? Au moins la moitié craque pour Akashi et l'autre sur Kise. Moi, je récupère deux ou trois pourcents. Mais là, c'est moi qui suis penché sur Akashi. C'est moi qui effleure ses lèvres.
Je passe une main dans sa nuque pour approfondir notre baiser. L'autre, je la pose tout doucement sur sa cuisse.
Là, il se crispe, s'éloigne, prend son sac et me file entre les doigts. Je n'ai pas eu le temps de voir son visage.
J'ai dû aller un peu trop loin. Merde. Putain de merde.
Je reste un moment, un peu sonné par ce qui vient de se passer. J'ai embrassé Akashi. J'ai touché sa joue. J'ai touché sa cuisse et il s'est barré. Je range mes affaires, complètement perturbé par mon comportement.
Par la fenêtre, je vois Tetsu qui attend devant le portail. Je décide de le rejoindre pour qu'on rentre ensemble.
-Salut, Aomine-kun.
-Salut, Tetsu.
-Tout va bien ?
-Bien sûr.
On commence à marcher.
-Alors, ce rencard avec Satsu ?
Il me regarde en coin. Indéchiffrable. Putain, que j'aimerai avoir le don de Tetsu.
-C'était un rencard ? Me demande-t-il.
-Me dit pas que tu n'avais pas remarqué, je ne te croirai pas. Satsu te tourne autour depuis si longtemps... ça se voit qu'elle te kiffe.
Il ne répond pas.
-Tu n'aimes pas Satsu ?
-Ce n'est pas ça. Simplement... S'il y a quelque chose entre Momoi-san et moi et que par la suite, on se dispute, on se sépare... ça aura un impact sur notre groupe d'amis, non ? Et puis, Aomine-kun pourrait m'en vouloir.
Ça, je ne l'avais pas vu venir. En fait, c'est censé comme raisonnement. Je regrette de ne pas l'avoir compris.
-Tu devrais lui expliquer. Elle comprendrait et ce serait moins douloureux pour elle.
Il semble songeur. Peut-être parce qu'il est un peu gêné (impossible de savoir avec Tetsu), il décide d'attaquer.
-Tu passes beaucoup de temps avec Akashi-kun en ce moment.
-Euh... ouais... et alors ?
Je détourne le regard. Tetsu soupire à côté de moi.
-Rien, Aomine-kun. Akashi-kun est heureux en ce moment, c'est tout.
On approche du carrefour où nos chemins se séparent. Qu'a voulu dire Tetsu ? Est-ce qu'il y a vraiment un lien entre Akashi et moi ? Sa bonne humeur... est-ce à moi qu'il la doit ?
Je monte les marches pour reprendre chez moi. Je manque de me casser la gueule. J'insère mes clés dans la serrure et réalise alors que la porte n'est pas verrouillée. Instinctivement, je me tends. Je garde mes clés serrées dans ma main et ouvre la porte. Des clés, ça peut faire une bonne arme.
Mais c'est mon père que je trouve sur le canapé. L'appartement sent la cigarette. Je vais ouvrir les fenêtres. Il y a une bouteille d'alcool ouverte sur la table. Ok..
-Salut. Ça fait un bail que tu n'es pas rentré.
Il y a une seconde de silence. Une lourde seconde. Visqueuse et amère.
-Daiki...
Mon père lève la tête vers moi.
-Ouais... Ils m'ont dit de prendre du repos. Les cons... vu la période, un meurtre peut se produire à tout moment... Je devrais être là-bas.
-Moi je pense qu'ils ont pris la bonne décision. Ça fait longtemps que tu n'es plus lucide sur cette affaire.
Il soupire.
-Sûrement... Bon, je m'occupe du repas ce soir, Daiki. Va réviser.
-Réviser ? Depuis quand tu te préoccuper de ça ?
Il me regarde, surpris.
-Et bien, la dernière fois... On parlait de tes études et tu...
-Bah c'était il y a un mois. Les choses ont changé.
-Ah... je vois... tu m'en veux de m'être absenté aussi longtemps ?
-Évidement !
Je claque la porte de ma chambre. J'aurai voulu que ce retour à la maison se passe mieux. Et merde. J'ai tout gâché.
Je prends le temps de me calmer. Cette journée a été forte en rebondissements. Après avoir repris plusieurs fois ma respiration, je décide de sortir de ma chambre. Je vais dans la cuisine et vais sans un mot aider mon père. Nous ne nous parlons pas. De toute façon, on sait.
Durant la nuit, j'entends du bruit dans l'appartement. Aussitôt, je saute de mon lit, le cœur battant à cent à l'heure. L'Égorgeur est là ? Je prends ma lampe, seule arme que j'ai à portée de main. Je regarde par le trou de ma serrure mais ne vois rien.
Le cœur battant la chamade, j'ouvre d'un coup ma porte.
Mon père me regarde avec de grands yeux. Surpris.
-Daiki ? Tu ne dors pas ? Pourquoi tu tiens ta lampe comme ça ?
Je soupire. Deux fois en vingt-quatre heure je me suis fait avoir.
-J'ai cru...
Mon père me sourit.
-Je dois y aller, finit-il par dire.
Il a des cernes de trois kilomètres sous les yeux. Je devine sans mal ce qui s'est passé. Un nouveau meurtre.
-Dans quel quartier cette fois-ci ?
-Pas loin d'ici. Un homme de cinquante ans.
-Brun ?
-Oui. Mais les circonstances sont différentes cette fois d'après ce qu'on m'a dit.
Je m'assois à une chaise de la cuisine. Mon père s'impatiente. L'eau de son café ne chauffe pas assez vite. Je sais qu'il hésite à s'en passer. Mais si ce n'est pas un café, ce sera une cigarette.
-Les voisins ont entendu des cris. Ils ont appelé la police. Quand celle-ci est arrivé, le type était en train d'agoniser sur le sol. Sa gorge venait tout juste d'être tranchée. Le tueur a pris la fuite par la porte arrière de la maison. Et il y a une emprunte de main pleine de sang sur un mur.
-Vous avez une emprunte...
-Oui. C'est la première. Mais tu vois, je pense que ça ne nous mènera nul part. Cela dit... le tueur a fui une petite minute avant notre arrivé. Et il nous a quand même échappé...
-Vous avez retourné tout le quartier ?
-Bien sûr. On a fouillé le labyrinthe de ruelle qu'il y a derrière la maison de la victime. Aucune trace du tueur. Il s'est volatilisé... parfois je me dis que je cours après un esprit. Mais je sens qu'il panique... il sent que je suis sur sa piste... il doit sentir mon haleine dans sa nuque...
-Tu as des suspects ?
-J'ai une liste. Mais aucune preuve. Absolument rien.
J'acquiesce.
-L'emprunte donnera peut-être quelque chose.
-Peut-être...
L'eau bout. Mon père se sert son café. Il va boire trois gorgées et partir. Il me reste moins de cinq minutes avec lui. Alors je dis enfin ce que je rêve de dire depuis des mois.
-Tu devrais demander à changer d'enquête.
-Pardon ?
-Tu as la tête dans le guidon. Jamais tu ne lâcheras. Et puis, tu te mets en danger.
-Daiki. J'ai une arme. Si ce fils de pute veut s'en prendre à moi, je l'attends. Et je le butterai alors.
-Papa... Je suis sérieux. J'en ai marre que tu bosses comme un taré sur une affaire que tu ne résoudras peut-être jamais.
Il pose brutalement sa tasse de café.
-Je la résoudrai.
-Sois réaliste... ça fait des mois que tu lui cours après. Et chaque mois, il te nargue en tuant quelqu'un. C'est bon... laisse la place à un œil nouveau.
-Tu ne me crois pas capable d'y arriver ?
-Ce n'est pas ça. Tu as bien compris ce que je veux te dire. Tu es en train de ruiner ta santé et moi... je... je n'ai pas envie de perdre un second parent.
Putain. Je l'ai dit. Je me sens soulagé. Mon père me dévisage. Je sens qu'il a compris. Il renonce au combat. Il met sa tasse de café dans l'évier.
-Je comprend, Daiki. Mais cette affaire est importante pour moi. Il y a quatre ans, j'étais sur une grosse affaire. Tu la connais déjà d'ailleurs. La mère d'Akashi. J'enquêtais sur sa mort. Cette affaire me bouffait. Ta mère voulait que j'arrête. J'étais buté, j'ai refusé. Finalement, mon corps a lâché sous la fatigue et on m'a destitué de l'affaire. On m'a mis quelques mois dans un service plus calme. Et une semaine après mon renvoie, un tout jeune enquêteur a repris l'affaire et a arrêté le meurtrier. Ce dossier, Daiki, pour moi, c'est une revanche. Il faut que j'y arrive. J'ai des choses à prouver. Ta mère n'est plus là. Mais je veux la rendre fière.
-Ta revanche, papa, j'en ai rien à foutre.
Je me lève.
-Je retourne me coucher.
Je ne suis pas le seul à être dans la lune le lendemain. À midi, c'est comme si Akashi était éteint. La discussion avec mon père m'a fait comprendre pourquoi. Le meurtre de sa mère, c'était il y a exactement quatre ans. Il y a quatre ans, son cauchemar commençait. Et je suis l'un des rares à savoir qu'il ne s'en est pas remis.
Tetsu ne fait que dévisager Akashi. C'est tellement rare de voir notre capitaine ainsi. En temps normal, je l'aurai vanné à ce sujet. Mais je le laisse tranquille. Il y a un mois, c'était moi qui étais dans cet état.
Après l'entraînement de basket, je demande à Akashi s'il aimerait pas qu'on aille manger une glace tous les deux. Il se mordille la lèvre, hésite. Ce geste me donne soudainement très, très envie de l'embrasser...
-Je ne sais pas si c'est une bonne idée...
Notre baiser d'hier semble l'avoir perturbé. Je comprends. Mais ça me saoule. J'ouvre la bouche quand Kise fait irruption dans le vestiaire.
-Hey ! Et si on allait manger une glace tous ensemble !
Akashi lui sourit.
-Bien sûr, répond-t-il.
Bon, OK, message reçu... Je décide de me rabattre sur Tetsu vu qu'Akashi ne veut pas me parler. Je lui demande s'il a discuté avec Satsu. Et comme je m'y attendais, il n'a rien dit. Leur relation platonique commence à me gaver. J'aimerai bien les secouer comme des cocotiers de temps en temps. Ça leur ferait du bien.
-Tu sais, je vais finir par le faire à ta place.
-Tu ne devrais pas t'en mêler, Aomine-kun.
Tetsu vient-il de me clasher ? On va de surprise en surprise aujourd'hui.
-T'es pas cool, Tetsu...
Il sourit et mord dans sa glace. Je regarde Kise qui discute gaiement avec Murasakibara. Ils viennent de découvrir un nouveau parfum de glace et cela lance tout un débat. Akashi lèche une glace à la fraise. Midorima lui parle et fait semblant de ne pas apprécier ce moment. Ce tsundere alors...
Je ne lâche pas Akashi des yeux. Je n'avais jamais noté que ses gestes étaient sensuels.
-...-ne-kun.
De l'eau perle sur la glace. Sa langue rouge parcoure toute la longueur de la glace.
-...mine-kun.
Il finit par remarquer que je le regarde. Ses yeux se plantent dans les miens. Il détourne le regard et au lieu de lécher sa glace, il mord dedans.
-Aomine-kun.
Je réalise que Tetsu me parle.
-Ouais ?
-Tu regarde Akashi-kun.
-Pas du tout. Je dévisage ce constipé de Midorima.
Tetsu sait que je mens. Mais il ne dit rien.
Une dizaine de minutes plus tard, je quitte le groupe pour rentrer chez moi.
Aujourd'hui, je vais parler à Akashi. Il faut que je mette les choses au point avec lui. J'ai pris ma résolution ce matin. Je sais qu'il est encore patraque aujourd'hui. Ses yeux restent évasifs. Il est replié au fond de lui-même. Il doit avoir des images qui tournent en boucle dans sa tête. Avoir sa mère tuée, c'est pas la même que de la perdre dans une accident de voiture.
Le soir, je sais qu'il va jouer au shogi dans la salle de cours du dernier étage. Dès que mes cours se terminent, je grimpe les marches. J'ouvre la porte de la salle et trouve Akashi, assit sur une chaise, un genou replié contre lui.
Il semble sursauter quand j'entre. Il se tourne lentement vers moi.
-Il faut qu'on en parle.
Je le vois se tendre.
-De quoi ?
-Fais pas l'imbécile.
-Je ne vois pas de quoi tu parles.
Je referme la porte et avance vers lui. Il me regarde, le regard sévère.
-Tu m'évites.
-En effet.
-Parce qu'on s'est embrassé.
-Tu n'es pas le centre du monde, tu sais. J'ai... d'autres problèmes.
Je me détends. Je sais que je suis incapable de lui en vouloir. Je sais dans quel état j'étais, quelles pensées j'avais, un mois auparavant.
-Ta mère, c'est ça ?
Il baisse les yeux et ne répond pas. Je soupire.
-Tout ce qui se passe en ce moment... ça doit te remuer.
Il fronce les sourcils et me dévisage. Il n'aime pas du tout que j'insinue qu'il est affaibli.
-Je veux dire... Ta mère a été égorgée elle aussi, non ? Tu ne t'es jamais dit... que l'Égorgeur, ça pouvait être lui ?
Akashi écarquille les yeux et se lève si brutalement qu'il fait tomber sa chaise. Je fais par réflexe un pas en arrière.
-Est-ce que tu te rends compte de ce que tu dis ? Gronde-t-il. Il a été pendu ! On me l'a dit, je l'ai lu. Il a été pendu. Ça ne peut pas être lui.
-La police aurait pu faire une erreur.
Après tout, ce n'était plus mon père sur l'enquête. Le petit jeune arrivé pour le remplacer aurait pu faire une erreur. Il ne connaissait pas le dossier sur le bout des doigts, comme mon père. Il était jeune. Il avait envie de faire ses preuves en résolvant le meurtre d'Akashi Shiori.
-Tu te rend compte... de ce que ça voudrait dire ? Pour moi ?
Sa voix se brise sur le dernier mot. Akashi me bouscule et sort de la salle en courant. Je ne cherche pas à le rattraper. Moi qui voulais renouer avec lui... quelle bourde.
Je renverse le plateau de shogi. Putain. Putain. Putain !
Akashi n'est pas en cours le lendemain. Et là, c'est moi qui suis patraque. Je lui ai envoyé un message -ce qui est rare- pour m'excuser -encore plus rare. Évidemment, il ne m'a pas répondu.
À la fin du repas de midi, Tetsu m'attrapa par la manche.
-Aomine-kun ? Tu sais quelque chose sur Akashi-kun ?
Je me renfrogne.
-Et pourquoi je saurai quelque chose ?
-Vous avez passé beaucoup de temps ensemble ces derniers temps. Et mercredi, tu n'arrêtais pas de la regarder quand on est allé manger une glace.
-Et alors ?
-Aomine-kun fait exprès de ne pas comprendre.
Putain, Tetsu... Toi, tu fais exprès de ne pas comprendre que j'ai pas envie d'en parler. Je soupire et me gratte la nuque. J'ai envie d'imploser. Je crois que je vais me défouler comme jamais au club cet aprem.
-Écoutes, Tetsu, j'ai pas envie d'en parler.
-Donc il s'est passé quelque chose.
-Ouais... il est possible que j'ai pas été très agréable avec lui... C'est tout.
-Il faudra que tu t'excuses quand il reviendra.
J'avais déjà prévu de le faire. Après ça, Tetsu me fou la paix. Heureusement.
L'entraînement de basket est avancé au début d'après-midi. C'est rare. Mais c'est cool, ça nous permet de finir plus tôt. J'ai beaucoup d'énergie à revendre aujourd'hui. Je défonce tout le monde en un contre un. J'arrive même à passer Murasakibara et à arrêter un lancer de Midorima. Putain, j'ai la patate ! Et puis, me défouler comme ça me fait oublier toutes les merdes qui m'arrive en ce moment. L'appartement sera vide quand je rentrerai ce soir. Je serai dans le silence. Alors, là, je profite du bruit du ballon qui rebondit.
À la fin de l'entraînement, je fais un petit un contre un avec Kise. Ça faisant longtemps. Je n'avais pas remarqué à quel point il s'était amélioré ces derniers temps. On a tous prit du galon cela dit. Enfin, sauf Tetsu, hein... Mais bon, on s'en fout parce qu'il joue dans une autre catégorie.
On rentre dans les vestiaires en dernier avec Kise. Le coach nous a laissé les clés pour qu'on ferme. Kise se change en vitesse. Il a rendez-vous avec sa copine et est à la bourre. Il claque la porte du vestiaire. Le silence arrive plus vite que prévu. Je suis de nouveau seul.
La porte s'ouvre.
-Tu as oublié quelque chose Kise ?
Je me tourne vers la porte. Ce n'est pas Kise.
-Akashi...
Je ne peux pas m'empêcher de sourire.
-Tu es en retard, le cours a été avancé.
-Je n'ai pas dû recevoir le mail, dit-il calmement.
Je ne fais pas de réflexion sur le fait qu'il a manqué les cours ce matin. En tout cas, je note qu'il ne m'évite pas cette fois. Il s'avance vers moi. Il retire sa cravate, puis sa veste.
-Euh... je sais pas si...
Il me regarde droit dans les yeux et défais les boutons de sa chemise. Je suis torse nu avec mon bas de sport. Je déglutis en le voyant dévoiler ses épaules. Il garde les yeux plantés dans les miens. Il me fait un strip-tease ou quoi ? Putain... je ne l'ai jamais vu si sexy. Je déglutis mais je parviens pas à détourner les yeux.
-Akashi, qu'est-ce que tu fous ?
Il choppe mon bas de sport et tire vers lui. Nos hanches se rapprochent. Oh merde... c'est quand même pas ce que je penses ?
-Viens plus près... murmure-t-il.
Non mais sérieux ? Alors qu'il m'a repoussé tous les autres jours. Mais Akashi, qu'est-ce qui te prend ? Je ne suis pas contre, mais t'es zarbi.
On s'embrasse. Je presse son corps contre le mien. J'ai renoncé à comprendre. Je suppose qu'on en a juste besoin. Après tout, mes parents m'ont toujours raconté qu'ils étaient sûr de m'avoir conçu à l'enterrement de la tante de maman. Ils n'avaient jamais eu autant de pulsions que ce jour-là. Loin d'être rebuté par cette histoire, je la trouvais jolie. Faire l'amour à un enterrement. Créer la vie à un enterrement.
Akashi et moi avons mal. Notre cœur est vide. Nous avons besoin de ça. De faire l'amour. Il est mon partenaire idéal pour ça. Je le sais.
Je retire son pantalon, le lèche son cou, comme lui léchait sa glace l'autre jour. Nous gémissons. Akashi pose ses mains sur mes épaules et me force à m'asseoir sur le banc du vestiaire. Il se met sur mes cuisses nues. Il m'embrasse, encore et encore. Son corps remue contre le mien. Nos torses ne font que se frotter l'un contre l'autre.
Mes mains se baladent sur son corps. Je pianote sur lui. Mes cercles se rapprochent de ses fesses. Il me mord la langue quand un de mes doigts se glisse en lui.
Akashi passe ses bras autour de mon cou. Il reste contre moi. Sa tête est contre la mienne. Je peux embrasser son épaule. Et lui, je l'entends gémir au creux de mon oreille. Je sens son souffle rapide, chaud. Il s'empale sur moi quand je retire mes doigts.
Pendant un instant, nous avons le souffle coupé. Puis, il se met à faire onduler son corps. Son torse contre le mien. Moi en lui. Je bouge mes hanches moi aussi. Je garde mes mains sur ses flancs. Sa tête part en arrière, me laissant admirer son cou blanc. Il gémit, soupire. Ses yeux sont fermés. Je le vois froncer les sourcils. Puis, son expression devient celle du plaisir. Ses sourcils se haussent, sa bouche s'agrandit. Il est si beau. Je reste concentré sur son visage. Je l'attire contre moi. Il saisit ma nuque et m'embrasse.
Je ne veux pas jouir. Je veux que ça dure. Mais mon endurance est encore limitée. Nous jouissons tous les deux. Akashi reprend son souffle contre mon épaule. Nous n'échangeons pas un mot et restons ainsi jusqu'à ce que nos corps se soient refroidis.
Akashi quitte mes cuisses moites. Il part quelques minutes dans les douches et revient le corps perlant d'eau. Je lui prête ma serviette. Nous restons silencieux. Je ne sais pas ce qui va se passer ensuite. On va rester amant ? On va s'afficher ensemble ? Ça ne nous ressemble pas beaucoup. Et puis, je repense à ce que Tetsu a dit. Si un couple dans notre groupe d'amis venait à exploser... le groupe entier en pâtirait. Tetsu, Murasakibara et Midorima seraient du côté d'Akashi. Enfin, Tetsu, pas forcément. Il serait justement tiraillé entre nous deux.
Nous nous rhabillons. Akashi remet les boutons de sa chemise, puis sa veste. Il noue sa cravate d'un geste expert.
Nous sortons du gymnase, le fermons à clé et allons les remettre dans le bureau du coach. Puis, nous quittons le collège. La voiture de mon père est garée juste devant. Il sort en me voyant.
-Salut Daiki. Je me suis dit que j'allais venir te chercher...
Puis, il regarde Akashi et lui fait un petit signe de la main.
-Tu veux que je te ramène, Akashi-kun ?
-C'est gentil, Aomine-san. Mais je vais rentrer à pied.
Il me regarde. Un petit silence.
-A la semaine prochaine, Aomine.
-Ouais, salut...
Que dire après avoir baisé ? Et que dire pour ne pas se faire griller par mon père ? Il a choisi son moment celui-là. J'aurai pu tranquillement rentrer avec Akashi. Mais non, le voilà. Cela dit, il a voulu me faire plaisir, je ne peux pas lui en vouloir.
-Tu montes ?
J'obéis. Mon père a les épaules tendues. Je vois qu'il est branché sur la fréquence de ses collègues. Une opération semble être en cours. Mon père conduit deux minutes. Ses doigts s'agitent sur le volant.
-C'est sympa d'être venu.
-Hum...
Il n'est pas concentré sur moi. Il est complètement ailleurs. Je le vois regarder partout frénétiquement. Puis, il s'arrête sur le bord de la route et se faire klaxonner car il n'a pas mis son clignotant. Il est à peine garé.
-Excuses-moi, Daiki.
Il prend sa radio.
-Équipe 2, où vous en êtes ?
-On arrive à la maison.
-Faites demi-tour. Je l'ai repéré. Je vous envois la position. Dépêchez.
-Oui, m'sieu.
La radio grésille.
-Papa ? Qu'est-ce qui se passe ?
Mon père pianote sur son téléphone. Puis, il me regarde et hésite.
-Vous...
-On a un suspect. Hier soir, il y a un nouveau meurtre. Un homme. Quarante-trois ans. Et cette fois-ci, il y a un témoin. Sa fille était planquée dans la cuisine. Elle a vu le tueur. Elle nous l'a décrit dans la nuit.
-Et... il est là ? Il est...
Soudain, j'ai terriblement peur que ma théorie soit juste. Et si Akashi était en danger ?
La radio crachote.
-On est sur zone.
-Daiki, reste ici.
-Laisses-moi venir !
Mon père verrouille la voiture. Je le vois s'éloigner dans le rétro-viseur en courant. Je donne un coup dans la voiture, manquant de déclencher l'air bag. Je ne peux pas rester ici. Je ne peux pas manquer la conclusion de mois de traque.
Tu me pardonneras, papa. Je donne un coup de coude dans la vitre de la bagnole jusqu'à la briser. Je passe par là et abandonne le véhicule. Je cours. À en perdre haleine.
Au bout de la longue route qui mène à Teiko, je le vois bifurquer dans l'enceinte du collège. Oh putain. Mes pires craintes. Je cours. Je cours encore. Je sens vite mes poumons en feu. Le collège est juste là. Je lève les yeux. Sur le toit, trois silhouettes commencent à se découper. Il y en a une plus petite. Elle se tient sur le bord. Les deux autres, je crois que ce sont des policiers.
Mon père se tient en bas du bâtiment, sous la petite silhouette. J'approche.
-Papa !
-Daiki ! Putain, je t'ai dit de rester dans la voiture !
Il me regarde moins d'une seconde. Il se concentre sur la silhouette sur le bord. En m'approchant. Putain. Je réalise que je la connais. C'est Akashi qui se tient sur le bord. Il regarde en bas, puis les policiers.
-Qu'est-ce que...
-Akashi Seijuro, entends-je. Éloigne-toi de là. On veut juste te parler.
-Non ! Cris Akashi. Vous, éloignez-vous de moi... ou je saute !
-Akashi-kun ! Cris mon père cette fois-ci. Ne fait rien de stupide. On veut seulement te parler.
-Laissez-moi ! Sinon, je vous jure que...
Putain. Mais qu'est-ce qui se passe ? Que fou Akashi sur le bord d'un toit ? Que foutent des policiers ici ? Qu'est-ce qui se passe ? Où est le suspect ?
-Papa...
-Daiki, recule.
-Papa... expliques-moi. Vous... vous soupçonnez Akashi ? Mais il n'a rien fait !
-Daiki, je ne le redirai pas deux fois. Recule.
Il me lance des yeux noirs. Je ne comprends rien. Jamais il ne m'a dit qu'il soupçonnait Akashi. Et pourquoi ce serait Akashi ? Qu'est-ce qui...
-Akashi-kun, on va discuter calmement.
-Non ! Dégagez !
-Akashi ! Je hurle. Akashi, descends d'ici. Il y a une erreur. Akashi !
-Laissez-moi ! Hurle-t-il à nouveau.
Je sens dans sa voix qu'il est brisé. J'ai loupé quelque chose. J'ai loupé quelque chose chez lui. Une facette d'Akashi qu'il ne m'a pas laissé voir. Je pensais bien le connaître.
Les policiers ont sûrement fait un pas vers lui. Soudain, je le vois paniquer. Il fait un pas en arrière. Lui qui était déjà sur le rebord du toit... son pied atterrit dans le vide. Il tombe. Cela se produit au ralentit. Mon seul réflexe, c'est de me mettre sous lui.
Son corps atterrit contre le mien. Je suis projeté en arrière. Le choc est plus violent que je le l'avais imaginé. En même temps, trois étages, je m'attendais à quoi ? Mon dos heurte le sol. Il m'écrase les côtes. La douleur me foudroie.
J'entends les cris autour de nous. Le visage de mon père se penche sur moi.
-Daiki !
Je perds connaissance.
C'était très long ! J'espère que vous aurez apprécié cette première partie.
