Hey ! Dernier chapitre de l'année !
Akashi la fraise : Wow, merci beaucoup ! Je suis contente que cette histoire, assez sombre, te plaise ^^
Guest : Merci ^^ Tu ne saura malheureusement pas ce qui arrive à Aomine dans ce chapitre...
Baagirly : Merci ^^ Oui, j'ai eu envie de développer un peu plus Aomine. Je l'ai même tellement mis en avant que je trouve l'intrigue avec Akashi, qui est pourtant le cœur de l'histoire, un peu en retrait. J'espère que cette suite va te plaire !
Bonne lecture !
Partie II : Je ne me connais pas
Maman est dans le salon. Son corps est sur le sol. Sa tête penche sur le côté. Elle a un angle bizarre avec son corps. Il y a du sang partout. Une marrée qui avance vers moi. Je me recroqueville contre le mur. L'homme se tient au-dessus d'elle. Il hurle. Je n'entends pas ce qu'il dit.
Le piano est plein de sang. Il résonne encore. Le courant d'air venant de la vitre brisée me glace. Je tremble. Je ne sais pas quoi faire. Maman est sur le sol. Dans le salon. L'homme la regarde. Il est penché sur elle. Il hurle. Je ne sais pas ce qu'il dit. Je crois que c'est un animal.
Papa n'est pas là. Papa ne me sauvera pas. L'homme me remarque. Il a un sourire horrible. Il s'approche de moi. Il a arraché un lambeau de tissu à la jolie robe de maman.
Je vois ces yeux noirs, furieux, dangereux. Il avance vers moi. Il va me faire du mal. Je ne sais pas si je vais mourir. Je sais que je vais avoir mal.
Quand sa main se pose sur moi, je hurle, je me débats. Je respire trop fort. Mon champ de vision se brouille.
Au bout d'un moment, je ne vois plus rien.
Papa a mis quatre jours à rentrer à la maison. Quatre jours où je suis resté contre le mur. Je n'ai pas bougé d'un pouce. J'ai regardé maman.
Mon père est déjà partie travailler. La maison est calme. Je vérifie que j'ai bien pris tous mes cours, plus les devoirs pour Aomine. Je souris à l'idée de passer encore deux heures avec lui. Au début, j'ai pensé que ça allait se passer comme avec Kise avant les examens de mi-semestre, à savoir que j'allais avoir envie de jeter l'éponge. Ils ne faisaient aucun effort et Kise faisait tout pour m'échapper. Il a simulé le mal de ventre, est allé trois fois aux toilettes dans l'espoir de tromper ma vigilance. Aomine était un brin plus calme, sauf quand Kise le taquinait.
Mais seul avec Aomine, il n'a pas du tout le même comportement. Au contraire. Il est attentif, calme. Je sens qu'il fait des efforts. Et je sais même pourquoi. Il ne cesse de m'étonner, celui-là. Si seulement Kise pouvait avoir le même déclic. Cela dit, le déclic d'Aomine, il le doit à la mort de sa mère et l'actuel éloignement de son père. Je ne souhaite ça à personne.
J'arrive avec dix minutes d'avance à Teiko. Cela me laisse le temps de discuter avec Midorima et Kuroko dans le couloir. Quand la cloche sonne, nous retournons à nos salles.
Dans l'après-midi, je retrouve Aomine à la bibliothèque. Je lui montre un exercice de math. Pendant qu'il réfléchit, je parcoure la bibliothèque. Avec tout ça, j'ai eu le temps de découvrir beaucoup de livre. On se retrouve toujours à cette table, perdu entre le rayon math/physique et japonais/philosophie. J'ai tout le loisir de découvrir de nouvelles pensées et prendre encore un peu d'avance sur les chapitres de physique.
Mais aujourd'hui, je note qu'Aomine n'est pas concentré. Il dévisage l'exercice. Son crayon butte sur la feuille à intervalle régulier. Je ne suis pas sans ignorer la situation complexe dans laquelle il est. Il est seul chez lui. Une mère décédée. Un père trop occupé par un tueur en série. Autant le soulager aujourd'hui s'il n'est pas en forme.
Je reprends la fiche et la range. Aomine se tourne vers moi, faisant se frôler nos genoux. Cette pensée traverse mon esprit une seconde. A-t-il voulu toucher mon genou ? Aomine se comporte étrangement ces derniers temps. Il me regarde beaucoup, passe du temps avec moi. Et il se calme. Il ne se chamaille plus avec Kise, ne taquine plus Midorima. Il a changé. Ce serait un honneur d'en être la cause. Mais je pense que sa situation l'a fait grandir. Il a gagné en maturité.
Enfin, cela n'explique pas ce genou qui frôle le mien.
Son regard, quand il me dévisage, est différent de d'habitude. Plus... transcendant. Il réfléchit à quelque chose d'important. Une décision qu'il doit prendre.
-Tu as besoin de parler, Aomine ?
-Il n'y a rien à dire.
Évidement.
-Je ne pense pas. Ça fait un moment que tu n'es plus toi-même. C'est quand la dernière fois que tu as botté les fesses de Kise ?
Je le vois sourire. A-t-il conscience de son changement ? Celui-ci a été progressif. Je ne parierai pas là-dessus.
-Au moins un mois.
-D'habitude ça arrivait deux fois par semaine. Il m'a confié qu'il s'inquiétait, tu sais. Kuroko aussi d'ailleurs.
-Lui, il remarque tout de toute manière...
-Moi aussi. Alors, que se passe-t-il ?
Il soupire et me regarde. Encore. Son regard devient de plus en plus insistant, de plus en plus profond. Puis, je sens que sa résistance cède. Il a besoin de parler. Il a besoin de quelqu'un qui l'écoute. Et c'est moi qu'il choisit.
Kuroko m'a dit qu'Aomine lui confiait de moins en moins de choses. Et Momoi m'a fait une réflexion similaire. Tous deux sont inquiets pour Aomine. S'en rend-il compte ?
-Ça fait deux semaines que mon père n'est pas revenu à la maison, finit-il pas lâcher. Tu sais, il bosse sur l'Égorgeur. Et ça me saoule. Parfois j'ai envie de le frapper et de lui rappeler qu'il a un fils. Et qu'il n'a même plus qu'un fils.
-Il n'y a pas que ça.
-Bah... les meurtres se produisent environ tous les mois. Et ça fait justement un mois depuis le dernier meurtre officiel.
-Officiel ?
-Il y a eu un copieur qui a été arrêté entre temps. Il a tué sa femme et voulu la faire rentrer dans la masse de victime de l'Égorgeur pour échapper aux représailles.
Je ferme les yeux. Je comprends mieux.
-Je vois. Et donc, tu es stressé parce que tu sais qu'il va bientôt y avoir un meurtre et donc que ton père va être encore plus absent.
-Ouais...
Cette réponse en cache une autre. Il y a un « mais ». Je cherche à lui faire avouer. Je sais que ce sera libérateur pour lui. Cependant, je dois faire attention à ne pas le braquer. Mon but est qu'il aille mieux, pas qu'il se renferme encore plus. Aomine est comme un chat roulé en boule dont on voudrait caresser le ventre. Il faut être méticuleux pour ne pas se faire griffer.
-Il n'y a pas que ça, n'est-ce pas ?
-Mon père a la tronche des victimes de l'Égorgeur. Voilà le problème. Et il est sur sa piste.
-Je comprend mieux alors.
Je n'avais jamais fait le parallèle entre les victimes types du tueur et le père d'Aomine. Il faut dire que je n'ai rencontré ce dernier que quelques fois et dans des circonstances que je souhaiterai oublier. Il était chargé de l'affaire sur l'assassinat de ma mère et m'avait interrogé. Je ne me suis rappelé cet homme que quand j'ai rencontré son fils.
-Tu m'a mis à nu, putain...
-Tu as encore tous tes vêtements, Aomine. N'exagère rien.
Et il se met à rire.
-C'était drôle ?
Et il éclate de rire. Je préfère le voir ainsi. Son sourire et son rire son lumineux. Il n'est pas une lumière pour rien.
-Akashi qui fait une vanne... et ben, je peux mourir heureux maintenant. J'aurai tout vu !
Mon cœur se pince. La mort. Je n'aime pas en parler. Même dans une blague, même de façon anodine. C'est un sujet qui me serre le ventre.
-Ce serait triste de mourir maintenant.
-Toi et le second degré… soupire-t-il.
Je sens mes joues s'échauffer.
-Mais bon, t'as raison. En plus, j'ai pas tout vécu. Il y a un truc que j'aimerai bien essayer avant de crever.
Je me penche légèrement vers lui. Ma curiosité est piquée. Est-ce un secret inavouable d'Aomine ? Quelque chose dont il a honte ? Je serai alors le seul à le savoir...
Avoir l'exclusivité d'Aomine. J'ignore pourquoi, cela fait battre mon cœur.
-C'est quoi ? Je demande.
Le regard d'Aomine le trahit. Inavouable. Il hésite à me le dire. Il se penche. J'imagine un instant qu'il va me le chuchoter à l'oreille. Mon corps en frémit d'avance. Mais ce qui arrive est loin d'être ce que j'avais prévu. Aomine se penche et m'embrasse. Ses lèvres se collent aux miennes. Elles sont chaudes. Je réalise que mon corps entier est gelé, glacé jusqu'à l'os. Je savoure cette chaleur bienvenue.
Un autre garçon aurait reculé, se serait indigné. J'ignore moi-même pourquoi je reste. Peut-être ce vide en moi qui n'a envie que d'être comblé ? Peut-être le fait qu'Aomine me ressemble plus que je ne l'aurai imaginé ? Je réponds à son baiser. Sans savoir jusqu'où cela pourrait me mener. J'embrasse Aomine...
Sa main, brûlante, saisit ma nuque pour me rapprocher de lui. Je m'apprête à faire de même quand je sens sa main sur ma cuisse. C'est comme un électrochoc. Je m'éloigne d'un coup, un réflexe qui vient de mes tripes. C'est comme si on m'avait brûlé. Mon cœur bat la chamade.
Qu'est-ce qui m'arrive ?
Je prends mon sac et m'en vais le plus vite possible. Je cours pour descendre et quitter le collège. Je suis tout retourné. Mais ce n'est pas son baiser qui a déclenché ça. C'est quand il a touché ma cuisse. Me penche au pied d'un arbre pour vomir. Qu'est-ce qui m'arrive ? Merde ! Je n'avais jamais ressenti ça ! Aomine ne me répugne pourtant pas. Il est même plutôt beau.
J'ai chaud. Je transpire à grosses goûtes. Quelque chose ne va pas. Ça ne va pas du tout. Ce qui m'arrive n'est pas normal. Pourquoi j'aurai une réaction aussi viscérale pour une simple main sur une cuisse ? C'est absurde !
Je rentre chez moi, l'esprit en vrac. Je savais qu'aujourd'hui serai difficile. On est la veille de la commémoration de la mort de maman. Pour moi, cela signifie quatre longs jours à me remémorer chaque minute de cet enfer. Ce corps que j'ai contemplé pendant des heures. Ce sang que j'ai senti sur mes doigts, sur mon corps.
Je dois me calmer. Allons, calmes-toi, Akashi Seijuro. C'était il y a quatre ans. C'est du passé. Je monte dans ma chambre et m'enferme à l'intérieur. Comme le gamin que j'étais il y a quatre ans, je me recroqueville dans un coin. J'efface rageusement la larme qui dévale ma joue.
Je reste ainsi jusqu'à ce qu'on vienne me chercher pour le dîner. Alors, je réalise que je suis encore dans mon uniforme. Je me change rapidement et me rince la bouche. Je descends. Mon père est dans la salle à manger. Il me dit bonjour. Je lui dis bonjour.
Je parle le moins possible pour qu'il ne remarque pas mon état quelque peu instable ce soir. Je suis déboussolé. Ce qui s'est passé cet après-midi me hante. Je ne comprends pas ma réaction. Si maman était là, j'aurais pu lui en parler. Contrairement à Aomine, je n'ai pas l'embarra du choix quand il s'agit de confier mes états d'âme.
Le soir, je monte me coucher. Je suis étonné de sombrer si vite dans le sommeil.
J'ouvre les yeux dans une pièce peu éclairée. Il y a une terrible odeur de sang. Un homme est sur le sol. Il a une profonde blessure à la jambe. Des gerbes de sang frais s'en échappe. Dans sa bouche, un torchon qu'il essais de retirer. Il étouffe. L'homme a les cheveux bruns, les yeux noirs. Pour en avoir discuté avec Aomine, je reconnais une victime type de l'Égorgeur. Sans compter le mode opératoire : le chiffon dans la bouche, la gorge tranchée. Sauf que cet homme n'a pas la gorge tranchée.
Pas encore.
Où est le tueur ? Qu'est-ce que je fais là ? L'homme rampe au sol et essais de retirer le torchon enfoncé loin dans sa gorge.
En essayant de bouger mon corps tétanisé, je réalise que c'est moi qui ai le couteau dans la main. Je le lâche instinctivement. Ma main est couverte de sang. Je hurle. Je hurle. Mais qu'est-ce qui m'arrive ? Qu'est-ce qui se passe ? Je ne comprends rien ! L'homme me regarde. Ses yeux noirs me transpercent. Je dois partir d'ici. Il le faut. Absolument.
Je remarque une porte près de moi. Je ne peux me permettre de réfléchir plus longtemps. Je l'ouvre et me retrouve dans un dédale de ruelles sombre. Mon ventre se contracte et je vomis contre un mur. Mes mains et mes manches sont couvertes de sang. Je le sens. Lourd et suintant.
Mon corps entier tremble. Mon cœur bat beaucoup trop vite. J'ai la tête qui tourne. Qu'est-ce qui m'arrive ? Rien de tout ceci n'est normal. J'entends du bruit venant de la maison que j'ai quittée. Le bruit de touches qu'on presse. Un téléphone. Il va appeler la police.
Mon ventre se tord. Qu'est-ce qui va m'arriver ? Cet homme m'a vu avec un couteau à la main. Est-ce moi qui l'ai blessé ? Impossible, je ne m'en rappelle pas. Je suis forcément en train de faire un cauchemar.
Ma vision se trouble quelque peu. Je retourne dans la maison. L'homme a saisi le téléphone fixe. Il est collé contre son oreille. La police va décrocher d'une seconde à l'autre. Je dois agir. L'assommer ? Je n'ai rien sous la main.
Alors... dois-je le tuer ?
Mon estomac se révulse rien qu'à cette idée. Je ne peux pas tuer quelqu'un. Quand l'homme me regarde avec terreur, je réalise que je suis aussi effrayé que lui. Il me dévisage avec angoisse. Son visage... son visage...
Le visage du tueur de maman. Il ressemblait un peu à ça. Il était brun. Aux yeux noirs. Les yeux noirs... Le saisit le couteau. Je ne peux pas faire ça. J'en suis incapable. Pourtant... quelqu'un a pris la vie de ma mère ainsi. La police va décrocher, je dois agir.
Je suis crispé. Je sais comment faire. Cela me terrifie. Pourtant, je sais comment trancher cette gorge. J'ai vu l'assassin de maman le faire sous mes yeux. J'ai vu le sang gicler partout dans le salon, sur le piano, noyer les touches blanches et noires. Je l'ai vu faire. Cet homme pourrait être lui. Et si cet homme me dénonce...
Que je sois le tueur ou non, je suis là, maintenant, avec un couteau à la main. Ma vision se trouble, se dédouble, ma tête est lourde. Mon corps agit, poussé par une force qui émane de moi et de quelqu'un d'autre. Je tranche la gorge de l'homme d'un geste vif, simple. Je suis éclaboussé par son sang.
Je recule. L'homme gigote sur le sol. La police décroche, mais il ne peut plus parler. J'entends des sirènes venant du bout de la rue. Mon corps est pétrifié. Mes pieds s'ancrent dans le sol. Je suis incapable de bouger.
Je crois perdre connaissance.
Mon réveil sonne. J'ouvre les yeux. Je suis dans ma chambre, en pyjama. Mes mains sont propres. Je ne comprends pas. Qu'est-ce qui s'est passé ? Cette nuit... j'étais dans la maison de quelqu'un... j'étais... couvert de sang... j'ai tué. Non ? N'aurais-je fait qu'un cauchemar ?
J'agis comme d'habitude. Sauf que je fais un détour avant de partir par l'autel où trône la photo de maman. Je vois une offrande, sûrement déposée là par mon père avant qu'il ne parte travailler. Je ne sais pas quoi lui dire. Maman, je suis désolé. Il est possible que j'aie tué quelqu'un.
Pendant les cours, je consulte mon téléphone. Cette histoire d'Égorgeur, je n'y ait prêté qu'une oreille distraite. Je n'aurai peut-être pas dû. Je trouve des photos de toutes les victimes, hormis la femme dont Aomine a dit qu'elle n'était pas une victime officielle, toutes les autres sont des hommes. La quarantaine. Brun. Yeux noirs. L'évidence me frappe. Ils ressemblent tous à l'homme qui est entré dans le salon cet après-midi-là. L'homme qui a égorgé maman.
Comment pourrai-je être l'Égorgeur ? Sans m'en rendre compte ? Il a déjà fait six victimes. Comment puis-je ne pas me souvenir de six meurtres ? C'est impossible. Mais peut-être ai-je rêvé cette nuit.
Je pense à cette histoire toute la journée. Impossible de me concentrer sur autre chose. J'ai peur. Je suis terrifié. J'ai tué. Et si ce n'était qu'un rêve, alors il était beaucoup trop réaliste. J'ai senti ce sang. J'ai senti le poids du couteau. Je le sais. Je l'ai vécu.
Je suis tellement perturbé que j'ai complètement oublié Aomine et notre baiser. Alors, je sursaute quand il vient me voir et me propose d'aller manger une glace. Je ne peux pas prendre le risque de me trouver seul avec quelqu'un. Et si je tuais Aomine. Hors de question. Je décline son offre.
Je lis la déception sur son visage. Mon cœur se serre. Ce n'est pas ce que je veux. Je veux simplement ne pas revivre l'enfer d'hier soir. Kise déboule dans le vestiaire. Et il nous propre d'aller manger une glace tous ensemble.
Si je suis entouré de plusieurs personnes, peut-être que rien de grave ne se passera. J'accepte. Il ne faut pas qu'on me trouve bizarre. En plus, Aomine est le fils d'un policier. Je suis donc le groupe d'amis, un peu à distance.
J'ai l'impression de tout vivre comme un étranger. On a posé une sourdine sur le monde qui m'entoure. Ma vision est troublée par moment. Ma tête est douloureuse, lourde, à force de tant remuer les choses à l'intérieur. C'est comme si mes organes étaient en train de pourrir, de fermenter. Mon estomac est serré. J'ai des nœuds dans le ventre. Quelqu'un, quelque chose, est en train de me tordre dans tous les sens, de m'essorer comme une serviette pour me faire recracher le sang que j'ai sur les mains.
Je rentre chez moi à l'heure habituelle. Je pensais pouvoir m'en empêcher. Pourtant, j'allume la télévision. Je vois le visage de l'homme d'hier. Je me glace. Il est mort. Ce n'était pas un cauchemar. Je vois la maison, filmée par les journalistes.
Hier soir, ce n'était pas cauchemars. J'ai vraiment tué un homme. Mon cœur descend dans mes talons. J'ai l'impression de mourir l'espace d'une seconde. Mon cerveau cesse de fonctionner. J'ai tué. J'ai tué un homme.
Je suis l'Égorgeur de Tokyo.
Je tremble. Je ne peux pas m'arrêter de trembler. Je ne descends pas manger le soir. Je reste prostré dans ma chambre. Qu'est-ce que je peux faire ? Qu'est-ce que je dois faire ? J'ai tué six personnes sans m'en rendre compte. Alors qu'est-ce qui m'empêche de tuer une huitième personne ? Une neuvième ? Jusqu'où vais-je m'arrêter ? Vais-je massacrer tous les hommes qui ressemblent au tueur de maman ?
Je fais la grève de la faim. Toute ma nuit, je la passe prostré dans un coin de ma chambre, à trembler, tétanisé par la peur qui me dévore tout entier. Je ne ferme pas l'œil de la nuit. Je regarde dans le vide.
Mon réveil sonne. Je réalise qu'on est le matin.
-Je dois aller en cours... je murmure de ma voix cassée.
Je me lève. Je suis hors de moi. Complètement ailleurs. Je prends la route du collège, comme tous les autres jours. Ne pas paraître suspect. J'essaie de rester le plus possible entourer de gens. Mais à la fin de la journée, c'est devenu une torture car je suis obligé de faire constamment semblant d'aller bien.
Je monte m'isoler dans la salle du dernier étage. Je sors mon plateau de shogi et commence une partie. Il y a des pas dans le couloir. Aomine ouvre la porte de la salle. Je me tends.
Je vois flou. Non... Non... qu'est-ce qui se passe ? Que dit-il ? Je n'entends pas...
-Tu m'évites, dit-il.
Mon audition est revenue d'un coup. Mes oreilles sifflent quelques secondes de plus.
-En effet, je m'entends dire.
-Parce qu'on s'est embrassé.
Aomine. Si je pouvais t'embrasser encore, je le ferai. Mais je suis dangereux. Je le sais désormais. Tu n'es pas en sécurité avec moi.
-Tu n'es pas le centre du monde, tu sais, je lui réponds. J'ai... d'autres problèmes.
J'aimerai qu'il puisse m'aider. Mais si je lui raconte, jamais il ne me croira. Et jamais il ne m'aimera. J'ai envie de pleurer. Jamais on ne m'aimera. Dès qu'on saura la noirceur que je cache en moi, on m'évitera et je serai à jamais seul.
-Ta mère, c'est ça ?
Je baisse les yeux. Je dois mentir.
-Tout ce qui se passe en ce moment... ça doit te remuer.
Non. Il n'a tout de même pas des soupçons ? Aurais-je mal caché mon mal-être de ces derniers jours ? J'ai paniqué, il y a deux jours, j'ai entendu qu'on avait retrouvé les empruntes du tueur. Mes empruntes. Est-il possible qu'on vienne me chercher ? J'ai tué sept personnes à ce jour. On me déteste partout. Je n'ai que quatorze ans. Mais pour autant... va-t-on me pendre ?
-Je veux dire... Ta mère a été égorgée elle aussi, non ? Tu ne t'es jamais dit... que l'Égorgeur, ça pouvait être lui ?
Je bondis de ma chaise. Lui ? Lui ? Non, c'est lui que j'essaie de tuer ! C'est lui... c'est lui... mais pourtant...
-Est-ce que tu te rends compte de ce que tu dis ? Il a été pendu ! On me l'a dit, je l'ai lu. Il a été pendu. Ça ne peut pas être lui.
Ça ne peut pas être lui. Parce que c'est moi. Et lui, le vrai, est déjà mort. Je le sais. On me l'a dit. Je l'ai lu dans les journaux. L'assassin de ma mère est déjà mort. Pourtant, au fond de moi, je souhaite apparemment le revoir mourir, encore et encore...
Ma tête tourne.
-La police aurait pu faire une erreur, explique Aomine.
Qu'est-ce qu'il essais de dire ?
-Tu te rend compte... de ce que ça voudrait dire ? Pour moi ?
Aurais-je pu me tromper ? Tout se mélange dans ma tête. J'ai de nouveau ce réflexe viscéral. La fuite. J'ai envie de vomir. J'ai envie de me vider.
Je bouscule Aomine et part en courant.
Dès que j'arrive chez moi, je file dans ma chambre. Je vais vomir plusieurs fois. Puis, je fonds en larmes. Je reste dans la salle de bain, recroquevillé.
Je n'aurai pas dû pleurer autant. Parce que cette nuit, je m'endors.
Quand je reviens à moi je suis dans une cuisine éclairée par un néon blanc. Je suis adossé à un mur. Cette cuisine m'est inconnue. Cette maison m'est inconnue. Mais plus cette sensation. Un voile se retire sur moi. Je vois le corps de l'homme. Égorgé. Brun. Yeux noirs, fixe, vide. Mort. Son sang avance sur le carrelage. Avance vers moi. Il veut me pourchasser.
Je panique. Ma respiration est rapide. J'ai l'impression d'étouffer. L'homme est là. Mort. Et je lui là. Avec un couteau dans la main. Plein de son sang.
Je me recroqueville. Que la police vienne me chercher. Que la police me trouve et m'emmène. Je ne peux pas lutter contre ce qu'il y a en moi. Cette guerre, je l'ai perdue. Ce monstre que j'abrite est trop fort, trop puissant. Il va me broyer si je lui résiste.
Je me mets à pleurer et à me balancer d'avant en arrière contre le mur de la cuisine. Le sang me parvint. M'atteint. Je ne peux pas m'arrêter de pleurer.
Puis, un rideau, cachant un placard, bouge. Je me pétrifie. Une petite tête dépasse. Une enfant. Elle doit avoir dix ans. Ma gorge se bloque. Je tends la main vers elle. Cette gamine... elle a tout vu... Non... Ses yeux sont terrifiés. Elle a mon regard. Cette enfant, c'est moi, il a quatre ans. C'est moi, quand ce type a tué ma mère. Cette enfant...
Je la regarde sortir de sa cachette. Je veux lui dire que je suis désolé. Je n'ai rien pu faire pour empêcher ce qui vient de se passer. Il faut qu'elle me pardonne. Mais à sa place, aurais-je pardonné ? La preuve est là... J'ai désormais un couteau dans la main.
Elle va lentement chercher le téléphone. Il faut que je parte. Je sens déjà remuer en moi quelque chose. Il ne faut pas que je la tue. Surtout pas. Cette enfant est aussi innocente que moi à l'époque. Je ne peux pas la tuer. Même si elle m'a vu. Je ne peux pas lui faire de mal.
Pendant qu'elle appelle la police, je prends la fuite. Comme la dernière fois, ma vision se brouille.
Je suis rentré chez moi. Il est cinq heures du matin. Je tremble. Je suis plein de sang. La douche coule. J'essaie de me laver. Je suis glacé de l'intérieur. Je reste prostré dans la douche. Mon corps est définitivement bloqué.
Je reste ainsi un long moment. Jusqu'à ce que mon réveil sonne. Ce son m'insupporte. Je jette mon téléphone contre le mur. L'écran se brise en mille morceaux. Je m'habille. Étant resté dans la douche, nu, pendant deux heures, je suis transit de froid. Je mets par réflexe mon uniforme. Pourtant, je sais que je n'irai pas en cours aujourd'hui. Je ne suis pas en état.
Pour autant, je ne reste pas dans la maison. Je vais dans le jardin, vers le dojo. Personne ne se soucie de ma présence. Caché dans les buissons près du petit lac, on oublie qu'on m'a vu. Je reste là toute la matinée. Avec horreur, je distingue des gens qui viennent frapper à la maison. On doit leur répondre que je suis parti en cours. Qui sont ces gens ? Des policiers.
Ma gorge se noue. Et un soulagement m'étreint. Si on me trouve, je ne risquerai plus de tuer des gens. Que pensera mon père en apprenant que je suis un tueur ? Que penseront Kuroko, Kise, Midorima, Murasakibara, Momoi ? Et surtout, Aomine ?
Je ne peux pas me dénoncer. Si on m'arrête...
Je sais, au fond de moi, quelle est la meilleure solution. Je dois disparaître. Si je pars, là où il n'y a personne, alors je ne pourrai pas tuer. Je ne sais pas si j'aurai le courage de mettre fin à mes jours. Peut-être pas pour l'instant.
Oui, je dois partir. C'est la seule solution. Sortant de ma torpeur, je me lève. Mes muscles sont tendus, douloureux. Je remonte dans ma chambre sans me faire repérer et vais préparer mon sac. Je retire tous mes cours et le fourre de vêtements. Et c'est en retournant tous mes placards que je découvre le couteau. Il est caché dans un tiroir. La lame est aiguisée.
L'arme des crimes était là. Là depuis toujours. Je reconnais le poids de l'arme. Je ne peux pas l'emmener. Je dois la laisser ici et espérer que personne ne la trouvera.
Ceci fait, je décide de retourner à Teiko. Je dois voir Aomine. Avant de disparaître, il y a une chose que je veux faire... si lui, son souhait avant de mourir était de m'embrasser au moins un fois, alors moi, je souhaite faire l'amour avec lui.
J'entre dans les vestiaires. Tout est trop calme. Je comprends pourquoi assez vite. Aomine m'explique que l'entraînement a été avancé. Cela m'arrange finalement. Ce n'est pas le moment de me dégonfler. Si je fais vite, Aomine ne risquera rien. Je commence à me déshabiller. J'espère que mon regard planté dans le sien lui fait comprendre ce que je désir en venant ici.
Il hésite. Il n'est pas sûr de capter le bon message. Alors je me fais plus clair. J'attrape son bas et le tire vers moi, dévoilant un bout de son boxer.
-Viens plus près...
Il finit par comprendre. À partir de là, rien ne nous arrête. Je l'embrasse. Il m'embrasse. Nos corps se frottent l'un contre l'autre. Ils veulent ne faire qu'un avec l'autre. La sensation est puissante en moi. Je le force à s'asseoir sur le banc. Aujourd'hui, j'ai besoin d'avoir le contrôle sur au moins une chose. Ce sera toi, Aomine.
Nous sommes nus. Je suis assis sur ses cuisses. Il me caresse. Que penses-t-il de moi ? Que penses-il de mon corps ? L'aime-t-il ? Se rend-t-il compte qu'il abrite un tueur ?
J'ai peur de perdre le contrôle. Je me concentre sur l'acte, sur les mains d'Aomine. Il approche de mes fesses. Je ressens cet électrochoc. C'est désagréable. D'où vient cette sensation ? Pourquoi, quand il me touche, tout semble vouloir remonter en moi ? Pourquoi me remue-t-il ainsi ? Cette fois est tout de même moins violente. Je me contente de mordre sa langue.
Ma vue reste claire. Va-t-elle se brouiller à un moment ? Vais-je perdre le contrôle et lui faire du mal ? Je tremble. Peut-être est-ce l'excitation ?
Je finis par fermer les yeux. Je crois me concentrer. Aomine retire ses doigts qui me caressaient de l'intérieur. Je me sens vide. Sans perdre de temps, je saisis son sexe et le guide en moi. Je le sens frémir à mon contact. Il ne s'attendait sûrement pas à ce que je prenne les choses en main.
Je garde ma tête près de la sienne. Je ne veux pas qu'il voit mon visage. Je me concentre. Le sexe entre en moi, petit à petit. Je le sens étirer mon corps. Je serre les dents. Quelque chose en moi se réveille. Mon corps sait quelque chose que j'ignore.
Si ça n'avait pas été Aomine, j'aurais renoncé à aller plus loin. Je sais que je pleure. De grosses larmes de douleur, d'impuissance. Je décide de faire bouger mon corps. Je ressens des frissons qui grimpent le long de ma colonne vertébrale et des décharges électriques dans mon cerveau. C'est ça, le plaisir ? C'est bon ! Je gémis, je bouge un peu plus vite. Il m'en faut plus. Il faut que ce que soit plus profond, plus intense. Aomine bouge ses hanches. Il aide mon mouvement.
Ma tête part en arrière. Je me mélange. Je me perds en moi. Les mains d'Aomine me maintiennent dans la réalité. C'est intense. C'est ce que je cherche. J'entends les gémissements rauque d'Aomine et son souffle contre mon cou.
Je finis par de nouveau l'embrasser. Je suis avide de sa bouche, de son corps. Plus, Aomine. Toujours plus.
J'aurai aimé que cela dure plus longtemps. Malheureusement, le plaisir atteint son paroxysme et nous sommes contraints de jouir. Je suis de nouveau moi. De nouveau perdu. Je reste sur les cuisses d'Aomine. Je veux prolonger le contact.
Le froid nous force à bouger. Je ne sais pas si je peux le regarder dans les yeux. J'ai peur de ce qu'il pourrait lire. Depuis ces derniers événements, je ne suis plus sûre de rien. Toute ma confiance s'est détruite ainsi que toutes mes certitudes. J'étais sûre de savoir qui j'étais. Tout a été remis en question. Si je ne suis pas sûre d'être moi, alors je ne peux plus rien croire.
Aomine m'aime-t-il ? Rien qu'un peu ? Ou bien, face à la possibilité de coucher avec moi, a-t-il sauté sur l'occasion ? Je l'ignore. Je ne saurai jamais. Quand nous sortirons de Teiko, ce sera un adieu.
Je vais me doucher. J'aurai aimé garder l'odeur d'Aomine sur moi mais je préfère tout de même me laver. Aomine me tend sa serviette à son retour. Je reste nu devant lui, sans la moindre pudeur. Ça ne le dérange pas. Au contraire. Si l'heure n'était pas un peu avancée, peut-être aurions-nous recommencé.
Nous remettons nos vêtements. J'aimerai retarder l'heure des adieux. De plus, en raison de l'entraînement avancé, je ne pourrai dire adieu qu'à Aomine. J'aurai bien voulu revoir les autres une dernière fois.
Nous allons remettre les clés du gymnase, puis sortons de Teiko. Une voiture attend. Aomine s'arrête. Un homme en descend. Brun. Yeux noirs.
Mon estomac se contracte. Ne pas vomir. Ce visage ressemble à celui d'Aomine. Je reconnais son père. Cela ne fait qu'ajouter à mon angoisse. Il est là pour moi. Mon cœur bat vite. Je sens déjà l'adrénaline dans mes jambes. Mes muscles sont prêts. Prêts à quoi ? Fuir ? Ou... tuer ?
-Salut Daiki. Je me suis dit que j'allais venir te chercher...
Il me regarde. Je lis quelque chose dans son regard.
-Tu veux que je te ramène, Akashi-kun ?
Je regarde la voiture. Elle est trop petite. Je vais étouffer là-dedans. Et puis, j'ai prévu de disparaître. Hors de question de rentrer à la maison aujourd'hui. On ne m'emmènera nul part.
-C'est gentil, Aomine-san. Mais je vais rentrer à pied.
Je me tourne vers Aomine. Il y a un silence tendu entre nous. Je sais à quoi il pense. Il ne veut pas que son père remarque qu'il s'est passé quelque chose entre nous. Ça tombe bien, moi non plus.
-A la semaine prochaine, Aomine.
Je lui mens.
-Ouais, salut...
Ce seront donc ça, les derniers mots que j'échangerai avec Aomine Daiki... Je lui tourne le dos et m'en vais. Mon cœur est lourd. Mes jambes tremblent. J'ai l'impression de sentir le regard de son père dans son dos. Il me transperce. Je me retiens de partir en courant.
Je me mets à pleurer une fois assez loin de Teiko. Les larmes ne cessent pas. J'ai beau les essuyer, elles reviennent toujours. Mon cœur est si lourd... je me sens perdu. Une voiture se gare près de moi. Les portes claquent violemment. Puis, deux adultes se plantent devant moi.
-Akashi Seijuro ?
Je ne réponds pas. Les larmes cessent de couler. Les adultes me dévisagent. Je redresse la tête, essais de paraître pour ce que je ne suis plus.
Je sais qui ils sont. C'est évident.
Lentement, comme un animal apeuré, je recule.
-Akashi-kun, nous voulons te parler.
-Pas moi... je souffle avant de fuir.
Je ne sais pas où aller. À court d'idées, je retourne vers Teiko. Là-bas, au moins, je connais le terrain. Les adultes me suivent. Je lâche mon sac pour aller plus vite. J'ai la vitesse pour moi. Je ne sais pas où aller, comment fuir. Quand j'entre dans l'enceinte du collège, je comprends. Il n'y a qu'une seule issue. J'entre dans le bâtiment et montre quatre à quatre les marches qui mènent au toit. J'ouvre la porte en métal et avance vers le rebord.
Mon cœur bat la chamade. Je respire vite. Le vide m'attire. Le vent me murmure que ce sera plus simple d'en finir ainsi. Je ne veux pas faire face à la police. J'ai peur des conséquences. Je ne me rappelle que de deux des huit meurtres. Suis-je, moi, un meurtrier ? Vais-je être punis pour abriter en moi un monstre ?
Je préfère disparaître plutôt que d'avoir les réponses à ses questions. Ce sera moins douloureux. Je n'aurai plus à supporter la peur de faire mal à quelqu'un.
Les policiers avancent doucement vers moi. Ils se comportent comme face à un animal apeuré.
-Akashi-kun, dit la femme d'une voix calme. On veut seulement te parler. On ne va pas te faire de mal. D'accord ?
Une silhouette cours vers le collège. Un autre policier. Suivit à quelques secondes d'intervalle par quelqu'un d'autre.
-Non. Je n'ai pas envie de parler. Je n'ai rien à vous dire.
Je reconnais la course de la deuxième silhouette. Aomine est là. Les larmes s'échappent toutes seules de mes yeux. Je ne veux pas qu'il me voit ainsi. Je ne veux pas qu'il sache.
-Akashi Seijuro, éloignes-toi de là. On veut juste de parler.
-Non ! Vous, éloignez-vous de moi... ou je saute !
La menace semble ne pas leur faire peur. Se disent-ils je n'en ais pas le courage ?
-Akashi-kun ! Cris le père d'Aomine en bas. Ne fait rien de stupide. On veut seulement te parler.
Ils ne vont pas faire que me parler. Je le sais. Je ne suis pas stupide.
-Laissez-moi ! Sinon, je vous jure que...
Je monte sur le rebord. Le vide est juste derrière moi. Le vent fait voler ma veste. Un rien et je tombe. Un rien et je sombre. Je suis en équilibre au bord de l'abîme.
-Akashi-kun, on va discuter calmement.
-Non ! Dégagez !
Ma vue se brouille. Ma tête est lourde. Je reconnais le phénomène. Ils sont en danger. Puis, une voix me parvient, assourdis, en bas. La voix d'Aomine. Je n'entends pas ce qu'il me dit. Je le regarde. Les larmes brouillent ma vue. Je ne distingue pas l'expression de son visage.
-Laissez-moi ! Je hurle en voyant la femme s'approcher.
Le monstre va m'échapper. Je le sens. Ma vue est trouble. Je dois agir avant. La femme fait un pas vers moi. Je n'ai qu'un seul réflexe avant de sombrer. Je recul dans le vide. Je me sens tomber. Une libération. Durant la chute, je sombre.
