Hello !
Vous avez vu, j'ai changé mon image de profil ^^ cela faisait sept ans que j'avais la même. Elle provient d'une des séries de goodies.
Akashi la fraise : Oui... d'ailleurs il n'a pas été évident à écrire. Je te rassure, il y a une explication.
Bonne lecture !
Partie III : Je croyais te connaître
Masaomi Akashi était rentré tard le soir. Il faisait froid. Il avait mal aux mains alors qu'il tournait la clé gelé dans la serrure. Le vent n'arrangeait pas les choses. L'homme d'affaire entra dans sa maison. Il n'y avait aucune lumière.
-C'est moi, dit-il dans le vide.
Il y avait une odeur désagréable, prenante. Il déposa ses affaires, ferma la porte et retira ses chaussures dans l'entré. Puis, il alluma la lumière. Elle dévoila le premier cadavre. La femme de ménage était éventrée dans les escaliers menant au premier étage. Ses boyaux déchiquetés par les coups de couteaux répétitifs avaient dégringolés les marches. Le spectacle était repoussant, terrifiant et hypnotisant. Mais une seule pensée vint à Masaomi Akashi à ce moment.
-Shiori ! Se mit-il à crier.
Il enjamba le cadavre dans les escaliers et monta jusqu'au salon où se trouvait le piano. Il savait que c'était la pièce que sa femme fréquentait le plus. Elle aimait s'asseoir là, jouer pendant des heures, rendant pendant quelques temps cette grande maison joyeuse avant qu'elle ne retombe dans le silence et le froid.
Masaomi Akashi ouvrit brutalement la porte du salon. L'odeur était moins présente. Il faisait froid. Une vitre brisée dans le fond aspirait toute la chaleur. Masaomi Akashi fit un pas dans la pièce et découvrit le corps de sa femme, au pied du piano, gisant dans une marre de sang. Le mari avança de quelques pas puis se laissa tomber, à genoux, à côté du cadavre. Il caressa la chevelure rousse de sa femme, puis son visage froid et rigide.
-Shiori...
Il secoua le corps, espérant. C'était absurde. Ça se voyait qu'elle était morte. Sa tête était presque séparée de son corps. Ses vertèbres ensanglantées semblaient être le dernier lien qui unissait les deux parties.
Masaomi Akashi pleurait sa femme. Il n'entendit pas la petite voix qui l'appelait du fond de sa détresse. Il mit plusieurs minutes à réaliser qu'il avait un fils qui était également dans cette maison. Un fils qui était peut-être mort lui aussi. Masaomi Akashi se releva soudainement. Derrière le piano, il aperçu une forme.
-Seijuro...
L'enfant était recroquevillé, près de la fenêtre brisée. Il regarda son père de ses grands yeux rouges. Son visage était couvert de sang. On distinguait clairement la forme d'une main. La main du tueur qui s'était posée sur lui. Masaomi Akashi approcha lentement de lui, comme on le ferait d'un animal blessé. L'enfant lui faisait peur. Il était trop calme. Il ne bougeait pas. Il dévisageait son père avec le regard brisé. Les larmes avaient laissé des sillons sanglants sur son visage pâle.
Masaomi Akashi s'accroupit face à son fils. Il tendit la main et le vit reculer et se coller le plus possible contre le mur. Le père n'avait jamais su consoler son fils. Et en cet instant, il ne savait pas quoi lui dire. Il sentait que rien ne pourrait réparer la créature devant lui.
Alors, lentement, il éloigna sa main et se contenta de le regarder. Il y avait un gouffre entre eux. C'était ce que racontaient les yeux de son fils.
Il est six heures trente du matin. Les machines sonnent, bipent autour de moi. Il me faut un moment pour comprendre où je suis et comment je suis arrivé là. Les images m'envahissent. Je revois Akashi sur le bord du toit de Teiko. Je le revois tomber. J'entends mon cœur qui met soudain à paniquer.
Akashi. Où est Akashi ? Je me relève dans le lit d'hôpital. Une infirmière se penche vers moi.
-Tout va bien, me dit-elle.
-Où est Akashi ?
-Je vais chercher votre père.
Quand elle quitte la chambre, je réalise que j'ai mal aux côtes. Ma tête aussi est douloureuse. Je la sens lourde. Il y a un bandage. Est-ce qu'Akashi va bien ? J'ai amortis sa chute, mais est-ce que cela a été suffisant ?
J'aimerai me lever et aller fouiller l'hôpital, mais mes côtes me font trop mal pour cela. Je frappe le matelas. Merde. Je me sens impuissant.
Finalement, le vois le visage de mon père passer la porte. Il a des cernes. Il me sourit.
-Je suis partis deux secondes m'acheter quelque chose à manger et c'est ce moment que tu choisis pour te réveiller ?
Je devrais rire. Mais je suis trop préoccupé. Mon père le comprend. Sa mine se fait grave. Il s'assoit sur la chaise à côté de moi.
-Qu'est-ce qui s'est passé ? Je demande.
-Tu as arrêté la chute d'Akashi. Tu lui as sauvé la vie. Mais le choc t'a cassé deux côtes et provoqué un léger traumatisme crânien.
-Et Akashi ?
-Il n'a rien. Le dos un peu en vrac mais le médecin l'a remit.
-Papa... il faut que tu m'explique. Pourquoi Akashi ? Tu ne m'a pas dit qu'il faisait parti des suspects.
-Jusqu'à jeudi soir, je ne le suspectait pas. Jamais je n'aurai soupçonné qu'il soit impliqué dans cette affaire. D'ailleurs quand j'ai émit cette hypothèse, personne ne m'a cru.
-Ça ne peut pas être lui.
Mon père soupire et s'enfonce dans sa chaise.
-J'aimerai que tu ais raison.
Il prend son sac et en sort un dossier. Je le prend et le feuillette. Je comprend qu'il s'agit du rapport sur l'assassinat d'Akashi Shiori. Je découvre certains détails que j'ignorai et vois une photo de l'assassin. Quarantaine. Brun. Yeux noirs. Toutes les victimes de l'Égorgeur lui ressemble.
-Et c'est cette ressemblance qui t'a...
-Non. Comme je te l'ai dit, la huitième victime a été tuée devant un témoin. Sa fille. Elle était cachée derrière un rideau, dans la cuisine. Elle a décrit un garçon d'une quinzaine d'année, à la peau très pâle, roux, aux yeux rouges. Peu de personne ressemblent à Akashi Seijuro. La description lui collait à la peau. Mais je ne voulais pas y croire. Alors j'ai montré une photo d'Akashi à la gamine. Elle l'a reconnu tout de suite.
-Une coïncidence.
-On a appelé le collège pour venir parler à Akashi On nous a répondu qu'il n'était pas en cours aujourd'hui. Et en allant chez lui, il n'était pas là non plus. Mais... nous avons cette nuit récupéré ses empruntes étant donné qu'il est considéré comme étant en garde à vue.
-Non...
-Elles correspondent, Daiki.
-Non. C'est pas possible.
Mon père garde la tête basse. Il aurait sûrement préféré que cette histoire se termine autrement. Pas par l'arrestation d'un adolescent, d'un ami de son fils. Je sais qu'il ne peut pas détester Akashi comme il a détesté l'Égorgeur tous ces mois.
-Je suis désolé, Daiki...
-Akashi n'a pas pu tuer tous ces gens. Il est... il n'a pas pu. On l'aurait remarqué s'il cachait un tueur... Akashi est normal... Il est... comme tout le monde.
-On a discuté un peu avec le personnel de la maison. Ils disent que depuis quatre ans, Akashi ne dort jamais. Pas une nuit il ne ferme l'œil. Il se balade dans la maison, il lit, il travaille.
-C'est pas possible.
-C'est ce qu'ils disent.
Je regarde le dossier dans mes mains. Akashi n'est pas coupable. Je le sais. J'en suis convaincu.
-Vous avez dit quoi à la presse ?
-Pour le moment, rien. Il faut qu'on soit sûr. On attend le réveil d'Akashi pour lui parler. Toi, Daiki, tu n'as... rien remarqué ?
-De bizarre ? Non, absolument rien. Enfin, depuis trois jours, il était ailleurs. Mais, j'ai mit ça sur le compte du décès de sa mère...
Et du fait qu'on s'était embrassé.
-Je vois...
-Il n'y a... aucune chance que ce soit quelqu'un d'autre que lui ?
-Les chances sont minces.
-Ça ne peut pas être celui qui a assassiné sa mère ?
-Non. Il a été arrêté et a été pendu.
-Et si l'enquête s'était trompée ? Et si... ce type avait fait tomber Akashi dans un piège ?
-Daiki... la fillette l'a vu égorger son père. On a retrouvé ses empruntes.
Tant que je n'aurai pas parlé à Akashi, tant que je n'aurai pas entendu de sa bouche que c'est lui le tueur, je refuserai de croire quoique ce soit. Mon père semble sentir que cette conversation m'a épuisé.
-Je te préviendrai quand Akashi sera réveillé.
-Hum...
Je me plonge dans la lecture du dossier. Je découvre ainsi qu'Akashi est resté trois jours avec le cadavre de sa mère. Les deux domestiques de la maison avaient été tué. Masaomi Akashi était rentré de son voyage d'affaire et avait découvert le massacre. Il ne restait, dans la grande maison, que son fils, prostré dans un coin du salon, couvert de sang et souillé d'urine. Le rapport indiquait que seule Shiori avait été égorgée. Les autres avaient reçut des coups de couteaux dans le ventre et s'étaient vidés de leur sang.
Akashi avait été épargné. C'était difficile à croire. Était-ce en raison de son jeune âge ? Il n'avait que dix ans à l'époque. Puis, en lisant le dossier, je compris qu'Akashi n'avait pas été épargné par le tueur. Loin de là.
Je dépose le dossier sur mes cuisses. Mon père est partit me chercher quelque chose à manger pendant ma lecture. Je ne lui ais même pas demandé quel jour on était. Je n'ai que l'heure que m'indique l'horloge électronique posée sur la table. Je vois mon téléphone, juste à côté.
Voilà qui répondra à mes questions. Nous sommes samedi matin. J'ai donc dormit toute la nuit. Je vais dans mes messages. J'hésite à appeler Tetsu et Satsu. J'ai besoin d'un avis extérieur sur la situation, je suis peut-être trop impliqué.
Mon père revient. Quand il me voit avec mon téléphone dans les mains, il me l'arrache.
-Ne dit rien à tes amis.
-Pourquoi ça ? Ils ont le droit de savoir.
-Non. La situation est complexe, Daiki. L'affaire de l'assassinat d'Akashi Shiori a fait grand bruit et Akashi Seijuro est devenu la deuxième victime de tout ça. Il n'avait que dix ans et il s'est fait harcelé pendant des mois par les journalistes. Jusqu'à ce qu'on retrouve le tueur. On doit réfléchir à comment annoncer qu'il est suspect dans l'affaire de l'Égorgeur.
-Est-ce que je peux juste demander à Tetsu et Satsu de venir ? Je me contenterai de leur dire que je suis à l'hôpital parce que j'ai fait une chute dans l'escalier. Je ne dirai rien sur Akashi.
Mon père hésite. Puis, il me tend mon téléphone ainsi qu'une compote à boire et un jus de fruit. Je me saisit du tout. Mon père reprend le dossier et le range. Il consulte son téléphone. Attend. Il est nerveux, stressé. Je le vois qui tâte la poche où il range ses cigarettes.
Malgré l'heure matinale, Tetsu me répond. Il me demande si tout va bien. Je rassure, mais lui demande tout de même de venir. Je ne me sens pas de rester seul aujourd'hui. La présence de mon père n'est pas rassurante comme celle de Tetsu ou Satsu. Elle a perdu ce pouvoir avec le temps. Et puis, il faut que je parle d'autre chose que de toute cette affaire.
Ils viendront vers onze heure, pas avant. C'est déjà ça.
J'arrive à me rendormir. Vers neuf heures, j'entends de l'agitation dans le couloir. Mon père n'est plus dans ma chambre. Je parvient difficilement à me lever. Marcher me demande un grand effort contre la douleur. Au moment où je vais ouvrir la porte, mon père apparaît.
-Daiki, tu ne devrais pas être débout...
-Qu'est-ce qui se passe ?
-Akashi s'est réveillé. Il est déboussolé.
-Je veux le voir. Il me fait confiance. Il me parlera.
-Daiki...
-Je passerai de force. J'irai le voir quoiqu'il arrive.
-Tu ira le voir plus tard. Pour le moment, tous les deux, vous n'êtes pas en état.
Je regarde mon père droit dans les yeux. À vrai dire, c'est la douleur que je ressens dans ma poitrine qui me pousse à renoncer. Mon père m'aide à retourner m'allonger dans le lit.
Il est neuf heure du matin. Il y a de l'agitation autour de moi. Ma tête est lourde. Je met un moment à émerger de ma torpeur. La vue est très trouble, mes oreilles sifflent. Mon corps est lourd, j'ai beau forcer, je n'arrive pas à le bouger correctement.
Quand ma vision devient claire, je comprend que je suis à l'hôpital. Un médecin est penché sur moi. Qu'est-ce que je fais là ? Que s'est-il passé pendant mon inconscience ? J'ai encore tué quelqu'un ? Ma respiration accélère, je n'arrive pas à la calmer. Le médecin et les infirmières me demandent de respirer moins vite, de me calmer, ils me disent que tout va bien. Non, rien de va bien. Rien n'ira jamais bien.
Je n'ai plus de souffle. Mon cœur me fait mal tellement il bat fort dans ma poitrine. Je vais imploser. Je sens que je ne peux pas bouger les bras. Il y a un tintement métallique. Je regarde des vois des menottes. Je suis menotté à un lit d'hôpital.
Je crois que je cris. Je demande ce qui m'arrive, ce que je fais ici. J'ai dû refaire du mal à quelqu'un. J'ai dû... Je me souviens du toit de Teiko, des policiers devant moi, d'Aomine en bas. Ils me criaient tous des choses, ils voulaient parler. Puis, je me suis laissé tomber.
On me pique le bras. Peu de temps après, mes pensées se calment. Ma voix devient pâteuse, les sons me parviennent, atténués par une nuage ouaté. J'arrive de nouveau à respirer. On me laisse dans la chambre. Mes bras sont faibles. J'essaie de tirer sur les menottes, de tester leur résistance mais je n'ai aucune force. Me voilà prisonnier.
Je reste peut-être une heure, peut-être deux, ainsi, allongé sur mon lit, à regarder tantôt l'extérieur, tantôt le plafond. J'écoute ce qui parvient, je me concentre sur tout ce qui n'es pas fixe. Heureusement, le ciel est généreux en nuage et le vent les fait bouger vite.
Les calmants cessent assez vite de faire effet. Ma poitrine est prise dans un étaux. Mon ventre est tiraillé, tordu, emmêlé. Avant ces quatre derniers jours, je n'avais jamais ressentis une angoisse pareille. Je ne sais pas ce qui va m'arriver. Quelles preuves la police détient-elle contre moi ? J'avais prévu de fuir, j'avais prévu d'en finir. Et finalement, ce que je craignais est arrivé.
Peut-être parce que je suis si angoissé, vers onze heure, je ressens une faim terrible. Je réalise que je n'ai rien mangé depuis presque deux jours. Mon ventre se tord, gronde. Il me fait mal. La sensation de faim devient insupportable. À vrai dire, cette situation me rappelle celle dans laquelle j'étais quatre ans plus tôt. Tétanisé dans un coin de la pièce, sans boire ni manger pendant trois jours. Mais à cette époque, c'était par choix que j'étais resté aux côtés de maman. Là, je suis prisonnier.
Vers midi, deux policiers et une infirmière entrent dans ma chambre. Je reconnais le père d'Aomine. On dépose un plateau avec de la nourriture. J'ai terriblement faim. Mais menotté comme je le suis, impossible pour moi de manger. Je dois attendre qu'on me détache.
Le père d'Aomine vient s'asseoir près de moi.
-Tu as l'air plus calme qu'à ton réveil, dit-il.
Je ne répond pas. Je ne sais pas vraiment quoi dire. J'ai peur que chaque phrase me trahisse.
-Que... qu'est-ce que je fais là ?
Est-ce que je joue l'innocent ? Que puis-je espérer à ce stade ? Est-ce que quelqu'un peut me croire ? Et d'ailleurs... suis-je innocent ? Je ne me souviens pas de six des huit meurtres. Néanmoins... le septième... j'ai encore la sensation de ce couteau dans ma main, de cette facilité avec laquelle j'ai tranché cette gorge. C'était si réel... impossible de me convaincre que c'était un rêve. Je préférerai.
-Tu ne te souviens pas ?
-Pas vraiment... j'étais sur le bord du toit.
-Et tu es tombé.
Comment se fait-il que je ne sois pas mort ? Une chute pareille... trois étages, j'aurai dû me rompre la nuque. Le père d'Aomine m'a-t-il rattrapé ?
-Et... pourquoi vous m'avez menotté ?
Ma voix est chevrotante. J'imagine que ça se voit que j'ai peur. Un meurtrier ne serait pas aussi terrifié. Ils vont bien finir par s'en rendre compte. Du moment que le monstre en moi ne se manifeste pas, peut-être que je peux m'en sortir...
-Tu n'en a aucune idée, Akashi-kun ?
-... Non. Vous aviez dit que vous vouliez juste me parler...
-C'est exact. Mais tu as eu une réaction très négative.
-... négative ?
Qu'entend-t-il par négative ? Est-ce que j'ai fais du mal à quelqu'un ? J'ai terriblement envie de poser la question pour m'en assurer. J'ai besoin de savoir de quoi il parle. Si j'ai blessé quelqu'un...
-Tu as refusé le dialogue. Puis tu as menacé de sauter. Et tu l'a même fait.
-Je ne savais pas ce que vous me vouliez.
-Simplement te parler.
Le père d'Aomine le dévisage.
-Pourquoi as-tu pris la fuite ?
-J'ai eu peur.
-De quoi ?
-... tout le monde a peur quand deux personnes armés se montrent.
-Pas ceux qui n'ont rien à se reprocher.
Ses yeux noirs, identiques à ceux d'Aomine, m'analysent. Que lit-il dans mes yeux ? Quelle conclusions est-il en train de tirer ?
-Vous auriez pu vouloir me kidnapper. Mon père m'a mis en garde.
Il faut que je justifie ma réaction. Il faut que je m'en sorte. Mais une part de moi à envie de renoncer, à envie de se faire enfermer à vie pour ne plus jamais avoir à souffrir, à avoir peur de blesser les autres. Ce serait reposant. Ne plus pouvoir prendre de décisions vitales. Se laisser guider. Il ne faut pas trop que j'y pense. Sinon, je vais être tenté.
J'ai faim. Cette idée me torture. Mon ventre ne cesse de se tordre. Il est vide. Il réclame. J'ai faim. Je regarde ce plateau plein de nourriture, posé à deux mètres de moi.
Le père d'Aomine finit par remarquer que mon regard ne lâche pas le plateau. Il se retourne, le prend et le dépose sur la table amovible. Puis, il sort un petit trousseau de clés et retire la menotte qui maintenait ma main droite.
-Est-ce que vous pourriez détacher l'autre main ? S'il-vous plaît.
-Pourquoi ?
-Je suis gaucher, Aomine-san.
Il s'exécute. Une main libre, c'était déjà ça. Je prend la fourchette et la plante dans les légumes à la vapeur. Je dévore mon repas malgré sa piètre qualité. Ma main me semble lourde quand je veux saisir mon verre d'eau. Mes yeux se voilent.
Kan Aomine regarde Akashi Seijuro manger son repas. Il observe chacun de ses mouvements. Le tueur est droitier. C'est ce que l'autopsie a révélé. Raison pour laquelle il a détaché la main droite d'Akashi en premier. Pour tester sa réaction.
Plus vite il aura défini si Akashi Seijuro a un lien avec cette affaire, plus vite il sera tranquille. Et mieux ce sera pour son fils. Daiki est dans un état étrange. Il est si inquiet pour son ami... étrange, Kan n'avait jamais eu l'impression qu'ils étaient très proches.
Ce gamin de bientôt quinze ans peut-il être un tueur en série ? En le voyant, petit, pâle, aux yeux profonds, on l'imagine mal égorger des gens. Et quand on étudie son parcours, on découvre celui d'un étudiant modèle, un garçon intelligent, gentil, serviable. Rien ne peut laisser penser qu'il peut tuer des gens. Et pourtant... ce sont ses empruntes sur la septième scène de crime. C'est son visage que la gamine a décrit. Et il a détalé devant la police pour ensuite menacer de se suicider.
La mort de sa mère et le traumatisme qui a suivit peut-il justifier des meurtres ? Kan savait. Il avait lu le dossier. Il était même là. Il était arrivé dans l'immense maison des Akashi et avait vu les cadavres qu'on emmenait dans des sacs mortuaires. Il y avait du sang partout. Et, dans un coin de la pièce où on avait retrouvé Shiori Akashi, se tenait son fils. Il ne bougeait pas. Il regardait les gens sans les voir. Une médecin était penchée sur lui et essayait de le rassurer. Akashi Seijuro était resté immobile pendant trois jours. Même s'il le voulait, il ne pouvait peut-être pas bouger. Il était déshydraté, affamé et croupissait dans ses vêtements.
Finalement, la médecin était parvenue à le lever. Elle l'avait emmené dans la salle de bain la plus proche. Déshabiller l'enfant, le faire prendre un bain, avait été une épreuve. En retirant ses vêtements rigidifié par le sang et l'urine, on avait pu voir le sang séché qui recouvrait tout son dos et ses jambes. Les vêtements furent placés dans sac pour que les fluides s'y trouvant puissent être analysés. La médecin avait examiné le garçon qui ne s'était pas laissé faire. Elle avait prélevé un peu du sang qu'il avait sur le corps et sur les cuisses. Le résultat, quelque jours plus tard, révéla que c'était le sang de sa mère qu'il avait sur le corps et sur ses vêtements, mélangé, au niveau de ses cuisses, à du sperme. Le tueur l'avait apparemment jeté dans la marre de sang avant de le déshabiller et de le violer. Puis, il lui avait remit ses vêtements et était parti.
Ce n'était qu'une théorie. Akashi Seijuro n'avait aucun souvenirs de cet événement. Il ne se souvenait que de la mort de sa mère et pas de ce qui s'était passé ensuite. Les nombreux interrogatoires qu'il avait subit furent infructueux sur ce point. Son récit cessait et reprenait toujours au même endroit.
Kan Aomine sursaute en voyant Akashi Seijuro soudain lâcher son verre d'eau. L'adulte se lève, retourne le remplir et lui redonne. Akashi le porte à ses lèvres avec une posture étrange. Il tient le verre haut et semble peu assuré.
Le plateau vide, l'infirmière le remporte et laisse les policiers avec le garçon. Kan Aomine rattache Akashi avec les menottes.
L'adulte se lève. Le regard d'Akashi le suit. Il a l'impression qu'il lui brûle le dos tellement il est intense.
-Je vais te laisser te reposer encore un peu.
-Je me suis assez reposé. Est-ce que vous pourriez me détacher ?
-Je regrette, mais c'est impossible.
-... Je suis donc soupçonné.
Évidement qu'il l'est. C'est le sujet de leur conversation depuis le début. Kan fronce les sourcils. Il quitte la chambre, songeur.
Je trépigne dans ma chambre. Mon père me surveille, c'est évident. Il doit se méfier de mes réactions parfois imprévisibles. Je n'arrive pas à me résoudre à rester allonger ainsi. Il faut que je bouge. Il faut que j'agisse. Akashi n'est pas loin d'ici. Je pourrai peut-être l'atteindre, d'une manière ou d'une autre.
Je sens que mon père aussi a du mal à rester ici. Il voudrait aller interroger Akashi, ou bien le surveiller, comme moi. Mais il est contraint de rester ici le temps que Satsu et Tetsu arrivent. Heureusement pour mon père, ils se pointent en avance.
Comment font-ils pour être souriants ? Ils saluent mon père qui en profite pour filer et s'approchent de mon lit.
-Dai-chan ! J'étais tellement inquiète quand j'ai vu ton message ! Comment tu as fait pour tomber ?
-On avait lavé les marches, elles étaient glissantes. C'est tout.
Satsu soupire, puis me gratifie d'une sourire rassurant.
-Tu vas vite t'en remettre, ne t'en fait pas. Mais il faudra être prudent à l'avenir.
-Aomine-kun ne devait pas être très attentifs.
Tetsu sait que quelque chose me tracasse depuis quelques jours. Il est si observateur. Je ne peux rien lui cacher.
-... ouais. Sûrement.
Satsu pose au bout du lit un sac de linge propre. Où elle a trouvé ça ? Elle intercepte mon regard et sourit de plus belle.
-Ce sont tous les vêtements que tu as oublié chez moi au fil du temps. Certains T-shirt ne sont peut-être plus à ta taille, mais tu as de quoi tenir trois jours là-dedans !
-Tu as vraiment gardé ce genre de trucs ? Pourquoi tu ne me les as pas tout simplement rendu ? T'es sûr que t'es amoureuses de Tetsu ?
Elle rougit comme une pivoine et pour la première fois, c'est Tetsu qui détourne le regard.
-Idiot ! Évidement que c'est Tetsu que j'aime ! Mais tu as toujours passé tant de temps chez moi... Il fallait bien que je garde des vêtements au cas où tu vienne à l'improviste. Je te signale qu'à chaque fois tu oublie ta brosse à dent.
Je hausse les épaules et regrette immédiatement mon geste. Une douleur fulgurante me déchire la cage thoracique et, un instant, me bloque la respiration. Tetsu remarque mon visage figé par la douleur.
-Aomine-kun ?
Quand la douleur se calme, je reprend ma respiration.
-C'est... c'est rien.
J'avais commencé à oublié, rien que quelques secondes, en les écoutant bavasser, ce qui s'était réellement passé. La douleur venait de me rappeler à l'ordre.
Heureusement, c'est le moment que Satsu choisis pour sortir un jeu de société. Elle amène la table amovible, sort un jeu de carte. Il y a de furtifs regards qu'ils s'échangent, tous les deux. Je les observe. Tetsu ne se gêne pas pour l'admirer. Il la regarde mettre ses mèches rosées derrière ses oreilles et elle le regarde en coin en souriant. Ses gestes de dragues sont plus subtils qu'avant je trouve. Quelque chose à changé entre eux. Se seraient-ils parlé ?
Je ne suis pas concentré sur le jeu. Mon esprit est ailleurs. Toutes mes pensées sont tournées vers Akashi. Je n'ai personne avec qui en parler. Personne à qui faire partager mes doutes. Et je sais qu'il est confronté à la même solitude.
Kan Aomine vient de se garer devant la grande maison des Akashi. Il y avait trois voitures appartenant à Masaomi Akashi sur les graviers. Que de grosses et belles voitures. Il devinait que d'autres, sûrement beaucoup plus luxueuses, devaient être regroupées dans le garage.
Il frappe à la grande porte. La police n'était pas encore venue interroger le père. La veille, elle était seulement venue vérifier si le fils était là.
Une domestique ouvre la porte et le laisse entrer quand elle voit le badge de policier. Elle le fait attendre dans l'entrée, le temps qu'elle aille prévenir le maître des lieux. Masaomi Akashi arrive. Il a le dos droit, est bien rasé, cintré dans un costume sûrement hors de prix. Il salut poliment mais froidement le policier. Le reconnaît-il ?
-Que me vaut le plaisir de votre visite ?
La police vient le voir alors que son fils n'est pas rentré de la nuit, pourtant il ne semble pas inquiet. Est-ce un comportement habituel de Seijuro de disparaître la nuit ? Kan est assez déboussolé. Il s'attendait à ce que Masaomi soit un peu moins tranquille.
-Je suis venu vous poser quelques questions à propos de votre fils.
Le visage de l'homme se crispe. Puis, il fronce les sourcils. Enfin une réaction normale.
-Comment ça, au sujet de mon fils ?
-Il n'est pas rentré hier soir, n'est-ce pas ?
-... exact.
-Akashi Seijuro a passé la nuit à l'hôpital. Hier, en fin d'après-midi, il a fait une tentative de suicide au collège Teiko.
C'est une façon de présenter l'événement. Les domestiques de la maison écoutent depuis le bout du couloir. Kan ne peut pas révéler qu'Akashi Seijuro est soupçonné de meurtre. Il doit faire comprendre à Masaomi Akashi qu'ils doivent parler dans un lieu plus privé.
-Et pourquoi n'ai-je pas été prévenu hier soir d'un fait aussi grave ?
Pour une homme qui vient d'apprendre que son fils a tenté de se suicider, il est très calme. Pas la moindre trace d'inquiétude pour lui. Il ne se demande même pas s'il va bien.
-Les circonstances sont particulières.
Voilà la phrase qui lui fait comprendre que l'affaire est plus sérieuse qu'elle en à l'air. Masaomi invite le policier à le suivre jusqu'à son bureau. L'homme d'affaire va s'asseoir derrière son bureau en chêne. Il croise ses mains devant lui et attend les explications. Mais Kan est venu ici pour obtenir des réponses.
-Vous n'avez pas été surprise de ne pas voir votre fils rentrer hier soir ?
-Il arrive que Seijuro ne m'avertisse pas quand il va dormir chez un ami.
-Vous saviez qu'il n'était pas allé en cours ?
-Je suis rentré tard hier soir.
L'homme baisse les yeux une fraction de secondes.
-Comment va Seijuro ?
-Bien. Il n'a rien. Un élève a amorti sa chute.
-Que s'est-il passé ?
-Il a voulu sauter du toit.
Kan ne s'attend pas à ce que l'homme d'affaire demande comment va l'autre élève, ni même qu'il demande qui c'est. Les autres n'intéressent pas cet homme.
-J'aurai besoin de fouiller la chambre de votre fils.
-Pourquoi ça ?
Kan sort un papier de sa poche. Une autorisation venant du procureur de la police de Tokyo. Il avait prévu le coup. Il faut prendre les devant quand on va parler à ce genre d'homme. Masaomi Akashi prend le papier et le lit avec les lèvres pincées. Il n'aime pas du tout ce qui se passe.
-Monsieur, ce que je vais vous dire est confidentiel. Ça ne va pas vous plaire.
-Allez-y.
-Nous soupçonnons votre fils d'avoir commis un ou plusieurs meurtres lors des derniers mois.
Il y a un moment de flottement. Une seconde rigide, inflexible, qui semble s'étendre à l'infini. Masaomi Akashi tente de rester impassible. Mais sa main s'est mise à trembler. Il la pose sur le bureau avec la feuille pour cacher cette faiblesse.
-Plaît-il ?
-J'ai dit que la police pense qu'Akashi Seijuro est l'Égorgeur de Tokyo.
-Qu'est-ce qui peut vous faire penser une chose pareille ?
-Les empruntes de votre fils ont été trouvées sur une des scènes du crime. La fille de la dernière victime l'a vu tuer son père. Et hier soir, quand deux de mes hommes ont voulu lui parler, il a immédiatement prit la fuite.
-Seijuro n'est qu'un enfant.
Kan reste calme, professionnel. Il n'aurait jamais cru, un jour, soupçonner Akashi Seijuro. Le gamin qui a vu sa mère mourir. Un des amis de son fils. C'est peut-être le fait que Daiki soit ami avec lui qui le perturbe tant. L'idée que Daiki ait pu fréquenter un tueur cacher, qu'il ait pu être en danger... Et comment croire qu'un gosse de quatorze ans ait tué huit personnes ? Il fallait au plus vite découvrir la vérité.
-Comment avez-vous obtenus les empruntes de Seijuro ?
-On prend les empruntes de toute personne qui est mise en garde à vue.
-Et pourquoi, d'après-vous, mon fils aurait-il pu tuer des gens ? C'est un élève exemplaire, le capitaine de son équipe de basket.
-Je sais. Toutes le victime ressemblent à l'homme qui a assassiné votre femme et abusé de votre fils. Avez-vous eu l'occasion de parler de cet événement avec lui ? Comment réagissait-il ?
-Pas comme un tueur.
-Il a assisté à l'exécution ?
-Oui. Il était avec moi ce jour-là.
Kan avait vérifié. L'assassin de Shiori Akashi avait été exécuté un mois avant le premier meurtre de l'Égorgeur. C'était une sacré coïncidence. Cela a-t-il déclenché quelque chose chez Akashi Seijuro ? Voir le meurtrier se faire exécuter aurait pourtant dû le soulager.
-La presse est-elle au courant ? Demande Masaomi Akashi.
-Non. Nous ne tenons pas à ce que l'histoire s'ébruite tant qu'elle n'est pas claire.
-Vous attendez les aveux de Seijuro ?
-Et des preuves supplémentaires. Comme, l'arme du crime...
Il le vois se tendre sur son fauteuil. D'ici cinq minutes, un équipe de policiers viendront fouiller la chambre d'Akashi Seijuro.
Kan reste avec Masaomi Akashi le temps que l'opération se réalise. Après une demie-heure de fouille, un jeune policier descend les escaliers et ouvre la porte du bureau. Il tiens un sac en plastique dans la main avec, à l'intérieur, un couteau. L'arme est longue d'au moins dix-huit centimètres et demi pour trois centimètres de large. La taille estimée de l'arme du crime.
Masaomi Akashi est désormais blême. L'arme est si aiguisée qu'elle perce le sac plastique à son extrémité.
-Où l'avez-vous trouvé ? Demandât le chef de l'enquête.
-Dans le dressing de la chambre, au fond d'un tiroir.
Le jeune policier tend l'arme à son chef qui l'examine. Il sort une lampe UV et la passe sur l'arme. Il détecte ainsi une petite tâche de sang. L'arme semble avoir été nettoyée récemment. Masaomi Akashi a le cul vissé sur sa chaise. Il regarde le policier travailler. Un couteau a été trouvé dans la chambre de Seijuro. Impossible. Son fils n'est pas un tueur en série.
-Qu'est-ce qui prouve que ce n'est pas un de vos hommes qui l'a déposé ?
C'est sa seule ligne de défense. Et si le policier face à lui a un argument solide, alors il n'aura pas d'autre choix que d'accepter l'impensable vérité.
-Si on trouve les empruntes de votre fils dessus, ce sera une preuve suffisante.
-Quelqu'un aurait pu les mettre.
-C'est peu probable. Vous le savez aussi bien que moi.
Il le sait. Il le sait parfaitement. Mais comment accepter ?
-Le tueur vous échappe depuis sept mois... Vous devez être désespéré pour accabler un enfant de quatorze ans.
Masaomi savoure un instant la colère dans les yeux du policier. Touché. Hors de question qu'on accuse son fils. Hors de question que Seijuro finisse en prison comme un criminel. Mais... et si c'était vrai ? Et si la police avait raison ? Seijuro avait vécu quatre jours d'enfer et Masaomi se souvenait encore de son regard, de son visage, quand il l'avait découvert. Qu'est-ce que ces trois jours avaient fait naître en lui ?
Seijuro lui avait fait peur. Son innocence avait été sauvagement prise. Masaomi n'avait pas pu le protéger, lui qui était son fils. Et depuis, il s'était éloigné le plus possible de lui, incapable de regarder son fils de peur de retrouver ce regard brisé. Ce regard qui semblait lui demander pourquoi il avait mit tant de temps à venir le chercher.
Peut-être qu'il n'était pas si insensé qu'il se soit détraqué.
-Hier... commence le policier, nous avons eu l'occasion de discuter un peu avec le personnel de la maison. Ils nous ont dit que votre fils ne dormait plus. La nuit, il est dans sa chambre, mais il ne dort pas. C'est vrai ?
-C'est ce qu'on a constaté.
-Il n'a jamais quitté la maison ?
-On s'est habitué à l'idée qu'il restait éveillé. On le voyait lire ou bien rester assis sur son lit, sans bouger. On a fini par cesser de le surveiller. On s'est fait à l'idée et ça ne le dérangeait pas.
-Vraiment ?
-Oui. Ses résultats sont restés optimaux et il ne semblait pas fatigué.
Le policier acquiesce. Il reste dans le bureau de Masaomi Akashi jusqu'à ce que l'équipe ait fini de retourner la chambre. Après cela, il s'en va non sans laisser sa carte au cas où l'homme d'affaire aurait des informations à lui donner.
Masaomi resta assis dans son fauteuil tout le reste de la journée.
À midi, une infirmière m'a apporté un repas sur un plateau. C'était pas bon. Mais comparé à la cuisine de Satsu, c'était un restaurant quatre étoiles. J'avais d'ailleurs peur, en l'invitant, qu'elle ne ramène de la bouffe maison. Peut-être que Tetsu l'en a dissuadé. Cela dit, si on séjour à l'hôpital s'éternise, peut-être que je ne je vais pas pouvoir échapper à sa cuisine.
Satsu et Tetsu vont s'acheter un sandwich à la cafétéria de l'hôpital qu'ils viennent manger dans la chambre avec moi. Ils arrivent à me maintenir dans la conversation, à ne pas me faire penser à tout ce qui s'est passé depuis hier.
On passe tout l'après-midi à jouer. Vers quinze heures, Satsu me demande si elle doit m'apporter les devoirs pour la semaine prochaine. Bien tenté. Je refuse. Pour le moment, je n'ai aucune de bosser. Je n'ai personne pour qui bosser. Jamais ne n'ai cherché à avoir des résultats correct pour moi-même.
Le médecin passe me voir. Il examine ma blessure, aussi bien celle à la tête que mes côtes cassées. D'après lui, je devrais être remit dans le moi. Pas de sport avant un moment. Ça, ça me gave. J'ai justement besoin du basket pour me défouler. Ma blessure à la tête devrait bien cicatriser. Ils m'ont trois petits points de suture. D'ici la fin de la semaine, ils pourront les retirer. En attendant, je dois me trimballer ce bandage autour du crâne pour maintenir le pansement. J'ai l'air fin...
Satsu et Tetsu repartent vers dix-sept heure. Satsu me promet de revenir le lendemain, peut-être avec Kise s'il est dispo. Plus il y aura de monde, mieux se sera pour me divertir.
Mon père devait attendre qu'ils s'en aillent car deux minutes après leur départ, il entre dans ma chambre. Il a la mine tirée, comme d'hab depuis sept mois. Il sent la clope.
-Comment tu vas ?
-On s'en fou. Des news ?
Mon père fronce les sourcils.
-Moi, je ne m'en fou pas. Je veux savoir comment tu vas.
-T'es pas rentré à la maison pendant deux semaines. Pas un texto. Pas un appel. T'en a rien eu à foutre de moi pendant deux semaines.
Il n'a rien à répondre. Je ne devrais peut-être pas l'envoyer chier comme ça. Mais il est ma seule famille et s'il veut le rester, il va falloir qu'il le réalise. Son boulot est important, je ne le nie pas. Mais je crois que le fait qu'il s'en prenne à Akashi me fou en rogne. Là, maintenant, je déteste son boulot. Je déteste tout. Il faut que je me défoule sur quelqu'un et c'est tombé sur lui.
-J'avais... du travail, Daiki. Des gens sont morts.
-Je sais, putain.
Nous prenons tous les deux une grande inspiration, nous prenons sur nous. Nous gardons nos remarques cinglantes pour le moment. Mon père abdique le premier.
-Je crois que je vais te laisser pour le moment. On reparlera de tout ça plus tard.
-Non, dis-moi comment l'enquête avance. Vous avez de nouvelles preuves contre Akashi ? Vous lui avez parlé ?
-On lui a parlé. Et on a fouillé sa chambre. J'ai également discuté avec son père.
-Et ?
-Ça a permit d'éclairer certains points. Mais il y a encore beaucoup de zones d'ombre.
Il n'en dira pas plus. Déjà, il se lève pour quitter la chambre. Il se tourne une dernière fois vers moi, un peu hésitant.
-Reposes-toi. Je repasserai te voir.
Comme si j'avais besoin de repos... J'ai envie de hurler de rage. À défaut, je balance le radio réveil sur le sol. Voir l'objet se casser, entendre ce bruit me soulage un court instant.
Un policier entre dans la chambre. Ils ne vont pas me laisser tranquille. L'homme s'assoit sur la chaise avec un carnet dans la main et un dictaphone.
-Bonjour, Seijuro.
-Je vous interdit de m'appeler ainsi.
Ils n'y a que mes parents qui m'appellent par mon prénom. Venant de quelqu'un d'autre, je ne supporte pas ça. Le policier sourient poliment. Il gigote un peu sur sa chaise.
-J'ai des questions à te poser.
-Un interrogatoire.
-En somme, oui. Tu veux bien répondre ?
Je n'aime pas cet homme. Il sourit trop. Il essais d'être rassurant, mais ça ne marchera pas. Il me met mal à l'aise. Je triture mes mains, m'agite et commence à regarder un peu partout, comme pour chercher un échappatoire.
-Je peux te demander ce que tu faisais dans la nuit de mardi à mercredi.
-Je dormais. Comme tous le monde.
-Et dans celle de jeudi à vendredi ?
-Pareil.
Il note. Il gribouille. Il griffonne. Je ne peux pas lire ce qu'il écrit. Il enregistre ce que je dis. Je ne fais que fixer le dictaphone des yeux. Comment va-t-on interpréter les silences ? Mes hésitations ? Qu'est-ce que ma voix va trahir ?
-Tu n'étais pas en cours vendredi. Pourquoi ?
Un mensonge, vite.
-Je n'étais pas en forme.
-C'est à dire ?
-J'ai... vomit.
Un brin de réalité. Mon regard reste rivé sur celui de l'homme. Est-ce que je peux le mettre mal à l'aise ?
L'homme continue à me poser des questions en apparences anodines. Il me demande comment ça se passe au collège, si je m'entends bien avec mes amis, si je n'ai pas d'ennemis, si j'aime bien mes professeurs, comment ça se passe avec mon père et j'en passe. Il doit essayer de diminuer ma vigilance, de me mettre en confiance. Mais je sais ce qu'il cherche. J'ai comprit pourquoi je suis ici.
Jusqu'à preuve du contraire, je me considère comme innocent pour six des huit meurtre. Il faut à tout prix que je pense ainsi, que j'arrive à m'en convaincre si je veux avoir une chance de m'en sortir. Est-ce que mon père a été prévenu ? Que penses-t-il de tout ceci ? Je doute qu'il s'en fiche. Mais même si par miracle les soupçons qui pèsent sur moi son levé, pourra-t-il de nouveau me regarder dans les yeux ? Je risque de perdre de ce qu'il me reste de famille. J'aurai de toute évidence perdu sa confiance.
Qu'est-ce que ça va bien pouvoir changer ? À quand remonte ma dernière discussion sérieuse avec lui ? Notre relation était presque inexistante avant cet incident. Je réalise ma solitude, si pesante.
On frappa à la porte de ma chambre. Le père d'Aomine entre et fait signe à son collègue de partir. Quand ils se croisent, il lui tape sur l'épaule, l'air de dire « bon boulot ». Le père d'Aomine dépose sa veste et son sac sur une chaise, dans un coin. Il reste debout.
-Comment tu te sens ?
-Comment va Aomine ?
Le visage du policier se crispe.
-Ça va.
-Il sait ?
-Non.
-J'ai souvenir qu'il était avec vous, en bas. Il doit se douter de quelque chose, non ?
Il ne répond pas. J'en déduis que le sujet est délicat. Aomine doit lui poser beaucoup de question. Il doit être tiraillé entre l'envie de rassurer son fils en le tenant au courant de l'avancé de l'enquête et celle de le préserver car un de ses amis est impliqué. Je peux le comprendre.
Le père d'Aomine s'approche de moi. Il sort son trousseau de clé et retire les menottes.
-Dégourdis-toi un peu les jambes, dit-il avec un sourire.
Très lentement, de peur qu'il change d'avis, je m'assois sur le bord du lit et masse mes poignets. On ne dirait pas, mais rien que le fait de porter des menottes une journée suffit à irriter la peau. Elle est rougeâtre et douloureuse. Je me lève pendant que le père d'Aomine se dirige vers son sac. Il en sort un emballage plastique dans lequel se trouve un couteau.
Il sort le couteau et le dépose sur la table. Je le reconnais. C'est le couteau qui était dans le tiroir de ma chambre. Mon sang ne fait qu'un tour. Ils ont fouillé ma chambre. Ils ont donc parlé avec mon père. Ils ont une preuve. Mon cœur bat vite. Trop vite. Je ne peux détacher mes yeux du couteau alors que je le revoie trancher la gorge de cet homme. Il était plein de sang. Il était lourd dans ma main.
Ma main droite se serre par réflexe.
-On l'a trouvé dans un tiroir de ta chambre. D'après le légiste, c'est l'arme des huit crimes.
La lame luit. Je connais son tranchant. Je déglutit difficilement. Le père d'Aomine fait un pas vers moi.
-Tu as une explication ?
-Je... Depuis ce qui est arrivé à ma mère... je... il faut bien que j'ai de quoi me défendre.
Cette explication me semble correcte, plausible. Je regarde un instant le visage du père d'Aomine. Des yeux noirs. Je ferme les yeux. Ne pense pas à ça. Non, surtout, n'y pense pas.
Il fait encore un pas vers moi.
-Toutes tes victimes ressemblent à l'assassin de ta mère.
-Ce ne sont pas mes victimes.
-Bien sûr que si. Qui d'autre aurait pu les tuer ?
-Je ne sais pas ! C'est votre boulot de le découvrir !
Il continue à approcher. Désormais, je me sens menacé. Je recule. Mon dos se retrouve contre le mur mais le père d'Aomine continue à avancer vers moi.
-Tout indique que c'est toi, Akashi Seijuro, le tueur. Tu as tué ces hommes parce qu'ils ressemblaient à l'assassin de ta mère. Tu étais en colère. Pourquoi ? Tu as pourtant vu l'assassin se faire exécuter, non ? Ça ne t'a pas suffit ?
-Reculez.
-Ces hommes n'avaient rien fait de mal. Pourtant, tu les as tué de sang froid.
-Reculez !
Ses yeux noirs me scrutent. Je n'arrive plus à respirer normalement. Mon ventre se tord. Je reconnais la sensation que j'avais eu quand Aomine avait touché ma cuisse. Comme si quelque chose remontait en moi. Une peur viscérale m'étreint. Je me sens en danger, oppressé. Est-ce l'effet qu'il recherche ?
Il veux me faire stresser, il veut me faire paniquer, il veut que j'avoue. Il veux me pousser dans mes retranchements.
-Je leur ressemble, moi aussi. Pourquoi tu ne me tuerai pas ?
Ma gorge est prise dans un étaux. Je serre mes bras contre mon torse. La peur m'étreint. Ses yeux noirs. Les mêmes que le tueur. Les mêmes que ces hommes. Les mêmes que cet homme que je me suis vu tuer.
Je vois la lame du couteau. Elle m'appelle. Elle est là. Volontairement à portée de main. Je pourrai me défendre. Je pourrai... le tuer. La possibilité est là.
-Je...
-Tu as tué tous ces hommes. Alors pourquoi pas moi ? Qu'est-ce qui pourrai t'en empêcher ?
Le père d'Aomine met ses mains de chaque côté de ma tête, sur le mur. Je suis encerclé. Je suis piégé. Je vois trouble à cause des larmes qui s'accumulent au bord de mes yeux. Je vois le couteau. Il me suffirait de tendre le bras.
Non. Je repousse violemment le père d'Aomine. Il est surpris et perd l'équilibre. Il se rattrape eu bord du lit. Mon corps réagit. Je sens mes entrailles se tordre. Je cours vers la salle de bain et vais vomir dans les toilettes. J'entends les pas du père d'Aomine derrière moi. Il vient frotter mon dos mais je le repousse. Je tire la chasse d'eau et me laisse tomber dans le coin entre le mur et la cuvette.
-Je suis désolé, Akashi. J'ai voulu te faire réagir.
-Vous êtes malade... je parviens à articuler.
-Excuses-moi si je t'ai fais peur.
Évidement qu'il m'a fait peur. Mais il a surtout remuer des choses. Il m'a fait réagir. Peut-être pas comme il l'espérait. Mais il l'a fait.
Les larmes coulent toutes seules sur mes joues. Je les sens. Froides. Je ne lutte pas contre elles.
-Je veux voir Aomine, dis-je finalement. Et... me brosser les dents.
Je vois le père d'Aomine sourire. Il me laisse quelques secondes et revient avec un brosse à dent emballée dans du plastique et un mini dentifrice. Je me relève. Le goût de la menthe m'apaise. Petit à petit, mon rythme cardiaque baisse, se stabilise. J'entends le père d'Aomine ranger le couteau dans la pièce d'à côté.
Je me brosse les dents bien plus longtemps que trois minutes. Puis, je retourne dans la chambre. Le père d'Aomine tient le trousseau de clé dans ses mains. Je me rallonge sur le lit et le laisse me remettre les menottes. Maintenant, je me sens étrangement un peu plus serein avec elles. Je ne risquerai pas de faire de mal à quelqu'un.
J'étais à deux doigts de prendre ce couteau.
Le soleil est couché depuis une demie-heure quand mon père entre dans ma chambre. Il me tend sa veste.
-Mets ça, il fait frais dans le couloir.
Je le regarde, indécis. Le couloir ?
-Je dois quitter l'hôpital ?
-Non. Je t'emmène voir Akashi, me répond-t-il avec un petit sourire.
J'attrape sa veste et l'enfile. Puis, mon père m'aide à me lever, gardant le dos le plus droit possible pour ne pas me faire mal. On quitte la chambre. Comme il l'avait dit, le couloir est froid. Mon père reste près de moi tout le long du trajet. Marcher me fait moins mal que je l'aurai imaginé. Peut-être parce qu'on m'a donné un anti-douleur i peine une heure de ça.
Je repère facilement la chambre d'Akashi. Elle est gardée par deux policiers. Ils saluent mon père du regard quand celui-ci approche. Ils ouvrent la porte et nous laisse entrer. Akashi est là, assis sur son lit, les mains menottés de chaque côté du lit. Ça fait bizarre de le voir ainsi. Mais lui semble vraiment soulagé de me voir.
Je m'assois sur la chaise à côté de son lit. Mon père nous laisse seul. Je devine cependant qu'il va rester dans les parages.
-Salut.
Je ne sais pas vraiment quoi lui dire. Ça me rassure de constater qu'il a l'air bien. Mais il est menotté comme un criminel.
-Salut.
Il regarde ma tête et vois le bandage. Son sourire s'efface.
-Tu es blessé ? Qu'est-ce qui t'es arrivé ?
Puis, soudain, ses yeux s'affolent.
-Ne... ce n'est quand même pas moi qui... Aomine... je t'ai blessé ? C'est de ma faute ?
-Bien sûr que non !
Je me lève et prend sa main glacée.
-Ce n'est pas toi, t'inquiète c'est... tu es tombé du toit ? Tu te souviens ? J'ai voulu te rattraper. C'est tout.
Je n'ai pas l'impression que savoir ça le soulage ou le rassure. Il garde ces yeux paniqués.
-Akashi, dis-je d'un ton assez solennelle. Il faut que je sache... Je ne pourrai pas rester dans l'incertitude. Est-ce que tu es quelque chose à voir avec ces meurtres ?
Il reste muet. Mais ses yeux sont effrayés. Je le vois qui tremble, qui respire vite.
-Je... je ne sais pas.
Réponse inattendu. Je m'attendais à un franc « non ». Mais il ne sais pas. Il est perdu. J'aimerai bien, l'espace d'un instant, être dans sa tête et le comprendre.
-Tu ne sais pas ?
Il agite la tête.
-Akashi, il faut que tu me parles.
Il se tend.
-Pour que tu répète tout à ton père ? Pour qu'on m'enferme ?
Je crois comprendre. Et je n'aime pas ça du tout.
-Akashi, dis-je de la voix la plus douce possible. Si tu n'as rien fait de mal... pourquoi as-tu si peur ?
-Tout le monde me crois coupable.
Parce qu'il y a des éléments contre lui. Les éléments solides. Un couteau, des empruntes, un témoignage, un mobile. Tout indique que c'est lui. Mais je refuse tout de même d'y croire. Tant que je ne l'aurai pas entendu de sa bouche, je ne pourra pas l'accepter.
-Pas moi, dis-je finalement. Moi, je pense que tu n'as rien fait de mal.
Un instant, j'aperçois une lueur dans son regard, un soulagement.
-Vraiment ? Murmure-t-il.
-Oui, vraiment. Tout à l'heure, tu as dit que tu ne savais pas. Expliques-moi.
Il hésite. Puis, il se jette à l'eau.
-La nuit qui a suivit notre baiser, j'ai fait un cauchemars. J'étais dans une maison que je ne connaissais pas. Il y avait un homme sur le sol, blessé à la jambe, un torchon enfoncé dans la gorge. Je me suis vu le tuer. Après... je me suis réveillé dans mon lit. Tout semblait normal. Mais aux informations, on parlait d'un meurtre qui avait eu lieu... un homme égorgé dans la maison que j'avais rêvé.
Je retiens mon souffle. J'ai du mal à croire ce que j'entends.
-Jeudi soir, il s'est passé une chose similaire. J'ai fais un cauchemars où j'étais dans une cuisine avec un homme mort. Et une enfant cachée derrière un rideau. Et cette fois, quand je me suis réveillé, j'étais sous la douche.
-Tu as fait des cauchemars...
Tout me semble irréel. De simples cauchemars ne peuvent expliquer des meurtres. Akashi a rêvé qu'il tuait. Ou bien, il croit avoir rêvé. Mais dans ce cas, si ce n'est pas un rêve, pourquoi n'a-t-il aucun souvenir des six premiers meurtre ?
Je me souviens de sa réaction lors de notre baiser. Quand j'ai touché sa cuisse, il a bondit et filé, comme si je l'avais brûlé, comme si mon contact lui était insupportable. Maintenant que j'ai lu le dossier, j'ai peur de comprendre. Et si ce contact lui avait rappelé un très mauvais souvenir ? Un souvenir qu'il avait enfouir ? Et si ce contact l'avait encore plus chamboulé ? Mais un chamboulement interne. Ça a réveillé quelque chose.
-Tu me détestes ? Demande Akashi presque dans un murmure.
Je relève la tête.
-Non.
Akashi n'est pas un meurtrier. Je le sais. Et à vrai dire, c'est ce que son témoignage vient de me confirmer. Il n'avait conscience de rien. Rien n'était prémédité. Ce n'est pas lui qui a décidé consciemment de tuer.
-Le problème, Akashi, c'est que la police dispose de preuves contre toi. Tes empruntes, un couteau dans ta chambre et le témoignage de la fille. Et tout ceci... amène à penser que tu n'a pas fait que des cauchemars.
Il se mord la lèvre et garde le silence. Je vois ses yeux s'humidifier, se gorger lentement de larmes.
-Il faut comprendre pourquoi tu n'a jamais eu aucun souvenir de ça.
-Je crois qu'il y a... un monstre, à l'intérieur de moi.
-Ce monstre n'est pas toi.
C'est plus fort que moi. Je me lève et m'approche de lui. Akashi lève la tête et me permet de l'embrasser. Les barres sur le bord du lit m'empêche de m'asseoir juste à côté de lui pour que ce soit plus confortable. Me pencher ainsi me fait mal aux côtes. Mais tant pis.
J'échange un baiser avec Akashi et sous mes doigts, son corps se détend petit à petit.
-J'aurai une dernière question, je murmure. Pourquoi tu es venu dans ce vestiaire vendredi ?
-Je voulais vous voir tous avant de partir. J'avais prévu de disparaître. Mais tu étais seul alors... J'ai eu envie... de vivre ça.
Je sourit et l'embrasse encore une fois.
-Quand tu sortira d'ici, on aura tout le loisir de recommencer.
Nous avons tous les deux besoin d'espoir. Akashi me sourit. Il est temps pour moi de m'en aller. J'ouvre la porte de la chambre avec un dernier regard vers Akashi. Mon père m'attend. Il trépigne.
-Je ne te raccompagne pas jusqu'à ta chambre. Il faut que j'aille bosser.
J'acquiesce. De toute façon je préfère ça plutôt qu'il me harcèle pour avoir le contenu de notre conversation. Je m'éloigne et retrouve ma chambre. Je réalise que je porte encore la veste de ma père et la retire. Je regarde un instant dans le couloir pour voir si je ne l'aperçois pas pour lui redonner. Mais ce n'est pas le cas. Tant pis.
C'est quand je la pose sur la chaise que je le sens. Un petit truc dur sous l'encolure de la veste. Je regarde et découvre un micro. Il a écouté toute ma conversation avec Akashi.
Kan Aomine écoute pour la quatrième fois la conversation entre son fils et Akashi Seijuro tout en regardant les images renvoyés par la caméra installé dans la chambre du suspect. Il tape frénétiquement sur sa feuille de note du bout de son stylo, laissant une marque à chaque passage. Il a bien fait de placer ce micro. Les informations récoltées sont précieuses. Enfin, il y a aussi des choses qu'il aurait préféré ne pas entendre...
Ainsi, son fils et Akashi Seijuro sont plus qu'amis ? Et c'est récent. Kan ne peut nier qu'il est surpris. Mais aussi... de tous les ados de Teiko, il a fallut qu'il s'amourache d'un criminel. Le policier, en raison de cette découverte plutôt déstabilisante, a du mal à se concentrer sur l'essentiel de la conversation.
C'est quoi cette histoire de cauchemars ? À vrai dire, ça complique beaucoup les choses. Akashi Seijuro ne serait pas conscient d'être un tueur. Original comme défense. Mais il faut le prouver. Prouver qu'Akashi Seijuro est le tueur, compte tenu des indices récoltés, est un jeu d'enfant. Mais prouver qu'il était conscient de ces meurtres sera tout le dilemme. Il aurait été plus simple qu'il avoue clairement être l'auteur des huit meurtres.
Serait-il somnambule ? Après tout, on raconte qu'il ne dort pas la nuit. Qu'est-ce qui peut bien créer chez lui une telle amnésie ? Après avoir relu le compte rendu de la discussion que son collègue avait eu avec le garçon dans l'après-midi, il avait noté un détail : Akashi Seijuro avait affirmé qu'il dormait les nuits des meurtres. Or, tout le monde dans sa maison peut témoigner qu'il ne dort jamais. Akashi Seijuro ignorerait qu'il fait tout le temps des insomnie ? Son collègue lui avait dit qu'il semblait plutôt sincère quand il avait parlé.
Akashi a dit à Daiki qu'il avait un monstre en lui. Il a dit qu'il avait fait des cauchemars étrangement semblables à la réalité. Étrange. Incompréhensible. Plus il y réfléchit, plus la solution lui semble s'éloigner.
Il reporte son attention sur les images transmisses par la caméra. Il l'a installé après son coup de pression sur Akashi. Le garçon n'a pas attrapé le couteau comme Kan supposait qu'il le ferait. Par contre, sa réaction, bien qu'inattendue, a été très intéressante. Pour Kan, il était clair qu'il avait fait ressurgir chez le garçon des souvenirs enfouis. S'il ne se savait pas soupçonné par la police, l'aurait-il tué ?
La caméra montre Akashi allongé dans son lit. Il a mangé il y a une demie-heure (avec la main gauche). Puis, il a demandé des feuilles et un crayon pour dessiner. Kan l'a observé faire sur la caméra. Il serait très curieux de voir ces dessins.
Va-t-il dormir cette nuit ? Pour le moment, il est allongé mais ne semble pas dormir. Il regarde le mur. Dire que son fils l'a embrassé... non, concentration. Ne pas penser à cela. Kan se reconcentre. Enfin, il voit Akashi bouger. Il se relève sur le lit. Il est assis, jambes repliées contre son torse, mains posées sur ses pieds. La position n'est pas confortable mais il reste ainsi, en boule, à regarder dehors, une bonne partie de la nuit.
Kan passe la nuit à regarder. Ses yeux le pique. Mais il n'a pas le choix. Il a besoin très vite de réponses. Demain, il faudra qu'il aille reparler à Masaomi Akashi et lui demander s'il arrive à Akashi de sortir la nuit et s'il a demandé à un médecin de l'examiner, si c'est un cas de somnambulisme.
Sur la vidéo, il finit par voir Akashi bouger. Kan est sur le point de s'endormir mais il se redresse soudain. Il est une heure du matin. Cela fait plus de trois heures qu'Akashi n'avait pas bougé. Le garçon tend les bras au maximum pour attraper les feuilles et le crayon, gêné par les menottes. Kan jubile. Akashi est en train de dessiner et il tient son crayon dans la main droite.
Est-il ambidextre ? Cache-t-il qu'il est en vérité droitier pour une raison X ou Y ? Étrange. Étrange. Que peut bien dessiner cet Akashi nocturne ? Kan est dévoré de curiosité. En tous cas, il sait ce qu'il va devoir faire : contacter un psy et faire examiner Akashi. Il a besoin de savoir si ce gamin était conscient de ses actes.
Kan assiste ensuite à quelque chose d'étrange. Akashi s'arrête de dessiner un moment. Puis, il change son crayon de main et reprend de façon frénétique. Ce petit manège continue un certain moment. Ensuite, il retourne définitivement à la main droite et finit pas délaisser le dessin. Akashi semble définitivement être ambidextre. Il pourrait parfaitement assassiner ses victimes de la main droite alors qu'il se prétend gaucher.
Que de questions que Kan rêve de lui poser... La fatigue rattrape Kan Aomine. Il finit par s'endormir, la tête reposée sur son bureau.
Je voudrais ne pas être menotté pour pouvoir toucher mes lèvres. La sensation des lèvres d'Aomine contre les miennes est encore là. Je savoure jusqu'à ce qu'elle disparaisse.
Ce soir, je suis soulagé. Aomine m'a écouté et il ne m'a pas repoussé. Il n'a pas vu en moi un monstre. J'avais si peur que ce soit le cas. Mon angoisse s'est quelque peu apaisée. Je sais qu'il y a au moins une personne qui me fait confiance. J'ai perdu toute confiance en le père d'Aomine, mais pas en lui. Il reste actuellement mon seul soutient.
Que penseront les autres, lundi, quand je ne viendrai pas en cours ? D'ici là, est-ce que le monde entier saura qu'on me soupçonne d'avoir tué des gens ? Ou bien mon père va-t-il faire pression pour dissimuler ce fait ?
On vient m'apporter mon repas. Un policier libère une de mes mains. La droite, encore une fois. Je lui explique que je suis gaucher. Il s'excuse et libère mon autre main. Je ne mange pas beaucoup. Je n'ai pas cette faim qui m'avait creusé le ventre ce matin. Je demande au policier qui me surveille s'il peut aller me chercher des feuilles et un crayon. Ce soir, j'aimerai faire une expérience.
Une fois seul dans la chambre, seul face à ces rectangles blancs, je sens que je peux réfléchir. Mon esprit est lucide.
Qui es-tu ? Je note sur une feuille. Si le monstre s'éveille cette nuit, peut-être verra-t-il le message et pourra-t-il répondre. J'hésite à poser une autre question... celle qui m'importe le plus... As-tu tué ces gens ?
Je m'allonge dans le lit et attend que le sommeil vienne. Celui-ci tarde, me laissant le temps de me repasser en boucle tout ce qui s'est passé récemment. Enfin, je me sens plonger.
Quand je me réveille, je suis assis sur mon lit. Il fait nuit. Il doit être deux ou trois heures du matin. La première chose que je remarque, ce sont les feuilles gribouillées devant moi. Le monstre s'est donc réveillé pendant la nuit. À moins que quelqu'un ne soit entré dans ma chambre et ait trouvé malin de répondre. Mais je reconnais l'écriture. Je sais que je l'ai déjà vu. Parfois, je retrouvais dans mes cahiers d'exercices, ceux que je faisais chez moi, des exercices que je ne souvenais pas avoir fait, avec cette écriture un peu plus brouillonne que la mienne.
Qui es-tu ? Je suis Akashi Seijuro. As-tu tué ces gens ? Oui.
Je prends le crayon et pose une autre question.
Pourquoi ?
Tiens... ma vue se brouille... je me sens flotter un instant encore conscience et inconscience. Quand ma vision redevient nette, la feuille est marquée.
Pourquoi ? Il m'a fait du mal.
Qui ?
De nouveau, cette impression de sombrer. Ce dialogue avec moi-même est étrange. Mais cela me permet de confirmer ma crainte. Je ne suis pas seul dans mon corps. Il y a un autre. Depuis combien de temps est-il ici ? Comment prend-t-il le contrôle ? Pourquoi je n'ai pas remarqué sa présence avant ?
Qui ? Celui qui m'a roulé dans le sang.
Quoi ? Roulé dans le sang ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Je ne comprends pas de quoi il parle. Parle-t-il d'une des victimes ? Parle-t-il de l'assassin de maman ?
Quand a-t-il fait ça ?
Depuis combien de temps es-tu là ?
Je me sens fébrile en attendant sa réponse.
Quand a-t-il fait ça ? Après avoir tué la femme je suppose.
Depuis combien de temps es-tu là ? Je ne sais pas.
J'ai moi aussi des questions, nii-san. Pourquoi tu m'as empêché de tuer l'homme ?
Nii-san ? Pourquoi m'appelle-t-il nii-san ? De quel homme parle-t-il ? J'ai tant de questions ! Attendre à chaque fois sa réponse est une torture. Je le sens effleurer mon esprit, comme une petite tape sur l'épaule qui voudrait dire : laisses-moi la place. Mais les autres fois, il n'a jamais demandé la permission.
De quel homme tu parles ? Celui à la jambe blessée dans la maison ? Au final, tu l'as tué.
Pourquoi tu m'appelle « nii-san » ?
Quand es-tu né ?
Cette fois, j'attends plusieurs minutes avant de replonger dans cette sorte de sommeil.
Et quand je me réveille, il fait jour. Le soleil perce à travers le rideau de la chambre. Je me relève dans le lit et regarde les feuilles. Au moins, l'autre moi a laissé répondu.
Écrire, avec ces menottes, n'est pas facile. Je suis obligé de tirer au maximum dessus et cela me cisaille les poignets.
De quel homme tu parles ? Celui à la jambe blessée dans la maison ? Au final, tu l'as tué.
Oui, je l'ai tué.
Pourquoi tu m'appelle « nii-san » ? Je t'ai toujours vu comme un petit-frère à protéger.
Quand es-tu né ? Je ne sais pas. Quand l'homme m'a roulé dans le sang peut-être.
Quand l'homme l'a roulé dans le sang... Il m'a toujours vu comme un petit-frère. Autrement dit, lui avait conscience de ne pas être seul. Mais pas moi. Pourquoi ? J'aimerai lui poser la question. Mais pas aujourd'hui. Tant que personne ne vient me déranger, je dessine par-dessus notre discussion. Je dois la cacher. Pour le moment, je ne sais pas si ce serait une bonne ou une mauvaise chose que la police tombe dessus.
J'arrive à cacher notre échange sous de petits personnages mignons. En espérant qu'on ne trouve pas étrange que je dessine ça compte tenu de ma situation.
On m'apporte mon petit-déjeuner. Le père d'Aomine vient libérer ma main gauche. Il m'observe et reste silencieux. Je sens qu'il a envie de parler de quelque chose. Il est huit heures et demie du matin. Il a des cernes gigantesques sous les yeux. Combien d'heures a-t-il dormit cette nuit ?
-Tu as bien dormit ? Finit-il par me demander.
-Oui.
-Ah bon ?
Merde. Je le vois dans ses yeux. Il sait. Il sait que je n'ai pas dormit cette nuit. Du moins, il sait que j'ai été éveillé.
-... oui.
-Tu sais... j'ai parlé avec ton père. Il m'a dit que tu ne dormais jamais. Depuis quatre ans.
-Ah bon ?
-Oui. Et cette nuit, j'ai pu constater que tu n'as pas dormit.
-Vous l'avez constaté ? Comment ?
-Tu es soupçonné de meurtre, Akashi Seijuro. Alors on a préféré placer une caméra dans ta chambre.
-Depuis quand est-elle là ? On vous voit me menacer, là-dessus ?
-Je l'ai placé après.
-Bien évidement, dis-je avec amertume.
J'aime de moins en moins cet homme. Ces méthodes me déplaisent. Je comprends que je sois mis sous surveillance. Mais j'aurai préféré être mis au courant. Cette nuit, qu'a-t-il vu ? Il m'a vu dessiner à deux heures du matin. Mais se doute-t-il que c'était deux personnes différentes ? Peut-être pas. À moins que la différence ne soit flagrante entre lui et moi.
Le père d'Aomine s'enfonce dans la chaise et croise les bras.
-En tout cas, tu n'as pas l'air surprise d'apprendre que tu ne fermes pas l'œil de la nuit. Tu ne te demande pas ce que tu fais pendant ce temps ?
-Cette nuit, je n'ai rien pu faire.
-Et ces dessins ?
-Je les ais fait ce matin.
-Et bien moi, je t'ai vu dessiner toute la nuit.
Il prend mes feuilles et se met à les regarder. Je stresse. Que va-t-il en déduire ? Et maintenant que j'y pense... il a dû voir Aomine m'embrasser sur la caméra... peut-être est-ce pour cela qu'il se comporte comme ça, aussi froidement ? Il doit mal prendre cette nouvelle.
-Je vais faire venir un psychologue aujourd'hui. Lundi, un juge sera saisi pour estimer si on peut prolonger la garde à vue et également ce qu'on va faire de toi.
-Je... pourrai revoir Aomine ?
-Non.
Il dépose les feuilles, rattache ma main, puis s'en va avec le plateau du petit déjeuner.
Comme il l'a dit, un psychologue vient me voir dans la matinée. L'idée qu'on tente de me décortiquer m'énerve, me stresse. Mais c'est peut-être le prix à payer pour que je puisse enfin comprendre qui je suis, ce que je renferme en moi.
Le psy doit avoir une cinquantaine d'année. Il ne porte pas de blouse blanche. Il semble normal. Pas de yeux noirs.
-Bonjour, Akashi-kun. Comment vas-tu aujourd'hui ?
-Ça dépend...
Je reste méfiant. Je n'ai pas envie de me confier. Pas à lui. À personne d'ailleurs.
-Je pense qu'on t'a expliqué pourquoi je suis ici.
-Je le devine.
Il acquiesce.
-Que savez-vous de moi ?
-Pour le moment, pas grand-chose. Je sais qu'on te soupçonne de meurtre.
-A ce stade, on m'accuse de meurtre...
-Mais toi, Akashi-kun, te souviens-tu avoir tué des gens ?
-Pas comme on l'entend. J'ai fait des cauchemars qui vont dans ce sens.
De toute façon, la polie m'a entendu en parler hier avec Aomine. Et vu l'absence de réaction du psy, il est déjà au courant. On a dû lui donner tous les éléments de l'affaire avant son arrivé. Mais ce n'est pas ça qui va le plus l'intéresser. Je sais qu'il va chercher à me faire parler de ce qui s'est passé il y a quatre ans.
-Et tu as pu constater que ces cauchemars étaient devenus réalité, c'est ça ?
-On peut dire ça. J'aurai pu avoir une prémonition.
-Tu aurai pu. C'est vrai. Mais dans cette prémonition, c'est toi qui tenais le couteau. D'ailleurs, dans quelle main tenais-tu ce couteau ?
-Dans quelle main ? Je ne sais plus...
Est-ce important ? En quoi est-ce important ? Je dois me concentrer pour me souvenir. Dans quelle main tenais-je ce couteau ? Je regarde par réflexe ma main droite. C'était la droite. Le psy doit intercepter mon regard car je le vois noter quelque chose sur sa feuille.
La main droite... étrange. Je suis pourtant gaucher.
-Maintenant, Akashi-kun, j'aimerai qu'on parle un peu du passé. Pourrais-tu me raconter ce qui s'est passé il y a quatre ans ?
-La police m'a déjà interrogé plusieurs fois à ce sujet. Vous n'avez qu'à lire le rapport.
-J'aimerai que tu le racontes encore une fois.
-Non.
J'espère mon refus catégorique. Le psy prend des notes. J'aimerai pouvoir lire ce qu'il écrit. Mais à l'envers, c'est impossible.
-D'après le rapport que j'ai lu, tu étais dans la salle de musique avec ta mère. Vous avez entendu du bruit puis un homme est entré dans le salon. Ta mère t'a ordonné d'aller te cacher. L'homme a lancé quelque chose qui a brisé la fenêtre. Puis, il a attrapé ta mère et l'a égorgé. Et toi, tu es resté prostré dans un coin. Et après ? Comment l'homme a-t-il quitté la maison ? Pourquoi ne t'a-t-il pas tué ?
Je ne sais pas ce qui s'est passé après. Mais en réfléchissant à ce que l'autre moi a dit, alors je peux en déduire que le tueur l'a attrapé et l'a jeté dans le sang. Que lui a-t-il fait ensuite ? Quand j'ai repris conscience du monde qui m'entourait, il faisait nuit, il faisait froid et le sang avait séché.
-Je ne sais pas pourquoi il m'a laissé en vie. J'étais peut-être trop jeune.
-D'accord... est-ce que tu pourras me dire ce que tu as ressentis quand le tueur de ta mère a été arrêté ?
-Je ne sais plus. J'étais sûrement soulagé.
-Et quand tu l'as vu mourir ?
Mourir ? Mais je ne l'ai pas vu mourir. On m'a simplement dit qu'il avait été pendu. Et par la suite, je l'ai lu dans les journaux. Je fronce les sourcils.
-Je ne suis pas allé à son exécution.
-Ah bon ? Tu es sûr ?
-Oui.
Le psy note quelque chose sur ses feuilles. Il continue à me poser des questions auxquelles je réponds assez vaguement. Je commence à fatiguer de tous ces interrogatoires.
Heureusement, le psy finit par partir. Je repose mon dos contre les coussins derrière moi et cherche le sommeil. J'aimerai qu'Aomine soit de nouveau là, avec moi. La compagnie de ces inconnus m'énerve et me stresse.
J'aurai peut-être dû fuir plus tôt. J'aurai peut-être dû réussir à mourir. Maintenant, je suis bloqué, obligé de tout subir.
Mes pensées sont toutes tournées vers Akashi. Je sais que sa chambre n'est pas très loin de la mienne. Toute la nuit, j'ai hésité à aller le voir. Il doit se sentir seul. Il a peut-être peur. Que pourrai-je faire pour lui à ce stade ?
Et quand je ne pense pas à Akashi, alors je pense à mon père et cela me met dans une colère noire. Je n'arrive toujours pas à croire qu'il ait pu mettre un micro. Je me sens trahit. Je comprends qu'il ait envie de savoir... mais qu'il se serve de méthodes si fourbes me dégoûte. Et surtout qu'il se serve de ces méthodes avec moi. C'est comme s'il m'avait utilisé comme un outil dans son enquête.
Je reste assis sur mon lit à regarder le petit micro et à jouer avec nerveusement. Vers dix heures, Satsu vient me voir. Comme je le craignais hier, elle est venue avec de la bouffe qu'elle a fait elle-même. Des muffins. Comment des muffins pourraient être mauvais ? Son intention devrait me réconforter mais je ne suis pas en état de me détendre.
Je mords dans un muffin. Le dessus est presque cramé, l'intérieur a une texture bizarre, le goût est bizarre. Je ne sais pas quelle farine elle a utilisé mais... c'est dégueulasse putain !
Je ne peux pas me retenir de faire la grimace. En temps normal, j'aurai fait un effort pour cacher ce que je pense. Mais là, j'en suis vraiment incapable.
-C'est pas bon ?
-Non.
Je vois Momoi baisser les yeux.
-Désolée... je ferai mieux la prochaine fois.
-Ça fait des années que tu ne fais aucun progrès. Tu es douée pour plein de choses, Satsu, mais vraiment pas la cuisine...
Elle me sourit. Mais son sourire est crispé. Je l'ai vexé.
-Ki-chan a dit qu'il allait venir te voir cet après-midi. Il amènera peut-être Murasakibara-kun s'il veut bien bouger. Midorin a dit que des côtes cassées n'étaient pas assez grave pour qu'il se déplace. Et je n'ai pas réussi à joindre Akashi-kun.
Je me tends. Combien de temps va-t-on pouvoir cacher ce qui est arrivé à Akashi ? Combien de temps pourra-t-on mentir sur la raison de son absence ?
Satsu sort sa nintendo DS et la mienne de son sac -je ne sais pas comment elle a pu se la procurer... je ne l'ai quand même pas oublié chez elle ? Nous jouons à plusieurs jeux. Vers onze heures, Tetsu arrive. Il a apporté des sablés que sa grand-mère a cuisiné. Et celle, par contre, c'est un vrai cordon bleu. Malgré le goût divin, j'ai du mal à manger. Mon estomac est noué.
Pendant que nous jouons, j'ai des difficultés à me vider la tête. L'arrivée de Kise, en un sens, me fait du bien. Il est tellement con qu'on ne peut que se marrer en sa présence. Mais sa joie me semble déplacée. Je me sens hermétique à toutes ces ondes positives qu'il envoie.
Un médecin passe me voir dans l'après-midi et laisse les papiers pour ma sortie de l'hôpital que mon père devra signer quand il reviendra. Kise est étonné que je sorte si tôt. Mais après tout, je n'ai que quelques fractures. À l'hôpital, ils ne peuvent rien faire de plus pour moi. Il va falloir attendre que ça guérisse.
Kise, Tetsu et Satsu partent quand mon père vient me voir, vers cinq heures de l'après-midi. Mon père n'a pas du beaucoup dormir cette nuit. Il sent la cigarette.
-Tu as passé une bonne journée Daiki ? Me demande-t-il une fois seuls.
-Pas vraiment. Mais ça reste meilleur que ma nuit...
Je triture le micro.
-Tu as oublié ta veste hier soir.
Il fait semblant de ne pas s'en être rendu compte et me remercie de le lui rappeler. Je tremble pour contenir ma rage. Je ne sais pas si c'est une bonne chose de me brouiller avec lui mais ce qu'il a fait me reste en travers de la gorge. Je crois que j'ai besoin de ce conflit pour extérioriser toute mon impuissance face à la situation.
-Je vais signer les papiers et...
-Pourquoi tu as fait ça ?
-Pardon ? De quoi parles-tu ?
Je tremble. Je sens les larmes me monter aux yeux.
-Fais pas l'innocent bordel... Tu as placé un micro dans ta veste pour espionner ma conversation avec Akashi. Tu pensais qu'il allait se livrer à moi ? Tu pensais que tu pouvais utiliser la confiance qu'il a en moi ?
-Daiki... Il faut que tu comprennes que résoudre cette enquête est primordial. J'avais besoin d'entendre Akashi avouer et il n'y avait que face à toi qu'il pouvait le faire.
-T'es satisfait ?
-J'ai eu la moitié des réponses à mes questions hier soir. Donc... oui.
-Je t'ai pardonné beaucoup de choses... tes absences à répétition, ton obsession pour cette enquête... j'ai supporté en silence. Mais là... t'es allé trop loin. Si Akashi finit en prison à cause de ça, je ne te le pardonnerai jamais.
Il ne s'excuse pas de m'avoir trahi, de m'avoir utilisé. Dans un silence coupable, il remplit les papiers, rassemble mes affaires et me demande de le suivre. J'aimerai lui demander de me laisser voir Akashi encore une fois mais je sais que ce ne sera pas possible.
Le problème étant que maintenant que j'ai foutu une mauvaise ambiance entre lui et moi, il ne me parlera peut-être plus de l'avancée de l'enquête. J'aimerai lui demander ce qu'il a appris aujourd'hui. Je sens que les choses ont changées, mais qu'auraient-ils pu apprendre sur Akashi ? Une nouvelle preuve contre lui ? N'y en a-t-il pas déjà assez ?
Je rentre avec mon père. Dans la voiture, nous n'échangeons pas un mot. La ceinture de sécurité appuis un peu sur mon torse et je ressens une légère douleur. Je grimace mais j'essaie de rester stoïc.
Une fois rentré, je vais immédiatement dans ma chambre. J'allume mon ordinateur et vais scruter les sites d'informations. Personne ne parle d'Akashi. Ça me rassure. J'avais peur que l'affaire s'ébruite. Je sais que ça finira par être le cas. Un scoop aussi gros ne restera pas caché éternellement. Qui va parler en premier ? Est-ce que tout éclatera quand l'affaire sera jugée ? Mais le sera-t-elle ? Peut-on juger une victime mineure qui essaie de se faire justice ? Surtout qu'on est pas encore sûr, je pense, qu'Akashi était conscient lors des meurtres.
J'ai mal pour lui à chaque instant. Je me demande comment il va, ce qu'il pense. Il doit se sentir si seul... Je ferai tout pour avoir l'autorisation de venir le voir. Hors de question que je le laisse seul dans cette épreuve.
Je prends ma tête dans mes mains et une grande inspiration. Je dois parler avec mon père. Ça ne va pas être un moment agréable mais je n'ai pas le choix. Je dois savoir ce que la police a découvert. Je sens qu'il y a de nouveaux éléments.
Je me lève en grimaçant et sort de sa chambre. Mon père est attablé dans la cuisine, ordinateur portable devant lui, carnet ouvert à côté de lui, tasse de café à la main. Il me regarde m'approcher. Je ne saurai pas décrire son regard. Un peu méfiant peut-être.
Je vais me chercher une canette de soda et m'assois face à lui.
-Tu n'as pas trop mal ? Me demande-t-il.
-Ça peut aller. Physiquement du moins... J'ai besoin que tu me parles de l'enquête. Tu m'as espionné avec Akashi. Tu m'as déjà impliqué dans cette affaire alors implique-moi jusqu'au bout.
Il ne me regarde pas et fixe sa tasse de café. J'hésite à le supplier.
-On ne partage plus grand chose toi et moi alors... accorde-moi au moins ça.
-C'est confidentiel.
-Bordel ! Mais tu m'as laissé consulter le dossier ! Et tu crois que ma conversation avec Akashi elle n'était pas privé peut-être ?
Il pose sa tasse et fait mine de consulter son carnet.
-Je sais que je t'ai mal parlé. Je ne regrette cependant pas ce que j'ai dit. Ce que tu as fait, c'est vraiment pas cool. Mais assume.
Il soupire et je lis dans son regard qu'il vient de céder. Il lève les yeux vers moi.
-Akashi a rencontré un psychiatre ce matin.
-... et ?
-Il semblerait qu'il souffre de dédoublement de la personnalité. Le jour, il est lui, Akashi Seijuro et la nuit, quand il pense s'endormir, l'autre se réveille. Et ce serait cet autre le meurtrier. Ce serai pour ça qu'il ne se souvient d'aucun meurtre, qu'il croit dormir la nuit,... et cela explique aussi pourquoi il n'a pas de souvenirs de ce que le tueur lui a fait. C'est probablement l'autre qui a tout subit.
-Qu'est-ce qui lui a permis de déduire ça ?
-Une simple question... Akashi lui a dit qu'il n'était pas présent à l'exécution du tueur. Mais on sait parce qu'il y a eu beaucoup de témoins qu'il y était. C'est ça qui fait que le psy est sûr de lui.
-Mais l'autre n'est-il pas censé s'éveiller que quand Akashi s'endort ?
-Et bien... peut-être pas finalement. Peut-être qu'à certaines occasions il peut prendre le dessus. J'ai pu le constater en fait... La nuit dernière, on a observé Akashi et on a bien vu qu'il ne dormait pas. Il a dessiné et parfois, il tenait son stylo avec la main gauche, et d'autre avec la droite. Akashi m'a dit qu'il était gaucher. Mais le légiste a affirmé depuis le premier meurtre que le tueur était droitier.
J'acquiesce. Je ne sais pas si toutes ces nouvelles me soulage. Peut-être un peu. Akashi n'est pas complètement responsable de ses actes et je crois que c'est ce que j'espérai apprendre.
-Et maintenant ? Vous avez établi sa culpabilité... mais aussi qu'il était malade. Alors... il va être jugé ?
-Demain matin il y aura une audience avec un juge pour enfant qui va prendre la décision. Vu son âge et les circonstances atténuantes, il ne risque pas la peine capitale. Tu peux déjà te rassurer à ce sujet.
-Je pourrai le voir ?
-Toi, tu retournes en cours. On verra après la décision du juge.
-Qu'est-ce que je dois dire à mes amis ?
-Je ne sais pas. Tu n'as qu'à dire qu'Akashi est malade. Ensuite, on improvisera en fonction de la décision judiciaire.
Je dois encore rester dans l'ignorance. Mon ventre est rongé par l'inquiétude. J'ai peur pour le futur, pour Akashi, pour notre relation, aussi infime soit-elle. Actuellement, je suis le seul secours qu'il peut espérer.
Mon père se lève pour aller cuisiner. Je le regarde faire, soudain épuisé, écrasé par la pression qui tombe sur mes épaules.
J'appréhende demain.
