[Twilight et ses personnages appartiennent à ]
Bonjour à tous.
Pour le bien de l'histoire, j'ai modifié le prénom de Bella mais elle gardera son surnom, bien sûr.
N'hésitez pas à laisser une petite trace de votre passage, c'est toujours plus sympa pour les auteurs.
Chapitre 1
Il y a quelque-chose avec la lune.
Je suis allongée sur le sable froid à regarder cette lune partiellement mangée par l'ombre de la Terre et quelque-part, je me sens apaisée. C'est comme si le temps arrêtait de s'écouler et alors je me prends à imaginer que si je reste ici, protégée par les rayons de lune, alors tout serait figé et plus rien d'autre que cette lune et moi ne compterait.
Je vais finir par croire à toutes ces histoires racontées par ma mère à propos de notre tribu mais encore faut-il que je sois ma sœur parce que c'est elle qui est concernée par ces légendes. C'est elle qui devrait ressentir cette stupide alchimie avec l'astre. Je ne suis qu'un surplus qui n'était pas attendu, en fin de compte. Pas que mes parents en aient été mécontents, bien sûr. Enfin... pas mon père en tout cas.
Les premières vagues de la marée montante viennent chatouiller mes pieds nus, comme elles sont encore petites, elles ne vont pas plus haut que le bout de mes talons et je ressens le froid parcourir mon corps sans que cela ne soit gênant. Le froid ne m'a jamais dérangée.
Un mouvement attire mon attention et je vois ma sœur me regarder de haut tandis qu'elle se tient debout à côté de ma tête. Elle retire elle aussi ses chaussures, remonte les pans de son pantalon et s'allonge à mes côtés, regardant le ciel nocturne avec moi.
« Je la ressens, tu sais.
« La fatalité qu'on essaye de fuir sans jamais y arriver parce que, quoi qu'on fasse, tout est vain et rien n'a de sens ?
« Non, rit-elle, la lune.
Elle laisse le silence retomber, je ne réponds rien, je sais à quel point elle déteste que je la coupe dans ses délires.
« C'est comme si nous étions liées, je ne sais pas comment expliquer, c'est indescriptible. Mais tu ne peux pas comprendre, toi. J'aimerais que maman soit là pour que nous puissions en parler, elle savait tout à propos de nos légendes, de la lune, des loups... elle ne pouvait pas arrêter de blablater sur le sujet. Elle me manque.
Loona avait une relation fusionnelle avec notre mère, j'étais plus une fille à papa mais avec le recul, je me dis qu'il avait seulement voulu compenser pour ne pas que je me sente rejetée. Notre mère est morte quand nous avions 9 ans, Charlie, notre père, n'avait alors plus aucune raison de rester vivre dans cette tribu qu'il voulait quitter depuis des années. Ma mère était une amérindienne de la tribu Quileute que Charlie assimilait à une secte, ils nous avaient prises avec lui, bien sûr, malgré les protestations des anciens de la tribu et nous en avaient éloignées pour notre protection. Les anciens ne pouvaient rien faire, il était notre père, il avait donc légalement le droit de nous sauver. C'est ainsi que nous avions emménagé à Oysterville, une commune située sur la péninsule de Long Beach dans l'état de Washington.
Six ans après, nous revivons cette même tragédie, ça faisait deux ans que Charlie luttait contre le cancer et on dirait bien que mon papa n'était finalement pas le plus fort du monde, comme je l'imaginais pendant cette période merveilleuse qu'était l'enfance. C'est pourquoi je me suis réfugiée ici, me gelant le cul sur le sable froid, les talons dans l'eau, espérant au fond de moi que le temps se fige parce que demain arrive.
Demain est synonyme de foyer pour adolescents orphelins parce que c'est ce que nous sommes, maintenant, des orphelines. Nous n'avons plus de famille, nos parents sont chacun enfant unique d'enfants uniques. Nos grands-parents sont décédés également, il faut croire que les familles Swan (côté paternel) et Leika (côté maternel) ont tout fait pour éviter de nous avoir à leur charge.
Le foyer Angel's Haven est un bâtiment tout ce qu'il y a de plus simple, un immeuble de trois étages qui s'étend sur la longueur, les murs extérieurs sont d'un jaune beige assez clair. Je m'attendais à un manoir sombre et lugubre perdu dans un domaine constamment survolé d'orages creepy. Du coup, je suis un peu déçue.
Une dame des services sociaux est venue nous chercher tôt ce matin, comme nous avons passé toute la nuit allongées sur le sable, la moitié du corps submergée par les vagues, nous n'avions pas notre meilleure tête quand nous avions ouvert la porte. Elle n'a rien dit cependant, comme le veut l'usage lorsqu'on rencontre des sœurs endeuillées pour la première fois.
Mme Johnson, puisque tel est son nom, nous a fait remonter tout l'état pour nous larguer dans cet orphelinat, à Port Angeles. Ma sœur et moi avons deux énormes valises chacune, valises dans lesquelles nous avons enfourné nos vêtements et accessoires. Tout le reste sera vendu par les huissiers pour couvrir les dettes que papa a accumulées pour payer ses frais médicaux. Ce qui devraient éloignés les hommes mercantiles qui voudraient nous épouser. Nous n'avons plus rien mais au moins, on gardera ce rien pour nous.
Nous traversons la petite court qui mène à l'entrée du bâtiment, une double porte en bois sombre nous sépare de l'enfer. Mme Johnson sonne à l'interphone sans nous laisser le temps de nous préparer mentalement, un bruit grésillant surgit et nous entendons le loquet se déverrouiller. Johnson entre, nous la suivons dans un grand hall d'entrée aux murs blancs. Des plantes décoratives sont placées dans les coins qui entourent la double porte. Au fond, un ascenseur et une porte avec un cadre dans lequel est sommairement dessiné un escalier. C'est sûrement la cuisine.
À gauche, une large ouverture sans porte nous montre une grande salle avec huit tables de six et des bancs, un réfectoire donc. Ce qui rend crédible que les escaliers soient la cuisine, c'est à côté. Cette cuisine est en fait au fond du réfectoire, il y a un comptoir qui la sépare de la salle à manger où les plats peuvent être présentés.
Nous suivons Mme Johnson dans le couloir de droite, la première pièce à droite est un secrétariat visible à travers des vitres, avec une dame aux cheveux courts, brune, yeux marrons installée derrière un bureau disposant d'un ordinateur qui a probablement fait son temps, deux fois.
« Bonjour, nous salue la secrétaire. Je suis Mme Trent, c'est pour quoi ?
« Et bien, on passait devant le bâtiment par hasard et on a vu de la lumière...
Mme Johnson se tourne vers moi avec le regard idiot que les gens font souvent quand je parle. C'est mon petit côté sarcastique, il fait toujours sensation, tellement que les gens sont trop subjugués pour devenir mes amis.
« Excusez-la, fait Johnson. Elle vient de perdre son père. Nous avons appelé, ce sont les jumelles Leika-Swan.
« Bien sûr, toutes mes condoléances mesdemoiselles.
Que pourrions-nous répondre à ça ?
« Merci, trouve ma sœur.
La secrétaire lance un sourire puis pianote sur son ordinateur.
« Mr Boher va bientôt vous recevoir, vous pouvez patienter sur les chaises, derrière vous.
Les chaises ? Je me tourne et oui, elles sont là, deux chaises en acier laqué et revêtement en polyester de couleur bleu pétant, parce qu'il faut bien nous remonter le moral d'une manière ou d'une autre. Ma sœur et moi rangeons nos valises près du mur pour ne pas attenter à la vie de qui que ce soit et nous nous asseyons sur les chaises. Tout de suite, je sens l'effet du bleu pétant sur mon moral, c'est incroyable le pouvoir des couleurs. Je devrais oublier les sarcasmes pour moi-même, personne ne les entends, ça n'a pas la même saveur. Mme Johnson se retire non sans nous dire au revoir. La secrétaire est en train de ranger des papiers dans un dossier qu'elle prend en se levant et sort de la pièce, nous lançant un sourire encourageant au passage.
« Bella ? » m'interpelle ma sœur.
Je me tourne vers elle pour lui donner toute l'attention qu'elle mérite.
« Tu pourrais éviter les sarcasmes, un peu ? J'aimerais bien passer inaperçue, pour une fois.
« Inaperçue ? Répété-je. Nous avons les cheveux argentés, on a littéralement une pancarte marquée "Apercevez-nous !"
Mes cheveux sont épais et ondulent jusque mes omoplates. J'ai tant d'épaisseur que ma coiffure de base est une tresse indienne faite avec un tiers de mes cheveux sur le dessus de ma tête que j'attache vers l'arrière puis je fais un chignon évasif comme sur la photo de profil de mes réseaux sociaux. Photo que j'ai faite de profil parce que j'ai un humour de merde.
Ma sœur a un peu moins d'épaisseur et laisse toujours ses cheveux détachés, c'est donc le meilleur moyen de nous différencier au premier coup d'œil. Nous sommes jumelles et quasiment identiques, nous avons toutes deux les yeux bruns, les mêmes traits de visage et la blancheur d'un cachet d'aspirine, ce qui nous a valu le charmant surnom d'albinos quand nous vivions chez les Quileutes, tous bruns à la peau caramel.
La porte à notre gauche s'ouvre soudainement, un homme d'une quarantaine d'années nous sourit. Il a les cheveux poivre et sel, des lunettes rondes sur le nez et ses yeux sont gris.
« Mesdemoiselles, je vous en prie, entrez.
Nous nous levons, je jette un regard à nos valises, hésitant à les laisser là ou les prendre. Je les laisse finalement et entre à la suite de ma jumelle. Le bureau du directeur de l'orphelinat est sobre, deux chaises font face à son bureau et un fauteuil en cuir noir se trouve de l'autre côté. Nous nous asseyons, il s'installe sur son fauteuil devant un dossier ouvert où je repère divers documents dont notre livret de famille que je reconnais. À sa droite, une grande étagère remplie de boîte en cartons contenant probablement d'autres dossiers. Je porte mon attention sur la grande fenêtre dans son dos, ça me laisse une certaine impression d'être oppressée, comme si ma liberté s'envolait tout à coup.
« Tout d'abord, je me présente, je suis Karl Boher, directeur de l'établissement, vous pouvez m'appeler Karl, ici c'est un peu une famille. Je suis navré pour l'épreuve que vous avez à subir. Sachez que le personnel et moi sommes là pour vous aider au mieux et un psychologue se tient à votre disposition pour tout besoin.
Nous hochons la tête pour toute réponse.
« Bien, voyons voir... marmonne-t-il en ouvrant notre livret de famille.
« Lunabell et Loona-Isha, très original. Vous portez chacune le nom de famille de l'un de vos parents.
« Une tradition familiale, lui apprend Loona.
Si mon père avait eu son mot à dire, nous nous serions appelé Isabella et Elisabeth mais la seule miette qu'il a obtenu, c'était d'avoir pu me donner son nom. Dans notre lignée, la première née de chaque première née prenait toujours le nom de la mère, une sorte d'obligation mystique.
« Oh, et bien j'espère que vous nous raconterez tout ça lors de la réunion hebdomadaire de vendredi soir. Vous êtes nées le 13 septembre donc vous aurez 17 ans dans quatre mois.
Il vérifie qu'il n'a manqué aucune information dans le carnet de famille et le referme. Il relit le premier papier qui constitue notre dossier.
« Vous n'avez aucune famille encore en vie d'où votre présence ici, le département dédié des services de l'enfance sont en train d'enquêter pour voir s'ils trouvent un membre de votre famille éloignée, vous resterez ici le temps de l'enquête et si elle n'aboutit pas, vous quitterez le foyer après adoption ou à vos 18 ans.
Une nouvelle famille ? Merci mais non merci.
« Votre inscription au lycée est en cours, vous devriez pouvoir reprendre les cours dès la semaine prochaine. Vous recevrez 100$ d'argent de poche par mois offert gracieusement par l'état.
Génial, de l'argent gratuit ! Ça veut dire qu'on peut s'acheter des trucs ou faire des sorties payantes comme un resto ou un ciné. Ou économiser dans le but de devenir milliardaire, racheter l'orphelinat, virer Karl et dominer le monde. Quelque-chose comme ça.
Karl nous fait visiter puis nous emmène voir nos chambres, il nous explique les horaires de la cuisine ainsi que d'autres trucs utiles et enfin, nous montre nos chambres où nous pourrons jouer aux ermites jusqu'à notre libération. Nous ne croisons personne parce qu'ils sont tous en cours... ou tous découpés en morceaux dans un congélateur.
Je m'enferme dans ma chambre pour ouvrir mes valises et range mes affaires dans l'armoire et dans les tiroirs roulants sous mon lit. Le lit – d'une place – est déjà fait, le foyer fourni tout ce qui est linge de literie et le ramasse tous les lundis matin vers 10h pour nous en donner d'autres, propres. C'est ce que j'ai retenu des explications de Karl.
Je prends finalement le temps de prendre mes marques dans ma nouvelle chambre. Elle est plutôt rectangulaire, la longueur va de la porte jusque la fenêtre. Le lit est contre le mur, sous la fenêtre, la tête contre le mur de gauche. Je me rends compte que le projet couleur vive pour nous remonter le moral n'est qu'un leurre, les murs gris de ma chambre n'inspirent pas la joie de vivre ni la bonne humeur. Le lit, l'armoire, le bureau, sa chaise et la table de chevet font partis d'un ensemble de meubles en bois marron clair. Il y a une porte à droite de la chambre, à peu près dans le troisième quart du mur, j'ouvre et découvre une petite salle de bain qui fait la moitié de la longueur de ma chambre. Je devine que l'autre moitié est occupée par la salle de bain de mon voisin. Il y a un lavabo, un porte-serviette, une douche et un WC. Le grand luxe !
Je referme la porte et récupère les seules choses que je n'ai pas encore sorties de la valise. L'album photo familial et la chemise de bûcheron bleu marine que mon père portait souvent ouverte par dessus un t-shirt. Je l'enfile par dessus le mien, mes doigts dépassent à peine des manches mais peu importe, c'est sentimental et non la pièce maîtresse de mon nouveau style vestimentaire. Je prends l'album et m'assois sur mon lit pour le feuilleter. La plupart des photos sont celles de ma sœur et moi, bébés et enfants, à la réserve. On détonne parmi les autres enfants de la tribu quand ceux-ci apparaissent dans le paysage.
Deux petits coups surgissent contre ma porte, la porte s'ouvre sur Loona qui me sourit, elle referme la porte et vient s'asseoir à mes côtés pour regarder les photos avec moi. La mort de notre père nous a un peu rapprochées mais je ne sais pas si c'est temporaire ou définitif, notre relation reste quand même assez peu complice. Elle aussi a pris quelque-chose de la maison, je ne sais pas quoi, en revanche, ce que je sais, c'est qu'elle a été le chercher dans le grenier. Connaissant sa curiosité légendaire et son attrait pour les mystères de notre tribu, je parie qu'elle a récupérer le carton envoyé par Billy Black que Charlie nous a interdit d'ouvrir.
