Chapitre 4
« Tu es sûre que tu veux faire ça ?
Edward se dandine nerveusement près de la porte pendant que je déverse le ketchup sur les draps de Lauren tel des projections de sang.
« Tu n'étais pas obligé de venir, tu sais ?
Je badigeonne ma main de ketchup et fais une empreinte sur le miroir de la salle de bain, je reviens et en fait une autre traînante sur sa fenêtre. J'essuie ensuite ma main sur sa couette, sans aucun remord. J'ai déjà renversé sa chaise et balancé tout ce qu'il y avait sur son bureau par terre. Sa chambre est devenue une véritable scène de crime. J'ai fait la même chose chez Tanya et Rosalie.
« J'ai prévenu ma sœur, si elle ne les arrête pas, moi je le fais.
« Elles vont se venger.
Je cesse d'admirer mon œuvre et me tourne vers Edward.
« Ce ne serait pas drôle si elles ne le faisaient pas.
J'entraîne Edward hors de la chambre et nous courons pour nous enfermer dans la sienne. Je souris, fière de moi.
« Jusque là, elles ne s'en prenaient qu'à moi mais, maintenant, tu seras leur prochaine cible.
« Si elles ne s'en prennent qu'à toi, et uniquement quand je ne suis pas avec toi, c'est parce qu'elles ont peur de moi.
« Tu crois ça ?
« Elles savent que je ne me laisse pas impressionner, elles n'ont pas l'habitude d'avoir de la répartie en face. Elles arrêteront de te faire chier quand elles comprendront que chaque action contre toi entraîne une réaction de ma part.
« Et si elles décident quand même de s'en prendre à toi ? Si elles saccagent ton lit à leur tour.
« Je ferai du camping, souris-je. Si elles s'en prennent à moi, elles n'obtiendront pas ce qu'elles veulent. C'est le problème avec les pestes, elles ont besoin de rabaisser leur proie pour se sentir supérieures mais, et bien, me rabaisser ne m'abaissera qu'à leur niveau.
Nous entendons crier, nous nous regardons et éclatons de rire.
Quand je sors de ma chambre, je remarque qu'un groupe fait obstruction de l'autre côté du couloir. Lauren, Rosalie et Tanya me tournent le dos, elles empêchent Edward de passer. Ma sœur est adossée contre le mur, pas à l'aise d'assister à un autre moment d'harcèlement, cependant, elle n'intervient toujours pas. J'entends Lauren l'accuser d'avoir saccagé leur chambre, Loona me regarde en secouant la tête, elle sait que c'est moi mais ne m'a visiblement pas dénoncée.
« On va te le faire payer, Cullen, crache Lauren. Tu crois quoi ? Que ta petite-copine sera toujours là pour protéger ton cul ? Dès qu'elle te laissera seul suffisamment longtemps, on te pourrira comme jamais on t'a pourri.
« Quelle charmante attention, chantonné-je.
Elles se retournent, surprises. Je traverse la barrière et me place aux côtés d'Edward, je lui tiens la main pour lui donner du courage parce qu'il a l'air pétrifié, là, comme ça. Lauren regarde nos mains jointes et imite une grimace de dégoût, je lui offre un sourire en coin.
« Vous sortez bien ensemble, alors ? Fait-elle avec mépris.
« L'acné, puisque c'est visiblement ce qui te dérange, disparaît avec l'âge, en revanche... la pourriture intérieure, ça reste collé comme un vieux chewing-gum qui a tourné dans toutes les bouches. Edward n'a rien fait... c'était moi.
« Quoi ? S'offusque Lauren, outrée. Tu nous déclares la guerre ?
« Qui parle de guerre ? Ça fait trop longtemps que vous vous en prenez à lui sans en subir les conséquences mais maintenant ça va changer, parce que je suis là.
« Tu te fais défendre par ta copine, tu n'as pas honte ? Lance Tanya à Edward.
« Oh, pitié, lâché-je avec mépris. On n'est plus en 1920. Évolue un peu. Les hommes ne sont plus des hommes de Cro-Magnon et les femmes, plus des demoiselles en détresse incapable de se défendre elles-mêmes ou encore de défendre un mec. Edward est bien trop au-dessus pour s'abaisser à votre niveau. Moi, en revanche, ça ne me dérange pas, j'ai toujours aimé pimenter les choses.
Je leur envoie mon meilleur sourire arrogant puis les bouscule pour nous faire passer, Edward et moi. Au réfectoire, nous choisissons nos petits-déjeuners et nous nous installons à notre table habituelle.
« Merci, Lauren avait vraiment envie de t'étriper.
« Ouais, j'ai vu ça. J'étais là, lui fais-je remarqué.
« Mais moi, je l'ai entendu.
Je le regarde un instant.
« Je l'ai frôlé quand tu nous as fait passer de force.
« Désolée.
« T'inquiète.
« Tu connais un endroit sympa pour décorer une chambre ?
« Décorer de quelle façon ? Fait-il avec suspicion.
« De façon gentille, pas comme hier, ris-je. Pour un anniversaire.
Il arque un sourcil.
« Je connais quelqu'un qui fête bientôt son anniversaire, tu le connais pas. J'ai juste besoin de décorer sa chambre, pour l'occasion.
« Oh, vraiment ? Et c'est quand son anniversaire ?
« Le 02 décembre.
« Ce n'est pas tout de suite, me fait-il remarquer.
« J'aime prendre de l'avance. Alors ?
« Pas à Port Angeles mais à Seattle, ouais.
« Mh, lâché-je dépitée. Va falloir prendre le bus.
« J'ai une voiture, m'apprend-il.
« D'où ?
« Mon grand-père me l'a léguée à sa mort.
« Et tu ne me le dis que maintenant ? Tout ce temps où mon amitié était désintéressée alors que tu aurais pu être mon chauffeur !
Il rigole.
« Tu es officiellement ma petite-amie dans l'imaginaire collectif, maintenant. Il y avait déjà des rumeurs et comme tu n'as pas démenti tout à l'heure, elles ont pris ça pour une confirmation.
« Je promets de rompre avec toi dès qu'une fille te plaira.
Je n'ai aucun problème à ce que tout le monde pense que nous sortons ensemble. Edward est un mec génial et même si je me suis toujours bornée à me croire trop fière pour tomber amoureuse de qui que ce soit, je sens bien, au fond de moi, que des sentiments ont commencé à apparaître. Je suis seulement trop fière pour l'admettre. Sans compter que c'est mon meilleur-ami. J'en suis à l'éternel dilemme : sortir avec lui au risque de briser notre amitié ou tuer mes sentiments dans l'œuf au risque de passer à côté d'une belle histoire d'amour. Je ne peux malheureusement pas savoir si cette possible relation durerait assez longtemps pour valoir le coup de perdre ce qu'on a déjà.
Je ne crois pas à l'unique amour d'une vie, il faut voir les stats des divorces. Je suis prête à croire aux âmes-sœurs mais je ne pense pas qu'elles soient vouées à une histoire d'amour. Il y a le mot sœur dans âme-sœur, ça me semble plutôt incestueux. Enfin, je ne sais pas pourquoi je débats avec moi-même, je suis également la meilleure-amie d'Edward et il ne me semble pas qu'il aie lui-même des sentiments pour moi. De toute façon, je commence à conclure de tout ça que mon amitié pour lui m'est trop précieuse pour gâcher ça avec une relation amoureuse qui ne sera de toute façon qu'éphémère alors que notre amitié sera éternelle.
Quelqu'un toque à ma porte, je sais qui c'est. Edward doit se demander pourquoi je ne l'ai pas harcelé pour aller prendre le petit-dèj. comme à mon habitude. Je me lève, m'entoure de ma couette et ouvre la porte. Edward a un mouvement de recul en voyant ma tête de déterrée.
« Wow, tu veux un médecin ?
« Bonjour à toi aussi, cher meilleur-ami et bon anniversaire.
« Bonjour et merci.
« Je vais devoir te laisser remplir ta quête du petit-dèj. seul, aujourd'hui, je me meurs.
« Tu me manqueras, me confie-t-il, peiné.
« Je n'en doute pas mais ne t'inquiète pas, dès que je serai morte, je viendrai te hanter.
« J'ai hâte.
« Bon anniversaire, encore une fois.
« Merci, bonne mort à toi, rétorque-t-il. Je commencerai à préparer ton éloge en cours de littérature.
Je souris vaguement parce que je suis malade et referme la porte quand il se décide à me laisser. Mon sourire s'agrandit et d'un coup d'épaule, je laisse ma couette tomber par terre. C'est parti ! Je quitte mon pyjama pour m'habiller, j'ai déjà pris ma douche mais, pour parfaire mon subterfuge, je ne pouvais pas m'habiller. Je récupère mes achats dans l'un des tiroirs de mon lit puis je file. Je vérifie qu'il n'est plus dans le coin puis me dépêche de traverser le couloir et d'entrer dans sa chambre. Je décore tout, place les guirlandes, ici et là, accroche le 1 et le 7 de ses 17 ans à la fenêtre. Je sors les deux barres chocolatées "Snicky" et pique une bougie sur l'un d'eux. J'allume la bougie au dernier moment et attend son retour.
Après une attente insoutenable, je pense que nous en sommes déjà à l'anniversaire de ses 18 ans. La porte s'ouvre enfin, Edward me voit et regarde la nouvelle déco de sa chambre, son sourire s'agrandit en voyant sa barre chocolatée d'anniversaire.
« Bon anniversaire ! M'exclamé-je.
J'applaudis doucement. Il rigole.
« Merci Bells, fallait pas.
« Tu t'es douté de rien, n'est-ce pas ?
« Tu es nulle en surprise, m'avoue-t-il. Déjà, la prochaine fois, évite d'acheter la déco avec la personne à qui tu veux faire une surprise. Ensuite, tomber malade pile le jour de son anniversaire, c'est un peu gros.
Je grimace.
« T'es mon seul ami et ma sœur n'a pas de voiture ni le permis.
Je hausse les épaules.
« Fais un vœu, maintenant, lui ordonné-je.
Il me sourit, prend un temps de réflexion puis souffle la bougie.
« C'était quoi ?
« Un vœu ne se dit pas si tu veux qu'il se réalise, c'est la règle.
« Ça ne vaut que pour les gâteaux d'anniversaire, pas pour les Snicky d'anniversaire.
« Ah, dans ce cas : j'ai fait le vœu que ce premier anniversaire que je fête soit le premier d'une longue série.
« Tu vas y prendre goût, le préviens-je. Mangeons ton Snicky d'anniversaire avant d'être en retard pour le lycée.
D'autant que je n'ai rien dans le ventre mais il m'offre généreusement la moitié de sa barre chocolatée caramel et cacahuètes.
Je sais qu'Edward n'aurait pas aimé une soirée en boîte à danser au milieu d'une foule d'inconnus puant la sueur. J'ai donc préparé un genre de pique-nique nocturne dans un petit parc près d'Angel's Haven. Nous allons manger puis nous discuterons en regardant les étoiles. Je lui envoie un sms pour le prévenir :
C'est prêt. Sors du bâtiment, dirige-toi à gauche en sortant, prend la deuxième à droite, la première à gauche puis la petite ruelle à droite, je t'attendrai là mais ça ne sera pas la destination finale donc ne soit pas déçu en arrivant.
Je me dirige vers la ruelle, laissant la nappe et mon sac rempli de victuailles, personne ne passe par là à cette heure-ci donc je n'ai pas peur qu'on me le vole. De toute façon, ce ne sont que des sandwich et deux bouteilles de soda. Si on me le vole, j'aurais au moins une excuse pour ne pas avoir mes affaires en classe, vu que je n'aurais plus mon sac de cours.
Je suis dans la ruelle, elle est sombre parce qu'elle n'est éclairée que par les lampadaires des deux rues perpendiculaires. J'entends des pas derrière moi pile quand je me dis que cette ruelle ferait un parfait lieu pour commettre un meurtre.
