Chapitre 5
Je me tourne et découvre un homme juste derrière moi, la lumière est dans son dos donc je ne le vois pas très bien. Je ne sais pas si je suis terrifiée ou si je suis attirée par ce sombre inconnu. L'homme s'avance, me permettant de mieux le voir, et me tourne autour, je reste muette et tourne sur moi-même pour le garder à l'œil et définir ce que je ressens. Être attirée et apeurée en même temps me semble contradictoire. Il s'arrête finalement, ses yeux sont obscures, pas uniquement à cause de la pénombre. Il me sourit sournoisement.
« Qu'est-ce que vous voulez ? Demandé-je sans aucune assurance.
Soit il veut me tuer soit il veut m'agresser, je ne suis pas à l'aise avec ces deux options. C'est le moins que je puisse dire. Je devrais courir ou crier. Je devrais faire quelque-chose mais l'homme reste fascinant.
« Tu m'as l'air délicieuse, susurre-t-il.
Oh merde, je crois que je suis censée courir mais je n'arrive pas à retirer mon regard de lui. L'enfoiré tend la main vers mon visage, comme s'il voulait le caresser mais ne le touche pas.
« Un repas de choix, déclare-t-il lugubre.
Je suis poussée sur le côté au moment où il se jette sur moi.
« Cours ! Hurle Edward alors que l'homme s'agrippe à lui, le visage près de son cou.
Il le mord, je crois, Edward affiche une grimace de douleur et essaye de se dégager mais l'agresseur semble avoir trop de force. C'est là que la peur prend le pas sur l'autre émotion, je sais qu'il m'a dit de courir et peut-être que je devrais sauter sur l'agresseur pour libérer Edward mais je suis paralysée par la peur. L'agresseur se recule soudainement avec une expression de dégoût sur le visage, du sang coule sur son menton. Edward tombe au sol et hurle à la mort. Je repère un autre homme au milieu de la ruelle, faisant face à l'agresseur.
« Je serais toi, je fuirai, ricane une voix cristalline derrière moi.
Je me retourne, terrorisée par la menace et me rend compte que la femme ne s'adresse pas à moi mais à notre agresseur.
« Tu ne vas pas passer un bon moment, crois-moi.
Je me tourne mais les deux hommes ont disparu. La jeune femme se précipite vers moi.
« Va au centre médical d'Olympic, demande le Dr Masen, il est spécialiste en empoisonnement.
Je hoche la tête, regarde Edward puis me retourne vers elle mais elle a disparu, me laissant sidérée. Je me précipite vers Edward et m'agenouille près de lui. Je pose mes mains sur lui pour l'empêcher de gigoter et regarde la plaie qu'il a au niveau du cou. Bordel de merde, il l'a bel et bien mordu. J'éloigne l'idée d'appeler l'ambulance, ça nous forcerait à rester ici et l'agresseur pourrait revenir.
« Tu as la clé de ta voiture ?
« Dans... putain... dans ma... poche.
Je glisse ma main dans la poche de sa veste.
« Jean's, précise-t-il avec difficulté.
Pas le temps pour être mal à l'aise, j'enfourne ma main dans sa poche et en ressors la clé.
« Je reviens tout de suite.
Je cours dans les rues jusque sa voiture et la démarre. J'ai eu quelques cours de conduite avant que Charlie ne puisse plus payer l'auto-école pour ma sœur et moi donc je connais les bases. Je gare la voiture à l'entrée de la ruelle, je me précipite vers Edward. Je ne peux pas le porter et il ne peut pas marcher alors je le redresse et entoure son buste avec mes bras, je verrouille mes mains ensemble et je le traîne jusqu'à la voiture. Je le fais monter à l'arrière, il m'aide comme il peut. Je claque la porte et monte derrière le volant.
« Ne t'inquiète pas, lui dis-je. Je t'emmène à l'hôpital.
« Non... pas l'hôpital.
« Edward ! Tu vas mourir.
« Pas l'hôpital, Bell. Crois-moi, c'est... dernier endroit... où aller.
« Le centre médical est plus loin et c'est un hôpital qu'il te faut, pas juste un médecin dans son cabinet.
« Le... port. Y a un hangar... désaffecté.
« Edward...
« Fais-moi... confiance.
« Tu vas mourir.
« Ma... déci... Ahhh putain, grogne-t-il. Ma décision... Bell. S'il... hmph... te plaît.
Contre tout ce que me dicte mon instinct, je l'emmène au port, je repère facilement le hangar désaffecté dont il m'a parlé, il est reculé des autres et dans un sale état. Je sors de la voiture et ouvre suffisamment la porte roulante du hangar pour laisser la voiture passer. Je remonte dans la voiture et la gare à l'intérieur. Je referme la porte pour qu'on soit tranquille et fais un tour du propriétaire.
L'endroit est vide, le sol n'est que du bitume, il n'y a rien de confortable où installer Edward. J'ouvre le coffre mais il n'y a rien que je puisse utiliser, j'aurais dû récupérer la nappe et mon sac avant de venir ici. Le mieux est de le laisser sur la banquette arrière de la voiture, je m'agenouille sur le siège passager avant pour le regarder se débattre avec la douleur.
« Tu es sûr que tu ne veux pas aller à l'hôpital ?
« Sors-moi de là, grogne-t-il.
« Il n'y a rien dehors pour te mettre.
Il me lance un regard noir, je décide de laisser tomber et de faire ce qu'il me dit. Je sors et ouvre la portière arrière puis je l'aide à se glisser hors de la voiture. Il s'affale sur le sol et serre ses bras contre lui pour lutter contre la douleur. Je m'agenouille et le tiens, je ne sais pas quoi faire et commence à pleurer silencieusement.
« Je devrais peut-être aspirer l'endroit où il a mis le poison.
Le poison était forcément autour de ses dents, ça veut donc dire qu'il n'est pas dangereux s'il est avalé.
« Ça sert... à rien. Je sens déjà... dans mes pieds.
« Si tu meurs, je vais t'en vouloir pour toujours, le préviens-je, la voix sanglotante.
Mes larmes coulent abondamment mais je fais mon possible pour garder un minimum de sang-froid.
« Va-t-en, m'invective-t-il.
« Quoi ? Non, je ne te laisserai pas.
« Bells, grogne-t-il.
« Je vais pas te laisser, lui crié-je après.
Il ferme les yeux et je m'en veux de lui crier dessus alors qu'il souffre autant.
« Reviens... demain. Karl... trouve une... excuse... pour mon absence... et dors.
« Si tu meurs, je te jure que je te ressuscite et je te torture jusqu'à ce que tu meurs à nouveau.
« Compris.
Je lui serre le bras de façon réconfortante puis je retourne au foyer. En me garant devant le bâtiment, je me souviens de la nappe et de mon sac mais... je n'ai pas le cran d'y aller seule en pleine nuit. Le court trajet de la voiture au bâtiment me semble déjà insurmontable, j'ai peur que notre agresseur se cache quelque-part, prêt à surgir de nouveau. Je prends quelques inspirations pour le courage et me précipite pour entrer dans l'immeuble. Je passe mon badge, la porte se déverrouille et je claque la porte en vitesse une fois à l'intérieur. La lumière s'allume grâce au détecteur de mouvement, l'endroit est vide, je flippe toujours alors que je sais que je suis maintenant en sécurité. La peur n'est pas toujours rationnelle. J'ai la main sur la poignée de la porte des escaliers quand j'entends des pas derrière moi.
Je me pétrifie et fais doucement demi-tour pour découvrir le gardien de nuit qui vient de chiper un croissant dans la cuisine. Je soupire de soulagement.
« Pourquoi n'es-tu pas au lit, toi ?
« Euh... hum... je me suis rappelée que j'avais oublié de transmettre un message à Karl, je vous cherchais pour que quelqu'un du foyer soit au courant.
« Quel est ce message ?
« Edward dort chez un ami, ce soir. Il y passera sûrement le week-end.
« Je transmettrai à Karl demain matin, vas te coucher, maintenant.
« Oui, bonne soirée.
« Bonne nuit.
Je monte les escaliers en vitesse. Arrivée dans ma chambre, je pense à Edward, seul à l'agonie dans ce hangar désaffecté. Pourquoi l'ai-je écouté, bon sang ? Pourquoi je le couvre alors que je devrais prévenir le gardien pour qu'il appelle une ambulance et qu'ils forcent Edward à aller à l'hôpital ? Il est seul dans ce hangar, à même le sol en train de souffrir le martyr et il s'attend à ce que je m'endorme sagement ? Hors de question, putain ! Je prends ma couverture et mon oreiller, je regarde si le gardien ne fait pas sa ronde dans le couloir et descends jusqu'au premier étage. S'il est dans le bureau de la secrétaire, il me verra sortir des escaliers ou il entendra l'ascenseur alors je vais simplement jouer les cascadeuses.
Je m'arrête devant la dernière fenêtre de la grande salle de vie et prends un instant de réflexion. Je n'ai jamais pensé à comment j'allais me casser un os... mais me le briser en voulant rejoindre une âme torturée me semble une occasion idéale. J'ouvre la fenêtre et jette ma couette et mon oreiller au travers puis j'enjambe le cadre et me suspend par les mains pour réduire la distance de chute. Je me laisse tomber et me retrouve presque allongée sur ma couette, l'oreiller a amorti mes fesses. Je ne me suis rien cassé, une pure chance. Je ramasse mes affaires et cours vers la voiture puis démarre.
Je me gare à plusieurs mètres d'Edward et vais d'abord voir comment il va. C'est toujours la merde. Pas que je me sois attendue à autre chose.
« Qu'est-ce... tu fous... p'tain.
« Tu crois vraiment que je vais te laisser seul ? En souffrance, dans le froid et sur le bitume ?
Je retourne à la voiture et prends la couverture et l'oreiller, je reviens, laisse tomber l'oreiller, j'étale la couverture à côté de lui. Je le fais rouler pour qu'il se retrouve allonger dessus puis je cale l'oreiller sous sa tête. Ensuite, je ferme la porte roulante du hangar et je retourne au chevet d'Edward. Enfin, chevet... façon de parler. Je m'assois à côté de lui, entoure mes jambes pliées de mes bras et le regarde sans retenir mes larmes.
Il endure la torture physiquement mais c'est une torture mentale de le voir souffrir autant, je me sens impuissante. J'insiste de nouveau pour l'emmener à l'hôpital mais il m'envoie chier assez salement. Je ne m'en offusque pas. Il essaye de me faire partir, il finit par m'envoyer des insultes, m'explique de long en large à quel point je suis une merde mais je résiste parce que je sais ce qu'il fait. Il essaye de me faire le détester pour que je le laisse ici, seul. Si je le laisse seul, il n'aura plus aucune excuse pour lutter contre la mort alors je reste obstinément. Le jour se lève, les rayons de soleil traverse les fissures de la tôle.
« Tu as faim ? Soif ?
« Non... va te faire foutre ! Assène-t-il avec virulence avant de gémir de douleur.
« Tu es le seul de mes amis qui possède un pénis, rétorqué-je.
Il est même mon seul ami, il le sait. Je vois le rictus parmi ses grimaces. Ça me conforte dans l'idée que je ne l'ai pas perdu, qu'il n'est méchant avec moi que pour m'éloigner. Je regarde son visage déformé par la douleur, j'ai l'impression que son acné s'est réduite, je n'ai probablement plus l'esprit clair.
« Je t'ai promis de ne jamais t'abandonner, tu pourras faire ou dire n'importe quoi, rien ne me fera partir.
Il ne répond rien, il grimace et grogne à cause du poison.
« Comme si tu pouvais faire quoi que ce soit, de toute façon, ajouté-je.
À nouveau, le petit rictus qu'il me cache dans ses grimaces.
Je me réveille avec cette impression d'avoir mal dormi, cette impression s'accentue quand je sens le sol dur sous moi, surtout au niveau de ma tempe. Je meurs de faim et de soif. C'est étrangement silencieux ce matin. D'habitude, j'entends mes voisins s'affairer tels de petites abeilles. Puis je me souviens que je ne suis pas au foyer, je suis dans le hangar où Edward est censé agoniser. Je ne l'entends plus. Mon dieu, il est mort ! Je ne veux pas ouvrir les yeux, je me recroqueville et éclate en sanglot.
« Tu n'avais pas le droit, sangloté-je. Je t'avais interdit de mourir.
Je pleure telle une madeleine qui aurait des glandes lacrymales.
« C'est bien pour ça que je ne suis pas mort.
Je me fige, ma respiration se coupe. Ce n'est pas tout à fait sa voix mais c'est assurément la sienne, en plus jolie.
« J'ai trop peur de toi pour vouloir que tu me ressuscites.
Je glisse doucement mon visage hors de mes mains et jette un œil. Edward se tient accroupi près de moi, ses yeux sont devenus noir profond et sa peau est si blanche qu'il semble malade. Je me redresse, il recule à l'autre bout du hangar si vite que j'ai l'impression d'avoir rêver sa proximité. Je passe ma main sur ma tempe qui me fait mal, je grimace quand mes doigts passent dessus.
« Tu t'es évanouie de fatigue après deux jours et demi à me veiller, m'explique Edward. Je t'ai vue tomber mais je ne pouvais rien faire.
J'essaye d'effacer le brouillard de mon cerveau puis me lève. Je ne me sens pas au mieux de ma forme, j'ai faim et hyper soif.
« Tu te sens mieux ? Posé-je la question.
« Bien mieux, oui.
Je soupire de soulagement.
« Tu es allé vite, d'ici à là-bas.
Je pointe successivement les deux endroits.
« Comme notre agresseur et ceux qui nous ont porté secours.
« C'est vrai, marmonné-je. J'ai complètement occulté cette partie tellement je m'inquiétais pour toi.
« Tu aurais dû partir, lance-t-il, sombre.
« Je t'ai déjà dit que...
« Tu ne m'abandonnerais pas, je sais, mais je suis un vampire, maintenant.
Je fronce les sourcils tandis qu'il s'approche de moi mais s'arrête d'un coup à une bonne distance. Vient-il vraiment de dire "vampire" ?
« Un vampire ? Répété-je.
« Je l'ai lu dans l'esprit de celui qui m'a mordu, je savais que je me transformais dès lors que j'ai senti la brûlure me parcourir. J'espérais pouvoir fuir avant que tu ne reviennes, j'ai espéré réussir à te faire partir dès lors que tu es revenue. J'ai soif, j'ai actuellement très soif de ton sang, Bells. Tu aurais dû partir.
Il a les poings serré et me regarde gravement.
« Tu ne me feras pas de mal, assuré-je.
« Tu en as l'air si sûre.
« Tu as essayé de m'éloigner de toi... c'est pour ça que tu m'insultais et me traitais comme de la merde. Tu voulais me sauver... de toi. Tu m'as déjà sauvée de ce vampire et tu as voulu me sauver de toi. Tu le veux toujours, au fond. N'est-ce pas ?
« Va-t-en, Bells.
« Non !
« Est-ce que tu es folle ? Hurle-t-il. Est-ce que tu veux mourir ?
Je recule d'un pas mais reste plantée devant lui.
« Tu es mon meilleur-ami et je suis ta meilleure-amie, je ne t'abandonnerai pas.
La seconde suivante, il est devant moi, son visage dans mon cou, il me tient par le haut de mes bras. Je n'essaye même pas de me défaire de sa prise.
« Tu sens si bon, le vampire pensait que tu étais meilleure que toutes ses autres proies et je sens qu'il n'a pas tort.
Sa bouche est si proche que je sens ses lèvres contre ma peau, elles sont glaciales. J'avale ma salive, je vais mourir. Et bien, je préfère mourir des mains – ou plutôt des dents – de mon meilleur-ami que de celles d'un sombre psychopathe. Je n'ai jamais pensé être si fataliste. Puisque je vais mourir, autant révéler ce que j'ai voulu refouler.
« Je t'aime.
Ça le surprend, visiblement, puisqu'au lieu de me mordre, il recule son visage de mon cou pour me fixer de ses yeux sombres. Il me tient toujours, je ne peux m'enfuir ou reprendre mes mots. Je ne veux pas m'enfuir... ni reprendre mes mots. Il plaque ses lèvres aux miennes, sa main glisse dans mes cheveux à l'arrière de mon crâne pour prolonger ce baiser. Quand il y met fin, je respire comme si je venais de faire ma séance de sport hebdomadaire.
« Tu as de la fièvre, s'inquiète-t-il. Tu es malade à cause de moi.
« Tu es un vampire à cause de moi, contrebalancé-je. Je n'ai pas chaud, c'est toi qui est glacé. C'est peut-être propre aux vampires.
Je pose mes mains sur son torse, je cherche son rythme cardiaque.
« Ton cœur ne bat plus.
« Les vampires sont techniquement morts, selon les croyances populaires. J'ai vu tous les épisodes de vampire Diaries.
« Je me demande ce qui est vrai ou pas.
« J'ai un problème plus urgent que connaître mes nouvelles spécificités.
Il s'éloigne et me tourne le dos. Bien sûr, il a un nouveau régime alimentaire maintenant, et si je ne veux pas être son premier repas...
« J'ai une idée, annoncé-je.
Il se tourne et m'interroge du regard.
« Attends-moi ici, ok ?
Il hoche la tête. Je rouvre la porte roulante puis remonte en voiture. Je me dirige vers la boulangerie la plus proche et me gare devant. Je récupère une boisson et un sandwich parce que je meurs de faim et je suis déshydratée comme pas possible. Je commence à boire à la bouteille à peine mes achats payés puis je vais à la première boucherie que je croise. À l'intérieur, le boucher sert une cliente puis quand c'est mon tour, j'attends que la dame soit partie.
« Bonjour, ça va vous paraître bizarre mais : est-ce que vous auriez du sang animal frais ? C'est pour un tournage.
Il me demande de patienter et va dans l'arrière salle. Il revient avec un seau en plastique fermé par un couvercle, il le pose sur le comptoir entre nous.
« Vous avez de la chance, l'apprenti n'a pas encore vidé celui-là.
« Merci. Dois-je vous ramener le seau ? Dois-je payer pour ça ?
« Non, inutile.
Je lui souris et emmène le seau avec moi. De retour au hangar, je présente le seau à Edward en le posant à ses pieds.
« Qu'est-ce que c'est ? S'enquiert-il.
« Du sang.
Il me regarde en arquant un sourcil.
« Tu n'étais pas obligée de commettre un meurtre pour moi, aussi insupportable que Lauren soit.
Je lève les yeux au ciel.
« Du sang animal, je l'ai obtenu à la boucherie, il doit bien y avoir 4 litres là-dedans.
« Je m'en doutais, ce sang n'a pas l'air aussi bon que le sang humain.
« Comment peux-tu savoir ? Tu n'y a jamais goûter.
« Parce que l'odeur de ce sang ne me donne pas autant envie que celle du tien. J'espère que ça marchera, le vampire se nourrissait d'humains, lui.
Il retire le couvercle et grimace quand l'odeur vient davantage lui chatouiller le nez. Il prend le seau comme s'il ne pesait rien. Pour l'avoir porté, il doit faire 6kg, plus ou moins. Il commence à boire et j'ai un haut le cœur à le voir faire. Il relâche le seau alors qu'il vient de tout boire et hausse les épaules devant ma mine dégoûtée.
« Ton sang serait meilleur, assurément, lâche-t-il. C'est dégueulasse mais ça a l'air de me contenter.
Il prend le couvercle, referme le seau et se dirige à l'extérieur pour le jeter dans la benne. Il ouvre la porte et mon regard est attiré par quelque-chose de brillant avant que la paroi du hangar ne le cache. Quand il revient, je me rend compte qu'il brille comme un diamant dès qu'il est à l'extérieur.
« Quoi ? Tu as vu un vampire ? Plaisante-t-il.
« Le soleil te fait briller de mille feux.
Il fronce les sourcils et fait demi-tour, il regarde sa main à l'extérieur puis la fait passer dans l'ombre.
« Bah merde.
Je me rends compte qu'on n'a pas du tout pensé à l'effet du soleil sur lui.
« Tu aurais pu cramer, on n'y a pas pensé, c'est ce que font les vampires quand ils sortent en plein jour, à la télé.
« Il faudra se montrer prudent.
Il regarde le soleil puis referme la porte du hangar. Il revient vers moi et s'assoit contre la porte arrière de sa voiture.
« Viens là, me somme-t-il en tapotant ses cuisses.
Je souris, je récupère mon sandwich et ma bouteille entamée dans la voiture puis m'assois sur lui, face à lui, mes jambes pliées de chaque côté de ses cuisses. Il pose ses mains sur mes hanches, je l'embrasse.
« Je t'aime aussi, m'avoue-t-il. Je ne pensais pas que mes sentiments étaient partagés.
Je sors mon sandwich de son papier et croque dedans, je mâche et avale.
« Moi non plus. J'avais décidé de préserver notre amitié pour éviter de la foutre en l'air avec une histoire d'amour mielleuse mais comme ma mort allait la gâcher, de toute façon, je me suis dit que je pouvais te l'avouer et me l'avouer par la même occasion.
Il sourit pendant que je croque à nouveau dans mon repas.
« C'est malin, maintenant, je suis obligée de faire face, râlé-je la bouche pleine.
« C'est bien pour ça que je t'ai laissée vivre.
Je remarque que ses yeux ont changé de couleurs, encore une fois. À la base verts, il étaient noirs il y a deux secondes et maintenant, ils se sont éclaircis dans une sorte de marron. Ils continuent de s'éclaircir, je plisse les yeux pour regarder le phénomène.
« Tu essayes de produire des rayons lasers avec tes yeux pour me tuer ?
Je souris. Ses yeux arrêtent de changer de couleur quand ils ont pris une teinte dorée. Assez étrange, c'est joli cependant. La vampirisation l'a fait devenir parfait. Il était déjà beau de base, j'ai toujours aimé son regard quand il n'est pas méfiant ou apeuré mais sans les boutons et avec cette peau nette et extrêmement pâle, il est clairement magnifique. Il me fait penser à un ange – un ange mortel.
« Est-ce que tu t'es vu ?
« Ça fait cinq minutes que je ne pense plus à te tuer, se défend-il.
« Non, pas pour ça. Tu t'es vu dans un miroir ou dans le reflet d'une vitre ?
« Tu penses que j'aurais oublié ma tête ?
« Tu serais surpris, fais-je en souriant.
Je pousse sur son torse avec une main en tenant mon sandwich de l'autre pour m'aider à me relever, il se lève à son tour et se regarde dans la vitre de la voiture que je pointe. Il passe sa main sur sa mâchoire et regarde ses boutons disparus, son nouveau teint et la couleur étrange de ses yeux. Pendant qu'il fait ça, je mange plus de sandwich.
« Ça par exemple, lâche-t-il. Est-ce que ça fait de toi quelqu'un de superficiel ? Tu es tombée amoureuse alors que je suis devenu canon.
J'avale ma dernière bouchée.
« Techniquement, je sors avec toi depuis presque deux semaines, riposté-je. C'est ce que savent nos camarades, en tout cas.
Il me regarde et me sourit puis m'attrape pour me plaquer contre son torse. Je l'embrasse sans attendre.
« Et tu étais déjà canon, tu ne voyais que tes boutons parce que c'était ton complexe, ajouté-je. Je voyais au-delà.
« Vraiment ?
« Je n'ai pas vu tout de suite ton capital beauté, ok. Mais depuis que je te vois, toi et non la chair qui t'entoure, tu peux aussi bien devenir un zombie quasimodo déformé, je te verrai toujours beau. La personnalité rend les gens beaux, je trouve, quoi qu'en dise le monde.
« J'aime ça chez toi, fait-il en glissant le dos de ses doigts glacés sur ma joue. Tu es sarcastique, tu te donnes l'image de te foutre de tout mais tu ne t'arrêtes pas aux apparences. Tout le monde m'a tourné le dos et toi, tu es seulement venue me donner ton amitié alors que tu aurais pu, au mieux, m'ignorer comme les autres.
« C'est ton petit côté brebis galeuse qui m'a attirée.
« J'oublie trop souvent que tu ne sais pas être sérieuse plus de deux minutes.
Je lui souris ostensiblement.
