Chapitre 6

Il est temps de rentrer au foyer, après trois jours d'absence sans donner de nouvelles, ils sont sur le point de lancer la police, le FBI et Fox news à nos trousses. C'est du moins ce que j'imagine en voyant quatre appels en absence de Karl et en écoutant son dernier message vocal rempli de mécontentement.

J'efface les messages et relève la tête. Edward me dévisage, parfaitement immobile. Il pourrait être devenu une statue que ça ne me surprendrait pas. Il est peut-être en train de réaliser à quel point je suis une fille admirable ou être de nouveau en train de s'empêcher de me tuer. Le fait qu'il soit devenu un vampire avide de mon sang doit probablement constituer un red flag que je ne dois pas ignorer mais je n'arrive pas à regretter ma décision de ruiner notre amitié. Quelque-part, notre histoire en vaut sûrement le coup, qu'elle soit longue et harmonieuse ou courte mais intense.

« Je tuerais pour savoir ce que tu penses, m'avoue-t-il.

Paradoxal quand on sait qu'il met tout en œuvre pour ne pas entendre les pensées des autres.

« J'adore ton nouvel humour qui tourne autour des meurtres, surtout du mien. J'étais en train de réfléchir à comment te distraire suffisamment longtemps pour trouver un moyen de te tuer. Le soleil ne marchant pas, je pense essayer le pieu en bois ou te demander en mariage afin de pouvoir te faire entrer dans une église.

« Nous sommes tomber dans une relation toxique.

Je souris, on est vraiment fait l'un pour l'autre.

« Plus sérieusement, fais-je, il va falloir rentrer. Karl me harcèle et je suppose qu'il a fait pareil pour toi.

Il sort son téléphone de la poche de sa veste, il semble qu'en effet, il aie reçu des appels lui aussi.

« Le problème est que je suis brillant. De toutes les façons possibles.

Je penche la tête et lui souris devant son arrogance.

« Je vais t'acheter de quoi te couvrir au maximum.

« Je n'ai pas pris mon argent.

« Considère ça comme un cadeau d'anniversaire, souris-je.

Il me fusille du regard. Je lui tourne le dos et me dirige vers la voiture tout en lui lançant :

« Je sais, tu avais dit pas de cadeau mais fallait pas oublier ton porte-feuille, gueule d'ange.

J'entre dans la voiture, il m'ouvre la porte du hangar et je me dirige vers un magasin de fringues pour homme. Je choisis une casquette noire, un sweat à capuche blanc avec une poche centrale dans laquelle il pourra cacher ses mains. Ça serait trop étrange de lui faire porter des gants en été.

Quand je reviens, je lui tends mes achats, il jette un œil dans le sac puis le laisse tomber au sol pour enlever sa veste. Pendant ce temps, je récupère ma couette et mon oreiller. Nous avons passé l'heure de la récupération des draps.

« Je vais devoir faire une machine avant cette nuit.

Il me regarde après avoir passé sa tête dans le col de son sweat et me sourit avec sournoiserie.

« Tu peux dormir avec moi.

Je lui lance un regard de travers.

« Et la règle du troisième rendez-vous ?

Je suis sûr d'avoir entendu un truc comme ça, au lycée. Même si je n'ai jamais vraiment compris l'intérêt de compter les rendez-vous avant de faire quelque-chose dont on a envie.

« Ça fait deux semaines, me rappelle-t-il en arquant un sourcil, on a eu plus que trois rendez-vous. Et puis... j'ai simplement parler de dormir.

« Tu es mortellement malin, quand tu veux.

J'ouvre le coffre et engouffre mes affaires puis le referme pendant qu'Edward visse la casquette sur sa tête. Je me dirige vers lui, place mes mains sur ses flancs et penche la tête de côté pour l'embrasser sans me cogner à sa casquette. Je baisse sa visière pour minimiser l'espace découvert de son visage.

« Mets ta capuche, aussi.

Il obéit, je ramasse sa veste et la mets à l'arrière de la voiture, il va crever de chaud s'il la met par dessus. Je vais pour me mettre derrière le volant puis je me rappelle que ce n'est pas ma voiture, je n'ai pas le permis, d'ailleurs. Il rigole comme il se rend compte de mon erreur.

« Tais-toi, le sommé-je.

Il nous conduit jusqu'au parc où mon sac et la nappe n'ont pas bougé, je les récupère puis nous rentrons à Angel's Haven.

Nous n'avons pas le temps d'atteindre l'ascenseur que nous voyons le directeur sortir du bureau de la secrétaire, il fulmine.

« Swan, Cullen ! Dans mon bureau, tous les deux ! Gronde-t-il.

Il pointe vers le bureau de la secrétaire, nous entrons, passons devant la secrétaire qui nous regarde passer avec jugement et pénétrons dans le bureau de Boher – puisqu'il a décidé d'utiliser nos noms, il semble qu'il n'y aie plus de famille qui tienne quand on disparaît trois jours durant. Il referme la porte et se place entre nous et son bureau.

« Je peux savoir où vous étiez ? Et vous pensiez que vous alliez simplement rentrer comme si de rien n'était ? Vous pensiez à quoi, bon sang ?!

« Si vous nous laissiez en placer une, on pourrait peut-être vous répondre.

Parfois, je laisse échapper des trucs comme ça aux pires moments. C'est l'un de ces moments vu la façon dont Boher me regarde.

« Je te conseille de te taire, jeune fille, tu as assez de problèmes comme ça.

Edward avance d'un pas, je l'attrape par le coude parce que mon intuition m'a dit qu'il allait juste l'attaquer. Boher regarde ma main autour de son bras, il fronce les sourcils.

« Edward, tu es à l'aise avec le contact de Lunabell ? S'enquiert-il.

« Oui.

Boher hoche la tête comme si Edward avait fait un grand pas en avant alors qu'il ne s'agit que de moi. Parce que je suis spéciale.

« Découvre-toi, un peu de politesse.

Il rabaisse sa capuche et retire sa casquette, le directeur a un mouvement de recul et écarquille les yeux.

« Bon sang, que t'est-il arrivé ?

Oh, ce n'est pas comme s'il avait la face écrasée non plus. Je regarde Edward du coin de l'œil, il cherche une justification.

« Un traitement, lâché-je. C'est pour ça que nous étions injoignables, nous étions à l'hôpital pour son traitement contre l'acné et... il y a eu des effets secondaires, le médecin l'a gardé en observation et voilà. Les effets sur sa peau et ses yeux peuvent être temporaire ou durer plusieurs mois.

Vu qu'il est censé quitté le foyer dans un an, ça nous laisse de la marge.

« Tu te moques de moi ?

« Pas du tout, affirmé-je avec sérieux.

Il me croit parce que je suis crédible quand je mens.

« Un traitement alors ?

« Par radiothérapie intensive, agrémente Edward. Un peu comme... pour un cancer.

« Tu n'es pas censé faire de traitement sans l'accord de ton responsable, moi par le fait.

« Ça reste ma vie et mon corps, souligne Edward.

« Certes, bon, les choses sont faites, difficile de revenir en arrière. Préviens-moi si d'autres effets secondaires surviennent. Maintenant, parlons de votre punition.

« Oh, sérieux ? Soufflé-je.

Je n'ai jamais reçu de punition de ma vie.

« Tu t'attendais à quoi ?

« Une discussion entre adulte à propos de prévenir la prochaine fois.

« Tu n'es pas adulte, preuve en est de votre escapade.

« On ne m'a jamais dit que je n'avais pas le droit de m'échapper.

« C'est dans le règlement intérieur, m'informe-t-il.

« C'est marqué que je devais prévenir si je découchais pas que je n'avais spécifiquement pas le droit de m'échapper.

Edward se frotte le nez afin de cacher qu'il se retient de rire, pour ne pas se retrouver dans la même sauce que moi. Et la solidarité ?

« Tu commences à me taper sur les nerfs, Lunabell. Vous êtes privés de sortie tous les deux pour cette semaine, hormis pour aller au lycée. Vous partez à l'heure et rentrez tout de suite après les cours, je vais désigner deux de vos camarades pour vous chaperonner. Et je gèle votre argent de poche pour juillet.

Shit. Il fait le tour de son bureau pour s'asseoir et commence à pianoter son ordi.

« Mh, et bien, je vais désigner les deux meilleures élèves de vos camarades, Tanya Davis et Lauren Mallory.

Je relève le visage. C'est une blague ? Même Edward n'a plus envie de rire.

« Elles auront une bonne influence sur vous, nous assure-t-il.

« Vous avez le sens de l'humour.

Il me foudroie du regard.

« Deux semaines de privation de sortie pour toi, Lunabell. Tu veux ajouter quelque-chose ?

« Non.

Je ne m'excuserai pas, pas alors qu'il nous fait chaperonner par deux harceleuses en pensant qu'elles sont de bonnes filles. Peut-être que j'aurais pu pour l'escapade et encore, ce n'était pas de ma faute. Je trouve que j'ai parfaitement bien gérer l'affaire et ça n'a rien à voir avec mon incapacité à dire que je suis désolée. En l'occurrence, je ne le suis pas.

« Disparaissez dans vos chambres.

Nous sortons, Edward remet sa casquette et sa capuche, il semble qu'il aie adopté son nouveau style. Il appuie sur le bouton de l'ascenseur et reprend sa main comme si le bouton l'avait brûler. Les portes s'ouvrent, nous entrons à l'intérieur.

« T'as reçu une décharge ?

Il secoue la tête et regarde les boutons à l'intérieur d'un mauvais œil. Les portes de l'ascenseur se referment mais l'ascenseur ne bouge pas, personne n'ayant appuyé sur le bouton.

« J'ai reçu plusieurs voix quand j'ai appuyé sur le bouton.

« Quoi ? L'ascenseur est vivant ?

Il me regarde avec ces yeux de mec que je désespère.

« Tu es peut-être réellement schizo, en fin de compte, théorisé-je. Ou alors ta télépathie s'est propagée aux objets que les gens ont touchés. Un genre de télépathie par la sueur. Est-ce des pensées qu'ils avaient au moment de toucher le bouton ou des pensées qu'ils ont au moment actuel, que tu reçois à distance ?

« Il n'y a qu'un moyen de le découvrir.

Il appuie sur le bouton 3.

« Si ta sœur se trouve derrière les portes de l'ascenseur actuellement, alors ce sont les pensées actuelles.

Edward et moi fixons les portes pour l'instant fermer pendant que l'ascenseur monte. Il n'est jamais monté aussi lentement. Les portes s'ouvrent et Loona se trouve là. Ça a quelque-chose d'horrifique, comme un film d'horreur où tu sais que le monstre est derrière la porte, tu l'ouvres et tu sursautes quand même alors que tu t'y attendais.

« Bella ! Tu étais où, bordel ?

« À l'hôpital, pour supporter Edward pour son traitement contre l'acné.

Elle se calme parce qu'elle considère que ma mauvaise action en est une bonne, finalement.

« Préviens Karl, la prochaine fois, assène-t-elle.

Elle entre dans l'appareil tandis que nous en sortons. Je me rends compte alors que la télépathie d'Edward marche sur ma jumelle. Je suis Edward dans sa chambre, je ferme la porte et à peine je me retourne qu'il me plaque contre la porte. Il retire sa capuche et sa casquette d'un seul mouvement et m'embrasse. Il me tient les hanches alors que je l'entoure de mes bras. Il se détache finalement, je souris malgré moi.

« Je vais prendre une douche, m'annonce-t-il. Tu pourras prendre la tienne après aussi.

« Je vais la prendre dans ma chambre, on gagnera du temps.

Il hoche la tête. Je retourne dans ma chambre, il y a de la confiture, de fraise je pense, sur mon drap et mes affaires ont été sorties de mon armoire et de mes tiroirs de lits. Pas très original. Je n'ai même pas une touche de baisse de moral et même, ça me fait rire. Je range tout en vérifiant qu'elles n'ont pas mis de confiture sur mes habits mais non, même pas. Petites joueuses. Je vais prendre ma douche puis m'habiller avec des vêtements propres. Je fais une boule avec le drap et le pose dans un coin, je m'en occuperai plus tard. Si j'ai la flemme, je peux toujours prendre Edward au mot et dormir avec lui ce soir.

Je sors de ma chambre les cheveux encore mouillés mais coiffée correctement, tout de même. Tanya et Lauren se dirigent vers moi, un sourire victorieux sur leur visage. Je leur souris en retour.

« Il semble que j'ai manqué à certaines personnes, ça arrive souvent aux chiennes de saccager l'appart de leur maître, pendant une trop longue absence. Le soucis, c'est que j'ignorais avoir des chiennes.

Elles perdent leur sourire en comprenant que je retournais la situation contre elles. Trop simple, vraiment.

« Il paraît qu'Edward a subi un traitement, fait Lauren avec mépris.

« Contre l'acné, enfin, ça, c'est que vous avez dit à Boher, enchaîne Tanya.

« Mais on sait que c'est pour les MST que tu lui as donnés, reprend Lauren. Je ne sais pas ce qui est le pire, tes mycoses ou son acné.

C'est trop vulgaire, même pour moi, elles me dégoûtent. J'aperçois Edward derrière elles, il a le visage sombre comme s'il voulait les tuer. Je secoue la tête, son expression se radoucit.

« Ne vous inquiétez pas, un jour, quelqu'un ne sera pas trop regardant pour vous baiser, déclare-t-il en passant à côté d'elles pour leur faire face avec moi, il me prend la main.

Les filles écarquillent les yeux en le voyant puis elles sont gênées, elles se regardent, regardent Edward. Tanya voit maintenant qu'il peut tout à fait me défendre, lui aussi. L'assurance doit venir avec le pack vampire, ça ne peut pas être que mon influence.

« Edward ?

« C'est moi. Et comme vous voyez, c'était bien un traitement contre l'acné. Maintenant, si vous voulez bien, j'aimerai bien passer du temps avec ma petite-amie.

Elles hochent la tête sans voix, je peux presque voir la bave couler sur leur menton. Je me retiens difficilement de rire pour éviter de briser le moment. C'est le meilleur retour karmique de l'univers. Elles ne voulaient rien avoir à faire avec lui... maintenant, c'est lui qui ne voudra pas d'elles. Prenez ça, bitchies !

Une fois dans la chambre, nous éclatons de rire. La tête qu'elles faisaient, c'était trop drôle. Edward s'allonge sur son lit, j'imagine qu'après trois jours de bitume, il est content de retrouver un peu de confort. La tête de son lit est positionnée contre le mur où la porte se situe, le lit collé au mur de gauche en entrant. L'armoire est au fond contre le mur de droite, sa porte de salle de bain est plus proche de sa porte d'entrée que dans ma chambre, il a donc la première salle de bain des deux.

Je ne me gêne absolument pas pour m'allonger à plat ventre sur lui, il entoure mon dos avec l'un de ses bras et laisse l'autre plié derrière sa tête. Je l'embrasse puis descend un peu pour poser ma tête sur le haut de son torse. Oh... coucou little Eddy. Visiblement, ma proximité lui fait de l'effet, les vampires ont donc aussi des hormones. C'est la première fois que je me retrouve dans cette situation, je suis un peu gênée mais je ne peux m'empêcher de penser à tout ce que nous pourrions découvrir ensemble. Je l'entends respirer doucement, il essaye de faire abstraction et de calmer ses ardeurs. Il semble qu'il ne me fera pas d'avances, monsieur est un gentleman. A-t-il vraiment pensé que j'étais une fille sage ? Je fais mine de me repositionner ce qui a pour effet de frotter nos bassins ensemble.

« Bells, me prévient-il.

« Quoi ? Fais-je, l'innocence incarnée.

« Je sais ce que tu fais, grogne-t-il.

« Et que fais-je ?

« Tu essayes d'abuser de moi, m'accuse-t-il. Alors que j'essaye d'être un mec éduqué.

Je me redresse et le regarde avec des yeux innocents.

« Moi ? Mais voyons, je suis chaste et pure comme la neige.

Il ricane.

« Tu te moques de ma pureté ? M'offensé-je.

« Je n'oserai pas.

« Je suis juste mal placée.

J'appuie mes dires en me repositionnant, ce qui fatalement me fait bouger sur lui. La main derrière sa tête se retire de sa cachette, il encadre mon visage avec ses mains et m'approche de lui pour m'embrasser.

« Tu l'auras voulu, susurre-t-il contre ma bouche.

Je souris contre la sienne avant de continuer le baiser. Puis je me décale sur sa mâchoire vers son cou.

« Bells ?

Je ne m'arrête pas, il me soulève en me tenant par les bras.

« Bells, attends.

« Quoi ? Tu ne veux plus ?

Je sens venir la déception.

« Si, c'est pas ça. C'est ta première fois ?

Je reste une seconde interdite puis plisse les yeux.

« Tu es si peu confiant envers tes performances ? Tu as peur que je te compare à un ex ?

Il secoue la tête d'un air las.

« Je m'inquiète plutôt du sang qui va découler de ton éventuel dépucelage.

« Ah... merde, je n'ai pas pensé à ça.

« Donc, c'est ta première fois ?

« Tu penses vraiment que quelqu'un d'autre que toi sur cette terre m'aie supportée assez longtemps pour tomber amoureux de moi ?

« J'étais donc ta seule option, glisse-t-il, le choix par défaut.

« Tu peux parler, rétorqué-je.

Il me sourit.

« Et toi, alors ? Il n'y a pas de raison que je sois la seule à devoir répondre.

« Première fois aussi, je te signale que tu es la seule que je peux toucher sans devenir schizo, sans compter que l'acné est apparue avant que j'ai une chance avec la gente féminine.

« Du coup, on ne peut rien faire...

« Tu sembles presque déçue.

« Pas toi ? Ça reste un truc cool à faire dans un couple, enfin je pense. La seule solution que je vois, c'est de m'en occuper moi-même de mon côté mais... je n'ai pas spécialement envie de me balader dans un sexshop...

Nous restons silencieux.

« Je t'interdis d'imaginer.

« Trop tard, avoue-t-il.

Je tape son torse, me fais mal à la main, il est solide le bougre. Nous éclatons de rire.

« Tant pis, nous serons les modèles de pureté de toute notre génération d'ados dépravés.